‹ Grammaire générale et historique de la langue françaisChapitre 43 sur 139 · III. Et ne doit pas être exprimé · texte numérisé non relu

III. Et ne doit pas être exprimé

l"* S'il y a synonymie entre les termes d'une àiumération :

Son luxe, son faste, importune tout le monde.

Le noir venin^ le fiel de leurs écrits.

N'excite en moi que le plus froid mépris, (Colardeau.)

DE Ll GOIflONCnON. 103

2® Quand il y a gradation dans les termes ou dans les proposi* tiens :

Femmes, moines, vieillards, tout était descendu ; L'équipage suait, soufflait, était rendu, (La Fontaine.)

Le dient sort, reconduit, caressé, confus, presque content d'être refusé,

( La Bruyère.)

Un souffle, une ombre, un rien, tout lui donnait la fièvre.

(La Fontaine.)

On se battait le matin, à midi, le soir, la nuit. (Ph. Ghasles.)

3** Entre deux propositions mises en opposition, et surtout quand elles commencent pavpltis^ mieux ^ moins^ autant :

Le plus riche des hommes, c'est l'économe ; le plus pauvre, c'est l'avare.

(Chamfort.) Un tiens vaut, ce dit-on, mieux que deux tu Tauras; L*un est sûr, l'autre ne l'est pas, ( La Fontaine.)

4° Et se supprime surtout entre deux propositions mises en opposition commençant par at^an^, mieux ^ répétés; j)/w«, moi/i^, répétés ou rapprochés l'un de Tautre :

Quelle fut alors sa ferveur et son %èle? Autant de mots, autant de sentiments de piété; autant de soupirs, autant de transports depénitence. (Fléchier.)

Plus je vais en avant, plus je trouve qu'il n'y arien de si doux que le repos de la conscience, (Racine.)

Moins on mérite un Wen, moins on Tose espérer. (Molière.) Moins on a de passions, plus on renferme en soi d'éléments de bonheur,

1 (MarmonteL)

Plus on a de lumières, plus on a de devoirs à remplir. (Duclos»)

Plus on aime quelqu'un, moins il faut qu'on le flatte. (Molière.) Les gens qui ont peu d'affaires sont de très^grands penseurs. Moins on pense, PLts on parle. (Montesquieu.)

5** Mais on doit exprimer et entre deux propositions commençant par un de ces adverbes, lorsqu'elles sont ajoutées Tune à l'autre et opposées à une troisième qui les suit ou les précède :

PLLS;e lis la Fontaine, plus je l'admire et puis je /eeroû inimitable.

(Marmontel.)

Dans cette phrase, la première proposition est opposée aux deux dernières qui sont coordonnées entre elles et justement unies par la conjonction et.

On ne doit donc pas écrire :

Plus je rentre en moi, plus je me consulte, et plus je lis ces mots écrits dans mon âme : Sois juste et tu seras heureux, (J.-J. Rousseau.)

Mais : Plus je rentre en moi-même et i^LUSje me consulte y plU8j> //«, etc., parce que l'opposition est établie ici entre les deux premières propositions et la troisième.

lt)4 GR-VMMAIRE GÉNÉRALE ET HISTORIQUE.

Dans la phrase suivante, au contraire, elle est établie entre la première proposition et les deux propositions qui la suivent :

Plds s'élèvent ces grandes âmes, plus elles doutent d'elles-mêmes, plus elles se sentent loin dusplendide exemplaire qu'elles contemplent et qu'elles ne reproduiront jamaiSé (Lamennais.)

On aurait donc dû écrire : et plus elles se sentent^ etc.

Ni.

I. iVe s'emploie pour unir deux propositions principales négatives dont la seconde est elliptique :

On N*EST jamais ni si heureux m si malheureux qu'on s'imagine.

(La Rochefoucauld.) Le lion n*est pas fait pour tracer les sillons, Ni l'aigle pour voler dans les humbles vallons. (J.-B. Rousseau.)

II. On remploie encore pour unir les subordonnées dépendant d'une négative :

Il ne faut pas qu'on vous accuse m qu'on votis soupçonne»

III. Oïl l'emploie enfin pour unir les parties semblables d'une proposition négative :

Le soleil m la mort ne se peuvent regarder fixement. (La Rochefoucauld.)

