‹ Grammaire générale et historique de la langue françaisChapitre 29 sur 139 · CHAPITRE VHL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VHL

V adverbe est un mot invariable qui sert à modifier ou un verbe, ou un adjectif, ou un autre adverbe :

On s'ennuie presque toujours avec ceux qu'on ennuie, ( La Rochefoucauld.)

Cette phrase renferme deux adverbes qui tous deux modifient le verbe, et dont le premier modifie le second.

Les adverbes modifient les mots auxquels ils se rapportent en y ajoutant :

1 ^ Une idée de manière, de qualité ; tels sont les adverbes formés des adjectifs : prudemment^ sagement^ etc.:

Un trône indignement rer^i^ersé e< miraculeusement rétabli. (Bossuet.)

2" Une idée de temps : mijourd'hui^ hier^ demain^ autrefois^ jadis ^ alors ^ aussitôt^ désormais^ tùt^ bientôt ^ tard^ toujours^ jamais , etc.:

Quelques crimes toujours précèdent les grands crimes. (Racine.)

3" Une idée de situation, de lieu, d'ordre : ici^ /à, y, devant^ derrière^ dedans^ dehors^ dessus^ dessous^ d'abord^ premièrement^ cn- ^îïe, etc.:

On étale le titre de bon citoyen, et on cache dessous celui de jaloux.

(Massillon.)

4° Une idée de quantité : assez^ beaucoup^ peu^ trop^ moins^ très^ fort y que y combien^ si^ tant^ tellement ^ etc.:

J'ai fait ce que j'ai pu : vous régnez ; c'est asse%. ( Racine.)

6® Une idée de comparaison, de préférence : mieux ^ plus^ moins^ autant y davantage y etc.:

La sagesse vaux mieux que les armes des gens de guerre. (ïléchier.)

6® Une idée d'affirmation : oui^ assurément^ certainement^ certes ^eic:

Certes, à voir les hommes si occupés, si vifs on dirait qu'ils travaillent pour des années éternelles. (Massillon.)

7° Une idée de négation : non^ non,., pas^ ne^ne... pas^ ne., point y nullement y aucunement ^ etc.:

Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur. ( Racine.)

TiBUAO DES mum ISSBHTIILS.

Ailleurs.

Ainsi.

Alentour.

Alors.

Amont (1).

Assez.

Aujourd'hui (2).

Auparavant.

Aussi.

Aussitôt.

Autant.

Autrefois.

Aval (3).

Beaucoup.

Bien.

Dessous.

Certes.

Dessus.

Dorénavant (4).

Céans.

Encore.

Cependant.

Enfin.

Ensemble.

Combien.

Ensuite.

Comment.

Fort-

Davantage*

Gratis.

Dedans.

Guère.

Dehors.

Hier.

Déjà.

Demain.

Incessamment.

Désormais.

Incognito.

Incontinent.

Instamment*

Jadis.

Jamais.

Jusque.

Là.

Loin.

Lors.

Maintenant

Mieux.

Moins.

Naguère.

Ne.

Néanmoins.

(1) A mont (cfd monlem), en haut.

(2) Huy (hodiè); puis meshuij (magis hodiè, ou in medio hujus diei).

(3) A val (ad vallis ou vallum),en bas.

(4) I/ore en avant, de cette heure en l'avenir; on disait aussi d'orc* et en avant.

Pis.

Quelquefois.

Tôt.

Plus.

Sciemment.

Toujours.

Plutôt.

Souvent.

Toutefois.

Pourtant.

Surtout.

Très.

Presque.

Tant.

Trop.

Puis.

Tantôt.

Volontiers.

Quasi.

Tard.

Etc., etc., etc.

62 GRxVMMAlRE GÉNÉRALE ET HISTORIQUE.

Non» pour ne pat.

Notamment.

Nuitamment.

Où (1).

Parfois.

Partout.

Peu.

