GRAMMAIRE GÉNÉRALE ET HI9I0MIQUE
Les diminutifs restés en usage sont terminés : 1® En aUy eau^ iau:
Arbre,
Arbrisseau.
Côte,
Coteau.
Ecrit,
Ecriteau.
Fable,
Fabliau.
Fripon,
Friponneau.
Jambon,
Jambonneau,
2^ En et, ette :
Amour,
Doux, douce.
Chemise,
Bergère,
Brebis,
Broche,
Amourette.
Doucette.
Chemisette.
Beraerette.
Brebiette.
Brochette.
Chansonnette.
Lion,
Lionceau.
Pasteor,
Poitouretm.
Pigeon,
Pigeonneau.
Souris,
Sourissau.
Ver,
Vermiiseau.
Voleur,
Volereau.
les voleurs.
(La Fontaine.)
Fleur,
Fleurette.
Grand,
Grandelette.
Manche,
Manchette.
Pauvre,
Pauvrette.
Poule,
Poulette.
Seule,*
SeuUtU.
Chanson,
Petite BREBIETTE tousjours semble jeunette. (Nicot.)
Ayant la main trop débile pour bien tenir la docte plume du cygne, fayprvttlt PLUHETTE d'un passcreau, l'oyseau de la Mère d'Amour. ( J. Iver.)
Mon Dieu, la sœur, vous faites la discrète
Et vous n*y touchez pas, tant vous semblez doucette. (Molière.)
3** En on :
Jupon.
Moucheron.
Négrillon.
Oisillon.
Puceron.
Sablon.
Vallon.
Quoi qu'il fasse, un ânon ne sera jamais qu'un âne.
Un image eust deseur Tautel
Qui moult estoit de belle taille,
Deseur son chief une. touaille (1),
Un enfançon en son devant. (Gautier de Comsi.)
Vieillot.
Ballotte.
Aigle, Aile,
Aiglon.
Aileron.
Jupe, Mouche,
Ane,
Carafe,
Cotte,
Anon.
Carafon.
Cotillon.
Nègre,
Oiseau,
Puce,
F.nfant, Guenille,
Enfançon (vieux).
Guenillon.
Sable, Val,
4^ En ot, otte :
Char, Chariot.
Cuisse, Cuissot.
Vieil, BaUe,
Discerner.
Avant le complément indirect de ce verbe on emploie indifféi'Cfli'' ment de ou d'avec :
Discernons l'ami d'avec le flatteur. (Académie.)
Mais sachez de l'ami discerner le flatteur. (Boileau.)
(1) On disait aussi louaillon, étoffe de soie, nappe, voile.
OB8E31VATIOMS COMPLÉMENTAIRES. 381
fi t'applique à discerner la cause du juste d'avec le pécheur. (Fléchier.)
Procureur de la Cour, j'entends qu'on me discerne
/>'un méchant procureur du Gbàtelct moderne. (Boursault.)
Quelques écrivains, au lieu de deux compléments, donnent à ce srfae un seul complément composé :
jDtteemeA-YOus si mal le crime et l'innocence ? ( Racine.)
Mais rAcadémie semble, par son silence, condanuier cette conffaxtàoa.
Discernement, jugement.
Is jugement est la faculté qui considère et apprécie une chose en te-méme; le discernement est la faculté qui distingue cette chose I celles avec lesquelles elle pourrait être confondue. Pour appréér ce qui est bien et ce qui est mal, ce qui est vrai et ce qui est m, le jugement peut suffire ; mais, s'il faut choisir ce qui est bon t ee qui est beau dans les choses de goût, le discernement est iniapensable.
Discord, discorde.
Le premier de ces mots était déjà vieux du temps de Vaugelas. Qdques écrivains le regrettent, non sans raison; car il ne paraît 18 que discord et discorde aient jamais eu un sens bien identique , làme lorsque tous les deux s'employaient concurremment. Roubaud 6 distingue par cette nuance : « La pomme jetée devant les déesses ^es excite entre elles un discord; adjugée à Tune des trois, elle tome le feu de la discorde. » Le discord précède donc la discorde^ Hume l'accord précède la concorde; Tun est la cause et l'autre dffiBt.
Discourir, disserter.
Ces verbes expriment tous deux un acte de Tesprit, manifesté ^ la parole; mais discourir a un sens plus étendu, disserter un iùs plus spécial. Le sujet sur lequel on discourt est large, mais )gue; celui sur lequel on disserte est restreint et déterminé. On îscourt sur la politique, sur la morale, sur l'histoire, etc.; on isserte sur tel ou tel point spécial de Thistoire, de la politique, de i inorale :
Soerate passa le dernier jour de sa vie à discourir de l'immortalité de Vâme.
(Académie.) iZ DISCOURT des lois et des coutumes. (La Bruyère.)
n A savamment disserté sur ee point de ckronologie. (Académie.)
Disert, éloquent.