Quoique Dieu soit puismnt, il ne peut violer ses promesses m tromper les hommes. (Montesquieu.)

Ils ne savaient point encore se priver du nécessaire pour le superflu, ni préférer le faste aux choses utiles. (La Bruyère.)

l\. Ni se répète élégamment avant chacun des sujets, des attributs et des compléments coordonnés d'une proposition négative i

Il N*esf NI bon ni aimable. Il N*a ni foi ni loi*

Les enfants n'ont ni passé ni avenir; et, ce qui ne nous arrive guère, ils jouissent du présent. (La Bruyère.)

L'histoire, qui ne reproche à Alfred m défaut m faiblesse, le met au premier rang des héros utiles, (Voltaire.)

Ni l'aveugle hasard, ni Taveugle matière,

N'ont pu former mon âme, essence de lumière. (L. Racine.)

V. Ni est encore employé pour éviter la répétition de sans et de sans que :

Dans les rêves, les sensations se succèdent bans que Vâme les compare ki les réunisse, (Buflfon.)

Mais si l'on répète sans^ on emploie la conjonction et ; Sans joie et sans murmure elle semble obéir. (Racine.)

VI. Ni a été quelquefois employé, par nos meilleurs écrivains, après empêcher^ défendre^ employés affirmativement :

Bientôt ils défendront de peindre la Prudence,

De donner à Thémis ni bandeau ni balance. (Boileau.)

Est-ce une faute? Non; car il est évident qu'une idée négative était dans l'esprit de l'auteur, et qu'il a voulu dire : Ils ne permettront PAS de donner à Tfiémis un bandeau ni une balance; l'emploi de ni résulte donc de la pensée même, et la construction est ici très-correcte, mais sylleptique.

11 en est de même des vers suivants :

Gardez-vous de donner, ainsi que dans délie,

L*air ni Tesprit français à Tantique Italie. (Boileau.)

Gardez'vous de donner équivaut à cette proposition négative : ^E donnez pas l'air m l'esprit^ etc.

Ou.

I. La conjonction ou s'énonce le plus ordinairement avant le second des deux termes qu'elle unit :

Une FnoiDECR ov une iMCiviLrrÉ qui vient de ceux qui sont au^essus de nous, mii les fait haïr; mais un salut ou un soDRir^E nous réconcilie,

^'os maux physiques se détruisent ou nous détruisent ; le temps ou la mort sont nos remèdes, (J.-J. Rousseau.)

Selon que vous sereE puissant ou misérable,

L^ jugements de cour vous rendront blanc ou noir. ( La Fontaine.)

Avec moi de ce pas venez vaincre ou mourir. ( Boileau.)

II. S'il y a plus de deux termes énoncés, on peut exprimer la conjonction avant le dernier seulement :

Le roi, Vtne, ou moi nous mourrons. ( La Fontaine.)

OU bien Texprimer avant le second et chacun des temps qui suivent :

Les seuls amis solides sont ceux qu*on acquiert par des qualités solides; îes^ feutres sont des convives, ou des compagnons^ ou des complices. (J.-B. Say.)

ni Enfin on peut exprimer ou avant le premier terme et le répéter avant tous les autres :

Plus de raisons : il faut ou le perdre ou mourir f ( Racine.)

Ou tous deux nous formons un dessin téméraire.

Ou nous avons tous deux môme droit de lui plaire. (Corneille.)

Ou lassés, ou soumis,

Ma funeste amitié pèse à tous mes amis. (Racine. )

IV. Ou ne peut lier que les termes semblables (ïune proposition affirmative; ainsi, au lieu de dire : Votre père ou votre frère ne viendra pas; on dit : Votre père ni votre frère ne viendront pas.

V. Ou ne peut joindre non plus 4eux membres de phrase dont l'un est négatif et Tautre affirmatif; ainsi, au lieu de dire, comme Barthélémy : Des paps qui ont été point ou mal décrits, on dira : Des pays qui n'ont point été décrits ou qui l'ont été fort mal.

Mais,

I. Mais sert à unir les propositions de même nature affirmatives ou négatives :

Le premier de nos devoirs est d'être homme , mais le second est d^étre citoyen.

