‹ Grammaire générale et historique de la langue françaisChapitre 94 sur 139 · BB^ S · texte numérisé non relu

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DES GàLLIGISBIëS. 247

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DES fiALLIGISHES.

Chaque langue contient un certain nombre de locutions particulières autorisées par l'usage, mais qu'on ne peut soumettre à l'analyse ordinaire, attendu qu'elles sont contraires aux règles communes et générales.

On désigne ces locutions sous la dénomination générale àUdiO' tismes{\).

Mais on leur donne des noms particuliers quand on veut faire connaître les dififérents peuples auxquels elles appartiennent.

Ainsi, au lieu de dire idiotisme grec^ idiotisme latin^ idiotisme anglais^ idiotisme français^ on dit hellénisme (2), latinisme (3), anglicisme (4), gallicisme (5), expressions qui signifient littéralement façon de parler propre au latin, au grec, à l'anglais, au français.

Le gallicisme est donc un idiotisme exclusivement propre à la langue française.

Les gallicismes se divisent en gallicismes de locution et en galli-cismes de construction.

Un gallicisme de locution attribue, par Tusage, à certaines combinaisons de mots, un sens que n'éveillerait aucun" d'eux pris isolément. Il ne contient jamais que l'équivalent d'une proposition, ç'est-à-dire un sujet, un verbe et un attribut, avec ou sans complément.

On aura donc un gallicisme dans l'expression d'une pensée, toutes les fois qu'elle ne pourra se ramener aux termes ordinaires d une proposition qu'à l'aide d'un changement dans les mots qui la composent.

Un gallicisme de construction donne à l'arrangement des mots dans la proposition, et à celui des propositions dans la phrase, une tournure que n'admettent point les règles ordinaires de concordance et dépendance, et on ne peut les y ramener que par la dé- , composition.

(1) 'WtwTî(7|uoç, usage particulier, manière particulière ; gr.

(2) *'EXXïïv, grec.

(3) Latinus, latin.

{&) An^/ttSi anglais; lat.

(5) Gallus, gaulois; lat.

Nous allons donner, dans Tordre alphabétique, le plus grand ncMnbre des gallicismes, avec leur décomposition la plus rationnelle.

GALLiaSMES DE LOCUTION.

Aller.

Je vais partir.

Je vais en augmentant.

N'allez pas tout révéler.

Je partirai bientôt.

J'augmente continuellement»

Surtout ne révélez pas tout.

Avoir l'aîr.

Cette soupe a l'air bonne. Cette soupe paraît bonne.

Avoir à.

J'ai à lire, à sortir, à travailler. Je dois lire, sortir, travailler.

Avoir beau.

J'ai beau résister. Je résiste vainement.

Ii'avoir belle.

Il l'va belle. Il a l'occasion belle.

Comme il faut.

Un homme, — une femme comme il Un homme distingué, — une femme faut. distinguée.

IDevoir.

Je dois voyager. Je voyagerai bientôt.

3>onner.

Je me donne de garde de... . J'évite avec soin de...

Il en a; il en tient.

J'en suis pour ma peine.

C'en est fait.

Il en est de môme de...

Il m'en impose.

Je m'en prends à vous de ce malheur, n en use bien ; il en use mal.

Il m'en veut.

Les armées en vinrent aux mains.

Les deux adversaires en étaient venus aux injures.

II est pris.

J'ai perdu ma peine.

Tout est fini ; — Tout est perdu.

Cela arrive ainsi pour...

Il me trompe.

Je vous impute ce malheur.

Il agit bien ; il agit mal.

Il me souhaite du mal.

Les armées commencèrent le combat.

Les deux adversaires avaient commencé à s'injurien.

13^ GALLIGlSBfES. 249

Faillir.

Lacédémone faillit être prise. Lacédémone fut presque prise.

Sfe faire que.

Il ne fait que lire. Il Ut toujours.

Sfe faire que de.

Il ne fait que de sortir. Il sort à l'instant.

Hr'avoir que faire de.

Je n'ai que faire de cela. Cela m'est inutile.

Faire, suivi d'un adjectif,

11 fait le généreux; il fait le brave. Il se montre avec ostentation, géné-

reux, brave.

Faire un crime à quelqu'un.

On m'a fait un crime de ma bonne foi. On m'a reproché ma bonne foi.

Se faire une fête de, un plaiiir de.

Je me fais une fête de vous recevoir. • Je me réjouis d'avance de vous recevoir.

Se faire honneur de, gloire de.

Je me fais honneur d'avoir été pauvre. Je me glorifie d'avoir été pauvre.

Se faire un jeu de.

H se fait un jeu de ma douleur. Ma douleur lui est agréable.

Se faire fort de.

Je me fais fort d'obtenir votre brevet. Je garantis que j'obtiendrai votre brevet.

