GRAMMAIRE GÉNÉRALE ET HI8T0RIQIDE
Détruit.
Ce participe s'emploie toujours absolument , qu'il soit pris au propre ou au figuré :
Une ville détruite. Un palais détbuit. (Académie.)
Vous-même n'allez pas de contrée en contrée Montrer aux nations Blithridatc délmit, (Racine.)
Il n'est donc pas permis d'en modifier le sens au moyen d'un adverbe de quantité :
Ce conseil est fort bon, mais les excellents fruits
Par votre propre exemple en sont un peu détruits, (Ponsard.}
Une chose, en effet, ne peut ùive plus ou moins détruite^eiU' trait n'admet aucune modification ni en plus ni en moins.
Deux (Tous, tous les).
Tous deux^ comme t(Ms trois, tous quatre^ etc. , exprime la simultanéité d'action et la réciprocité :
Ils sont venus tous deux; ils habitent tous deux. [Académie.)
Je vous félicite de vivre souvent ensemble, et de vous consoler tous DEUX ^ sottises de ce monde par les agréments délicieux de votre commerce, (Voitaiie<)
Tous trois vers ce palais ont pris un vol rapide,
Et tous trois dans les airs, en fuyant loin de moi.
M'ont laissé pour adieu ces mots : Tu seras roi ! (Ducis.)
Tous les deux^ comme tous les trois ^ tous les quatre^ etCo exprime la pluralité :
Tous LES DEUX sont morts depuis longtemps. (Académie.)
Charron fait beaucoup moins de plaisir que Montaigne, quoiqu'ils aient tn0 TOUS LES DEUX les mêmes matières et à peu près de même style. (Lamotte.)
M''* de Maintenon, qui avait aimé Fénelon comme elle aima Racine, les é0r donna tous les deux. [La Harpe.)
L'homme, de deux pouvoirs suit la force contraire.
L'amour-propre qui meut, la raison qui modère :
Utiles tous les deux, s'ils remplissent leurs lois ;
Nuisibles tous les deux, s'ils confondent leurs droits. (Fontanes.)
Deuxième^ second.
Deuxième éveille la double idée d'ordre et de série; second évdilfi simplement l'idée d'ordre; si donc, dans la pensée qu'on veut
OBSERVATIONS GOMPLÉMENTAIRES. 377
içrim^, ridée de rang est subordonnée h Tidéc de nombre, on oit employer deuxième :
JimuM le DBoxiàMB $ur la liste, (Académie.)
Si, an contraire, l'idée de rang se présente à Tesprit indépenunment de l'idée de nombre, c'est de second qu'on doit se servir :
CêUe tragédie n'est qu'un ouvrage du sbgond ordre. Il occupe tout le second ige.
Devancer, précéder.
Devancer implique une idée d'activité , de progrès ; précéder dépe une priorité de temps, d'ordre, de position. Celui qui devance wad les devants; celui qui précède prend la tête. Il y a toujours 1 mouvement dans l'acte de devancer; il peut y avoir une inaction Hnplète dans le fait de précéder; Va précède les autres letties 018 presque tous les alphabets -, on ne dirait pas qu'il les devance.
Devant, avant.
Ikvant se dit en parlant de la place, et avant en.parlant du temps :
Hunm que nous arrivions ayant l'heure où l'on nous attend, nouspouvons laisser ipUu pressés passer dbvant nous.
Atast Diogène, qui dit à Alexandre : « Retire-toi de devant mon soleil , » au- % philosophe n'avait osé parler si librement à un roi.
En grammaire, devant exprime seulement la place : Il faut placer t adjectif viESK^T ce nom. Avant marque la priorité d'ordre : Cet îjectif est avant le nom.
Dialecte, patois.