II. Il sert aussi à unir les propositions de nature différente :

On DONNE des conseils, mais on ne donne pas la sagesse d'en profiter,

(La Rochefoucauld.)

Les convenances de la nature ne sont pas celles d'un sybarite, mais elles sont celles du genre humain, (Bernardin de Saint-Pierre.)

III. Si la première proposition est négative et la seconde affirmative^ on peut supprimer le verbe :

Le premier de tous les biens n'f&i VKSdans Vatitorité, mais dans la liberté.

(J.-J. Rousseau.) Le flambeau de la critique me doU pas brûler, mais éclairer. (Favart.)

IV. Si la première proposition est affirmative et la seconde négative^ il faut ou répéter le verbe, ou faire suivre la conjonctioa mais

de la négation non :

On aime à deviner les autres, mais on n'AiME pas à être deviné. (Vauvenargoes.) On TROUVE des moyens pour guérir de la folie, mais on iCen trouve pas poMr guérir un esprit de travers, (Le môme.)

On dirait bien aussi : mais non à être deviné; mais non pour guérir^ etc.

DE Là CONJONCTION, 107

Soit, soit qm.

Lorsque ces conjonctions ont été exprimées une fois, on peut les répéter ou les remplacer par ow, avant le second terme :

Soit clémence, son justice. — Soit qu'i7 vive, sorr Qc't/ meure»

Soit clémence ov justice. — Son Qv*il vive ou Qu*t7 meure.

N*en doutez point, seigneur, soit raison, soit caprice, Rome ne l'attend point pour son impératrice. ( Racine.)

La fortune, son bonne ou mauvaise, son passagère ou c(mstante, ne peut rien sur l'âme du sage. (Marmontel.)

Gn eût dit à m'entendre

Que dans ma noble ardeur je devais tout pourfendre ; Mais, soit qu'un mal soudain plus tard vint l'amortir. Soit que le froid des ans se fit déjà sentir. Je n^étais plus le Cid (C Delavigne.)

Soit que le cardinal Maiarin fût innocent ou Qu'i/ se fût justifié aux dépens de im ami, il demeura au conseil. ( La Rochefoucauld. )

Mais on ne doit pas dire : Soit clémence ou sort justice... Soit QU'f/ vive ou SOIT Qij'il meure.

Le rapprochement de ou et de soit est une négligence que conimcltent quelquefois les écrivains modernes.

Que.

Cette conjonction est celle qui joue en français le rôle le plus important, et même le plus grand nombre de rôles.

1. La fonction propre de la conjonction que est d'unir à une proposition principale la proposition subordonnée qui en est le complément nécessaire ; elle marque la dépendance de ce qui suit avec ce qui précède :

L'auteur de la nature n*a pas voulu que nous PU»8ioifS hien connaître ce que »<)«» somme*. (Saint-Évremond.)

On pîîjî dl^ ûue les vices noos attendent dam le cours dt la »'•>, comme dea ^ôtes cha qui il faut successivement loger; je doute que l'expérience nous les fît ÉVITER, s'il nous était permis de faire deux fois le même chemin.

(La Rochefoucauld.)

.^ Qui rit d*autrui,

Doit craindre qu'en revanche on rie aussi de lui. (Molière.)

Il rkVT demeurer d'accord, à l'honneur de la vertu, que ms plus grands malheurs DESH0M1IES sont ccux OÙ Hs tombent par les crimes. (La Rochefoucauld.)

Dans ces phrases, chaque proposition subordonnée est Texplication, le développement nécessaire du sens incomplet, de Texpres-

sion imparfaite que présente la proposition principale; aussi dans les constructions elliptiques on ne sous-entend presque jamais les propositions subordonnées, tandis que très-souvent on ellipse la proposition principale qu'il est toujours facile de suppléer :

Lorsque vous faites Vaumône^ que votre main gauche ne sache point ce que fait votre main droite. (DoSacy.)

Qu'aux accents de ma voix la terre se réveille! Rois, soyez attentifs; peuples, prêtez l'oreille; Que l'univers se taise et m'écoute parler! (J.-B. Rousseau.)

Dans ces deux exemples, les propositions principales sont sousentendues avant le^ subordonnées, et cependant le sens est très-clair ; on supplée facilement une de ces propositions, il faut^ il importe^ je veux^ je commande.

