ELLIPSE
Point d'argent, point de Suisses.
Si vous ne donnez pa« d'argent, vous n*AUREzpa« de Suisses. — Inversion.
Plus de soupçons, plus d'alarmes.
On n' avait p/tt« de soupçons, on n'A v ait plus d'alarmes.
Avec les adverbes pas, points plns^ jamais^ toujours^ etc., suivis d'un nom qu'ils modifient comme des adverbes de quantité, oa sous-entend un verbe en rapport avec le sens du passade :
Nous contribuâmes tous, qui plus, qui moins.
Nous contribuâmes tous, ceux-ci contribuèrent plus, ceux-là contribuèrebt moins.
Les alliés nous abandonnèrent. Voici pourquoi.
Voilà (je dirai) pourquoi les alliés nous abandonnèrent.
Les adverbes voici^ voilà^ suivis d'une conjonction adverbe, doivent être considérés comme modifiant une proposition principale sous-entendue.
Voilà où je voulais en venir.
Voilà (j'ai dit) où je voulais en venir.
Je sortirai quand même.
Je sortirai quand même je trouverais des obstacles»
Qu'il soit riche ou non, un homme vertueux mérite des éloges.
Un homme vertueux mérite des éloges, s'il est riche ou s'il n'Bsx pas ricbe.
Peut-être que vous viendrez.
Je présume que vous viendrez.
L'adverbe tient lieu ici d'un verbe dont il éveille la signification.
DES GALLiaSUES. 255
EZCLAIATIOH,
Faut-il que je vous aie oublié !
Pourquoi voui ai-je ouBLié !
Vou5, mon fils, tenir ee langage !
Vous, mon fils, vous tenez ce langage!
• Moi, renoncer à mon entreprise!
Moiy JE RENONCERAIS à mon entreprise !
Moi, vaincue !
Moi, JE SERAIS VAINCUE !
Plutôt souffrir que mourir I J'aime mieux souffrir que mourir.
EXPLÉTIFS. Vluf... pint.
Plus je cédais, plus on exigeait.
On exigeait d'autant plus que je cédais.
Plus. . . plus^ placés au commencement de deux propositions qui se suivent, servent à les unir comme ferait une conjonction, car ils équivalent à la locution conjonctive A' autant pins,,, que^ et la seconde proposition devient la principale^ tandis que c'est la première qui est subordonnée. L'un de ces adverbes plus est explétif. . •— La même observation s'applique à moins.,, moins^ — autant,., autant^ — plus... moins^ — moins.,, plus^ — tel... tel.
Le meilleur est de rire.
RlKE EST LE MEILLEUR.
n est beau de soulager Tinfortune.
Soulager Vinfortune est beau.
Dans ces deux exemples, la préposition de est explétive, parce qu'elle précède un infinitif employé conmie sujet. Elle ne serait pas explétive dans cet exemple : Le temps déjouer est agréable au(c enfants^ parce que jouer est complément déterminatif de temps^ et que le rôle principal de la préposition de est de marquer le rapport de possession et de détermination.
Nous retrouverons fréquemment l'explétif de, quand nous parlerons des gallicismes avec les verbes impersonnels.
Faire.
D travaille plus qu'il n'a jamais fait.
Il TRAVAILLE pluS QU'ïL fl'A jamais TRAVAILLÉ.
Veu l'en faat que.
Peu s'en faut que je ne perde tout.
Je perds presque tout.
Ainsi parla Lysias, et tous les Athéniens d'applaudir. Et tous LES Athéniens se burent à applaudir.
Nous ne savons où placer le siège de la vie.
Nous ne savons où le siège de la vie doit être puce.
A bien examiner, la fortune ne vaut pas la médiocrité.
La fortune ne vaut pas la médiocrité, si nous examinons bien.
 l'entendre, ses aïeux étaient nobles.
Ses aïeux étaient nobles, si vous /'entendez (l'écoute%)^
IRTEBBOGATIOH.
Est-«e la Provence que vous aimez ?
La Provence EST-eUe ce que vous aime% ?