Un dialecte est une langue qui a des règles ; un patois est un ttgage informe parlé dans des localités éloignées , privées de tout ntact avec une société civilisée. La langue grecque avait différents alectes^ et le dialecte attique était la langue des poètes et des oraurs ; en France, la langue est une, et aujourd'hui les idiomes de ovence ou de Gascogne ne sont pas des dialectes ^ mais des patois.
Diaphane, transparent.
Un corps diaphane est celui à travers lequel on voit le jour , lumière ; un corps transparent est celui à travers lequel on voit autres corps. La lumière rendant visibles les objets qu'elle enveppc, il s'ensuit qu'un corps diaphane est nécessairement transpa-
rent; mais un corps transparent n'est pas nécessairement diaphm' Ce dernier ne se dit que des corps qui ont une égale densité dans toutes leurs parties, tels que les eaux, les verres, les glaces ; transfik' rent se dit de toutes les matières dont les parties sont espacées et pour ainsi dire entr'ouvertes, comme les tissus clairs, les gazes, ete. En poésie cependant ces mots s'emploient fréquemment Tub pour l'autre :
L'allégorie habite un palais diaphane, (Lemerder.)
Telle en voit da soleil la lumière éclatante
Briser des traits de feu dans l'onde transparenle» (Voltaire.)
Dictionnaire, vocabulaire, glossaire.
Le dictionnaire explique ou traduit généralement les mots qu'il donne ; le vocabulaire ne les traduit jamais et ne les explique pas toujours ; le glossaire explique, commente, mais ne donne que des mots peu connus, surannés ou appartenant à Tépoque barbare d'une langue. Par extension de sens, ou par analogie, on applique bien quelquefois le terme de dictionnaire à des recueils particuliers de mots sans traduction ni explication , comme le Dictionnaire des rimes, par Richelet ; ces sortes d'ouvrages seraient plus proprement appelés tables ou répertoires. Enfin, dictionnaire ne signifie ^ seulement un recueil de mots, il comprend toute espèce de matières divisées en articles rangés dans un ordre alphabétique ou méth(!H dique.
Différend, démêlé.
Une contradiction , une opposition entre deux personnes sur un point clair, précis et bien déterminé, voilà le différend; une contention à propos d'une affaire embrouillée, douteuse, voilà le démêlé' La compétition pour une place , la concurrence pour un commerce ou une industrie, produisent les différends; un partage de biens, une liquidation de succession, amènent des démêlés entre les ayants* droit.
Ces distinctions ne sont pas toujours très-nettement marquées, cependant les bons écrivains tiennent généralenient compte de ladif* férence de sens de ces deux termes :
. . . Noyons dans l'oubli ces petits différends
Qui de SI bons guerriers font de mauvais parents. (Corneille.)
Etes-vous fou d'avoir un pareil démêlé?
— N'as-tu pas entendu comme elle m'a parlé. (Molière.)
Diffus, proliœe.
L'un et l'autre marquent un défaut contraire à la brièveté. Suivant Tâymologie, diffus est ce qui va çà et là, et s'étend en large ; prolixe ttt œ qui s'étire péniblement et s'étend en long. Diffus est propre- BieDt contraiTe à ferme; prolixe^ à précis. Diffus est relatif à la pensée, ainsi qu'au style ; prolixe est relatif au style seulement. On est Hffus par les disgressions inutiles, par les accessoires superflus; on f{e&t prolixe que par les comparaisons, les paraphrases, les circoniocotioas.
Digne, indigne.
IHgne se prend en bonne et mauvaise part :
Uttt DIGUE d'ESTiME, de RÉCOMPENSE, de MÉPRIS, de PUNITION. (Académie.)
Digne^ accompagné d'une négation, et indigne^ ne se disent que Albien, et se prennent toujours en mauvaise part :
fletl INDIGNE d'un tel honneur; U îi^est pas digne de votre amitié. (Académie.)
On ne peut donc pas dire : // est indigne de reproches, il ^'est ^ DIGNE de CHATIMENT*, mais : // ne mériteras de reproches, de