GRAHMAIRE (GÉNÉRALE ET HISTORIQUE
Depuis assez longtemps, je tâche à le comprendre
Et si plus je récoute, et moins je puis l'entendre. ( Molière.)
Nous estropions le français pour la plupart, it si nous ne parlons que noire langue. ( Boissy.)
Je n*ai jatnais rêvé pour faire un compliment,
Et si y ai harangué tous les plus grands de France. (Poisson.)
Si. Si que. Tellement que :
Ainsi fut dit, ainsi s'exécuta :
Si que chacun glosait sur ce mystère. (La Fontaine.)
SiGNAHMBNT, ttdv. Particulièrement :
De fonder la récompense des actions vertueuses sur Vapprobation d*aullrfty, c'est prendre un trop incertain et trouble fondement , sigmahhent en un siècle corrompu et ignorant, comme cettuy-cy. ( Montaigne.)
SOUTBNTES FOIS, SOUVENTBFOIS, loC. ttdv. SoUVent :
SoDVENTBFois Dophnis allait faire revenir les brebis qui s'estoyent un peu trop loin eseartées du troupeau» (Amyot.)
L'un perd souventes fois ce que l'autre conserve. (Mmret.)
Sus, prép. Il s'est dit primitivement pour swr, d'où s'est régulîèrement formé de sus^ dessus :
Faire sus l'un des pieds diftas la sale la grue ;
Entendre un marjolet (un petit-maltre). . . (Régnier.)
Il s'est employé ensuite comme locution interjective :
5t« donc! qui vous retient? (Corneille.)
Tant plus, loc. adv. Plus :
Nul objet ne lui plaist que l'or et que l'argent.
Et tant plus il en a, plus il est indigent. ( Régnier.)
Tant plus je m'examine, et.tant plus.\e me sonde ;
Ce n'est guères mon fait d'estre dans le grand monde. ( Du Lorens. >
Tant seulement, loc. adv. Seulement :
Chevrier^ pauvre hère, il n'a pas tant seulement de quoi nourrir un chien.
(Amyot.)
Vers, prép. Envers, à l'égard de :
Ah ! Madame, excusez un amant misérable,
Qu'un sort prodigieux a fait vers vous coupable. (Molière.)
VOIRB, VOIREMENT, CtdV. Dc pluS, EUSSi :
Je ne dy rien que toute la France, jusqu'aux plus petits, yoiiub que tout le monde universel ne sache. (Pierre Pithou.)
J'appelle un bon, voire un parfait hymen.
Quand les conjoints se souffrent leurs sottises. (La Fontaine.)
Vrai (db ou au), loc. adv. Réellement, effectivement :
Le ciel défend, de vrai, certains contentements;
Mais on trouve avec lui des accommodements. (Molière.)
Je ne sais pas, de vrai, quel homme ce peut être. (Le même.)
Je ne sais pas au vrai si vous les lui devez ;
Mais il me les a, lui, mille fois demandés. ( R^gnard.)
Xiocutîons et constructîong..
Aussitôt gomme. Aussitôt que :
n rendra les desseins qu'ils feront pour lui nuire Aussitôt confondus comme délibérez. (Malherbe.)
Bastb que. Il suffit; c'est assez que ; de Titalien basta :
Baste Qjj^elles peuvent, sans nous , ranger la grâce de leurs yeulx à la gayete, à la sévérité et à la douleur, (Montaigne.)
Besoin (faire). Être nécessaire:
Aussi bien nous fera-t-il ici besoin pour apprêter le souper. (Molière.)
Ce, pron. Il était souvent ellipse avant que :
Je te diray que nottô ferons, (B. Despériers.)
h m*en voys changer mon visage en aultre forme. Or me regarde bien au visage, pour voir QUE je deviendray, (Le môme.)
Chaude (l'avoir), avec Tellipse du mot alerte ou alarme :
Mon front Va, sur mon âme, eu bien chaude pourtant. ( Molière.)