Est-ce vous qui agiriez ainsi ?
Seriez-vous celui qui agirait ainsi ?
Est-ce les sons de Torgue qui vous ont émue? Les sons de t orgue soNT-tïs ce qui vous a émue ?
Qui est là ? Est-ce vous ?
ËTES-vous celui qui est là ?
Sont-ce des magistrats qui parlent de cette sorte ? Des MAGISTRATS S0NT-î7s CEUX qui parlent de cette sorte?
Qui est-ce qui parle ?
Quel est celui qui parle (1) ?
Qu'est-ce que vous dites ?
Quoi EST CELA quc VOUS ditcs ?
Qu'est-ce que c'est que cela ?
Qu*est cela ? littéralement, Quoi est cela ?
Qu'est-ce que cela fait ?
Qu^importe cela ? littéralement, En quoi importe cela ?
Qu'est-ce que cela signifie ?
Quoi signifie cela ?
Qu'est-ce que l'arithmétique ?
Quoi est l'arithmétique ? littéralement, L'arithmétique (sujet) est (verbe) quoi {attribut) ?
Y a-t-il quelqu'un ici ?
Quelqu'un est-u. ici ?
Quelle heure est-ce ?
Quelle est cette heure? littéralement, Cette heure est laquelle?
Que sert d'être méchant ?
A quoi ETRE MÉCHANT SERT? littéralement. Être méchant sert à quoi?'.
(1) Des grammairiens ont donné pour décomposition de cette phrase : Qui parle? sans s'apercevoir que cette décomposition, qui est toute latine, est insuffisante en français.
Que serait-ce si je disais tout ?
Cela serait quoi ?
Que m'importe d*6tre riche ou pauvre ?
En quoi m'iMPORTE être riche ou pauvre? littéralement^ MOI être riche ou yoi ÊTRE PAUVRE m'iMPORTE en quoi ?
Que n'avons-nous autant d'ardeur pour la vertu ? Pourquoi n'AvoNS-NOus pas autant d'ardeur pour la vertu? Pourquoi ne pas venir tout de suite ?
Pourquoi ne venez-vous pas tout de suite ?
Pourquoi me tromper ? Pourquoi craindre ? Pourquoi me trompez-vous ? Pourquoi CRAïQNCZ-voot f Que croire d'un flatteur ?
Quoi POUVONS-NOUS croire d'un flatteur ?
Que dire ? Que faire ?
Quoi DIRAWE ? Quoi ferai-je ?
Comment empêcher ce malheur ?
Comment empêcherai-je ce malheur f
Où retrouver mon enfant?
Où RETROUVERAI-JE mon enfant ?
Par où aller?
Par où IRAPJE ?
NÉCATIOHS.
il n'est pas sans que vous ayez entendu parler de César, Vous AVEZ sans doute bntsnou parler de César f Rien de vrai dans tout cela.
UiEN n'EST vrai dans tout cela.
Le sage veut avoir un ami, ne fût-ce que pour cultiver l'amitié.
Le sage veut avoir un ami, quand cela serait seulement pour cultiver Vamitié.
Je n'ai que faire de cela.
Cela m'EST inutu.e.
FAUSSE PBOPOSmON SITBORDOlflfÉI COMPLÉTITE.
A la suite d'une proposition principale formée d'un sujet com*plexe et du seul verbe substantif, toute proposition qui est précédée de la conjonction qtie^ n'est une subordonnée complétive qu'en ap» parence :
L'opinion conunune est qu* Homère fut aveugle.
Cela, (qu') Homère fut aveugle, est l'opinion commune,
La proposition, Homère fut aveugle^ sert de sujet, comme T infinitif dans la phrase suivante, qui est tout à fait analogue :
Ia premier devoir est d'élever ses enfants. Èucmk ses enfants itr le premier devoir.
Je vous rendrai votre livre tel queL , Je vous rendrai votre livre intact,
258 GRAHMÀIRE GÉMÉRALE ET HISTORIQUE.
On peut encore décomposer ainsi ce gallicisme :
Je vous rendrai votre livre tel quel il est ; littéralement, Je vous rendrai votre livre tel que — il est tel.