Tout adverbe équivaut à un nom complément d'une préposition ; ainsi, prudemment, aujourd'hui^ jam^is^ irop^ sont les équivalents de avec prudence^ dans ce jour ^ en aucun temps, avec excès. .

D'où il suit que les adverbes ont un sens complet et s'emploient ordinairement sans complément.

Il en est quelques-uns cependant qui font exception à cette règle, et qui, n'ayant pas par eux-mêmes une signification absolue, prennent les mêmes compléments que les adjectifs dont ils sont formés ; tels sont : antérieurement^ dépendamment, différemment., indépendamment., postérieurement, préférablement, relativement., etc. :

H faut amer Dieu peœférâblement à toutes choses.

Les adverbes de quantité, assez, beaucoup, peu, plus, trop, moins, combien, que, tant, veulent la préposition de lorsqu'ils ont un nom comme complément :

Un bienfait reproché tint toujours lieu d'oflfense ;

Je veux moins de valeur etpîws d'obéissance. ( Racine.)

Observation. — Un très-grand nombre d'adjectifs s'emploient accidentellement pour modifier un verbe ; alors ils sont adverbes, et comme tels invariables :

// faut accoutumer les hommes à ratsonner juste. — - (V, t. I*% p. 117.) Xioctttîons adverbiales.

Une assemblage de mots remplissant la fonction d'un adverbe forme une expression à laquelle 6n donne le nom de locution adverbiale; tels sont : avant-hier, après-demain, à l'envi, à dessein, sans doute, sur-le-champ, à tort et à travers, sens dessus dessous, etc.:

Ks servent à Venvi la passion d*un homme

Qui n'agit que pour soi feignant d'agir pour Rome. (Corneille.)

Il faut, EN QUELQUE SORTE, respecter les fautes des grands hommes ; mais il ne faut pas les imiter. ( La Roche.)

(1) Dony dont, donc, étaient employés l'un pour l'autre, et même pour d'où (de unde). — Rabelais, dans ce dernier sens, écrivait dond.

DE L ADVERK.

mmm mmikm.

A jamais.

D'ici.

Ne pas, ne point.

Ayant-hier.

D'où.

Ne plus, etc.

Çà et là.

Du moins.

Ni plus ni moins.

Cahin caba (1).

Du tout, etc.

Par ici.

Ci-après.

En arrière.

Par là, etc.

Ci-inclus.

En avant.

Pôle-môle.

Ci-joint.

En sus.

Peut-être.

D'ailleurs.

En vain, etc.

Plus tard, etc.

Delà.

Une fois pour toutes.

Plus tôt.

Deçà et de là.

Jusque-là.

Sans doute.

De même.

Là-dedans.

Tôt ou tard.

De plus.

Longtemps.

Tout à fait.

Dès lors.

Mal à propos.

LOCDTIOUS ADVERBIALES FORMÉES D'UME EIPRESSIOI SDBSTAHTIIR COIPLÉIERT DUNE PRÉPOSITIOM.

A cœur ouvert.

A demi.

A l'amiable.

A la fois.

A l'envi.

A loisir.

A moitié.

A part. A partie.

Après-demain.

A peine.

A présent.

A regret.

A témoin.

Au hasard.

Coup sur coup.

D'abord.

D'accord.

De jour.

De nuit.

De suite.

D'ordinaire.

Du reste.

Nulle part.

Par hasard.

Par mégarde.

Quelque part.

siens dessus dessous (2).

Tour à tour.

Tout à l'heure.

Tout d'un coup.

La plupart des noms abstraits employés en complément circonstanciel régis par la préposition avec ou par^ forment des locutions adverbiales équivalentes à des adverbes de manière; ainsi, avec peine^ avec soin^ avec résolutiony etc., se disent foxxr péniblement ou diflicilemeni^ soigneusement, résolument , etc.; par hasard^ par fnégarde, pour fortuitement, involontairement.

Formation de Fadverbe.

Les adverbes se sont formés primitivement d'une manière uni-

Ci) Tant bien que mal ; anciennement, cahi-caha.