Croiee suivi d'un infinitif, au lieu de croire que suivi d'un mode personnel :
Malgré vos changements, mon esprit résolu
Croit suffire à mes feux que vous ayez voulu. (Corneille.)
On dirait aujourd'hui : Croit qu'il su/fit à mes feux.
Dont, pron. Il s'employait sans antécédent dans le sens de undèy
d'où:
Amour trouva celle qui m*est amère.
Et j'y étois, j'en sçaî bien mieux le conte :
— Bonjour, dit-il, bonjour, Vénus, ma mère.
Puis tout à coup, il voit qu'il se mécompte.
Dont la couleur au visage lui monte,
D'avohr failli , honteux, Dieu sait combien. ( Marot )
ÊTRE APRÈS A, suivi d'uu infinitif. Être occupé à :/
Pour s* accommoder avecques Dieu de ses acquêts, il dict estre tous les jours APMz À SATiSFAiBE, par btenfaicts, aux successeurs de ceulx qu'il a dérobbe%.
(Montaigne.)
203 GRÀMUAIRE C^NÉIULE ET HISTORIQUE.
ÊTRE PODR, suivi d'un infinitif. Devoir , dans le sens du ftitor :
Les Perses estoient trop loing, et n'avoiUan pas crainie , au moins guères aS' seurée, qu'ils FUisurr pour vbnuu (Amyot.)
Cette construction est encore usitée dans le langage familier.
Faire, employé dans une phrase incidente ou subordonnée au lieu du verbe exprimé dans la proposition principale :
L'on reprend tes humeurs ainsi qu'on fait les nôtres. (Régnier.) On vous aime autant en un quart d'heure qv^on ferait un mitre en tm motx.'
(Molière.) l\ l'appelle son frère, et l'aime, duis son âme. Cent fois plus qu'il ne fait mère, fils, fille et femine. (Le même.)
Quelquefois même il précédait le verbe dont il tenait la place :
Un Hvret tout moysi TÎt pour vous ; et encore.
Gomme la mort vous fait^ la teigne k dévore. ( Régnier.)
Mais cette dernière construction était peu usitée. Quelques poètes modernes essayent de rajeunir cette expression que la prose a eu le bon goût de bannir :
Quand mon mari combat en bon soldat de Rome,
Je dois agir en femme ainsi qu'il fait en homme. (Poosard.)
Faire a. Contribuer à ; c'est le sens que les Anglais donnent au verbe to do :
Je veux bien que mon fils y trempe grandement, M6me si cela fait à votre allégement. (IVlolière.)
C'est-à-dire, contribue à vous soulager.
Faire son pouvoir. Faire tout son possible, faire du mieux qu'on peut :
Madame, toutefois, elle a fait son pouvoir ^
Du moins en apparence, à vous bien recevoir. (Corneille.)
Faire force (se), uif peu de force. Se faire violence :
Que veux-tu ? son esprit se fait un peu de force ;
Elle se sacrifie à mes contentements.
Et pour mes intérêts contraint ses sentiments. (Corneille.)
On dit aujourd'hui se faire violence.
K^pron,^ se supprimait souvent devant un impers<Mmel :
A mal faire n'y a point d^honneur. (Nicot.)
En toutes choses, y a mesure, (Le même.)
Y kun temple non guères grand, à Ventottr duquel y a des arbres, et unctretMl de coulomnes dejnerres blanches tout à l' environ. (Àmyot)
DES ÀRCOkisaiES. 203
Dans les proverbes ou les sentences, il s^employait souvent c(Hnme antécédent de qui ou de que^ et se plaçait en tête de la première proposition ou au commencement de la seconde :
Il est fol qui s'oublie.
Il n'a pas fait qui commence.
Il ne parle pas au roi qui veut.
Il n'est digne du doutai qui n'a gousté Vamer.
Il n'est pas asseuré qui trop hault est monté.
Qui aime, il craint.
Qui a marastre, il a le diable en Vastre,
Qui a terre, il a guerre.
Qui m'aime, il aime mon chien.