Disert comprend tout ce que Tart et Texpérience ajoutent M suppléent au talent oratoire ; la pureté, Télégance, la facilité, Taboodance, l'éclat, etc. Eloquent désigne les grands caractères de ce talent, tels que la force, la vigueur, la chaleur, ^entraînement, ^ Disert s'entend toujoui^s d'un certain développement oratoire; ik' Client s'applique aux plus brèves allocutions comme au plus longs discours.
Disparition.
Du participe passé disparu^ quelques personnes ont fait dispamh tion :
De tous ceux que la disparution de Voltaire a semblé affliger, les philosopliet cd été le plus prompiement consolés. ( Linguet.)
Mais comme on dit apparition, formé du latin apparitiOy et non apparution^ on doit dire, et l'on dit par analogie, disparition :
Za DISPARITION' de cette personne alarma sa famille. (Académie.)
La marche des comètes se termine par une disparition aussi brusque qve fwr arrivée a été subite. (Babinet.)
Distingiier.
Dans le sens de Reconnaître, discerner une personne, une dws^ entre d'autres par les caractères qui lui sont propres, rAcadémiee^ les meilleurs écrivains emploient de ou d'avec avec le compléme^* indirect :
Distinguer un chien d*avec un loup, ou un chien d*un loup. [Académie.]
Nous étions si éloignés que nous ne pouvions distinguer la cavalerie d*avec V^ fanterie. (La même.)
Ce savant ne savait pas distinguer le maïs d'avec /e blé. (Ghamfort.)
// distingue à peine le froment d'avec /e seigle. (La Bruyère.)
On n'a qu'à lire Virgile ou Racine, on distinguera aisément le génie quilti^ d'avec le talent qui les soutient et qui ne les quitte jamais. (MarmonteL)
Bien loin que la multiplicité des plaisirs donne aux sybarites plus de délito^ ils ne peuvent plus distinguer un sentiment d'avec un sentiment. (Montesqai ^
Ma muse, en l'attaquant, charitable et discrète, . ■
Sait de l'homme d'honneur distinguer le pcôte. (Boilcau.)
Elevée avec lui dans le sein de sa mère,
J'appris à distinguer Bajazet de son frère. ( Raciae. )
On peut aussi, dans le même sens, donner à ce verbe un compléiDent direct composé :
Cmme Thomme distingue le vrai du faux et le beau du laid, il distingue autii
U Mm ET LE MAL. (V. GoubId.)
L'Académie donne un exemple de cette construction, ce qu'elle 16 &it pas pour discerner :
DnniiGUER le bien et le mal. (Académie.) V. Discerner, p. 380, 381.
Diurne, quotidien, journalier.
Diurne n'est pas simplement ce qui se fait chaque jour, mais ce fû duré tout un jour ; quotidien est ce qui revient chaque jour, sans Ip'il soit compris que cette action occupe la journée tout entière;
^ ii journalier se dit de ce qui se répète tous les jours, que l'action
y oecape ou n'occupe pas la durée du jour.
\ Droite (A).
A droite est une locution adverbiale formée par ellipse du mot ; «om;
Pftndre À droitb. Tourner À droite. (Académie.)
^l entend À droite et à gauche différents propos sur son compte. ( Boileaiu)
C'est par la même ellipse qu'on dit : Être assis a la droite du t^; Il m* a placé x sa droite.
(hi a dit anciennement prendre à droit, en sous-entendant le VBot côté; cette forme n'est plus admise.
Eclairer.
Dans son Leanque de la langue de Molière, Génin dit : « On disait éclairer à quelqu'un , pour signifier lui éclairer son chemin. Nicot fait soigneusement la distinction entre éclairer
* quelqu'un et à quelqu'un; il explique le second : Prœlucere *alicui; lucem facere alicui; lustrare lampade. Ainsi, quand on •lit dans Don Juan, act. IV, scène m : « Allons, monsieur Di- ^ Bdancbe, je vais vous éclairer, » il faut entendre ce vous au datif, •pour à vous, et non pas à Taccusatif, comme aujourd'hui nous ^ disons : Éclairez monsieur. C'est une politesse très-impolie : mon-
* sieur n'a pas besoin qu'on l'éclairé, mais qu'on lui éclaire sa
384 GRAMMAIRE GÉNÉRALE ET HISTORIQinB.
» Ce vice du langage moderne paraît né de Téquivoque des » formes vous^ moi^ me, qui servent aussi pour à vcus^ à moi, »
L'Académie regarde cette construction comme un arcbaïsma, et veut qu'on dise aujourd'hui : Eclairez monsieur; Eclairer «nijiff s ifie qui descend l'escalier.
Edredon.
On désigne sous ce nom le duvet d'une espèce de canard des mas glaciales appelé eider; ainsi, d'eider^don^ ou duvet A'eider^ now avons fait édredon :
L* innocence dort et repose sur la dure, le crime veille et s'agite sur le molÉBn- DON. (Gaillard.)