(2) Anciennement, c'en de$tus dessous^ c'en devant derrière, c'est-à-dire, ce qui était en dessus est en dessous, ce qui était en avant va en arrière. Cette forme » été reproduite par H. de Balzac

On a établi cette ortliographe, dit Ménage, en s'appuyant de cet endroit de Philippe de Commines : De tous coste^ ay veu la maison de Bourgogne honorée, et puis tout en tin coup choir cb que dessus dessous.

Taugelas voulait qu'on écrivit sans dessus dessous ; mais comme on écrit en tous sens, en ce sens-là, l'analogie exige sens dessus dessous, et conséquemment sens devant derrière^ et cette forme a prévalu.

GR^HÀlRE GÉNÉRALE ET HISTORIQUE.

forme et régulière par Taddition de la finale ment au féminin des adjectifs dont ils dérivaient :

Quand je vous sonnerai, tourne* le tour diligentement. (Rabelais.)

Aujourd'hui ils suivent dans leur formation les règles suivantes: 1® Tout adverbe dérivé d'un adjectif terminé par une voyelle se

forme par l'addition de la finale ment : agréable^ agréablewEsi \

aisé^ aisémEm\ absolu^ absohmEm\ polij ^o/iment. Mais d'impuni

on a formé impunément.

Par exception on change Ve muet des adjectifs suivants en é fermé

avant l'addition de ment :

Aveugle, Commode,

Aveuglément Commodément

Conforme, Énorme,

Conformément, Enormément.

2® Quand l'adjectif est terminé au masculin pai' une consonne, Tadverbe se forme du féminin par l'addition de ment :

Doux, douce.

Fort, fof te.

Franc, franche.

Long, longue.

Doucement.

Fortement Franchement Longuement

Vif, vive.

Par exception, Gentil, gentille.

Vivement.

Gentiment

Ve muet du féminin se change en é fermé dans :

Obscurément,

Précisément.

Profondément,

Commun, commune, Communément. Obscur, obscure.

Confus, confuse. Confusément Précis, précise,

Etprès, expresse. Expressément Profond, profonde,

Importun, importune, Importunément,

3® Si Tadjectif est terminé par anty ent^ l'adverbe se forme par le changement de ant en amment^ et de ent en emment :

Constant,

Constamment. \ Éloquent,

Eloquemment,

Excepté le monosyllabe lent et le dissyllabe présent^ qui forment leur adverbe de leur féminin par l'addition de ment: lentement .^ présentem£nt.

Fonction de l'adverbe.

I^s adverbes modifient par euxHnnêmes et d'une manière complète les mots auxquels ils sont joints, tandis que les prépositions ne sont que des modifications incomplètes qui exigent un complément; on emploie donc

Sans complément :

les adverbes

Alentour.

Auparavant.

Dessus.

Dessous.

Dedans.

Dehors.

Avec un complément :

les prépositions

Autour. Sous.

Avant. Dans.

Sur. Hors.

DE l'adverbe. 65

Hier, J'avais mille affaires dans la maison, je sortis, et je demeurai tout le jour DEHORS. (Montesquieu.)

Tous les maux sont depuis longtemps hors de 'la boîte de Pandore ; mais l'espé' Tance est encore dedans. ( Marmontel.)

On étale le titre de bon citoyen, et on cache dessocs celui de jaloux, (Massillon.)

. . . Loin des doux rayons que répand Toeil du monde,

La déesse aux vapeurs a choisi son séjour ;

Les tristes aquilons y sifflent alentour. (Voltaire.)

Les plaisirs nonchalants folâtrent alentour. ( Boileau.)

H ne faut employer aucun terme dont on n'ait auparavant expliqué le sen9{l).

(Pascal.)

On ne dirait donc plus aujourd'hui :

Ses sacrilèges mains

Dessous un même joug rangent tous les humains. (Racine.)

ni, comme la Fontaine :

Il tourne alentour du troupeau, Marque entre cent moutons le plus gras, le plus beau.

mais sous un m&mejoug., autour du troupeau.