On QUE. En quelque lieu que :
Trés-humblement, comme je say et puis, me recommande à vostre très4tonne et désirée grâce oD que je sois, (A. de la Sale.)
Où qu'aàJXe le soleil, il ne voit tene aucnne,
Où les maux que tu fais ne te facent nommer. (La Bo6tie.)
Où que puissent mes yeux porter ma vue errante,
Je vois ou Créon mort, ou Creuse expirante. (Corneille.)
OU QDB VOUS soye%, vous êtes mort pour moi, (J.-J. Rousseau.)
L'Académie autorise Tamploi de cette construction, dont il est difficile de rendre compte par une exacte analyse , mais qui répond à la locution latine uUcumque sis,
Peink QUfi.(Â), loc, conj. C'est à peine si :
À PEINE QUE Rome eut jamais un prince plus grand que Nicolas. (E. Pasqnier.)
Pour, prép. Il se prenait pour seulement :
On est faîte d'un air, je pense, à pouvoir dire
Qu*on n'a pas pour un cœur soumis à son empire. (Molière.)
C'est dans ce sens qu'on dit encore pour une fois^ c'est-à-dire une fois seulement.
PouTom MAIS. Pouvoir davantage (magis) :
Sur la tentation ai-Je quelque crédit ?
Et puis-je mais, chétif, si le cœur leur ^ dit ? (Molière.)
11 s'emploie surtout dans le sens négatif. PouTOia QUB (nb), suivi d'un subjonctif :
Je ne puis, cher ami, gu'avec toi je ne rie
Des subtiles raisons de sa poltronnerie. (Corneille.)
Ce reproche yraiment ne peut qu'il ne m'étonne. ( Le même.)
QoB, conj. Si ce n'est :
Et quand, charmante Élise, a-tron vu, s'il vous plaît
Qu'on cherche auprès des grands que son seul intérêt? (Molière.)
Quelque sot, quelque sotte. Elliptiquement, un sot^ une sotte ferait^ aurait fait cela :
Tu te vas emporter d*un courroux sans égal.
— Moi, Monsieur I quelque sot : la colère fait mal. (Molière.)
— Que ne te parles-tu ? — n ne me plaît pas, moi.
— Certes, je t'y guettais. — Quelque sotie^ ma foi. (Le mtoie.)
Sans sujet ni demi. Sans sujet ou sans la moitié d'un motif:
Je ne suis point de moi si mortel ennemi.
Que je m'aille affliger sans sujet ni demi. (Molière.)
On trouve encore dans Molière : Sans respect ni demi.
Tant, adv.^ devant un adjectif. Si, tellement :
Ne dura rien ce tant beau, tant saint, tant juste gouvernement auquel son royaume avoit été de son temps. (Amyot.) Elle n'est point tant sotte, ma foi, ttje la trouve asse% passable. (Molière.)
Très. U s'employait souvent en composition comme augmentatif :
La chaleur fut moult grand ; chacun s'y tressua ;
De sueur et de sang la terre rossoya. (Combat des Trente.)
Tenir que. Prétendre, soutenir que :
Il dit qu'il y en avait de ceux de son côté qui tenaient qoe là grâce n'est pas à tous, (Pascal.)
. Je tiens qu'un homme droit
Peut accepter le fait sans admettre le droit. ( G. Delavigne.)
... Je tiens qu'il faut suivre, et dans toute méthode. Et la plus ancienne et la plus à la mode. ( Begnard.)
Un. Il s'employait comme pronom: Quelqu'un, une personne :
J'ai voulu m'assurer de l'assistance d'un
A qui le nom libyque avec nous fût commun. (Mairet.)
Nymphe demeure, il lui crie ;
Demeure, tu n'es suivie
D'un qui te soit ennemi. (Baïf.)
Voms des diffërento termes de grammaire et de diction.
Nous croyons utile de donner ici la liste des tenues employés par les grammairiens et les rhéteurs, et dont quelques-uns sont encore usités dans les écoles.