On "sous-entend très-souvent aussi, dans cette construction elliptique, la conjonction que elle-même :

Majestueuses forêts, paisibles solitudes, puissent les cris de la guerre ne troubler iamais vos résonnantes clairières! (Bernardin de Saint-Pierre.)

Périsse le Troïen, auteur de nos alarmes ! ( Racine.)

II. Que s'emploie dans un grand nombre de gallicismes pour unir la proposition subordonnée au verbe sous la dépendance duquel elle est placée :

Il y a six ans Qu'iZ est mort. — Il y a deux ans que je ne Vai vu.

Je vois bien que c'est là que vous voulez venir. (Corneille.)

Je ne suivrai jamais ces maximes sévères.

Qui font que les enfants comptent les jours des pères. (Molière.)

C'est une maladie d'esprit que de souhaiter des choses impossibles, (Fénelon.)

C*£ST un vieil adage que la santé vaut la richesse.

C'est posséder les biens que savoir s*en passer. (Regnard.)

Vous save^ que les poètes se piquent d'être prophètes; mais ce n'est qde dans l'eriihovsiasme de leur poésie QvHls le sont; et M. Despréaux parlait en prose : ses prédictions UE laissèrent pas néanmoins qde de me faire plaisir. (Racine.)

Ce n'est point par des pleurs que Ton peut émouvoir , Un cœur qui ne connaît amour, lois, ni devoir. (Grébillon.)

Voilà un bras que je me ferais couper tout à Vheure si j'étais que de vous.

(Molière.)

III. Très-souvent la proposition principale sert uniquement à annoncer la proposition subordonnée, laquelle contient et énonce l'idée dominante :

La différence dei climats fait qde les peuples ont un grand besoin des marchandises les uns des autres. ,( Montesquieu.)

Il setnble que ce fut la destinée du Dante que chaque honneur nouveau fût pour lui le présage d'une calamité. (Lamennais.)

IV. Que est la seule conjonction employée pour unir dans les comparaisons le second terme au premier :

La SANTÉ de l'âme n*est pas plus assurée que celle du corps; et quoique Von paraisse éloigné des passions, on n'est pas noms en danger de s*y lais^r emporter QUE DE tomber MALADE Quaud on Se porte bien. ( La Rochefoucauld.) Persuader les esprits vaut mieux que les comprimer. (A. de Rémusat.) Le monde récompense plus souvent tes apparences du mérite que le mérite lui' même. (La Rochefoucauld.)

V# C'est encore le seul terme en usage pour marquer la. corrélation des propositions établissant un rapport logique entre deux

idées :

Tant va* la cruche à Veau qu'à la fin elle se brise. (Proverbe.) Si grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes.

(J.-B. Rousseau.)

Où QUE vous SOYEZ, VOUS ÊTES MORT pour mo%. ( J.-J. Roussoau.)

VI. Que est quelquefois explétif; .ainsi, joint aux adverbes ^ew^ètre^ sans doute ^ etc., placés avant le verbe qu'ils modifient, il n'ajoute rien au sens de la phrase et n'exprime aucun rapport particulier :

Peut-être qu'i/ se piquait d'achever un ouvrage aussi glorieux, ou Qnfil se flattait qu'un si grand service serait toujours présent aux yeux de la reine,

(La Rochefoucauld.) Sans doute qu'ïZ n'a pas songé à ce qu'il faisait (Académie.)

VII. Que s'emploie au commencement des propositions coordonnées, pour éviter la répétition de la conjonction exprimée dans la première :

A quoi vous servira que vous ayc^ de l'esprit^ si vous ne l*employt% pas et qui wm ne l'appliquiez pas? ( Rossuet.)

Puisqu'on plaide, qu'on meurt et qu'on devient malade. Il faut des médecins, il faut des avocats. ( La Fontaine.)

Neptune, quand il élève son trident et qvHI menace les flots soulevés , n'apaut point plus soudainement les flots, (Fénelon.)

VIII. Que tient souvent la place d'une conjonction ou d'une locucution conjonctive qui n'a pas été précédemment exprimée, mais que le sens permet de suppléer facilement :

Qi'w/i/jomwc illustre se trouve au milieu de ceux qui, sans le connaitrepersonneUemcnî, célèbrent son nom en sa présence, il jouira avec plaisir de sa célébrité,

(Duclos.)