Telle, avant qu'on ait vu sa lueur homicide, La foudre au vol rapide Mous atteint de ses traits.
Décomposez :
La foudre au vol rapide est telle (semblable), — quand elle nous atteint de se* traits, — avant qu*on ait vu sa lueur homicide.
Dans ce gallicisme de construction, la proposition sur le sujet de laquelle retombe l'adjectif indéfini tel^ n'est qu'une principale apparente : elle n'est en réalité qu'une proposition dépendante, dont la conjonction {quand) est sous-entendue.
VERBES ESSENTIELLEMEIIT IMPEBSOIIIIELS.
Les verbes essentiellement impersonnels sont ceux qui ne s'emploient qu'à la troisième personne du singulier ; ils expriment tous, excepté il faut^ un phénomène de la nature. La décomposition logique de ces verbes peut se faire de deux manières : — 1® En conservant le sujet vague il. Exemple : // tonne, — // (sujet) est (verbe) tonnant (attribut). — 2" En se servant d'un verbe en rapport avec l'expression impersonnelle, auquel on donne pour sujet un substantif analogue. Exemple : Le tonnerre (sujet) est (verbe) grondant (attribut).
Voici tous les verbes essentiellement impersonnels :
n bruine. Il grésille.
Il dégèle. Il neige.
Il éclaire. n pleut,
n faut. Il tonne.
U gèle. Il vente, n grêle.
Décomposez // faut ainsi : Il est nécessaire.
TERBE8 ACCIDElfTELLElIENT IMPEISONHELS.
Les verbes accidentellement impersonnels^ — il arrive^ il con-vient ^ il importe^ il parait^ il plaît^ il résulte^ il semble^ il siedy il suffit^ rimpersonnel essentiel il faut^ et les formes impersonnelles il est convenable^ il est important^ il est plaisant^ il est nécessaire^ il est bon^ il est mal^ etc. ,• etc. , sont suivis tantôt d'un infinitif précédé de la préposition explétive de, tantôt d'une proposition subordonnée. A la première vue, l'infinitif paraît être le complément de
DES GALLiaSHES. 2Ô9
ces verbes impersonnels, et la proposition semble être une subordonnée complétive. Il n'en est cependant rien. Cet infinitif et cette proposition sont les sujets réels de ces formes impersonnelles, dont le pronom indéfini il {cela) n'est que le sujet apparent.
Il arrive de se tromper. — Il (cela), «e tromper, arrive. Se TROMnsR (sujet) est (verbe) arrivant (attribut).
Il arrive qu'on se trompe. — Il (cela), qu'on se trompe^ arrive. Cela, qu'on se trompe (sujet), est (verbe) arrivant (attribut).
Parmi les fonnes accidentellement impersonnelles, il y en a qui ne sont jamais suivies que d'un infinitif; mais presque toutes, en effet, sont suivies indifféremment d'un infinitif ou d'une proposition.
Formes impersonnelles que suit seulement un infinitif :
Il est beau de servir sa patrie.
Il est dur de renoncer à cet espoir.
n est facile de mériter celte récompense. Il est glorieux d'oublier une injure.
Formes impersonnelles que suit indifféremment un infinitif ou une proposition :
n est honteux d'être ignorant.
que tu sois ignorant.
n est triste de perdre un ami.
que vous aye% si peu de mémoire.
n est utile de savoir compter.
que vous sachicTi compter.
Il est pénible de faire des reproches, que vous ne me compreniez pas.
Comme on peut facilement le voir par les exemples qui précèdent, le verbe impersonnel accompagné d'un infinitif éveille une idée générale, tandis qu'il précise et détermine un fait, s'il est suivi d'une proposition.
n grêle des pienei .
Lorsque les verbes essentiellement impersonnels sont suivis d'un nom accompagné des articles indéfmis -Mn, nne^ du^ des, ce nom est le véritable sujet. Dans il pleut du sang^ — il grêle des pierres^ — sang et pierres^ sujets réels de pleut et grêle , sont représentés d'une manière anticipée par le pronom il.
