‹ Grammaire générale et historique de la langue françaiseChapitre 133 sur 153 · DE L EMPLOI DES MAJUSCULES · texte numérisé non relu

DE L EMPLOI DES MAJUSCULES

XII. On écrit avec la majuscule le nom d'un auteur lorsqu'il est nqirioyé pour désigner Tensembie de ses œutres :

Quel beau Molièrb. Voilà le premier Hovèrb imprimé.

Xni. Les dénominations diverses données à ime certdne étendue le pays sous la domination d'un souverain ou Tadministration d'un [Hrince, d'un magistrat, etc., comme empire^ royaume^ duché ^ etc.^ l'écrivent avec la minuscule :

«MfMre français, eomtat Venaissin. république romaine,

marquisat de Saluées. diocèse de Reims. régence de Tunis,

principauté d^Orange, électoral de ilesse, royaume de IH^sse,

XTV. Un nom commun doit être considéré comme nom propre orsqu'il sert de dénomination particulière à un monument auquel I M appliqué :

UÂbbaye, nom propre d'une église paroissiale de Paris.

L'Acropole, nom propre d'un quartier d'Athènes.

L'Arsenal, bibliothèque de Paris.

La Bastille, .ancienne prison d'État.

Le Chdtelet, ancien tribunal de Paris.

Le Cirque, thé&tre de Paris.

Le Gymnase, théâtre de Paris.

Lu Tour de Londres, caserne, prison d'État à Londres.

KV. Lorscpie deux substantifs figurent dans une dénomination [»opre, et que le second n'est que le complément déterminatif du [dernier, celui-ci prend seul la majuscule :

L'Académie des sciences. Vordre de l'Aigle de fer.

Le Conservatoire de musique. L'ordre de la Légion d'honneur.

te Conservatoire des arts et métiers. L'ordre de la Totson d'or, L'Ecole des chartes.

Cette règle s'applique également aux titres d'ouvrages :

Bulletin des lois. Essai sur les mœurs.

Cours d'astronomie. Génie du christianisme.

Le Devin du village. Pluralité des mondes.

Dialogues des morts. Traité des études.

Esprit des lois.

XVI. Cependant, lorsqu'une dénomination quelconque est expri- '^par deux mots, le second s'écrit avec la majuscule, lorsque ce Ot caractérise, soit historiquement, soit figurément ou par ana- ^e la dénomination :

La barrière du Trône. L'hôtel des Ambassadeurs.

Le cap des Tempêtes. L'île de la Réunion.

La cour des Miracles. Les montagnes de la Lune.

La fontaine des Innocents. La place de t Estrapade.

314 GRAMMAIRE GÉNÉRALE ET HIST(miQCE.

XVII. Mais lorsqu'une dénomination quelconque, exprimée par deux mots, est une dénomination générale, ni Tun ni l'autre ne prennent de majuscule :

L'administration des postes. Lhôtel de ville.

L'administration des monnaies. Le marché aux fleurs.

Le comptoir d'escompte. Le ministère de VitUérieur.

La caisse d'épargne. Le ministère des finances.

L'église de l'abbaye (du monastère). Le palais de justice.

La halle aux blés. La régie des tabacs,

XVIII. Lorsque le second mot d'une dénomination est une abstraction personnifiée, il s'écrit toujours avec la majuscule :

Le temple de la Paix.

Le ternple de l'Honneur et de la Vertu, près de Rome.

XIX. Lorsqu'une dénomination (propre ou commune), exprimée par deux mots, se présente sous forme elliptique, on doit écrire le second mot avec la majuscule si, à cause de Tellipse, cette dénomination offre une équivoque ou un non-sens :

/ aux Arts et métiers.

Il est allé \ à l'Instruction publique.

\ àla Monnaie.

Dans les exemples ci-dessus, c'est à cause de l'ellipse qu'on a écrit avec majuscule les mots Arts^ Instruction^ Monnaie. Ils sont mis là pour : le Conservatoire des arts et métiers , le ministère ofi l'instruction publique^ V administration des monnaies.

XX. Mais on écrit toujours avec la minuscule, qu'il y ait ellipse o^ non, le substantif qui ne peut donner lieu à aucune amphibologie '

ides domaines, des douanes, des postes.

Ou bien,

ç aux domaines.

Il est allé \ aux douanes.