(V. ci-dessus, Autour^ alentour^ p. 48 et 49.)

Exceptions. — I. Dessus^ dessous , dedans , deJwrs^ s'empbient comme prépositions :

r Quand on veut exprimer une opposition; dans ce cas dessus ei dessous^ dedans et dehors ont un seul et même complément •

Il n'est ni dessus ni dessous la tasse. (Académie.)

2** Quand ils sont précédés d'une des prépositions à^ de^ en, par :

U protège la religion au dedans et au dehors du royaume, et juéq^aux extré^ mités du monde. (Bossuet.) Il n'est pas encore sorti de dessous la main qui l'a formé. (Massillon.) Tout ce qui est en dehors de cette ligne ne fait point partie de la France.

(Académie.) Il y avait autant de bâtiments par-dessous la terre. (Bossuet.) On a retiré celant dessous la table; ôte% cela de dessus le buffet. (Académie.)

3° Mais dessus^ dessous^ dedans^ dehors^ précédés de à, de^ en^ par^ s'emploient le plus ordinairement sans complément i

J'ai mis en dessus les effets dont on a le plus besoin. (Académie.)

(1) On a dit anciennement par avant :

Sortant de la vulgaire trace,

Dans un nouveau sontier, moy, le premier je pasS3,

Ouvrant à vos François un passage inconnu.

Que nul, par avant moy, dans France n'a tenu, (J.-A. de Baïf.)

Ce sont des ventés stériles; un sentiment est mille fois au-dbssos. (Voltaire.) La guerre civile, la guerre étrangère, le feu au dedans et ad dehors. (Bossuet.) . Hérode fit tuer tous les enfants de Vâge de deux ans et au-dessous. (Acadénne.)

Les esprits de ce temps

Qui, tout blancs au dehors, sont tout noirs au dedans. (Boileaa.)

H. Autour et avant ^ modifiés par un des adverbes plus^ moins^ st, trèSj bien^ tout^ trop^ en^ etc., s'emploient toujours adverbialement :

It regardait todt autour si on le suivait, (Académie.)

N'allons pas plus avant, demeurons, chère QEnone ;

Je ne me soutient plus, la force m'ajbandonne. ( Racine.)

Je n'ai pas le loisir d'aller bien avant dans cette matière. (Bossuet.)

Ifoi, je Texcuserî^is ! Ah ! yos bontés. Madame,

Ont gravé trop avant ses crimes dans mon âme. (Racine.)

Aussi, sL

I. Aussi exprime la comparaison; s», la comparaison etTextension : *

Il est aussi hrave que César. Il n'est pas si brave que César. Il est si brave qu'il vaincra.

De la philosophie à l'impiété, il y a aussi loin que de la religion au fanatisme.

( Diderot.)

Numa fit^ la religion aussi sérieuse, aussi grave et modeste, que les ténèbres de l'idolâtrie le pouvaient permettre. (Bossuet.)

La fortune est si extravagante quHl n'y a rien qu'on neputsse attendre de son eaprice. (M™* de Sévigné.)

Les hommes sont en général si fourbes, si envieux, si cruels, que quand on en trouve un qui^'a que de la faiblesse on est trop heureux. (Voltaire.)

// n'y a si petit État qui ne puisse nourrir un grand homme.

(Bernardin de Saint-Pierre.)

Lch>anité de l'homme est la source de ses plus grandes peines; il n'y a personne de SI parfait et de si fêté à qui elle ne donne encore plus de chagrin que de plaisir.

(J.-J. Rousseau.)

II. Aussi ^ 5e, se joignent aux adjectifs, aux participes et aux adverbes :

n est AUSSI BON, AUSSI AIMÉ quc vous. Il est si BON, SI AIMÉ. // Ut AUSSI PEU que

vous. Il lit SI PEU.

