‹ Grammaire générale et historique de la langue françaiseChapitre 135 sur 153 · I.*ABOi du chien est fort importun. (Académie · texte numérisé non relu

I.*ABOi du chien est fort importun. (Académie

De tant de gens t^pars le nombreux équipage.

Leurs cris, Vaboi des chiens, les cors môles de voix

Amionceut l'épouv an te aux hôte» de c«i boia. ( La FoBtaÎBg.)

Abondamment j en abondance.

Abondamment exprime une quantité relative, excédaai celle qii réclame Tusage qu'on veut faire des choses -, en abondance mafqittf sans rapport à une destination quelconque, un superflu considérable. Une table est abondamment servie quand elle Test au delà des be- ^ soins de ceux qu'on y traite; des fruits sont servis en aimdam quand ils le sont en profusion :

Lorsque le peuple trouvera facilement et abondamment à vivre, il ne serapoi*^ sujet à autant de vicissitudes. (Bernardin de Saint-Pierre.)

Je prétends que chez moi tout soit en abondance. (Destouches.)

Abondant (d'J.

D'abondant.^ employé comme verbe, dans le sens de Outre oA» de plus, est tombé en désuétude; du temps de Vaugelas, ^ expression avait déjà vieilli, et, selon l'expression de ce gnamwwrien, l'on ne s en servait plus dans le beau style.

Et d'abondant la vache de ma femme

Nous a promis qu'elle ferait un veau. (La Fontaine.)

Abstrait, distrait.

Ces deux termes expriment deux manières différentes dont noti* attention peut être en défeut relativement aux objets présents. Abstrait signifie qui est séparé tout à fait de ce qui se dit ou de ^ qui se passe extérieurement; distrait .^ qui est détourné d'un obje^ par un autre. Un homme abstrait est maître de son attention, mais il la concentre tout entière dans ses idées au préjudice des sujets dont on s'occupe avec lui ; un homme distrait ne peut défendre s(^ attention contre les objets extérieurs, qui se la disputent sans id* permettre de la fixer sur un objet principal.

Quelquefois un esprit abstrait, nous jetant loin du sujet de la comenatk^ nous fait faire ou de mauvaises demandes ou de sottes réponses. ( La Bruyère.)

Être DISTRAIT, c'est cesser de faire attention à la chose dont on s'occupait pwi^ faire attention à um^ut^ quisetétteé-tà trweme, (Geoflhjy,)

OnERVAHONS GOflPLÉMENTAIIIES. 985

Ac.

Cette syllabe est toujours brève lorsqu'elle est finale : bac^ lac^ 5flc, tillac; mais elle devient longue lorsqu'elle est suivie d'une s; UQsi les mots qui précèdent sont brefs au singulier et longs au plurid : des bacs^ des lacs^ des tillacs. **

Acabit.

Employé au propre, ce mot ne se dit que de la qualité bonne )Q mauvaise des fruits et des légumes :

Cetpfwres, ces lentilles, sont d*un bon acabit. Des haricots de mauvais acabis-

(Académie.)

C'eBt donc une faute de dire aujourd'hui : De la viande de bon^ kfmmais acabit, quoiqu'on Tait dit autrefois, et que Tétymo- Bgb acapitutn, achat, dérivé à'acaptare^ acheter, semble autoriser et emploi :

Ihifs disons à Paris, ce fruits ce mouton, ce drap, ne sont pas de bon acabit, WPéire ne sont pas bien conditionnés, ce qui veut dire proprement, ne sont pas iébU, (Ménage.)

Mais l'usage a restreint la signification de ce mot au premier sens Qe nous avons indiqué.

Au figuré, il se dit très-bien du caractère, de la condition des BKODoes:

%IKS ne le corriger e% pas de sa défiance, c'est son acabit. (Académie.)

Ta mase baptise

Be noms trop doux gens de teA âoei)it. ( J.-B. Ronsseau.)

Au dix-septième siècle, alors que l'orthographe était abandonnée rari)itraire, on écrivait acabit et acabie :

Et de quelle aeabie était-il conseiller?

Etait-ce en robe longue, en robe courte, en bottes?

— Non, Monsieur, il était conseiller garde-notes. ( Boursault.)

Aujourd'hui, on n'écrit plus qa'acabit^ orthographe conforme à stymologie.

Académicien, académiste.

Quoiqu'on dise une académie d'armes aussi Uen qu'un» acadé-^ ^ des sciences, académicien ne s'emploie pas dans cette double ception ; le bon goût a créé le paronyme académiste^ pour établir

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une juste distinction. L^objet spécial de V académicien^ c'est la science ou Tart dans ses spéculations les plus élevées et .ses plus nobles applications ; Tobjet de Vacadémiste^ c'est Texerdce du corps, Tart de Tassouplir, d*en régler les mouvements et d*en augmaiter la force.