Par ignorance de la véritable étymologie, on a dit autrefois, et quelques personnes disent encore , aigledon.
Egaler, égaliser.
Égaler s'emploie en parlant des personnes et des choses :
ÉGALER lesparts. La mort égale tous les hommes, Ëgalrh quelqt^un en M*^ Rien n'ÉGALE sa beauté, (Académie.)
Rome, qui mit le prix à toutes les vertoB, H'égala-t-elle pas Camille à Romulus? (Piron.)
Égaliser ne se dit qu'en parlant des choses :
ÉGALISER les lots d'un partage, La mort égalise toutes les conditions.
(Académie.) La mort égalise les fortunes, (Montesquieu.)
Telle est Topinion de l'Académie; disons cependant que Temi^ d'égaliser est fort rare en ce sens, et ce verbe n'est guère usité (p^ dans l'acception de Rendre uni :
égaliser un terrain; égaliser un chemin.
C'est même en cette seule acception que Voltaire voulait qu'ofl l'employât, et il condanme Egaliser les fortunes^ conmie un ba^ barisme.
Eminent, imminent. \
Joints aux noms danger ^ péril, ruine^ disgrâce^ ces ajectifs oRtk peu près le même sens : seulement, éminent signifie grand, menaçi&t, et imminent^ très-grand, inévitable; le second n'est en qudqoB sorte qu'un augmentatif du premier. Un danger émiiœnt, dit l'Académie, petit n'être pas imminent.
QHERYATIONS GOMPLÉMENTAnUSS. 385
Emonder, élaguer.
ÉwiKmderj c'est nettoyer; élaguer , c'est éclaircîr : on émonde un rixe en le débarrassant de tout ce qui le dépare ; on Vélague en re- «ndiant les branches parasites ou inutiles :
L'arkre doit une nouvelle vie au tranchant qui TiiioNDE. (Lamartine.)
Vkomme embellit la nature même, il la cultive, en élague le chardon et la , y nmUiplie le raisin et la rose, (Buffon.)
Ce n'est qu'accessoirement qu! émonder se dit pour élaguer^ dans a sens de Couper les branches ; mais alors l'action qu'il exprime est estreinte aux plus menues branches, au bois mort.
Emprunter.
Ce verbe prend avant un complément indirect de personne la préiK)8ition à ou la préposition de :
^^MPRDNTEBAi ccttc sommc À un de mes amis. (Académie.)
^âinipRDNTé DB mon oncle dix mille francs. (La mOme.)
^ndAchisis ne permettait aux Egyptiens d'emprunter qu'à condition d'engager ^forps de leur père à celui dont on empruntait. (Bossuet.)
L'&me, pour soutenir sa céleste nature,
Ti* emprunte pas des corps sa chaste nourriture. (Lamartine.)
Hais, pris figurément, il veut la préposition de avant un com- Jàïient indirect de chose :
Us magistrats empruntent leur autorité du pouvoir qui les institue.
(Académie.)
Fo/re raisonnement emprunte de la circonstance présente une nouvelle force.
(La môme.)
Devant tout à lui-même, il n'EMPRUNTArr rien de l'appareil et du dehors.
(Massillon.)
la métaphore ou la comparaison emprunte d'une chose étrangère une image Uible et naturelle d'une vérité. (Marmontel.)
L'emploi de la préposition à dans les phrases suivantes ne doit ts cependant être condamné :
Les femmes ne donnent à l'amitié que ce qu'elles empruntent à l'amour.
(Ghamfort.)
^poésie EMPRUNTE À la MUSIQUE ccttc quoHté indé/lnissable dc l'harmonie qu'on feUe céleste, faute de pouvoir lui donner un autre nom. (Lamartine.)
S86 GRAlQUmE GAiAIALB et H W OM g DK .
Encore.
Cet adverbe se construit ordinairement avec un présmt ou on futur:
Elle VIT ENCOBE. Il VIVRA ENCORB daiu ffingt OM. (Académie.)
Oh! malheureux 1* auteur dont la plume élégante
Se mootro encor du goftt sage et fidèle amante. (Gilbert)
Mais si le vert)e est pris négativement et modifié par Tadverbe jrf«, on emploie maintenant au lieu de encore :
Il ne m'entend plus maimtbnaiit.
La construction suivante est donc vicieuse :
Le nord de cet empire était couvert de villeê et de nations qui ne sont PtCS ENCORE. (Montesquieu.)
Enfin, à la fin, finalement.
Des nuances fort difficiles à marquer dans une définition, mais pourtant très-sensibles dans la pratique , séparent ces trois eipressions. Enfin désigne particulièrement la conclusion ou la fin tfon récit qu'on abrège. Quand Boileau dit : Enfin Malherbe vint, il annonce implicitement qu'il se hâte de clore son exposé sommaire d6 Thistoire de la poésie par Tavénement de ce grand poète. Alafif^ n'a rien de particulier au discours et annonce généralement la dernière conclusion des choses considérées en elles-mêmes, ou isw situation qui va en résulter :
... Je sens qu*à la fin ma douceur esta boat* (Racine.)