U^falkiit,pour résister étant d'armées jointes ensemble, des troupes aussi expérunentées que les nôtres. (Fléchier.) La langue du singe a paru aux anatomistes Avssi parfaite que celle de l'homme.

(Buffon.)

(V, Autant^ tant^ p. 68.)

lU. Pour exprimer une comparaison, on emploie ordinairement aussi dans les propositions aflSrmatives, et si dans les propositions négatives

L'âne est de son naturel aussi sensible, aussi patient, aussi tranquille» que le ihevaVest fier, ardent, impétueux. (Buffon.)

Le plaisir de l'étude est aussi tranquille que celui dès autres passions est inquiet. (Girard.)

Le lait de la femelle du buffle n'est pas si bon que celui de la vache. (Buffon.)

On a beau déclamer contre l'espèce humaine, les hommes ne sont pas si cor* rompus qu'on le suppose. (J.-J. Rousseau.)

Il n'y a point de sots si incommodes que ceux qut ont de Vesprit.

(La Rochefoucauld.) Rien n'est si dangereux qu'un ignorant ami ;

Mieux vaudrait un sage ennemi. (La Fontaine.)

Observation. — Aitssi^ si^ ne sont plus employés aujourd'hui pour modifier des locutions adjectives ou adverbiales ; ainsi, au lieu de dire, comme M"* de Sévigné : Je trouve cette pauvre tante couchée SI A SON AISE, etc. , on doit dire : si fort à son aise.

Les phrases suivantes ne sont pas plus correctes :

Il sont AUSSI EN COLÈRE Vun que Vautre.

Tétais SI À l'aisb dans cette campagne, et tout était si À ha corveiiaiice, quef^ murais volontiers passé ma vie.

Aussi, non plus.

Dans le sens de également., pareillement., on emploie aussi dan» les propositions aflarmatives, et non plus dans les propositions négatives :

U a montré aussi un grand courage.

Il n'a pas montré non plus un grand courage.

Telle est la loi de Tuniv.ers :

Si tu veux qu*on t'épargne, épargne aussi les autres. (La Fontaine.)

S'il n'est pas juste qu'il puisse entrer dans les terres de ses voisins, il n'est pas juste NON PLDs que ses voisins puissent entrer dans les siennes. (Fénelon.)

Le dix-septième siècle, comme le dit très-justement M. Génin, dans 5on Lexique comparé de la langue de Molière, conservait aussi même après la négation exprimée, qui aujourd'hui commande non

plus :

Ragotin fit entendre à la Rancune qu'une dés èomédiennes luy plaisait infinifuent. El laquelle? dit la Rancune. Le petit homme était si troublé d'en avoir tant Ht, qu'il respondit : Je ne sçay. — Ni moi aussi, dit la Rancune. (Scarron.)

Ces paroles ne peuvent donc servir qu'à vous convaincre vous-mênl» d^impos Utre, et elles m servent pas aussi davantage pour justifier Vasquei. (Pascal.)

Le rot ne pouvait consentir à la déclarer régente, et ni se pouvait Aossi résoudre à partager Vautorité entre elle et Monsieur, (La Rochefoucauld.)

Comme les prédicateurs ne pensent pas à les rendre meilleurs, ils ne pensent pas AUSSI à le devenir. (La Bruyère.)

Vaction que vous faites n'est pas d'un gentilhomme , et ce n'est pas en gentilhomme AUSSI que je veux vous traiter. (Molière.) La faveur du prince n'exclut pas le mérite, et ne le suppose pas aussi.

(La Bruyère.) Quiconque ne voit guère, N'a guère à dire aussi. ( La Fontaine.)

Autant, tant.

I. Ces expressions comparatives servent à modifier les adjectifs ot les verbes ; autant s'emploie dans les propositions affirmatives, tant dans les propositions négatives :

La couronne de France est autant au-dessus des autres couronnes du monde que la dignité royale surpasse les fortunes particulières. (Bossuet.) T'aime Horace autant que je l'admire. (Buffon.)

