B6 GRAMMAIRE GÉNÉRALE ET HISTORIQUE
Nom nous plaignons quelquefois légèrement de nos amis pour justifier par avance notre légèreté, (La Rochefoucauld.)
Souvent on entend mal ce qu'on croit bien entendre. (Molière.)
Mais les adjectifs employés adverbialement se placent presque toujours après le verbe :
// y a parler bien, parler aisément, parler juste, parler à propos,, (La Bruyère.)
Les bonnes mœurs, la probité Donnent à peu de frais cette félicité
Qu'un monde imposteur nous présente Et nous fait payer cher sans la donner jamais. ( Florian.)
II. Les adverbes de quantité et de temps doivent toujours se placer après le verbe quand ils sont monosyllabiques :
Je veux qu'on vous escorte ; je m'iNTÉREssE trop à votre personne, ( Molière.) Le fat ne va pas où on l'attend; il arrive tard où il n'est pas attendu,
(Desmahis.)
Mais ces adverbes, quand ils sont polysyllabiques, ont toujours, comme adverbes de manière , une plus grande valeur d'expressiorf lorsqu'ils précèdent le verbe r
» Le riche est né pour beaucoup dépenser^
Le pauvre est fait pour beaucoup amasser. (Voltaire.)
Rarement un valet dit du bien de son maître; (CoUin d'Harlevill'e.)
III. Les adverbes de temps et de lieu se placent indifféremment avant ou après le verbe :
Quelquefois je me fais des illusions pour accroître mes jouissances, il me SEMBLE alors quc la terre parte son attention jusqu'à la délicatesse, et que les fruits sont annoncés par les fleurs. (Fénelon.)
Je V évite partout, partout il me poursuit, ( Racine. ) Jamais l'innocence et le mystère n'HAsiTÈRENT longtemps ensemble,
(J.-J. Rousseau.)
IV. Mais ici et là se placent très-souvent en tête de la proposition :
Ici gît... point'de nom î... Demandera la terre
Ce nom (Lamiu*tine.)
< Là dort d'un doux sommeil, quoique sans mausolée, Dans le Bein de sa mère, un fils de la vaUée. ( Le môme.)
V. Oè se place toujours à la tête de la proposition quand il a pour corrélatif là sous-entendu :
Où la guêpe a passé le moucheron demeure. (La Fontaine.) Où l'usage prévaut nulle raison n'est bonne. (Quinault.)
DE l'adverbe. 87
Vï. On place toujours après le verbe les adverbes de manière qui le modifient lorsqu'ils sont eux-mêmes modifiés par un autre adverbe :
Il se conduit assez habilement. — Il agit plus prudemment que son frère. Le génie consisiey en tout genre, à concevoir plus vivement et plus parfaite* MENT son objet. (Vauven argues.)
VII. Les adverbes auxquels se joint un complément se mettent aussi après le verbe :
Je PENSE à vouSf ma chère fiUe, préférAblement à toutes choses.
(M- de Sévigné.) Polyeucte parle comme il doit parler, conformément aux préjugés. (Voltaire.)
VIII. On peut cependant placer élégamment avant le verbe l'adverbe qui a un complément d'une certaine étendue ou plusieurs compléments coordonnés :
Indépendamment des grâces de son âge et de sa gaieté vive et caressante, elle xdans le caractère un fonds de douceur et d'égalité. (J.-J. Rousseau.)
IX. L'adverbe qui modifie un adjectif ou un autre adverbe le précède toujours :
Les premières sensations des enfants sont purement affectives. (J.-J. Rousseau.) Lorsque je parle des figures employées par la nature, je n'entends pas qu^elles
soient nécessairement ni même exactement semblables aux figures géométriques
qui existent dans notre imagination. (Buffon.) Rien n'est si triste que l'aspect d^une campagne nue et pelée. (J.-J. Rousseau.)