C'est-h-dire, Si iin ïiomme ilhtstre^ etc.

Approche%, amje vous parle. (Académie.)

Je me trouve captive en de si beaux liens.

Que je meurs gu il le sache, et j*en fuis les moyens. (Corneille.)

C'est-à-dire, afin ç^m je votts parle; pour ou'tï le sache.

Qu*avez-vous donc, dit-il, que vous ne mangez point. (Boileau.)

C'est-à-dire, puisque vous ne mangez points

On leur parle encore QU*t/« sont déjà partis, (La Bruyère.)

C'est-à-dire, lorsqu'ils sont partis.

Jl n'y a point au monde un si terrible métier que celui de se faire un grand nom ; la vie s'achève que Von a à peine ébauché son ouvrage. (La Bruyère.)

C'est-à-dire, quand, lorsqu'on a à peine ébauché^ etc.

Je ne vous quitte point,

Seigneur, que mon amour n'ait obtenu ce point. (Racine.)

C'est-à-dire, sans que mon amour ait obtenu^ etc.

Quant aux volontés souveraines

De celui qui fait tout, et rien qu'avec dessein.

Qui les sait que lui seul? (L. Racine.)

C'estrà-dire, si ce n'est lui seul.

Comme.

I. Comme figure le plus ordinairement en tête d'une proposition incidente et sert à établir une comparaison :

La reconnaissance est le plus dpux comme le plus saint des devoirs. (Thomas.) !l y ades héros en mal comme en bien. (La Rochefoucauld.) // n'y arien qui rafraîchisse le sang comme d'avoir su éviter de faire une sottise.

(La Bruyère.)

II. Comme s'emploie souvent au commencement d'une phrase pour exprimer,

1**, Une circonstance de temps :

CoMMt Abraham était déjà prêt à rapper son fils Isaac^ un ange vint l'avertir.

(Restant.)

2^ Un résultat, une conséquence :

Gomme toute disgrâce peut arriver aux hommes, ils devraient être préparés à totale disgrâce ? ( La Bruyère.)

Comme l'estime publique est l'objet qui fait produire de grandes chose$, c'est aussi par de grandes choses qu'il faut l'obtenir ou du moins la mériter.

(D'AIembert.)

Comme il ne comprend rien, un sot fronde sans cesse. (De Voiseuon.)^ Co^tfMB on fait son lit, on se coudie. (Proverbe.)

III. Comme ^ exprimé en tête d'un premier membre de phrase, ne se répète pas ordinairement en tête du second :

Gomme Vamhiiion n'a pas de frein, et qde la soif des richesies nous consume tous, il en résulte que le bonheur nous fuit à mesure que nous le cherchons,

(Th. Corneille.)

IV. Comme a beaucoup d'acceptions différentes ; voici les sens dans lesquels il est pris le plus souvent ;

Ainsi que :

Les peuples^ comme les hommes, ne peuvent être heureux que dans un état de calme, et loin des grands efforts que supposent de grands besoins. (Thomas.)

De même que :

En leur donnant sa puissance, il leur commande d^en user comme il le fait lui-' même, pour le bien du monde. (Bossuet.)

UpkHosophisme est Vabus de la philosophie, comme la superstition est Vabus de la religion, (Boiste.)

La reconnaissance est le plus doux comme le plus saint des devoirs. (Thomas.)

Puisque :

Coiime toutes disgrâces peuvent arriver aux hommes, ils devraient être préparés à toutes disgrâces. (La Bruyère.)

Presque :

On se donne à Paris, sans se parler, comme un rende%'VOUS public, mais fort fxact, tous les soirs , au cours et aux Tuileries , pour se regarder au visage et se déittpprouver les uns les autres. (La Bruyère.)

Quand, lorsque.

I. Quand exprime le plus souvent un rapport indéterminé entre deux actions, sans aucune idée particulière de temps :

h ne serais pas venu à bout d'achever, ÇiVkm j'aurais travaillé toute la journée.

( Académie.) Quand vous me haïriez, je ne me plaindrais pas. ( Racine.) Quand le désir de la célébrité n'est qu'un sentiment, il peut être, suivant son (ihjet, honnête pour celui qui l'éprouve et utile à la société. (Duclos.)