Finalement indique la dernière fin d'une chose qui n'a pu être consommée d'un seul coup. Le mariage dont on s'est occupé si longtemps est finalement convenu. Les clauses du contrat sont fiiui^ m£nt arrêtées.
Ennemi, adversaire^ antagoniste.
V ennemi a pour mobile la haine; V adversaire^ l'intérêt; VaniOr goniste^ l'esprit de parti. Les ennemis cherchent à se détruire réciproquement dans leurs biens et dans leurs personnes ; les adversaire font valoir leurs prétentions avec plus ou moins d'acharnement; les antagonistes se disputent la prééminence dans des questions d'art, de science, de politique, etc. On est ennemi dans la guerre, adversaire. dans les procès, et antagoniste dans les écoles. .
Ennuyant, ennuyeux.
Enmtyant se dit de ce qui contrarie dans le moment, de ce qui 186 un ennui passager ; ennuyeux^ de ce qui ennuie habituellemt : ainsi, un homme ennuyant dans un moment peut être amuit dans un autre -, mais un homme ennuyeux est toujours enigm// d'où il suit qu'on doit dire d'un temps passagèrement lOivais : C'est un temps ennuyant; d'un mauvais temps qui se tdkNQge : C'est un temps ennuyeux, et d'un livre mal pensé et mal »t : C'est un livre ennuyeux.
Hn'y a pa» d^homme qui ait as8e% d'esprit pour n'être jamais ennutant.
(Vauyenargues.)
li n'y a pas de personnage plus bnndtbdx qu'un sot qui veut faire le plaisant,
(La Rochefoucauld.)
Va, le roi n'a pas lu ton mémoire ennuyeux, (Voltaire.)
Enoncer, exprimer.
Ces deux verbes sont relatifs à là diction ; énoncer en désigne les inUîtères les plus généraux; exprimer y les accidents les plus par- WîrfSers. Enoncer se rapporte surtout aux qualités communes et Wcatielles du discours , la clarté, la netteté, la propriété, etc.; ^mer implique des qualités particulières à la personne qui écrit ttçri parle, telles que l'énergie, la délicatesse, la vivacité, etc.
Enquérir, informer (S').
8' enquérir suppose quelque connaissance antérieure; s'infor- ^ suppose une ignorance complète de ce qui est en question. 'enquérir y c'est questionner; s'informer ^ c'est tout simplement ^mander. On s'informe du nom d'un voyageur qui arrive; on s'en- ^iert de son âge, de sa tournure, de sa profession, de ses parents, f sa fortune, de ses antécédents. On s'informe pour savoir; on enquiert pour connaître plus amplement :
^tti ne s'euquit de ce que j'étais devenu. (G. Sand.)
SUe 8'iNFORME des besoins de son voisinage avec la chaleur que l'on met à son ^e intérêt, (J.-J. Rousseau.)
Enseigner, apprendre, instruire.
Enseigner signifie simplement Donner une leçon, abstraction ^^^ de toute idée de résultat. Bien des gens font profession d'en-
388 GRAMMAIRE GÉNÉR^iLE ET HISTORIQUE.
seigner ce qu'ils ne savent pas ; apprendre signifie Communiquer une notion , une science par l'enseignement : on n'apprend aux autres que ce qu'on sait bien soi-m^me; instruire^ c'est fournir les matériaux , les cléments nticessaires pour faire comprendre et connaître une chose. — V. Etudier,
Ensuivre fS'J.
C'est un pléonasme de dire : Voyez quelles erreurs s'ensuiyraibvt DE cette proposition. De la, il s'ensuit. // s'ensuit de la que. . . pan» que s'ensuivre^ foimé de suivre et du pronom en, renferme en luile complément indirect ; on d(jit donc dire pour s'exprimer correctement : Voyez les erreurs qui découleraient, Résulteraient, de cette proposition ! Il suit de là que, . .
Parce qu'il y a de fausses religions, s*ensuit-il qu'il n'y en a pas une véritàtk?
(Bossuet.)
Si la pensée était esssentielle à Vhomme comme l'étendue à la matière, i^s*ci' SUIVRAIT que Dieu n'a pu priver cet aninal d'entendement, puisqu'il nepew/prrW la matière d'étendue. (Voltaire.)
Dans son Lexique de la langue de Molière^ Génin défend la coa-struction que nous condamnons ; il voit dans ensuivre la traduction du latin insequi^ c'est-à-dire la préposition en et le verbe suivr^y comme dans ensuivant^ autrefois employé pour suivant^ le jour etir suivant. Cela est matériellement vrai ; mais en dans ensuivre a tou* jours été considéré comme l'équivalent de inde, et traité comme un véritable complément circonstanciel. Que les constructions //s'E^ SUIT de la, il s'en est ensuivi, aient été autrefois usitées, nous ne le nions pas ; mais elles sont aujourd'hui regardées comme de véritables pléonasmes, et les meilleurs écrivains modernes construisent ce verbe comme l'ont fait Bossuet et Voltaire dans les deux exemples que nous avons cités plus haut.