X. Les adverbes combien^ comme ^ comment^ où ^ pourquoi^ quand j employés dans les propositions interrogatives ou exclamatives^ se placent toujours avant le verbe :
Combien A4-elle été maîtresse de son cœur! (Bossuet.)
Comme on voit tous ses vœux l'un l'autre se détruire l (Racine.)
Comment pouRRAi-Je arrêter ce torrent de larmes? (Bossuet.)
Où menez-vous ces enfants et ces femmes ? ( Racine.)
Pourquoi ne RÉPORMERiONS-nous pas notre luxe? {fléchier.)
Mais vous, quelles fureurs vous rendent sa victime ? Pourquoi tous imposer la peine de son critte? (Racine.)
Quand viendra l'accomplissement de vos promesses? (Académie.)
XI. L'adverbe modifiant un verbe employé à un temps composé, €8 place le plus ordinairement entre Tauxiliaire et le participe :
On n'AVAiT point encore vu commettre une lâcheté avec tant d'audace.
(Voltaire.)
88 GRAMMAIRE GÉNÉR^iLE ET HISTORIQUE.
// A S0CCB9S1VBUENT CHANTÉ lôs louantjes des minisUts qui se sont stiecédé. S*il y a des hommes dont le ridicule n^AiT jamais paru, c*est qu'on ne Vk jamais CHBRGHé. (La Rochefoucauld.)
Mais l'adverbe se place après le participe quand on veut lui donner toute sa valeur d'expression :
Il a EU NATURELLEMENT ce que tant d'autres veulent avoir et ne se donnent pas,
(La Bruyère.)
XII Enfin, lorsque plusieurs mots, formant une expression adverbiale, modifient un verbe, ils se ptecent avant ou après le verbe, mais ils donnent plus d'énergie à l'expression lorsqu'ils suivent :
. . . Pour peu qu'un seul jour on ait administré.
On connaît ses cousins au quinzième degré. (G. Delavigne.)
// ne vient plus me voir que de loin en loin. (Académie.) Bet exprettions négatives.
L II n'y a proprement que deux adverbes de négation, non et nèfles autres expressions négatives, pas^ point, etc., sont des termes accessoires qui, le plus souvent, ne servent que de compléments aux deux autres.
H. Ne employé seul est l'expression négative la plus faible :
Je ne puis commander au trouble qui m*agîte. (Corneille.)
n est peu de beautés que le temps ne détruise. (Lanoue.)
Qui de nous, en posant une urne cinéraire,
iV'a trouvé quelque ami pleurant sur un cercueil ? (V. Hugo.)
m Ne pas est l'expression négative moyenne ; elle a plus de force que ne, et elle est moins énergique que ne point :
Quelqu'un fait bien; veut-il faire mieux? que je ne sache tas qu'il fait bien, ou que je ne le soupçonne pas du moins de me l'avoir appris. (La Bruyère.) La sagesse n'est pas toujours inaltérable. ( La Chaussée.)
Non, tu n'espo^ un aigle, ont crîé les serpents,
Quand son yol faible encor trompait sa jeune audace. (C. Delavigne.]
W, Ne point est Texpression négative la plus forte :
Je ne choisirai point, dans ce désordre extrême-,
Tout me sera Pyrrhus, fût-ce Oreste lui-même. (Racine.)
V. Non s'emploie pour ne pas^ nepomt^ dans les propositions elliptiques :
... Rome veut un maître, et non une mal tresse. (Racine.)
Jugeskpar wniMnême, et non par Vopinien i^autrm. (M"»* L&mbert)
La vertu dans le monde est toujours poursuivie ;
Les envieux mourront, mais non jamais l'envie. (Molière.)
IKfférence entre pas et point,
I. Pas exprime moins fortement k négation qae point; il s'emploie pour indiquer quelque chose d'accidentel, o\i pour exprimer iinipleinent un fait :
// îCétudie pas ; U ne Ht pas ; U ne dessine pas. /
C'est-à-dire, dans ce momëint, a présent, il n'étudie pas ^ il ne lit pas^ etc.
