‹ Grammaire générale et historique de la langue françaisChapitre 69 sur 139 · II · texte numérisé non relu

II

194 GRAMMAIRE GÉNÉnALE ET HISTORIQUE.

Grande (a la), loc, adv. Magnifiquement, d'une naanière somptueuse :

// se persuada quHl était un seigneur et vécut k la grande. (Saint-Simon.)

HuT, adj. Aujourd'hui, ce jour d'kui^ du jour d'hm^ au jour

d'hui :

Tels sont but qui demain ne verront pas. (Nicot.)

Pourveu qu'on soit morgant, qu'on bride sa moustache,

Qu*on frise ses cheveux, qu'on porte un grand panache,

Qu'on parle barragouyn, et qu'on suive le vent.

En ce temps du jour d'hui l'on n'est que trop savant. (Régnier. )

Ja, adv. Maintenant; autrefois; déjà; i\x\%i\njam:

Mon amy, ne vous glorifie% JÀ tant. (B. Deipériers.)

Jaçoit que, loc. conj. Quoique :

Jâçoit QBE l'on fasse souvent de telles assemblées proinnciales, si est-ce qu'elles ne se^font que lorsque nos rois leur denutnâent ayde d'argent. (Ë. Pasquier.) Jaçoit que l'on ait dit qu'argent je demandois... (B. Despériers.)

LfiANS, adv. Là dedans, céans : •

L'épouse de léans,

A dire vrai, recevait bien les gens.

Mais c'était tout (La Fontaine.)

Lbz, adv. etprép. Tout proche; près de:

La reine vint à Gasaad, et si se siet lez lui et li commence à demander d^où il estoit. (Roman de Lancelot.)

Il n'est plus employé que dans les noms des lieux : A Plessislez-Tours.

Mal, adv. Il était souvent employé en composition comme négatif ou péjoratif :

Jtf ais c'est mal contenter mon humeur frénétique. Passer de la satyre en un panégyrique. (Régnier.)

Je ne sçay qui me rend plus coupable,

Ou de dire si peu d'un subject si capable.

Ou la honte que j'ay d'estre si mal appris,

Ou la témérité de l'avoir entrepris. (Le même.)

Je serais malvoulu des hommes et des dieux. (Corneille.)

Mon courage est mal propre à cette lAcheté. ( Le môme.)

Elle 'ne voudrait pas te voir mal satisfait,

Ni rompre sur-le-champ le dessein qu'elle a fait. (Le ifiôme.)

Il était aussi adjectif, ma/, malle et ma/e, mauvais, méchant; du latin 7nalus :

Il se lèvera bien matin et à heure non accoutumée, et fera tout le jour ualle chière. (A. de la Sale.) Que MALES furies te peuvent tourmenter. (B. Despériers.)

DES ARCHAÏSIHES. 195

Mal, mile, adj. Maie heure ^ malheure ^ n, /". Mauvaise heure {rmla horaj^ malheur :

— A la maie heure :

Allez à la maie heure, allez, âmes tragiques

Qui prenez votre joie aux misères publiques ! (Malherbe.)

Hé bien ! à la malheure est-il venu d'Espagne,

Ce courrier que la foudre ou la grêle accompagne ? ( Molière^)

Nous disons encore à la bonne heure; mais cette locution n'a qu'un sens affirmatif .

— Maie rage. Faim extraordinaire, enragée, mala rabies :

Je puisse mourir de mâle rage, si festois homme de guerre ou que j'eusse um ttpée, si je ne te tuoye tout roide. (B. Despériers.)

Matin (a ce), loc adv. Ce matin :

Moi-même mille fois je me suis étonnée

Et de ma passion et de ma destinée ;

Encore à ce matin^ je pleurais en rêvant

Au malheur inconnu qui me ta poursuivant. (Midret.)

Mé, hés, adv. Hal. 11 entrait dans la composition d'une foule Aq mots :

— Méchance. Malheur; mauvaise chance.

— Méchant. Malheureux; mal chanceux.

— Méchef. Accident; malheur :

Très-^and mbschibf et ennuy leur adtint, (Gérard de Nevers.)

— Mécheoirj méchoir. Tomber dans Finfortune.

— Mécréarice. Mauvaise foi.

— Mécréant. Incrédule ; tout peuple non catholique.

— Mécroire. Ne pas croire.

— Mé faire. Mal faire ; foire du mal.

— Méfait. Mauvaise action ; faute;

— Mésadvenance. Disgrâce.

— Mésadvenir. Arriver mal; nef pas réussir :

... De Narcissus me souvint

A qui si très-fort mésadvint. (Boffiafi de la Rose.)

— Mésaise. Tristesse :

Le sage dit que mésaise que l'homme ait ou euer ne li doit parer ou visage.