Entendement, conception, intelligence.
V entendement est la faculté générale de comprendre : ce mot qui appartient à la langue métaphysique exprime sans idée accessoire te sens de percevoir. La conception est la faculté spéciale par laquSle nous saisissons plus ou moins nettement plusieurs choses ou plusieurs détails d'une chose ; V intelligence d^ymie à l'entendement l'idée de pénétration, d'habileté, d'aptitude universelle ou particulière. U entendement est clair ou obscur ; la conception est vaste ou étroite; Vintelligen>ce est vive ou paresseuse.
Entier, complet.
fii/ier signifie Qui n'est pas entamé, et se dit de la chose qui forme un tout par sa nature même ; complet signifie Qui ne manque d'aucune de ses parties, et s'entend de la chose qui ne forme un tout que par convention. Le territoire d'une nation est entier si aucune province n'en a été séparée ; une armée est complète si elle est forte de tontes les troupes qui doivent la composer. On dit figurément qu'une goestion est encore entière^ tant qu'aucune partie n'en a été résolue ; à qu'une discussion est complète y quand on a épuisé tout ce qu'il y >vait à dire sur le point en débat.
Entièrement, en entier.
Entièrement affecte le verbe ; en entier affecte le complément du ^ttbe. Vous aurez entièrement satisfait votre créancier, quand vous W aurez payé en entier la somme que vous lui devez.
Lorsque en entier tombe sur le verbe, ce qui arrive assez souvent, û marque l'indivisibilité de l'action dans le temps, et entièrement ^rime, au contraire, une succession d'actes aboutissant au même f^tat final.
Entourer, environner.
Entourer y C'est toucher la chose tout autour, ou, du moins, Tin- ^estir de très-près et d'une manière continue, comme par une cir- ^Dférence, une chaîne, etc.; environner ^ c'est former autour de la ^oseune ligne plus ou moins rapprochée, interrompue ou continue :
Lti deux mers qui entourent ce vaste royaume. (Massillon.)
Tu vois de mes soldats tout ce temple entouré. ( Racine.)
' Ub ennemis envibonnent la place. (Académie.)
La maison du Seigneur, seule, un peu plus ornée,
Se présente, au dehors, de murs environnée. ( Boileau.)
Tous les deux s'emploient au figuré, en conservant ces nuances listinctives : Un jeune homme entouré de la protection de ses pa- ■ents peut éviter de tomber dans lés pièges dont il est environné.
Envier, porter envie.
Envier se dit le plus ordinairement des choses, et porter envie ^ ^ personnes et des choses personnifiées :
Je îk^Venvîrai pas, ce beau titre dlionnear. (Coniettle.)
190 GRAMIUIRE GÉNÉRALB ET HISTOUQOB.
Im France ne voit plu$ rien Qv*eUe puisse entiba aux meilleurs siètUs dt faiiquité. (MassiUon.)
Mainte roine peutrétre envira sa richesse* (V. Hugo.)
Le monde biiyu plus votkb opolbncb qu'il ne l'honore, (Muailloii.}
H nepeui voir personne sans lui portbb Binru. (Académie.)
La distinction que nous établissons était, comme on le voit, d^jà admise par les prosateurs au commencement du dix -septième diècle :
Moi qui ne vous bnvib pas vonts esprit, votre science, ni votre réputatmtjf TOUS poRTi iNviB éCavoif été huit jours à Bal%ac (Voiture.)
Quant aux poètes, ils ont presque toujours confondu ces dem expressions :
Là, franc d*ambition, je yois couler ma ySe
Sans envier aucun, sans qu'on me porte envie.
Roi de tous mes désirs, content de mon parti. (Desportes.)
Hanrique nous envie, et Lara nous Jalouse. ( V. Hugo.)
Oiseaux fixés sur cette plage,
Nous portons envie à leur sort. (Béranger.)
Tel méprise ai:jourd*hui ma misérable vie
Qui peut-être demain lui porterait envie. (Lebrun.)
On trouve cependant dans les meilleurs écrivains envier aveeiD^ complément direct de personne :
Cest l'homme du monde qdb /envie davantage; il a un caractère unique,
(Montesquieu.)
Je n'ENviERAi personne, et personne ne m'ENviEHA. (Voltaire.)
// est certain que toutes les princesses de l'Europe m'envient d'avoir épo^ ^ meilleur chevalier de la chrétienté. (V. Hugo.)
E'pitUte.
On désigne sous le nom A'épithète tout adjectif qui, sans ri6i> ajouter à l'idée principale, lui donne plus de force, de noblesse, d'élégance, et en rend Timage plus vive :
Dans le réduit obscur d'une alcôve enfoncée
S'élève un lit de plume à grands frais amassée. (Boileau.)