Le titre (f académicien n'a été attaché par Vusage qv^aux gens de lettres iettn» académies, la française, celle des sciences, celles des inscriptions. (Voltaire.)

On appelle académistbs les jeunes gens qui apprennent l'équitation et Vwxwà dans les écoles destinées à ces arts, ( Le môme.)

Accessit

L'Académie ne donne pas d'exemple de ce mot au pluriel. Qnet ques grammairiens veulent que Ton écrive des accessits; « mds, St Laveaux, n'est-il pas ridicule de donner le signe français du pluriel i une troisième personne d'un verbe latin ?» A l'observation de Laveioz il n y a qu'une réponse à faire : N'est-il pas cent fois plus ridicaié de ne pas soumettre à la règle française tout mot consacré par on fréquent usage et devenu essentiellement français?

La raison veut qu'on écrive au pluriel : des accessits j et tp!(Xk écrive ainsi à ce nombre tous les autres mots formés de la troiâteoB personne d'un verbe latin : des déficits , des exéats , des satisft' cits^ etc.

Accoucher, enfanter.

Accomher comprend tout le travail naturel, depuis les prennères douleurs jusqu'à l'entière délivrance. Enfanter signifie seulement mettre au monde un enfant, abstraction faite de toutes les circonstances qui, dans l'ordre de la nature, précèdent et accompagaent cette action.

En parlant de la Vierge, si l'on dit qu'elle enfantera un )5feî qu'elle a enfanté un fils^ c'est parce qu'elle n'a pas été sujette à toutes les circonstances qui précèdent et accompagnent les accott' chements naturels. On ne le dit guère, au propre, que dans ces phrases,. Au figuré, on dit : Jadis la terre enfanta des géants ;(fl^ ne dit pas qu'elle en accoucha parce qu'il ne s'agit que de la leproduction, abstraction faite de la manière. On dit en plaisanttBt qa'un auteur a enfanté un gros volume^ et qu'tï est accouché rf* i** épigramme. La première action est une production lente et qui n'» point de rapport avec l'accouchement naturel. La seconde, qui suppose une action faite avec peine et douleur, et en un instant asseï court, a plus de rapport à l'accouchement.

Ce mot s'emploie au figuré en parlant de l'esprit et des prt^*

OBSMfÀTlONS COMPLÉMEm'AIRES. 327

lions de l'esprit, mais seulement dans le style badin ou comique :

Le lort de ce sonnet a droit de vous toucher,

Car c'est dans votre cour que je viens d'accoucher. (Molière.)

Mais enfin yaccouche d'un dessein

Qui pueera Teffort de tout esprit humain. (Regnard.)

Accoutumé.

)inot s'emploie très-bien comme adjectif dans le sens de Habiordinaire :

U rentra dans V ordre âccodtcmé. (Académie.)

\ àe trouva plus cette douceur accoutuméb dans les choses, (Bossuet.)

raee$ nouvelles éblouies de l'éclat non AGCouTUMi d'une noblesse de peu 6e$, (Le môme.)

Reprends auprès de moi ta place accoutumée. (Corneille.)

pefil nombre de témoins, domestiques et accoutumés. (Massillon.)

, Sortez. Que le sérail soit désormais fermé, Et que tout rentre ici dans Tordre accoutumé. (Racine.)

Mue r empereur parut, les spectateurs se levèrent et lui donnèrent le salut fuL (Chateaubriand.)

I vu ma granâ^mère forcée de renoncer à son quadrille, faute de partners TvmÈs. (Le même.)

• • . Fier de ses eaux, tribut d'un long orage,

n B*élëve et franchit ses bords accoutumés, ( Le Brun.)

t pettples se sont écartés de leur route accoutumée; un abîme s^est ouvert ^rspas. (Guizot.)

setavage régulier, accoutumé, indolent, était la loi du vieux monde.

(Sainte-Beuve.)

Le Tartare avait bien sa charge accoutumée. (V. Hugo.)

Et vous tous, jeune et brillante armée.

Où la vertu trouvait sa garde accoutumée. (Ponsard.)

a critique moderne prétend que Racine et T Académie se sont ris sur la valeur de ce participe, en l'employant comme adjec- Racine, en se servant d'accoutumé dans le sens d'habituel, laire, siivait fort bien ce qu'il faisait; il n'ignorait pas l'abus, . il se conformait à un usage qui avait pour lui la double auto- Je Corneille et de Bossuet. Après lui, Massillon, Voltaire, les : Rousseau, etc., ont employé ce mot comme adjectif, et idémie Ta consacré ; c'était une loi qu'elle subissait elle-même, . en s'y soumettant elle ne s'est pas du tout méprise. 38 écrivains modernes sont donc autorisés à s'en servir.

8ÎS GRAMiAIHK «ÉNteALE ET BMMOQUE.

Accroire j croire (Faire).