II. Point s'emploie pour exprimer quelque chose d'habituel et de permanent ou énoncer un fait positif :
// n* étudie point; il nb lit pomt; U ne dessine point.
C'esirà-dire, en aucun temps, jamais, il n'étudie^ il ne lit^ il ne dessine.
Cette distinction a été parfaitement observée dans les phrases" suivantes î
n n'est point de noblesse où manque la vertu. (Crébillon.) Les grands ne doivent point aimer les premiers temps, ils ne leur sont point
favorables ; il est triste pour eux d'y voir que nous sortions tous du frère et de la
sœur. ( La Bruyère.) n est plein de lui-même, ne se perd pas de vue, ne sort point de l'idée de sa
grandeur, de ses alliances, de sa charge, de sa dignité, (La Bruyère.)
Ne se perd pas de vue exprime la circonstance; ne sort point de Vidée de sa grandeur exprime l'habitude.
Je ne vous réponds pas des volontés d'un père :
Mais je ne serai point à d'autre qu'à Valère. ( Molt^^)
Je NE vous réponds pas exprime un simple fait ; je ne serai point id'autre exprime un fait permanent.
m. Pas et pointy dans les propositions interrogatives, cmt quelquefois un sens différent.
1** Pas s'emploie quand on veut exprimer quelque chose de positif; alors la forme de la phrase est négative^ mais le sens est affirjnatif:
Ne le save%Hvous pas? — Ne Vave%'VOus pas vu? ^ C'est conrnie si on disait : Vms le savez; Vous l'avez vu.
2® Point, quand on veut exprimer quelque chose deckmteuxi
Ne le save^-vous point? — Nb l'ava-^ous point vu ?
C'est-à-dire : Je ne puis croire, est-il possirle qtie vous ne le sachiez point, que vous ne l'ayez point vu ?
Zmploî de pas et de point.
I. Avant un adverbe exprimant la quantité, la comparaison ou le temps, pas est plus fréquemment employé que point :
La tour, déjà élevée fort haut, ne l'était pas autant que le souhaitait la vanité humaine, ( Bossuet.) Anibas disait que le Christ ne pouvait pas beaucoup tarder. (Le même.)
II. Pas et point se placent après un verbe employé à un temps simple, et entre l'auxiliaire et le participe, quand le verbe est à un temps composé :
La durée de nos passions ne dépend pas plus te nous que la durée de notre vie.
( La Rochefoucauld.) Vous ne connaisse:^ pas celui dont vous parlez, ( Molière.) Je ne fai point aimé^ cruel, qu'ai-je donc fait? (Racine.)
III. Pas et point j joints à un infinitif, le précèdent presque toujours i
Eviteji les tentations, afin de n'y pas succomber.
Quand l'immortalité de l'âme serait une erreur^ je serais fâché de ne pas la CROIRE. (Montesquieu.)
Mais, pour donner plus de force à la négation, on place quelquefois pas ou point après Tinfmitif :
Tout l'État attendait un changement avec trop d'impatience pour ne recevoir pas avec joie une nouveauté dont chaque particulier espérait de profiter.
(La Rochefoucauld.)
Il faut laisser les morts en paix et ne flétrir point leur histoire. (Fénelon.)
IV. Si deux infinitifs se suivent, pas et point peuvent se placer entre les deux; mais Texpression négative est beaucoup plus én^- ^ique s'ils précèdent les deux infinitifs :
Je voudrais ne pas savoir écrire, disait Néron, forcé de signer un arrêt de niorU
(Boniface.)
DE {.'adverbe. 91
SuppreMÎon de pas et de point,
\. Pas et points termes accessoires de négation, se suppriment très-souvent «avec les verbes pouvoir, oser^ savoir, cesser, suivis d'un infinitif, et, dans le langage familier, avec le verbe bouger :
Laplupart des princes et des ministres ont bonne volonté ; ils ne savent comment i'}l prendre. (Montesquieu.)
Qui yit haï de tous ne saurait longtemps vivre. (Corneille.)