Ces noms de roi des rois et de chef de la Grèce
Chatouillaient de mon cœur Vorgueilleuse faiblesse. (Racine.)
Dans les vers de Boileau, obscur, enfoncée , à grands frais amassi^j sont des épithètes ;
Dans ceux de Racine, orgtteilleuse, appliqué à une choseàlaqudl^ cette qualification ne convient que par accid^t, est une épithète.
L'adjectif désigne au contraire les qualités propres à Tobjet aiH quel il s'applique; ainsi, quand nous disons que le miel est dù0f
Im mijie wt froide^ doux et fraidey cpii expriment des qualités ntidles, sont des adjectifs.
n littérature, Vadjectif est un terme nécessaire, Vépithète un 16 surabondant; Vadjectif est grammatical et logique, Vépithète aratoire et poétique.
É, es.
\, 01, particule privative formée de la préposition latine ax, ne se ive jamais en français, conmie le dit Nicot, hors de composition^ m^eaesbourgeonner, esbarber, estripper. « Et ores, ajoute-t-il, est privative, ains augmentative de la signification du mot auquel le adhère en composition, comme espoindre^ eslancer et semàbles, qui signifient poindre et lancer avec effort. Tantôt est lOBttencement du mot simple, et n'importe (n'y ajoute) rien, «nme en escaille^ esnutil^ esmeratidCy etc. , car elle n'est par com- Mtion en telles dictions, ains ori{pnurement. » in français donc, ^, es initial est ou particule séparative, comme s éthonder^ escompter, élancer , ou une simple lettre euphonique sée en tête du primitif pour en rendre la prononciation plus àt : escabeau (scabellum), espace (spatium), esprit (spiritus), Mac (stomachus), etc.
Espérer.
Se veriïe, comme promettre, accepter et tous ceux qui éveillent idée d'avenir, ne doit ni ne peut avoir sous sa dépendance un »e au présent ou bjx passé; c'est au futur que doit figurer le verbe Irégit :
yeipère
Que yoos saura venger l'amant avec le père. (Racine.)
e verbe aller suivi d'un infinitif, est le seul qu'on emploie au ent, après espérer, parce qu'alors il exprime une idée d'avenir :
. « • req>ère qu'enfin de ce temple odieux
Et la flamme et le fer vont délivrer mes yeux. (Racine.)
e n^est qu'en détournant les verbes compter, promettre, s'at'- 're, de leur véritable acception , que 'plusieurs écrivains les ont Riivre d'un présent et d'un passé. Comme espérer, ils expriment nir et veulent au futur le verbe placé sous leur dépendance, ea phrases suivantes sont donc videuses :
fUê PauUne se, foetb bien puisque vous ne m'en parler pas.
(M-* dB SéYisné.)
392 GlÛMMAmE GÉNÉRALE ET HtffFOIHQCJE.
L* erreur des libertins et des hérétiques vient de ce qu^iUv^bÊoattquélesmtk de la foi ne se peuvent connaître avec évidence. (Malebranche.)
Dans le premier exemple, le sens exigeait Je crois, je pensiy et dans le second, s'imaginent ou supposent,
Etonnement, surprise.
Vetonnement frappe surtout les sens*, la surprise frappe prindr paiement Tesprit. Une idée généralement fâcheuse produit Yétonm' ment ; il y a plutôt quelque chose de merveilleux dans ce qui caiBe la surprise. L'audace d'un sot nous frappe A' etonnement; l'aiwée d'un ami que nous n'attendions pas nous cause une douce surprise-
Etourdi, écervdé,
Vétourdi est celui en qui la faculté de réfléchir est comme suspendue par une sensation confuse des objets qui l'entourent ; Vécefvêlé est proprement celui qui n'a point de cervelle, par conséquent, qui est incapable de jugement. C'est ordinairement la vivacité du caractère qui fait Vétourdi; c'est quelquefois la fougue des passions qui fait Vécervelé. Vétourdi fait des inconséquences ; YécerveUiH^ des folies :
Le public est un étourdi souvent de mauvais ton, capricieux, crédule, variàUt'
(Viennet) Cest un petit écervelé. (Molière.) *-
Etre, exister, subsister.
Être est , de ces trois termes, le plus général et le plus compré* hensif. Il convient à tout ce qui est^ de quelque manière que Tidé* de l'être se présente à notre esprit; exister ne convient qu'aux substances qui sont réellement, abstraction faite du temps et des à' constances ; subsister , qui se dit également des substances , à»\sofi modifications et de leurs qualités , exprime particulièrement ^ rapport à leur passage dans le temps, où à leur durée.
Étudier, apprendre.
