‹ Grammaire générale et historique de la langue françaisChapitre 30 sur 139 · GRAMUAIRE GÉNÉRALE ET HISTORIQUE · texte numérisé non relu

GRAMUAIRE GÉNÉRALE ET HISTORIQUE

, Bien, beaucoup.

Ces deux adverbes ont une très-grande analogie de signification quand ils sont employés pour exprimer la quantité, mais ils n'ont pas le même sens.

I. Bien^ dérivé du latin bene^ altération de bone^ signifie d'une bonne manière, bonnement, et ajoute à Tidée de quantité une idée d'appréciation :

De BiBiii des gens, il n'y a que le nom qui vaille quelque chose. (La Bruyère.)

// a BIEN de'Vesprit. (Pascal.)

Les méchants ont bien de la peine à demeurer unis. (Fén^lon.)

BiBN des choses ne sont impossibles que parce qu'on s'est accoutumé à les regaréer comme telles. (Duclos.)

Bien du sang aura coulé ce soir! (C. Delavigne.)

Bien des dates manquaient à ce journal sans suite. (Lamartine.)

II. Beaucoup y formé de beau et coup^ s'écrivait toujours, autrefois, en deux mots; c'est seulement à partir du dix-septième siècle qu'on Ta écrit en un seul et qu'on Ta substitué aux adverbes moult et prmi.

11 exprime la quantité simple :

J'ai passé BEAUCOUP de temps dans l'étude des sciences abstraites, (Pascal)

Le régal fut petit et sans beaucoup d'apprêts. (La Fontaine.) Les hommes font beaucoup d'injustices sans méchanceté. (Duclos.)

Si Ton compare ces phrases avec celles que nous avons citée» plus haut, on sentira quelle différence résulte de l'emploi de bien et de l'emploi de beaucoup.

Quand Pascal dit : // a bien de l'esprit, il donne à sa pensée un sens net et précis ; ce qu'il n'aurait pas fait, s'il eût dit : // a beaucoup d'esprit.

Et quand Duclos dit ; Les hommes font beaucoup d'injustices sans méchanceté^ il exprime une idée purement générale ; s'il eût écrit BIEN des injustices^ il eût donné à sa phrase un sens précis en désaccord avec sa pensée.

Ces différences se sentent sans qu'on ait besoin de les expliquer dans les phrases qui suivent : Il y a bien du monde ici., et II y a beaucoup de monde ici. Il a bien de la peine à réussir; Il a eu beaucoup de peine à faire son chemin.

L'article, qui précède toujours le complément de bien^ et la

préposition de^ qui se joint toujours à celui de beaucoup^ concourent matériellement à exprimer la différence de sens que nous indiquons.

m. Lorsque beaucoup précède les adverbes|?/tf5, moins^ modifiant un adjectif, on le fait quelquefois précéder de la préposition cZc ;

Il est DE BEAUCOUP PLUS savout qtte son frère.

Il serait moins énergique de dire : // est beâvcovf plm savant.

IV. Mais si beaucoup modifie un verbe ou un adjectif qui le précède, la préposition de est de rigueur :

// est plus savant de beaucoup qUe son frère.

Le clergé, sous le ministère de la reine Anne, a repris des forces, et il s'enrichit tous les ans de beauc:od^. (Montesquieu.)

Le despotisme est préférable de beaucoup à Vanarchie. (Lamennais.)

La science qui éclaire et la foi qui console, en prolongeant indéfiniment l'espérance, diminuent de beaucoup l'impression du malheur. (C. Nodier.)

Le christianisme, la dernière religion qui ait paru sur la tefre, est de beaucoup missi la plus parfaite. (V. Cousin.)

V. // s'en faut beaucoup exprime une difierence de qualité entre deux personnes ou deux choses :

Le cadet n'est pas si sage que l'aîné, il s'en faut beaucoup. (Académie.)

VI. // s'en faut de beaucoup exprime une différence de quantité :

Il s'en faut de beaucoup qu^ la somme y soit. (Académie.) Le pays n'est pas peuplé à proportion de son étendue, il s'en faut de beaucoup ; mais, tel qu'il est, il possède autant de sujets qu'aucun Etat chrétien. (Voltaire.)

Bien, fort, très.

I. Bien et fort sont des adverbes qui se joignent aux verbes, aux adjectifs, aux participes, aux adverbes et enfin à toutes les expressions qualificatives et adverbiales :

Ils s'acquittent bien de leur devoir. (Pascal.)

Le talent d'un auteur consiste à bien définir et à bien peindre.

n faut être bien fort ou bien fou pour oser être intolérant. (Voltaire.)

Le véritable courage est bien opposé à la témérité, qui n'examine rien.

(Fontenelle.) Voilà qui est bien pensé, bien imagipTé. (Académie.)

Il y a BIEN À profiter auprès de vos docteurs. ( Pascal*) Représente mes respects à Leurs Excellences, et je les prie bien instamment de we conserver dans leurs bontés. (Voltaire.)

3'aime fort les journaux quand ils sont bien écrits. (Andrieux.)

On lui dit qu'à trois ou quatre journées de là il y avait un temple fort faiteox. et PORT FRÉQUENTÉ. (La Fontaine.)

Quelle raison aurais-je à combattre vos vœux?

Le parti de soi-même est fort avantageux, (Molière.)

Nous avons dans nos climats des végétaux qui ont des convenances et des oppa^ $iiions FORT ÉTRANÇES avcc les reptiles. (Bernardin de Saint-Pierre.)

Cet ouvrage est fort estimé des savants. (Académie.)

Cette entreprise lui tient fort au cœur. (La môme.)

// a été longtemps gêné, mais aujourd'hui il est fort à son aise.

II. Très^ dérivé du latin ter^ trois fois, n'est pas, à proprement parler, un adverbe, mais une simple particule augmentative qui ne se joint qu'aux adjectifs, aux adverbes et aux participes passés à rétat d'adjectifs, auxquels on peut donner le sens du superlatif :

Un sage confident,

Conseiller très-sensé d'un roi très-imprudent. (Boileau.)

C'est une if^hy-iiKXi\K\si. politique de changer par /es lois ce qui doit être changé par les manières. (Montesquieu.)

Je suis très-scrpris de sa résolution, très-affligé de le voir prendre ce partt.

Les hommes son/ très-rarement dignes de se gouverner eux-mêmes. (Voltaire.)

m. Mais très ne se joint ni aux participes passés qui ne sontpiis , considérés comme adjectifs, ni conséquemmeat à aucun des verbes pronominaux.

On ne doit donc pas dire :

Gênes était toujours très-menacéb par les Piémontais. (Voltaire.) Je m'en suis très-repenti. — Cette nouvelle s'est très-répandue.

Il est plus incorrect encore de le joindre à un substantif ou à une expression qualificative complémentaire ; ainsi ces constructions, défendues par quelques grammairiens : ^vo/r très-faim, très-soif, TRÈS-CHAUD, TRÈS-FROID; Être TT\Ès en peine ^ très à la gêne^ très à son aise., doivent leur être abandonnées.

Si Marivaux a dit : Nous étions partis très-matin de cette ville; et si TAcadémie dit elle-même : // s'est levé très-matin, c'est que matin est ici employé comme adverbe.

Combien, que.

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