/«NE BOUGERAI de là, puisçue vous l'ordonriei, (Académie.}
II. Ils se suppriment quelquefois dans une seconde proposition coordonnée dont le verbe est à Fimpératif •
Ne baissez pas la tête, et n'ayez peur, Madame* (Ponsard.)
Observation. — Dans les propositions interrogatives, on supprimait abusivement, autrefois, la négation ne, et Ton exprimait seule- Daent après le verbe un de ses compléments pas ou point :
Mais enfin dormez-vous? Êtes-vous éveillé? Meconnaissej^ouspasf (Molière.)
Celte construction, essentiellement contraire au génie de notre langue, a été adoptée par un très-grand nombre de poètes modernes à qui elle a semblé favorable à la mesure :
Si le ciel qui voulut afTaiblir ma raison. M'interdit de régir moi-môme ma maison, Devie%rvous pas bien mieux soigner d'un ceil austère L'honneur dont vous étiez seule dépositaire ! (Ponsard*)
Voye*-vous pas s'enfuir les hôtes du bocage ? ( Delille. )
Suis-jepasAe vous dis... c'est bien connu de tous.
Un être dont l'esprit est sens dessus dessous ? ( Ponsard.)
Qu'est-<e donc qui vous fi&che?
5ommcs-notts pas d'accord? (Augier.)
Cette forme n'est pas moins vicieuse, aujourd'hui, en vers qu'en prose, et Ton doit écrire avec Racine :
*. . . O dieux ! quoi ! ne m'avez-vous pas
Vous-même, ici, tantôt, ordonné son trépas!
III. Pas et point se suppriment toujours, quand il entre dans la phrase une des expressions négatives a)ucun, nul, personne, guère, i^^is, nullement, m répété, et les adverbes de comparaison mtetix, ^^fiSy plus, rien, ne que, signifiant seulement ou rien autre chose :
Nul n'aura de Tesprit hors nous et no» amis. (Molière.)
d2 GRAMMAIRE GÉNÉRALE ET HISTORIQUE.
L'envie est une passion timide et honteuse que l'on n'ose jamais avouer,
( La Rochefoucauld. ) Aucun n'ose avancer, mais aucun ne recule. (Ponsard.) ' On NE SAURAIT croirejusqu'où a été, dans ce sièclCy la décadence de Vadminisiration. (Montesquieu.)
L'^orgueil se dédommage toujours et ne perd rien, lors même qu'il renonce à la vanité. (La Rochefoucauld.)
Je N'ai JAMAIS voulu souffrir qu'un homme d'esprit s'avisât de mè railler deux fois de suite. (Montesquieu.)
Ni Taveugle hasard, ni T aveugle matière,
N'ont pu former mon âme, essence de lumière. ( Lamartine.)
Pour faire de si grands ouvrages , il N'en a coûté à Dieu Qv*un seul mot, c'est-àdire qu'il NE lui en goCitb rien. (Bossuet.)
Être peu dans Paris, c'est n'être rien du tout.
Et sans un piédestal nul n'y semble debout. (E. Augier.)
Un homme éclairé Jt' eût-il que son intérêt pour objet, n'a pas pour y parvenir de moyen plus sûr que laprohité. (Duclos.)
Je NE demande que le nécessaire, — Trop de lecture ne sert Qo'd embrouiller V esprit. (Académie.)
IV. Pas et point se suppriment encore, quand la proposition renferme une expression à laquelle on attribue un sens n^atif ; ainsi Ton dit :
// NE voit goutte; pour // ne voit pas. Je NE l'ai vu de ma vie ; pour Je ne l'ai jamais vu. Je ^'en parlerai à ame qui vive, à qui que oe soit ; pour Je n'«» parlerai à personne.
V. On les supprime aussi dans les propositions interrogativés commençant par que^ employé dans le sens de pourquoi :
Que N'AvoNS-no«« sur l'art dramatique un pareil entretien entre Corneille, Molière et Racine, composé par Voltaire ! (Marmontel.)