(Joinville.)

ns sejeitèrent tous deux dedans un boscage, où il% passèrent toute la nuit en grand mésaisb. (Amyot)

— Meschanty méchant. Malheureux; du latin maie cadens,

— Mesdirey médire. Mal parler", calomnier.

Même (a), loc. adv. Au milieu de, parmi :

Qui te donne le front de surprendre mes pleurs? Cherches-tu de la joie à même mes doulews ? (Corneille.)

Meshot, mbshui, adv. Dès lors, d'aujourd!hui, désormais ; formé de huy et mais^ du latin mugis hodie :

ie ne parleray donc iieshoy? Si feraig; car je n'en pourrois plus tenir,

( B. Despériers.) Le roi estima qu*il étoit meshui temps de parler au maréchal de Biron.

(fi, Pasquier.) // estoit MESHUI temps qu'il fust seul roi ; qui avoit compagnon avoit maistre,

(Le môme.) Mie. Particule négative :

Ils disent qu'ils sont avocats.

Mais pourtant ne le sont-ils mie, ( Farce de Pathelin,)

Ma dame, qui bien cognent son parler , ne fust hyb sourde ni muette, car incontinent par son signal luy respondit, (Â. de la Sale.)

Moult, moût, a(Zt;. Beaucoup; du latin multum :

Moult ressembloit bien Timage

Qui faite fut à sa semblance;

En sa main un Sautier (1) tenoit,

Et sachiez que moult se penoit

De faire à Dieu prière saintes. (Roman de la Rose.)

Robbe refait moult l'homme, (Nicot, Anciens proverbes,) Ne, conj. Ni.

Les peuples hantoient et trafiquoient les ^ns avec les aultres sans crainte ne danger. (Amyot)

Ore, orbs, or, adv. Maintenant; du latin Jiora :

O débile raison ! où est ores ta bride ?

Où ce flambeau qui sert aux personnes de guide ? (Régnier.)

Ores que la justice, icy-bas descendue,

Aux petits connue aux grands par tes mains est rendue. (Le même.)

Ores est temps de vous donner conseil

Sur les périls où beauté vous expose :

Fille ressemble à ce bouton vermeil.

Qu'en peu de jours on voit devenir rose. (M"* Deshoolières.)

— Ore^ ores^ répété. Tantôt :

Ores il court le long d'un beau rivage,

Ores il erre en quelque bois sauvage. (Ronsard.)

(1) Psautier j livre qui contient les psaumes.

Or sur un mont, or dans une rallée,

Or près d*une onde à Técart recelée. (Le même.)

— D'ores en /à, loc. adv. Désormais, dorénavant : D*ORBS EN LÀ çe leur est plm languir que vivre. (La Boëtie.)

Paravant, adv. Auparavant, antérieurement :

// les rendit mariniers et gens de mer, au lieu que paravant il% estaient bons et rùides cfiampions de terre ferme, (Amyot)

Parfin (a la), loc. adv. A la dernière extrémité, tout à fait à la fin; par en composition avait la valeur du latin j?(?r, et ajoutait plus de force au mot auquel il était joint :

ils étaient réduits en telle calamité, qu*k la partin la plus grande partie Centre eux mouroient sans eslre ensevelis. (E. Pasquier.)

PETrr (uif ), loc. adv. Un peu :

Tatf'toy, voyons dng petit qu'il deviendra. (B. Despériers.) Le chien commença à leur répondre en grougnant un petit, seulement tout bas.

(Amyot.)

Cette locution est encore en usage dans les campagnes.

PiÉÇA (dès), loc. adv. Depuis longtemps; formé de pièce (de temps) y a :

Vous save% que je suis fille dès piéça. (A. de la Sale.)

lors les citoyens t s'asseurans que ce qu'ih attendaient de piéça estait advenu, s'en coururent tous en foule à la maison du tyran, où ils meirent le feu. (Amyot.)

Ce n'est pas cela qui le pique^ ains l'envie qu'il a de réintégrer les siens dans les biens diont ils ont été dès piéça spoliés. (E. Pasquier.)

Plein (tout), loc. adv. Beaucoup, extrêmement :

Ce sont bons princes et bons c^tholiqttes, et qui vous ayment tout plein.

(N. Rapin.)

11 est encore usité pour exprimer le nombre, la quantité matérielle :

llya tout plein de livres égarés. — Il y a tout plein de monde dans les rues. ■ ^ (Académie.)

Possible, adv. Peut-être :

Le peuple lui feit plus d'honneur, tout mort qu'il estait, qu'il n'en devait faire à ^medu mande; si ce n'estait possible à ceux qui l'avaient tué. (La Boôtie^

Son heure doit venir, et c'est à vous, possible,

Qu*est réservé Thonneur de la rendre sensible. (Molière.)

— Possible qve. Peut-être que :

Mais après tant de maux, possible que les dieux Changeront aujourd'hui nos fortunes en mieux. (Mairet.)

Possible quCf malgré la cure que j'essaie

Mon âme saignera longtemps de cette plaie. (Molière.)