^ àla poste,

XXI. Lorsqu'on donne à un produit, à un objet de fabricatic^^ quelconque le nom de la ville où il a été fabriqué, ou celui de lalcT* calité d'où il est extrait, exporté, ce nom doit toujours être consi-^ déré comme un nom conmiun, et il s'écrit avec minuscule :

Un mètre d'angleterre. Fumer du maryland.

Une statue en carrare. Une robe de florence.

Un bel angora. Une robe de madras.

Une bouteille de cognac

HB l'emploi des BfAJUSCULES. 315

XXII. Tout nom propre perd la majuscule lorsqu'il entre dans la omposition d'un mot et forme avec celui-ci un substantif com* Dim :

Un asiarque. Un anglomane. Un daguerréotype.

Font exception, à cause du trait-d'union :

Un prie-Dieu, Le lever^Dieu,

ÎXIII. On doit écrire avec la minuscule, selon l'usage établi, tous es noms donnés aux vents :

les aquilons. Le mistral. Le simoun. La tramontane.

Les autans. Les moussons. Le siroco. Les vents ali%és.

Mais ces noms s'écrivent toujours avec la majuscule lorsqu'ils iont désignés sous leur appellation latine , parce qu'alors ils sont presque toujours personnifiés :

L'Africus. L'Auster, VEurus. Noius.

L'Aquilon, Borée. Favonius. Zéphire.

XXÏV. On doit écrire avec majuscule tout nom ajouté à une déiKHûination propre de ville, de monument :

Bar-Ur-Duc. Villeneuve-le^Comte,

Choisy-le-Roi. Uéglise Saint-Germain des Prés.

Fontenay-aux-Roses. L'église Sainte-Marie aux Neiges.

XXV. Les articles /e, la^ les^ du^ de la, des^ devant un nom ^pre de ville, s'écrivent avec la minuscule. Il en est de même >fsque ces noms sont employés comme des noms de rue :

VAraentière. la Flèche, le Mans. le Puy.

les Andelys. la Havane. la Mecque. la Rochelle,

le Caire. le Havre.

Il en est de même pour les noms propres de personnes :

la Bruyère. le Cid. ' , ' Pic de la Mirandole.

le Camoens. l'abbé de l'Epée. Tallemant des Réaux.

lamirquiseduChâtelet. le duc de Guise. Juvénal des Ursins.

XXVÏ. Les titres honorifiques qu'on donne aux empereurs, aux ^îs, aux impératrices et aux reines, s'écrivent toujours avec la ma- •^cule : Sa Majesté^ Leurs Majestés^ Votre Majesté, Vos Majestés.

Il en est de même pour les titres donnés au souverain pontife, ^ princes de l'Église, aux membres des familles royales et prin- ^res:

Sa Sainteté, en parlant du pape.

Son Eminence, — d*un cardinal.

Sa Grandeur, — d'un évêque.

Son Altcise, — d'un prince impérial, royal.

316 gramuàire générale et historique.

Par analogie, on écrit encore avec une majuscule, en parlant des ministres, des ambassadeurs et de certains dignitaires de la couronne :

Son Excellence le ministre de, . . Leure Excellences les ambassadeun de...

XXVII. Les noms communs autocrate, empereur^ czar^ roi^ reiW) sultan^ pape^ évêque^ prince^ qui figurent ordinairement après les titres énumérés ci-dessus, s'écrivent avec la minuscule :

Sa Messie l'empereur Napoléon llî. Sa Sainteté le pape Pie IX,

Sa Mi^sté la reine d'Angleterre. Son Eminence le cardinal de Ret^

Sa Majesté le c%ar, l'autocrate de toutes Sa Grandeur Vévêque de MarseiUt

les Russies. Son Altesse l'électeur de Saxe»

Sa Majesté le sultan Abdul-Medjid.

On doit écrire aussi avec minuscule tout adjectif joint à ce titre:

5a Majesté impériale. Son Altesse impériale,

parce que dans ces cas-là les adjectifs rotjal^ impérial^ ne constituent pas un titre particulier au souverain auquel ils sont appliqués, comme dans ces exemples :

Sa Majesté Catholique, la reine d'Espagne.

Sa Majesté Fidèle, le roi de Portugal.

Sa Majesté Britannique, la reine d'Angleterre.

XXVïlI. Le nom sous lequel un ordre monastique, civil ou mil'' taire, est institué, s'écrit toujours avec la majuscule :

/ de l' Incarnation,

\ de la Visitation.

L'ordre l

I de la Jarretière.

V de la Légion d'honneur.