Quand sur une personne on prétend se régler,

C'est par les beaux côtés qu'il lui faut ressembler. (Molière.)

Quand le mérite sert de base à la réputation, c'est une grande maladresse que ^y joindre l'artifice, parce qu'il nuit plus à la réputation méritée qu'il ne sert à fdk qu'on ambitionne. ( Le môme.)

On redoute recueil quand on a fait naufrage,

Et le mallieur d'un fou sert à le rendre sage. (Destouches.)

Dans toutes ces pbrases , la proposition en tête de laquelle la conjonction qiiand est placée, ajoute à la principale qui la suit, ou

la précède, et dont elle dépend, plutôt une idée de circonstance morale qu'une idée de temps.

II. Lorsque sert particulièrement à marquer la circonstance de temps :

T en jugerai t lorsque je serai mieux informé, (Académie.)

Lorsque la domination de Rome était bornée dans l'Italie^ la république pouvait facilement subsister. (Montesquieu.)

Lorsque vous étendrez les mains vers moi, je détournerai les yeux pour ne pas vous voir; et lorsque vous multiplierez vos prières, je ne vous écoulerai point.

(DeSacyO

Us regrettent le temps à leur grand cœur si doux,

Xorsgu'assurés de vaincre ils combattaient sous vous. (Racine.)

On a le temps d'avoir les dents longues, lorsqu'cI^ attend pour vivre le tréptis de quelqu'un. ( Molière. )

Nous avons dû indiquer en quoi diffèrent ces deux conjonctions, et montrer par des exemples leur valeur propre comme expression ; maintenant nous ajouterons que dans Tusage on les confond généralement, et que les meilleurs écrivains eux-mêmes les emploient le plus souvent Tune pour l'autre ; les citations qui suivent en fournissent la preuve :

Quand nous aurons du bien, dites-vous, nous penserons à l'étude de la iagesse ; il faut travailler à s*enrichir, sans cela même la sagesse est méprisée et passe pour folie, (Bourdaloue.)

Quand Us^agit du sort de la vie, la prudence ne permet pas de se déterminer légèrement; mais toute délibération légère est un crime, quand il s'agit du destin de l'âme et du choix de la vertu. (J.-J. Rousseau.)

Quand les Romains conquirent les Gaules, leur séjour et leurs lois y donnèrent Sabord la prééminence à la langue latine. (Rivarol.)

On a vu plus d'un exemple de l'union et de l'accord du talent avec le génie. Lorsque cet heureux ensemble se rencontre, il n'y a plus d'inégalités choquantes dans les productions de l'esprit, les intet^alles du génie sont occupés par le talent; ÛUAND l'un s'endort, l'autre veille; quand l'un s'est négligé, l'autre vient après lui et perfectionne son ouvrage. (Marmontel.)

L0R§ûUE la plupart des conditions sont très-inégales, et que l'inégalité des con^ ditions est permanente. Vidée du supérieur grandit dans l'imagination des hommes.

(A.deTocquevine.)

Si tu m'aimais, Phœdime, il fallait me pleurer,

Quand d'un titre funeste on me vint honorer.

Et lorsque, m'arrachant du doux sein de la Grèce,

Dans ce climat barbare on traîna ta maîtresse. (Racine.)

On supprime quelquefois lorsque en tête de la proposition coordonnée, mais alors on donne au verbe la forme interrogative :

Les colonies innombrables de la Grèce faisaient une immense circonférence autour d'elle. PÉNKTRA-T-ELLE cn Sicile et en Italie, elle forma des nations, Navigua-

DE LA CONJONCTfON. 113

T-ELU verdies meiv du Pont, ven les cales de VAsie Mmemv, tetscelle» êeVApri^ que, elle en fil de même. (Montesquieu.)

Cette construction est peu usitée.

ni. Quand est la seule de ces conjonctions qu'on emploie dans les propositions interrogatives et au commencement d'une proposition complémentaire dépendant des verbes demander^ savoir^ etc. :

Quand viendre%rvoust -- H demande, il veut savoir quand vous viendre%,

(Académie.) Et quel temps fut jamais plus fertile en miracles? Quand Dieu par phis d'effets montra-t-il son pouvoir? (Racine.)

Quand, quant.