ZI est dei hommes cfuî.
Le gallicisme précédent , qui consiste à exprimer tout d'abord le verbe sous la forme impersonnelle, et à le faire suivre immédia-
2S0 GRAMMAIRE GÉNÉIULt ET HISTORIQUE.
lement de scm sojet réel, se reproduit avec tottt verbe qui prend accidentellement la fonne impersonnelle. Il semble qu'alcnrs Tesprit, ayant hâte d'exprimer le» idées dominantes du verbe et de Tattribut, néglige le sujet réel, et n'y revient qu'après avoir énoncé un sujet vague :
Il tombe de l'eau. — Il (cela), de Veau, tombe.
Il venait des renfort». — Il (cela), deB renforts, venait.
Il est une justice. — Il (cela), une justice, est (existe).
n est des hommes qui... — Il (cela), des hommes, sont (existdot).
Il est midi. ^ Il est deux heures.
n 6A est bMveottp qui* S en «si qvL
U en est beaucoup qui... — Beaucoup (de gens) sont (existetft}. Il en est qui... — Des (gens) sont (existent).
Dans ces deux gallicismes, le pronom en remplace l'idée d'hommes, d'individus.
n est à propos de»
Le verbe être^ suivi d'un attribut prépositif, peut aussi se prendre impersonnellement :
Il est dans Tordre que les enfants obéissent à leurs parents. Il (cela), que les enfants obéissent à leurs parents (sujet), est (verbe) A. propos (attribut prépositif) .
n est à craindre que nous nous égarions.
Il (cela), que nous nous égarions (sujet) BST {yeihe) k craindre (attribut prépositif).
Il y *•
La locution il y a s'emploie très-souvent dans les mêmes c<waditions que la locution impersonnelle il est. La décomposition de la locution il y a se fait en la ramenant à la valeur du verbe être, comme le montrent les exemples suivants :
Il y a de la bassesse à... ' n est bas de. . .
tl y « de la grandeur À... n est grand de...
Il y a de la honte à». Il est honteux de...
Il y a de inconséquence 2L.. Il est inconséquent de...
Il y a à espérer. H est à espérer (attr. prépositif)*
n y a à parier. Il est à parier (attr. prépositif).
Il y a dix maisons. Dix maisons existent.
Il y a de la vie. De la yie existe.
n y a Heu d«.
n y a lieu de recoffim«ncer, Hecommencer (sujet) est (Vôrbe) nécessaire.
DBS (ULUOKMCS. 361
U y a Uwigtomp» que.
II y « loagte«ip« que je vous ai vu.
Le temps écoulé depuis que je vous ai vu est long.
0« encore:
Je ne vous ai pas vu depuis longtemps,
n y a owff mn»>
Il y a cinq ans que je tous connais.
Je vous CONNAIS depuis cinq ans.
Il y aura dix ans que nous nous connaissons. Nous nous CONNAITRONS depuis dix ans,
Il n*y a personne qui me plaigne.
Personne ne me plaint.
n n'y a personne qui ne me plaigne.
Tout le iionde me plaint.
Il n'y a rien qui Tamuse.
Rien ne l'xuusB.
Il n'y a rien qui ne Tamuse.
Tout l'amu«£.
Il n'y a pas jusqu'aux bourgeois qui ne s'en mûlent. Les bourgeois même s'en hèlent.
n ùdu
II fak cher Thrre ici.
Vivae éà «sr cher.
Il fait bon être prudent Être prudent est bon.
H ferait beau vous y voir.
Vous y VOIR SERAIT BEAU.
Vous sortiriez par la pluie qui! Tait ! Vous SORTIRIEZ par cette pluie !
n lani.
Hiaiit une réponse.
Une réponse est nécessaire.
Il faut que vous veniez.
Cela, que vous venie%, est nécessaire.
A l'aide des décompositions qui précèdent , il est fiiciie de se rendre compte de tous les gallicismes que peuvent former l€$ verben impersonnels.
MODÈLE DE POUR l'analyse de