XXIX. Les ordres religieux sont ordinairement désignés par *^ nom du saint sous Tinvocation duquel ils ont été fondés, quelqi^^ fois aussi par celui de la montagne où ils ont été institués. Dans ^ ^ cas, les mots Saint ^ Sainte^ Mont^ s'écrivent toujours avec la m^' juscule et prennent le trait-d'union.

L'ordre de Saint-Benoît. L'ordre du Mont-Carmel.

La congrégation de Saint-Laiore. La réforme de Sainte-Thérèse,

XXX. Les noms des animaux ou monstres imaginaires dont il e^ fait mention dans la fable ou ailleurs forment deux classes dis-*^ tinctes :

Les uns sont ccmsidérés comme noms propres parce qu'ils éveil-^^

M l'emploi DEB KAiUSGDLS». Zlf

lent par uilogie l'idée du fait particulier auquel ils se rattachât, et s'écrivent toujours avec la majuscule :

Cerbère. La Chimère. La Méduse. Le serpent Python.

Charyhde, Le Léviathan, Le Minotaure.

Les autres sont passes à Fétat de noms communs et s'écrivent avec la minuscule :

Vn boiilic. Un hippoeentaure. Un lynx.

Un griffon. Une hydre. Un phénix.

XXXI. Tout nom patronymique, c'est-à-dire dérivé de celui d'un chef de race, et donné à ses descendants, s'écrit avec la majuscule lorsqu'il est employé substantivement :

Les Capétiens. Les Mérovingiens. Les Selé^oucides.

XXXII. Mais lorsque les noms patronymiques sont employés adjectivement, ils s'écrivent avec la minuscule :

Les califes abbassides. Ecriture Caroline.

La race- capétienne. La dynastie mérovingienne.

XXXIII. Cependant, lorsque le second mot n'est qu'un simple adjectif servant à indiquer la position qu'occupait un peuple en deçà <Hi au delà d'un fleuve ou d'une chaîne de montagnes, il s'écrit avec ^ minuscule :

Les Gaulois cisalpins. Les Gaulois eispadans.

Les Gaulois transalpins. Les Gaulois transpadans,

XXXIV. Lorsque les adjectifs ci-dessus sont employés substanti- . ^ement, ils prennent la majuscule :

Les Cisalpins. Les Transalpins. Les Cispadans^ Les Transpadans.

XXXV. Enfin on doit écrire avec la minuscule tout qualificatif lorsqu'il ne sert qu'à désigner l'État, la |)rovince où quelqu'un ®st né :

/ boliviens.

Les Américains) 2T^!^'!'-

^ péruviens.

Ou bien lorsqu'il désigne la puissance à laquelle un peuple est ^^unais :

Les Arméniens \ î«;^*|*-

/ anglais.

Les Américains \ espagnols.

( français.

Les Cosaques \ ™;^*f-

XXXVI. On doit toujours écrire avec une majuscule le nom d'une chose inanimée ou métaphysique lorsqu'on lui attribue la figure, les sentiments, le langage d'une personne réelle :

La Mollesse oppressée,

Dans sa bouche à ces mots sent sa langue glacée. (Boileau.)

La plaintive Elégie, en longs liabits de deuil,

Sait, les cheveux épars, gémir sur un cercueil. ( Le môme.)

ZZ. AdQecUfs.

I. Tout adjectif s'écrit avec une minuscule lorsqu'il est employé comme simple qualificatif :

Palais abbatial. Majesté royale. Puissance divine.

Concours académique. Influence morale. Combat naval,

II. L'adjectif, formé d'un nom propre, s'écrit avec la minuscule lorsqu'il est employé comme simple qualificatif :

Le rivage troïen. V architecture gothique.

Le chant grégorien. L'école byzantine.

Les champs phrygiens, La phalange macédonienne.

m. Mais si l'adjectif est employé substantivement, il s'écrit avec la majuscule :

Les Asiatiques. Un Parisien. Un Breton.

Les Européens. Une Française. Un Normand.

IV. Mais quand l'adjectif est accompagné d'un autre adjectif(pî le modifie, ils forment souvent tous deux une double expression qualificative et s'écrivent avec la minuscule :

Un noble vénitien. Un savant allemand.