// arrivera possible qde mon travail fera naître à d'autres personnes VenvU de porter la chose plus loin. ( La Fontaine.)

Pour, modifiant un adjectif ou un adverbe. Si, à quelcpie degré

. que:

Pour grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes.

(Corneille.) Pour peu savant qu'on soit aux mouvements de Tàme, On devine aisément qu'elle en veut à Florame. (Le même.)

Premier, adv. D'abord, en premier lieu :

Si advint que la femme morut premier. (A. de la Sale.)

// faut connoître premier que déjuger, (Nicot)

Peste soit qui premier trouva l'invention

De s'affliger l'esprit de cette vision. (Molière.)

— Premier que^ loc. conj. Avant que :

Si je sors premier que vous, ce sera à vos despens. (B. Despéri ers.)

Premier que d'avoir mal, ils trouvent le remède. (Malherbe.)

Léandre assurément ne vous bravera pas,

Et là, premier que lui, si nous faisons la prise,

Il aura fait pour nous les frais de l'entreprise. (Molière.)

Présent (de), loc. adv. A présent, pour Tinstant :

Frères, dormez jusqu'à demain :

Vous en devez avoir envie.

Et n'avez de présent besoin que de repos. ( La Fontaine.)

A la seconde édition, Fauteur a mis à présent.

Prou, adv. Beaucoup ; de l'italien 2>ro, prode^ bien, profit :

Après qu'il a prod cryé, et que personne ne lui répond, il se colère, et moy de rire, (B. Despériers.)

Pour Dieu, ne prenez point de vilaine figure!

J'ai prou de ma frayeur en cette conjoncture. ( Molière.)

N'a pas longtemps de Rome revenait

Certain cadet qui n'y profita guère...

Prou de pardons il avait rapporté ;

De vertu, peu ; cbose assez ordinaire. (La Fontaine.)

QuAifT ET, loc. prép. Avec : .

Il lui donna pour subvenir à sa ville la somme de cent cinquante talenSt desquel* il emporta les quarante quante et lui au Péloponèse, et depuis le roy luy envoya le reste à plusietirs fois. (Amyot.) .

Quand et quand, loc. adv. En mêm^ temps :

Il a fait voirement présent au roi xoi d'une fort riche épée, et quand et quand Va convié au recouvrement de l'Etat de Naples.(?u Pasquier.)

Quasi, adv. Presque :

Quand mes amis s'addressent à moy pour estre conseillent jt le fais librement et tièdement, sans m'arresler, comme faict qdasi tout le monde, (Montaigne.)

Le bon sens n'est admiré qoasi de personne. (Saint-Ëvrenvond.)

Madame Alix, bien joyeuse, s'en fut

Chez sire André, dont la femme accourut

En diligence et qtiasi hors d*haleine. (La Fontaine.)

Il est encore fréquemment usité.

Rasibus, adv. Tout près, tout contre :

Comme il passait basibos du chastd, veismes les archiers de la garde du roy de»ant la porte qui ne bougèrent. (Ph. de Commines.)

Il est aujourd'hui populaire.

Regard (au), pour le regard, loc, prép. A Tégard :

Cela s'est continué jusques au temps du roy Louis XII mub le bboard db la PLAIDOIRIE, et jusques à celui du roy François /*' pocb le begabd des consultatUms, (A. Loysel.)

Au regard d'Âlcidon tu dois continuer. (Corneille.)

Pour ce regard^ loc. adv. A cet égard :

h ne me puis persuader qu'il n'y ait eu toujours en notre France quelque art oratoire ou d'éloquence, aussi bien qu'en l'ancienne Gaule, tant célébrée pour cb BKARD par les Romains. (A. Loysel.)

Sans que, loc. conj. , suivi de Tindicatif . Si ce n*est que :

Sans que mon bon génie au-devant m*a poussé,

Déjà tout mon bonheur eût été renversé. (Molière.)

On n*eût jamais soupçonné ce ménage,

Sans qu'il restait un certain incarnat

Dessus son teint (La Fontaine.)

Si, conj. Aussi; néanmoins :

.... L*humanité, sottement abusée.

Court à ses appétits qui Taveuglent si bien,

Qu'encor qu'elle ait des yeux, si ne voit-elle rien. (Régnier.)

Combien que Marot n'eût le savoir correspondant à Ronsard, si avoit^il une faille d'esprit admirable. (E. Pasquier.)

Et quoique jusqu'ici la fortune contraire

Nous ait fait tout du pis qu'elle nous pouvoit faire,

Si faut-il espérer que sa légèreté

Le fera revenir à Votre Majesté. ( Mairet.)

— Et si. Cependant :

A cette heure je suis malade» et nespais quel est mon mal. Je satire, et n'ai point «e blessure. Je m'afflige, et si n'ai perdu pis une de mes brebis. (Amyot.)

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