Faire croire^ c'est déterminer la croyance, indépendaimnent de toute idée de fondement et de vérité ; faire aocrwe^ ci'est déterminer la croyance pour une chose qui n'est pas vraie; on peut être de bonne foi en faisant croire ce qui est faux, parce qu'on peut soi-même le croire vrai; mais c'est toujours avec une intention de troini)er qjui'on fait accroire à un autre une chose à laquelle on ne* croit pas ou qu'on sait être fausse.

Accusatif.

Vaccusatif esi^ dans la langue grecque et la langue latine, l&cas qui accuse^ déclare, fait connaître le mot qui est le terme ou Tobjet direct de Taction exprimée par le verbe ; ce cas est représenté dii|B& notre langue par le complément direct :

Je crains Dieu, cher Abner, et n'ai point d'autre crainte, (ftacine.)

iHeu et autre crainte^ compléments directs de je crains^ et{BS§cond je n'ai^ seraient exprimés en grec ou en latin par Vaccusafif-

Aie.

Cette finale, ajoutée à certains racKoaux, exprime un aete ift-^ pide ou une action fréquemment répétée :

Col, ^ÇCfîQJitf',

Accolade,

Estoc,

Estocade.

Aube,

Auhade.

Fusil,

Fusillade^

Bout, bouter,

Beutade.

GouFmer,

Cmtrmaée.

Canon, canonner.

Canonnade»

Affaire à, affaire avec, affaire de (Avoir).

Avoir affaire à quelqu'un suppose pouvoir, autorité, force, 9^ périorité de la part de celui à qui Ton a affaire; et dépendaflM^ infériorité, besoin de la part de celui qui a affaire. Celui qw vjert <4>teniF une grâce, une faveur, a affaire au ministre ou à ses cdDxpis^ un plaideur a affaire à ses juges; un inférieur a affaire 4 s# supârieurs, en ce qui regarde la subordination :

Un marchand est forcé d'avoir aftaiiie à toutes sortes depersonnes. (Aeadënfe')

l/homme k qdi mous avons affaire n'est pas des plus fins de ce monde.

(MoUëre.)

Avoir affaire avec quelqu'un^ suppose concours d'affaires, dis*

OMunrATiœis gomplémbntàiiiks. 329

cussioD, difiërend, contestation. Un commis a affaire avec le mii&tre, lorsqu'il lui rend compte de quelque affaire, et qu'il lui en dit son avis. Un associé a affaire avec son associé lorsqu'ils traitent ensemble de leurs affaire communes :

U foui éviter (Savoir affâirb avec des fripons. ( LAvcanx.)

Ce proeès lui a donné de la peine; il avait affaire avec le plus grand ekicamur, le plus déraisonnable de tous les hommes, (Lesage.)

Avoir affaire avec se prend le plus souvent en mauvaise part :

Les médecins qui Vont tué n'ont songé qu'à leur réputation, et à faire une expérience. Heitreuxqui n'A point affaire avec ces messieurs-là. (Voltaire;)

Avoir affaire de^ signifie avoir besoin de :

/i a affaire h'argent. J'ai affaire de vous, ne sortes pas.

En ce sens, on dit par mécontentement ou par mépris : J'ai bien AJPFAIBE INS cet homme4à^ pour dire : Je ne me soucie guère de lui ; et ijhps la même acception :

-^«i Me» affaire de tout cela, Qu'ai-je affaire de toutes ces querelles?

Hais l'Académie est d'avis que cette locution est du style familier; cependant nous ferons observer qu'elle se trouve dans la tragédie, dans le haut comique, et dans d'autres ouvrages qui ne sont imsdu style familier :

Qa*ai-je affaire du trOne et de la main d'un roi ? (T. Corneille.)

Qu'avans-nous affaire D'un nouvel auteur, qui se pare des imaginations des Crées, et donne au monde leurs lumières pour les siennes? (Saint-Evremond.)

Leur savoir à la France est beaucoup nécessaire,

Et des livres qu'ils font la cour a bien affaire. (Moliëre.)

Avoir afimro à, avec ou de est la seule manière d'écrire cette expression ; et si l'on trouve quelquefois avoir à faire^ cela rés&îte d'une erreur typographique.

Affectation, afféterie,

Vafféterie est tout ce qui s'éloigne du naturel; Vaffectation est toat cequi s'éloigne du vrai. V affectât ion a souvent pour huJi de tromper; Vafféterie n'a jamais pour but que de plaire. Quand V affectation^ de même que Vafféterie, n'est qu'un moyen de se feire valoir, il y a encore une nuance importante entre les deux mots : Vaffectation porte sur des choses sérieuses, telles que la sensibilité, le goût, la di^ité, etc.; Vafféterie ne porte guère que sur les petites manières, et si elle n'est pas exclusivement propre aux femmes, elle a du moins un caractère bien féminin.

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