Un brave français. Un rusé normand,

V. Mais lorsqu'on veut donner une signification distincte àl'a^' jectif pris substantivement, alors on l'écrit avec une majuscule :

Un illustre Irlandais. Un riche Américain,

VI. Dans un titre d'ouvrage et dans toute dénomination propr^' l'adjectif ou le participe qui suit le substantif qu'il modifie s'écï^ avec la minuscule :

La Galette universelle allemande* Le Paradis perdu.

Les Précieuses ridicules. La Gageure imprévue.

La Jérusalem délivrée. L'ordre du Mérite civil.

Les Lettres persanes, L'Auberge du Cheval blanc.

DB l'emploi des MAJUSCULES. 319

VU. Quand l'adjectif précède, il s'écrit avec la majuscule :

Le Nouveau Testament . La Nouvelle Héloïse.

La Diffine Comédie. Les Fausses Confidences.

Les Deux Gendres. La Jeune Femme colère.

Vin. L'adjectif sain^ s'écrit toujours avec une minuscule lorsque, suivi d'un substantif qu'il qualifie, il ne sert qu'à exprimer l'idée de sainteté :

saint Martin. t9int Michel,

saint Simon. saint Pierre.

liais le mot Saint s'écrit avec la majuscule et se joint par le tqdUd'nnion au substantif qu'il modifie lorsqu'il forme avec ce derofer une dénomination propre d'homme, de monument :

Le duc de Saint-Simon. L'église de Saint-Pierre.

La porte Saint-Marlin. Le mont Saint-Michel.

IX. Rien n'est si fréquent que de rencontrer un nom d'État, de contrée, de province, modifié par un adjectif; toute la difficulté consiste à savoir si ce qualificatif doit s'écrire avec la majuscule ou avec U minuscule.

On peut établir en principe que tout adjectif qui n'est pas employé comme nom propre doit s'écrire avec la minuscule.

L'adjectif s'écrit avec la minuscule lorsque, formé d'un nom tfenapire, de ville, de contrée, il n'est employé que pour indiquer i quel peuple , à quelle nation , cet État , cette contrée appartint:

français.

( françats.

L'empire ] germanique.

romain.

Les États romains. La Pologne russe. La Guyane française.

La Flandre française. L'Asie ottomane. L'Inde anglaise.

X. L'adjectif, modifiant un nom d'État, de province, s'écrit avec ^ minuscule lorsqu'il ne sert qu'à déterminer la position de c^t ^tat, de cette province, au nord, au sud, etc., d'un autre État, * Une autre province :

ïï'A*,^A^n,,^ \ méridionale.

L Amérique j septentrionale.

( centrale.

r*p.,^^^ ) continentale.

L Europe < ^^identale.

\ orientale.

^'Italie inférieure, ou la basse Italie. L'Italie supérieure, ou la haate Italie.

XI. L'adjectif s'écrit encore avec la minuscule lorsqu'il sert à indiquer la position d'un État, d'une contrée, d'une province, en deçà, au delà d'une ville, d'un fleuve ou d'une chaîne de montagnes:

La Bourgogne cisjurane. L'Inde transgangétique.

La Bourgogne trantijurane. L'Inde iransoxiane.

^'^*-- 1 tlf^.

ieiêalpine.

cispadane, subalpine, transpadane.

transalpine,

XII. Mais l'adjectif s'écrit toujours avec la majuscule lorsque, formé d'un nom propre, il est appliqué à un monument, soit potf éterniser un souvenir , soit pour rappeler le nom du fondateur 6l le personnage en l'honneur duquel ce monument a été érigé :

La bibliothèque Ma%arine, La colonne Trajane.

La chxipelle Sixtine. Le mont Tarpéien,

XIII. Dans les autres cas, l'adjectif, bien que formé d'un nott propre, s'écrit avec la minuscule :

alphabet cadméen, édition ehévirienne. ligue adiéenne,

danse pyrrhique. langue sémitique, légion th^mne»

XIV. Lorsque Tadjectif, n'étant plus considéré comme simpleqoft- 1 lificatif, est employé comme nom propre et donné comme tel au» province, à une mer, à une île, à un golfe, etc., il est écrit toujou» avec la majuscule :

La mer Morte, Le golfe Persique. Le lac Majeur.

La mer Rouge. Les îles Ioniennes, Le lac Supérieur, en

La Russie Blanche, Le mont Blanc, Amérique. j

De même on écrit toujours avec la majuscule les adjectifs suivants, parce qu'ils sont employés comme surnoms :

Apollon Pylhien. Jupiter Tonnant,

Jupiter Lycéen. Isis Thesmophore.

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