‹ Grammaire générale et historique de la langue françaisChapitre 44 sur 139 · I. Pendant que marque la simultanéité entre deux actions · texte numérisé non relu

I. Pendant que marque la simultanéité entre deux actions

Penbant qob Rome était affligée d'unepeste épouvantable, saint Grégoire te Grand (ut élevé malgré lui sur le siège de saint Pierre, (Bossuet.)

Pendant quHI délibère, vous êtes déjà hors déportée. (La Bruyère.)

On a dit dans le même sens, et pour exprimer le même rapport, cependant que :

Elle me tient les mains cependant qu'il me YoIe. (Corneille.)

Aujourd'hui cette construction est inusitée.

II. Tandis que marque une opposition entre deux actions ou deux faits se rapportant à une même époque ou à des temps différents :

La religion eut ses David et ses Salomon, qui rougirent d'habiter des palais superbes TANDIS QUE le Seigneur n* avait pas où reposer sa tête, (Massillon.j

Et que me servira que la Grèce m*admire,

Tandis que je serai la fable de TEpire î (Racine.)

Tandis que tout change et périt dans la nature^ la nature elle-même reste tmmuableet impérissable. (Marmontel.)

Un astrologue un jour se laissa choir

Au fond d'un puits. On lui dit : Pauvre bête.

Tandis qu'k peine à tes pieds tu peux voir.

Penses-tu lire au-dessus de ta tête ? ( La Fontaine. )

III. Tant que exprime la durée continue d'une action relative à une autre action ; il signifie proprement aussi longtemps que :

Tant qu'elle a été heuredse, elle a fait sentir son pouvoir au monde par des bantés infinies. ( Bossuet.)

Il a été consulté comme l'oracle de là Fronde, tant qvHI a été constant dans sonparti. (La Rocheroucauld.)

Tant qoe j'eOs de l'argent, mon hôte me fit bonne mine et eut de grands égards pour moi. (Lesage.)

Tandis que s'employait autrefois dans ce sens :

Mais enfin apprenez que Rome est indomptable;

Que pour elle la faim n'a rien d'épouvantable.

Et que les aliments ne lui manqueront pas, ^

Tandis que les Romains conserveront leurs bras. (Du Ryer.)

Aujourd'hui on dirait tant que^ aussi longtemps que.

Quoique, quoique.

I. Quoique en un seul mot est une conjonction qui a le sens de bien que :

Quoique VÉvangiU propote à tom la même doeirme, il ne propose pas à tous lea mêmes règles, (Massillon.) Nous avons marché longtemps tout nus quoique le climat ne soit pas chaud.

(Voltaire.)

II. Quoi que^ en deux mots, signifie quelque chose que^ quelle qur soit la chose que :

Quoi çtt'ordonnent les dieux, le destin ou le sort,

Il est temps de trouver ou le trône ou la mort! (Du Ryer.)

Sans la langue, en un mot, Tauteur le plus divin

Est toujours, quoi qu'il fasse, un méchant écrivain. (Boileâu.)

Quoi QvHls fassent, mes contemporains ne seront jamais rien pour moi.

( J.-J. Rousseau.) Souvenez-vous, quoi que le cœur vous dise, De ne jamais former nulle hantise.

Qu'avec des gens dans le monde approuvés. (J.-B. Rousseau.)

De même que.

De même que^ employé en tête du preriiier membre d'une comparaison , se répète le plus ordinairement au commencement du second :

De même que la cire molle reçoit aisément toutes sortes d'empreintes et de figures, de même un jeune homme reçoit facilement toutes les impressions qu'on veut lui donner. (Académie.)

De même que, dans les quadrupèdes, il y en a qui volent et ne marchent pas , dk MÊME, dans les oiseaux, on en trouve qui ne peuvent voler et sont réduits à marcher. (Buffon.)

Quelques écrivains le suppriment en tête du second meralwe df phrase .

De même que certains oiseaux ne peuvent supporter V éclat du soleil, notre esprit s'éblouit à la lumière de la vérité. (Lamennais.)

Cette construction est peu usitée, et beaucoup moins harmonieuse que la première.

Alors que, dès lors que.

I. Alors quei^ouv lorsque n'est usité aujourd'hui, comme le fait observer l'Académie, que dans le style élevé et en poésie :

Alors que la trompette guerrière se fait entendre, tout s'ébranle, etc.

(Académie.)

B n'est plus temps d*aimer alors qu'Û faut mourir. (Corneille. }

Je n'aime point Thalie, alors que sur la scène,

Elle prend gauchement Thabit de Melpomëne. (Voltaire.)

La colère est aveugle alors qu'elle est extrême. (Aubert.)

II. Dès lors que, employé pour lorsque^ est une locutjon qui a vieilli :

Les grands se font honneur dès lors qu'ils nous font grâce.

(La Fontaine. y

On dirait aujourd'hui lorsqu'ils nous font grâce.

A çaiLse qm,

A cause que est une locution tombée en désuétude ; elle était trosusilée au dix-septième siècle ; aujourd'hui on dit parce que :

ttrC obéit aux Iqîs qt^k cause qv'U les croit justes. (Pascal.)

Dieu nous est représenté comme celui qui fait tout, et qui fait tout par la parole, tant À CAOSB Qu'ti fait tout par raison, qu*k cause Qu*t7 fait tout sans peine.

(Bossuet.)

On dit asse% souvent des choses qui choquent directement la raison, et qui ne laissent pas néanmoins dépasser À cause Qu'elles excitent à rire. (Boileau.)

On ne doit user des expressions qui plaisent qu'A cause Qv*il y a peu d'hommes mei raisonnables pour goûter une vérité qui est sèche et nue. (Fénelon.)

On la trouve même dans quelques écrivains du dix-huitième

siècle :

Est-ce qu'on est charitable À cause qu'oii fait des œuvres de charité ?

(Marivaux.)

Avant que, à moins que.

On trouve, dans quelques-uns des écrivains du dix-septième siècle, fwant qucj à moins que^ suivi d'un infinitif, pour avant de, avant que de et à moins de; mais ces locutions sont depuis longtenlps abandonnées :

Avant que passer outre, un peu d'attention. (Corneitle.)

Il ne doit rien prétendre,

A moins que se résoudre à m'accepter pour gendre. (Le même.)

Devant que, durant que.

Devant que^ durant que^ sont des locutions tout à fait inusitées aujourd'hui ; on ne dirait donc plus : Devant que f expire^ mais

Avant que j'expire; Durant qu'«7 se prépare^ mais Tandis qu*«7 se

prépare.

Le coup fut heureusement exécuté par CommingeSf durant qoe le$ compagnies des gardes étaient en haie dans les rues, (La Rochefoucauld.)

fis crurent l'un et Vautre qu'étant unis ils pourraient facilement détruire le cardinal Ma%arin devant Qu*tZ eût le temps de s'établir. (Le môme.)

Malgré que.

Cette locution est aujourd'hui tombée en désuétude ; on ne dit plus : Malgré Çffmje fasse^ malgré que^'^ sois^ mais QiJOiQim je fasse, BIEN QVEjesois,

^Cependant on dit encore Malgré que f en aie., malgré qu'il en ait, expressions équivalentes à Quelque mauvais gré que f en aie, qu'il en ait :

On va chercher la philosophie dans Aristote, et on lui donne la torture pour l'ajuster au christianisme, malgré qu'il en ait. (Fleury.)

On n'a besoin d'élever que les hommes vulgaires ; leur éducation doit seule senir d'exemple à celle de leurs semblables; les autres s'élèvent, malgré qu'on en ait.

(J.-J. Rousseau.)

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