Va, le ciel te confonde, animal importun !
Que ne yis-tu sur le commun ? ( La Fontaine.)
VI. Après la locution conjonctive à moins que^ et la conjonction si employée pour à moins que :
A moins que vous ne preniez bien vos mestires, vous n'en viendre%p(ts a bout.
(Académie.) De vos songes menteurs l'imposture est visible, A moins que la pitié qui semble vous troubler Ne soit ce coup fatal qui votts faisait ttemblor. (Racine.)
N*e$pére%pas obtenir les faveurs du del si voas ne rbmpussek vos devoirs enoen Dieu et envers les hommes. ( Beauzée. )
VII. Après depuis que^ deux choses sont à distinguer : d'abord te temps du verbe, ensuite le sens de la phrase.
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DE l'adverbe. 93
1° Si le verbe est au passé et que le sens soit négatifs on anploie toujours la négation ne :
Depuis que je ne Vki vd, je n'ai pas entendu parler de lui. Depuis Qu'e/Ze tut promise à Jésus-Christ^ elle he chercha plus qu'à lui plaire.
(Fléchier.)
2'' Le verbe s'emploie sans négation lorsque le sens est a^r-
Depcis que la justice céinT sous un amas de lois, et Qu'on s'est fait tm art de se mner les uns les autres par la chicane , les rois n'ont pu suffire à cette fonction.
(Fléchier.)
V Si le verbe est au présent^ on emploie non-seulement ne^ mais encore un des compléments de négation pas^ points plus ^ qiiand le yt\!L% ç^i négatif :
depuis que nous ne nous voyons plus, nous sommes bons amis.
VIII. On supprime pas et point après le verbe placé sous la dépendance de la proposition impersonnelle il y a^ lorsqu'il figure à un temps passé :
Il Y A sue; mois que je ne lui ai parlé. (Académie.)
Mais si le verbe de la seconde proposition est au présent, on emploie alors pas ou point :
Il Y A six mois que je ne lui parle pas.
ISmploî et fuppreffîon de ne.
Appréhender f avoir peur, craindre, trembler.
1. Après ces verbes, employés dans une proposition principale affirmative^ le verbe de la proposition subordonnée doit toujours être précédé de we;
Les pères craignent que Vamour naturel des enfants ne s'efface. (Pascal.)
Oïl appréhenda qu'elle fi'eût le sort des choses humaines, (Bossuet.)
Craigneii, seigneur, craigncT» que le ciel rigoureux
Ne vous haïsse assez pour exaucer vos vœux ! (Racine.)
On doit APPRÉHENt>ER quc cette occasion ne lui échappe. (La Bruyère.)
Vous AVEZ BIEN PEUR quc je NE change d'avis. (Marivaux.)
Mais si l'on désire que Faction exprimée par le verbe de la proposition subordonnée s'accomplisse, on emploie ne pas au lieu de ne :
h crains qu'il n'ait pas le premier prix
il. Maïs si ces verbes sont employés ou négativement ou interrogativement, on n'exprime pas la négation dans la proposition subordonnée : ^
Vous NE deve% pas appréhender que je le loue. (I,a Bruyère.) Il NE faut PAS craindre qu'ils respectent moins la puissance qui avoue son ^or<. (Massillon.) Je NE TREMBLE PAS qu'H ARRIVE. (Académie.)
Mais n'appréhende pas qu'un autre ici m*obtienne. (Corneille.) Craigne%^vous que mes yeux versent trop peu de larmes? (Racine.)
Douter, nier, contester, disconvenir, désespérer.
I. Après ces verbes employés négativement ou interrogativement, le verbe de la proposition subordonnée prend en général la négation ne :
On NE PEUT PA* DOUTER que les pôles ne soient couverts ^une coupole de glace.
( Bernardin de Saint-Pierre.) On ne DÉSESPÉRAIT PAS que vous NE devinssiez riche, (Beauzée.) L'on NE PEUT guère douter que les animaux actuellement domestiques Tiraient été sauvages, (Buffon.)