Étudier ,^ c'est simplement travailler à connaître les rèj^es S^ science, d'un art, etc.; apprendre y c'est s'y appliquer aveofi^; Quand les deux mots sont joints, il y a entre eux le rapport ^ existe entre le moyen et. le but : On étudie pour apprendre^ Onf** positiv^fuent ce qu'on a appris; on ne sait pas toujours ce qu'^^
OBSERVATIONS GOMPLÉIIENT AIRES. 393
iétiSii.'ïl y a certaines choses si naturelles qu'on les apprend quelloefois sans les étudier; en revanche, il en est beaucoup d'autres fa'on étudie sans les apprendre.
Evaporé, éventé.
Vévaporé est celui qui passe avec légèreté d'une idée à une autre ; *éverUé est celui qui parle et agit k tort et à travers , sans chercher oiéme à se former des idées. Vévaporé pense trop vite pour pouoir se faire des principes sur quoi que ce soit ; ï éventé ne pense du tout , ne considère et n'apprécie rien :
il eil dft cœurs évaporés qui ne peuvent se renfermer un moment en eux-mêmes.
(Bourdalouc.)
foi fait connaissance tout récemment d*une petite brune que je puis bien vous EoMier pour la créature la plus évaporée qui suit dans Vire. (G. Delavigne.)
Cette beauté n*aura plus Tindulgencc,
Je t*en réponds, de recevoir chez soi
Des chevaliers éventés comme toi. (Voltaire.)
Evénement, accident, aventure.
L'idée d'une chose qui arrive est commune à ces trois termes. flffuement est plus général ; accident est plus particulier ; aventure P^us personnel. Evénement s'applique à tout ce qui arrive; accifen^'entend de ce qui arrive aux choses comme aux personnes; ^i^aUiure se dit uniquement de ce qui arrive aux personnes, soit par Ittsard, soit par intrigue. V événement a par lui-même un caractère ^Importance; V accident^ un caractère plus ou moins fâcheux; ^'dKwnture^ un caract^e plutôt amusant que désagréable.
Eviter, épargner.
Éviter^ dans le sens de fuir^ exprime une action dont le terme M toujours en rapport d'idée avec le sujet :
La vertu la plus ferme évite les hasards. (Corneille.)
U earactére de Vêsprit juste est (^éviter V erreur en Évn'AKr de parier desjuge^ *eiu«. (Gondillac.)
Le plus adroit trompeur ne peut tromper longtemps, n n'Mtem pas le piège où je l'attends. (Palissot )
Epargner j au contraire, dans le sens de dispenser y préserver "^elqu'un d'ime chose , exprime une action dont le terme n'a jamais ^port au sujet; on doit donc dire : Votre père a évité ces ennuis ^ ^Uwms les a épargnés :
Ls netteté épargne les longueurs et sert de preuve aux idées. (Vauvenargoet.)
804 GRAMMAIU GÉNÉRAU KT HUTOUQUB.
// semble que la nature, qui a sagement disposé Us argoMés de moire eorps pn nous rendre heureux, nous ait aussi donné l'orgueil pour mous ^argnbr la iat tour de connaiire nos imperfections. (La RochefoacaoUL)
On doit donc dire éviter la répétition d'itn mot et non épargm^ comme on a pu le lire dans une dizaine d'éditions de la Gramnune de MM. Noël et Chapsal, au chapitre du pronom. Epargner la rifi' tition du nom est une construction barbare commise par M. Ghapil sans la collaboration ni la garantie de M. Noël.
Dans le sens réfléchi , on dit s'épargner et non s'éviter :
Des systèmes savants épargnerions les frais.
Et ces brillants discours qui n'éclairent Jamais. (L. Radne.)
Épttrgne%^ous le soin de parler à des sourds. ( Piron.)
Les deux phrases suivantes sont donc vicieuses :
Frédéric II prenait beaucoup dejabac; pour s'éviter la peine de fouiUer isaïf sa poche, il avait fait placer sur chaque dieminéedeson appartement une tabaOèn où il puisait au besoin. (Amault.)
Pour M'ÉviTER tant de travail, faeais chargé un arêktê de faire les croquis.
(A. JaL)
Eœcellent.
Quoi qu'en aient dit certains granmiairiens, excellent nesijm un terme absolu, et il peut très-bien être modifié par unjp adverbes de quantité pliis, moins^ etc.
J'aurais voulu faire voir que les plus excellentes choses sont stgettesà êireei' piées par de mauvais singes. (Molière.)
La célébrité est la récompense de l'auteur le plus fécond et non de Vaukur ^ PLUS EXCELLENT. (Gilbert.)
Le bon sens est la faculté la plus excellente de Vhmime, et par conséquwi M doit principalement la consulter. ( La Roche.)
Excepté, hors, hormis.
Excepté s'emploie pour les choses qu*on ne peut pas comprendre avec d'autres, en raison d'une certaine disconvenance : Tous les citoyens, excepté les indignes, doivent supporter leur part des charges de l'Etat. Hors et hormis s'appliquent aux personnes oH aux choses qu'on sépare des autres par voie d'exduoion : Harp^ gon permet à son fils de rechercher toutes les femmes, hors Ib* rianne ; les honmies mariés étaient exemptés du serace militaire^ hormis ceux qui n'avaient pas d'enfants.