Ces deux expressions dififèrent complètement de nature et de sens.

I. Qtmnd^ dérivé de quando^ est une conjonction qui signifie lorsque ou dans quel temps:

Tout sera terminé quand vous parlire%. — Qoand paiiii'ei-^vous?

Je conçois vos douleurs ; mais un devoir aust(:re.

Quand mon père a parlé, m'ordonne de me taire. (Racine.)

On n'est pas digne de soutenir la justice et la vérité quand on peut aimer quelque chose plus qu'elles, (Massillon.)

Amour, amour, quand tu nous tiens, • On peut bien dire : Adieu, prudence. (La Fontaine.)

II. Quant ^ dérivé de quantum (pertinet adj^ en tant que^ est une préposition qui est toujours suivie de à; il signifie à l'égard de^ concernant^ touchant:

^OANT À cet enfant dont vous me parlei, songe% que j'ai voulu avant toulpouivoir à son établissement. ( Racine.) QoANTÀ cette affaire, je m*en inquiète peu. (Académie.)

Il n'est pour voirt^ue l'œil du maître ; Quant à moi, j'y mettrais encor l'œil de l'amant. (La Fontaine.)

Le sage observe le désordre public qu'il ne peut arrêter; mais quant aux désordres particuliers, il s'y oppose et détourne les yeux, de peur qu'ils ne s'autorisent dt sa présence. (J.-J. Rousseau.)

Quant à mon confesseur, ses avis sont ma loi ;

Mais le vieux que j'ai pris dit toujours comme moi. (C. Delavigne.)

Parce que, puisque.

Ces deux conjonctions déterminent d'une manière toute d^érente le sens de la proposition principale, et conséquemment ne peuvent IL 8

s'employer Tune pour Tautre ; ainsi Ton exprime deux idées différentes en disant :

Je le vettx, parce que cela est juste; c'est-à-dire, par la raison que. Je le veux, puisque cela est juste; c'est-à-dire, attendu que.

I. Parce que exprime donc la cause et équivaut à par le fait que, par la raison que^ par le motif que :

Les grands hommes entreprennent de grandes choses parce QV*elles sont grandes, et les fous parce qu*î7s les croient faciles. (Vauvenargues.)

Les plus grandes places sont toujours au-dessous des plus grandes âmes ; rien ne les enfle et ne les éblouit, parce que rien n*est plus haut qu'elles. (Massillon.)

Il y a des vérités qui sont la source des plus qrands désordres, parce qv' elles remuent toutes les passions. (Chateaubriand.)

II. Puisque exprime la conséquence et peut se traduire par vu que^ attendu que :

Ne vous lasse% point d'examiner les causes des grands changements^ puisque rien ne servira jamais tant à votre instruction. (Bossuet.)

Puisque Vénus le veut, de ce sang déplorable,

Je péris la dernière et la plus misérable. (Racine.)

Parce que, par ce que.

I. Parce que, écrit en deux mots, est une locution conjonctive qui signifie par le motif, par la raison que : *

Peu de chose nous console, parce que peu de chose nous afflige. (Pascal.) Si elle eut de la joie de régner sur une grande nation, c'est parce Qu'elle pau^ vait contenter le désir immense qui sans cesse la sollicitait à faire le bien.

(Bossuet.) On se croit grand, parce Qu'on es^ dans les places élevées; puissant, parce Qo*ton a de l'autorité ; riche, parce Qu'on est dans l'opulence ; irréprochable, parce qd'o» est applaudi ; justes pakce qu'on est heureux : artifice ordinaire de notre vanité pour nous dérober la vue de notre néant. (Bourdaloue.)

Là, tout est beau, parce que tout est vraL (J.-B. Rousseau.)

II. Par ce que, écrit en trois mots, est une expression formée de la proposition |)ar, du pronom démonstratif ce et de la conjonction que; il signifie par cela, par la chose ou les choses que :

Par ce qvHI m'a dit j'ai deviné ce qu'il était forcé de me taire. Par ce qvHI a fait on peut juger ce qu'il est capable de faire. Ces deux mensonges peuvent quelnuefois se ressembler; mais je les conaidére ici PAR ce qu'Us ont de différent. (J.*J. Rousseau.)

Pendant que, tandis que, tant que,

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