Doutes-tu qu'il ne veuille implorer ma clémence? (Racine.)
II. Si ces verbes sont employés dans une proposition affirmative, le second verbe s'emploie sans négation :
Il me paraît absurde de nier qu'il y ait une intelligence dans le monde,
(Voltaire.)
Observation. — Après douter et nier^ employés négativement, on peut'supprimer la négation dans la proposition subordonnée, si elle énonce un fait incontestable :
Ils NE NIENT POINT quc la doulcur SOIT un mal, et qu'il y Arr de la peine dans la désunion des choses auxquelles nous sommes unis par le caractère, (Malebranche.)
Personne, fiE nie qu'il y ait un Dieu, si ce n'est celui à qui il importe qu'il n*y en ait point. (Chateaubriand.)
Empêcher, éviter, prendre garde et se garder que.
Le verbe de la proposition subordonnée prend toujours la nation, après un de ces verbes, et après garder que employé pour se garder^ prendre garde ^ quels que soient le sens ou la forme de la proposition principale :
Èe mot propre est souvent difficile à rencontrer, et, quand il est trouvé, la gêne du vers et de la rime empêche qu'on ne l'emploie. (Voltaire.)
Évite% qu*an excès de rigueur, d'indulgence,
iV'encourage Taudace ou n*anne la vengeance. (Delille.)
Le relâchement des mœurs n*EMPÈCHtpas qu'on ne vante heaueoup Vhonneur et la vertu; ceux qui en ont le moins savent combien il leur importe que les autres en aient. (Duclos.)
Vrerids garde que jamais Tastre qui nous éclaire ^
Ne te voie en ces lieux mettre un pied téméraire. (Racine.)
Gardez, quand V amusement du travail vous emporte, que lui cependant ne s'ehnoie sans oser vous le témoigner. ( J.-J. Rousseau. )
Garde* qu'une voyelle, à courir trop hâtée.
Ne soit d'une voyelle en son chemin heurtée. (Boileau.)
Défendre.
Après défendre, qui exprime une chose positive, le verbe de la proposition subordonnée ne prend jamais la négation :
J'ai DÉFENDU que vous fissiez telle chose. (Académie.);
Je n'ai pas défendu qu'il allât le voir.
Mais -il me semble, Agnès, si ma mémoire est bonne.
Que j'avais défendu que vous vissiez personne. (Molière.)
Le médecin défend qu'il se livre à des exercices violents, et qu'il fasse de Ionpu courses.
y ai môme défendu par une expresse loi
Qu'on osât prononcer votre nom devant moi. (Racine.)
// s'en faut que; il s'en faut beaucoup), peu que; 'peu s'en faut que; il tient à moi, à toi, à lui que.
Le verbe de la proposition placée sous la dépendance d'une de ces expressions verbales, prend la négation seulement quand la proposition dans laquelle Timpersonnel figure est interrogative ou renferme une expression négative.
Ainsi on dira sans négation :
Il tient à vous, à lui que tout se passe hien.
Il s'en fallait beaucoup que la famille de Descartes lui rendIt justice.
(Thomas.)
Et avec négation :
h NE sais à quoi il tient, il me tient À rien, à quoi tient-il que je ne lui rompe tnvisière? (Académie.)
Peu s'en faut que Mathan ne m'ait nommé son père. ( Racine.)
Il s'en faut peu que le crime ne soit loué comme la vertu même.
(La Bruyère.)
Ped s'en pallatt que je m me crusse parent du duc de Lerme. (Lesage.)
Autre, tout autre, autrement, tout autrement, mieux, moins, plus, plus tôt, plutôt que,
I. Quand la proposition où figurent ces expressions est affirmative, le second verbe prend la négation ne :
Je vous entends ici mieux que vous ne pensez. ( Racine. ) On se voit d'un autre œil qu'on ne voit son prochain. (La Fontaine.) On dompte la panthère plutôt Qc*on ne l'apprivoise, (Buffon.) Nous avons en France des tragédies estimées qui sont plutôt des conversatiotH qu'elles ne sont la représentation d'un événement. (Voltaire.)