Cette princesse a soulagé autant de misérables qu'elle a connu de véritables misères. (Fléchier.)

Il n'y a rien qui exhorte tant à savoir bien mourir que de n'avoir point de plaisir à vivre. (Voiture.)

. . . Rien n'est tant à nous que notre volonté. (Rotrou.) Rien ne rr^enace tant d'une chute funeste qu'une autorité poussée trop loin.

(Fénelon.)

II. Autant s'emploie quelquefois pour aussi avec les adjectifs; mais la place qu'il occupe dans la proposition n'est pas la même ; aussi précède l'adjectif, et autant le suit :

Cette qualité est aussi estimable que rare.

Cette qualité est estimable autant que rare.

Votre refus est juste autant que ma demande. (Corneille.)

Quand ils voudront pchir votre sévérité,

Soyez impitoyable autant qu'ils l'ont été. (Ponsard.)

lïï. Tant exprime encore l'extension et la quantité :

Cette tragédie offre tant de beautés, que je l'aurais crue de Racine. (Fabre.)

Tant de coups imprévus m'accablent à la fois,

Qu'ils m'ôtcnt la parole et m'étouffent la voix. (Racine.)

IT. Autant., tant., se joignent aux participes passés, lorsqu'ils éveillent une idée d'action ; aussi se joint à ceux qui expriment simplement la qualité :

Cet homme est autant estimé qu'aimé. Paris n'est pas aussi peuplé que Londi^e*»

(Bonifaca.)

BE l'adverbe. 69

Uabus des vérités doit être autant pdni que l'introduction du mensonge. (Pascal.)

.... Db Nil fécond, l'urne au loin tant cherchée. Épanchant ses trésors reste toujours cachée. ( Ducis.) •

V. Après autant^ aussi ^ siy on emploie que et non romm^ pour unir le second terme d'une comparaison au premier :

// est AUSSI brave qdb son épée.

Avec AUSSI peu de raison qu'en ont les hommes, il leur faut autant de préjugés Qu'ils sont accoutumés d'en avoir i (Fontenelle.)

L'emploi de comme pour que est aujourd'hui considéré justement comme une faute, et Ton ne dirait plus, avec Corneille :

Songe que je suis fille aussi bien comme amante ;

mais : Songe que je suis fille aussi bien qu' amante.

Au moins, du moins,

I. Au moins^ qui signifie pour le moins^ exprime une idée plus faible que celle qui est énoncée dans la proposition précédente :

L'ironie par elle-même n'a rien de tragique ; il faudrait au moins qu'elle fût noble, (Voltaire.) Si Von n'est pas maître de ses sentiments, au moins on l'est de sa conduite,

(J.-J. Rousseau.)

Je me contenterai de rapporter seulement ce qui me regarde, ou au moins les dwses dont j'ai été témoin, (La Rochefoucauld.)

// n'y a point de famille un peu à son aise qui n'ait sa provision d'argent assurée AU moins pottr vivre un an, (Bernardin de Saint-Pierre.)

n. Du moins est un terme de restriction qui équivaut à nca»motn5, qmi qu'il en soit^ cependant^ etc. :

Puisque les dieux nous ôtent l'espérance de vous voir régner au milieu de nous, M moins aide^-nous à trouver un roi qui fasse régner nos lois, (Fénelon.)

Et si de fagréer je n'emporte le prix.

J'aurai du moins l'honneur de l'avoir entrepris. ( La Fontaine.)

Si ce n'est point un crime de ne pouvoir régler les mouvements de son cœur, c'est DO moins un grand malheur. (Duclos.)

La plupart des enfants aiment le vin, ou du moins s'accoutument fort aisément à en boire. (Buffon.)

J'aime à voir quereller les méchants ;

C'est un repos du moins pour les honnêtes gens. (CoUin d'Harleville.)

On trouve très-souvent au moins employé dans ce dernier sens ; et dans bien des cas ces deux locutions se prenn^t Tune pour Tautre.

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