Il fait| suivi d'un adjectif.

Le verbe faire^ suivi d'un adjectif, forme de nombreuses locutions verbales impersonnelles, qui ont rapport aux influences atmosphériques, et dans lesquelles il n'a pas d'autre fonction que de donner aux idées de chaleur, de froid, d'humidité, etc., une forme verbale qui, en français, n'existe pas en un seul mot.

250 gràmmairï: générale et historique.

Voici à peu près toutes ces locutions verbales :

Il fait chaud ; -— il fait froid ; — - il fait bon ; — il fait doux ; — il fait lourd ; — il fait humide; — il fait sec; — il fait frais ; — il fait beau ; — il fait vilain; —il fait laid.

Tous ces adjectifs qualifient le mot temps sous-entendu. Aussi la décomposition de ces locutions verbales se fait-elle facilement en rétablissant ce substantif : Le temps est chaud; — le temps est froid; — le temps est bon ; — le temps est doux ; — le temps est lourde etc.

n fait, suivi d'un substantif.

Le verbe faire^ suivi d'un substantif, forme aussi des locutions verbales impersonnelles, qui sont plus difficiles à décomposer que les précédentes. Elles ont également rapport au temps :

n fait de l'air. L'air est élevé.

Il fait jour. Le jour est levé.

Il fait de la neige. La neige tombe.

Il fait nuit. La nuit est venue,

n fait de la grêle. La grêle tombe.

Il fait de l'orage. L'orage éclate,

n fait de la pluie. La pluie tombe.

Il fait de la rosée. La rosée tombe.

Il fait du vent. Le vent souffle.

Il se fait jour. Le jour coknmence.

Il se fait nuit. La nuit commence.

Faire, suivi d'un infinit^.

Le verbe faire ^ suivi de l'infinitif d'un verbe intrànsitif, donne à cet infinitif la valeur transitive, et Faction ou Tétat peut alors passer du sujet à un complément direct. Ainsi, prospérer^ régner^ périr ^ valoir^ sourire^ vivre^ sont des verbes intransitifs ; néanmoins, si nous les faisons précéder du verbe faire^ qui, dans ce cas, leur sert en quelque sorte d'auxiliaire, nous pouvons leur donner des compléments directs, et dire :

Le travail fait prospérer une famille,

CharleS'Quint fit régner son fils.

Cicéron fit punir les conjurés,

La modestie fait valoir le mérite.

Votre réponse nous a fait sourire.

L'espérance vous fera vivre. *

Dan^ ces exemples, faire prospérer^ faire régner^ faire punir ^ etc. , sont de véritables locutions verbales transitives, qu'on doit décomposer ainsi : Le travail (sujet) est (verbe) faisant prospérer (attribut) ; — Charles'Quint (sujet) fut (verbe) faisant régner (attribut); — L'espérance (sujet) s^a (verbe) faisant vivre (attribut); etc.

DES GÂLUaSUES.

Sfe pas laiffer de.

Le centurion ne laissait pas d'hésiter. Le centurion hésitait cependant, quoiquoiqu'il eût du courage. qu'il eût du courage.

Manquer de.

Le navire manqua d'être submergé. Le navire fut presque submergé.

Sfe... que.

Je ne demande que du pain. Je demande seulement du pain.

Avoir peoMéf suivi d'un infinitif, Pai pensé devenir fou. Je suis presque devenu fou.

Prendre inr foî de.

n prit sur lui d'attaquer la ville.

Il entreprit à ses risques d'attaquer la ville.

Se prendre d'amitîé pour.

11 se prit d'amitié pour son compagnon. Il conçut de l'amitié pour son compagnon.

Si j'étais que devons.

k Tiens d'arriver.

Si je viens à mourir.

Venir à bien.

Venir à bout.

Venir à maturité.

Venir à partage.

Venir à rien.

Venir à la traverse.

Voici mes sortilèges.

Voilà mon père.

Si... que de.

Si j'étais vous; — place.

Venir de.

Je suis arrivé tout à

Venir à.

Si je meurs par imprévu.

Prospérer.

Réussir enfin.

Mûrir.

Partager.

Diminuer extrêmement.

Traverser, troubler.

Voici I Toilà.

Mes sortilèges sont cettx-ci.

Mon père est celui-là.

Vous n'y êtes pas.

Vous vous trompez.

252 GRAMMAIRE GÉNÉRAli: ET HISTORIQUE.

GALUaSMES DE CONSTRUCTION.

(Nous mettrons en capitales le tujet, le verbe et Vattribut,)

Ce (cela)»

C'est une folie que de s'arrêter à des flatteries. Cela, s'arrêter à des flatteries, est une folie.

S'arrêter à des flatteries est le complément déterminatif de

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