IL Si la proposition principale est négative ou interrogative^ le second verbe s'emploie sans négation :
Il NE parle pas autrement qu'il agit.
Un homme peut-il être plus heureux que vous TèifiS?
A moins que, de crainte que, de peur que.
Après ces locutions conjonctives, et la conjonction que ewfloyéei pour sans que^ la négation ne se place le plus ordinairement avant te verbe de la proposition complémentaire :
Elle le prie de parler plus bas, dk crainte que son père ne l'entende. (Voltaire.)
Combien de fois a-t-on vu des hommes publics faire échouer des entreprises glo^
rieuses à l'Etat, de peur que la gloire fCen rejaîUit sur leurs rivaux. (Massillon.)
Nejete&pas, dit Jésus, les perles devant les pourceaux, de peur ql'î/s ne leê
foulent aux pieds, et que, se tournant contre vous, ils ne vous déchirent.
(Bernardin de Saint-Pierre.) Je ne saurais voir d'honnêtes pères chagrinés par leurs enfants, que cela itE m'émeuve. (Molière.)
Je ne vous quitte point,
Seigneur, que mon amour n'ait obtenu ce point. (GoraeiUe.)
Je ne puis travailler Qu'aussitôt je ne sois malade. (Académie.)
Les poètes seuls retranchent quelquefois la négation :
A moins qu'k nos projets un plein effet réponde. (Corneille.) Si j*ai lH»soin de vous, de peur qu'on me contraigne, J*ai besoin que le roi, qu'elle-même me craigne. ( l,e môme.) De peur que ma présence encor soit criminelle,
Je te laisse (Molière.)
Sois donc prêt à frapper, de pcttr qu'on nous prévienne. (Vottaîre.)
Ces licences ne peuvent être excusées que dans les vers, où la mesure ne permet pas toujours de se conformer aux exigences grammaticales.
I£ LA CON^ÏKCnCW. 97
Avant que, sans que.
Après ces locutions conjonctives, on supprime généralement la négation ne :
AvAîïT QUE Dieu eût donné Vétre, rien ne V avait que UU seul. (Bossuet) Avant que les nations fussent converties, tout n'était pas accompli^ (Pascal.) Hèlas! nous ne pouvons un moment arrêter les yeux sur la gloire de laprin» mse, SANS que la mort s'y mêle aussitôt pour tout offusquer de son ombre.
(Bossuet.) Eh ! peut-on être heureux sans qu*il en coûte rien? (Lafosse.) Von est mort avant qu'on ait aperçu qu'on devait mourir, (FJéchier.)
Je veux pourtant songer à mettre ordre à mon bien,
Avant qu'un prompt trépas m'en ôle le moyen. (Regnard.)
Quelques écrivains cependant ont fait usage de la négation après ces deux locutions conjonctives :
lirai vous voir avant que vous ne preniez aucune résolution, {M.^* de Sévigné.)
Il me paraît que les volontés de M. Fouquet sont si ambulatoires, qu'il ne vaut pas la peine de rien tenter avant Qv*elles ne soient fiocées, (Montesquieu.)
Elle ne voyait aucun être souffrant sans que son visage n'exprimât la peine qu'elle en ressentait. (Bernardin de Saint-Pierre.)
Mais avec avant qiie^ l'emploi de la négative est aujourd'hui contraire au meilleur usage, et jointe à sans que^ la négation produit une sorte de pléonasme vicieux.
Pour rendre la phrase de Bernardin de Saint-Pierre correcte, il liiut la construire ainsi :
Elle ne voyait aucun être souffrant sans que son visage exprimât la peine qu'elle en ressentait ;
OU, en supprimant sans^ dire avec la négation :
Elle ne voyait aucun être souffrant qu'cZ/c n'exprimAt la peine qu'elle en res-
iititait.
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