OBimVÀTIQIlS COMPLÉMEirrAlRES. SM
Excuse, pardon.
ne suppose qu'une erreur, une faute légère dont on peut utifier; le pardon suppose toujours une faute réelle dont il faut lûr grlce. En stricte justice, nous sommes souvent obligés d'adre Vexcuse; nous sommes toujours Fibres d'accorder ou de re^ r le pardon. On fait excuse à quelqu'un d'avoir manqué, par i ou par force majeure, à un rendez-vous qu'on lui avait donné ; tidmander pardon à l'homme qu'on a gravement insulté. oelques personnes disent demander excuse pour demander parsans s'apercevoir qu'elles expriment le contraire de ce qu'elles ent dire; car demander excuse k quelqu'un qu'on a offensé, ; od quelque sorte réclamer de lui la réparation de l'offense i a subie; ce qui est absurde. Il faut donc dire ou faire des sesy ou demander pardon.
Pour vous, Je ne veux point, Monsieur, vous faire txciue. (Molière.) Quoi ! tu foùaiB excuse à qui m'osait braver ! ( Corneille.)
Exemple (Imiter, suivre).
'., Francis Wey, dans ses Remarques sur la langue française j Bt ce qui suit :
On imite quelqu'un quand on suit son exemple; mais on n'tmtïe B V exemple de quelqu'un.
Les exemples qu'on imite sont celles (et non pas ceux) que douât à leurs écoliers les maîtres d'écriture. » 1 nous n'avions pas copié nous-méme ce passage, nous n'au- 5 jamais pu en deviner l'auteur. M. Francis Wey a reproduit s'en douter deux des plus graves erreurs de M. Chapsal, en con- Dant imiter l'exemple pris figurément , et en donnant le genre oin à exemple dans le sens de modèle d'écriture. Itons des autorités, et suivons l'ordre des temps :
Que le ciel, que Tenfer, en cruauté vaincu,
Sachent par notre fin que nous avons vescu !
Sonnontons Erostrate, imitant son exemple;
n ne perdit qu'Ephèse, il ne brusla qu'un temple. (Berthant.)
TU OR si bel Ùemple, et laisse^^le à vos descendants. (Bossuet.)
Je ne connais personne ]
Qui ne doive imiter V exemple que je donne. ( Racine.)
Imite mon exemple, et lorsque la cabale.
Un flot de vains auteurs follement te ravale.
Profite de leur haine et de leurs vûns discours. (Boileau.)
Que la Grèce docile imite votre exemple. (Voltaire.)
396 GRAMHAIIIB GÉNÉRALE ET HISTOHIQUE.
Vous pouvez sans rougir
Imiter mon exemplCt à mes lois obéir. (iLoDgepierre.)
Tandis qu'au rang des dieux leur père les contemple,
Ils sauront quelque Jour, imitant son exemple.
Comme lui, des héros se frayant le chemin,
Etre dignes de vous et du peuple romain. ( IL-J. Chénîer.)
Jmite% cet exemple, à leur prison stérile
Enlevez ces brigands. (Dclillc.)
Enfin rAcadémie, dans sa dernière édition, donne cette phrase:
ImTBR /'exemple, la conduite de quelqu^un.
En voilà peut-être assez pour démontrer qu'on dit très-bien imUsr l'exemple de quelqu'un.
Cette construction est un latinisme :
Propones illi exemplcm ad imitanddm. (Cicéron.)
Domesticum te habere dixisti exemplum ad iiiitakduii. (Le même.)
Quant à exemple^ il est aujourd'hui, comme évangile^ dageflïC masculin, sans distinction de sens et d'emploi.
Exiler, bannir.
Exiler^ c'est mettre dehors par un acte d'autorité; bannir^ c'est mettre dehors par un arrêt de justice souveraine. Un despote ftnfc» s'il lui plaît, tous ceux dont la présence peut lui nuire, ou dontte vertus lui font ombrage; il n'y a que les cours de justice qui aient autorité pour bannir^ à raison de crimes prévus et punis par lesloiS' La qualification d'exilé n'a rien dont on doive rougir; celle de ôflJMM est injurieuse, puisqu'elle rappelle une flétrissure.
Eœorable.
Cet adjectif se trouve aujourd'hui dans le dictionnaire de TAcademie.
« Exorable devrait se dire, dit Voltaire dans les Remarques sur Corneille; c'est un terme sonore, intelligible, nécessaire. Il est bien étrange qu'on dise implacable^ et non placable; une âme imM' rable^ et non pas une âme altérable; un héros indomptable^ et non jpas un héros domptable, »
O dieux !....«....
Rendez-la, comme tous, à mes vœux exorable, (Gorneille.)
Le ciel à mon amour serait-il favorable
Jusqu'à rendre sitôt Ariane exorable? (Th. Corneille.)
« Ce mot, dit à son tour Féraud, ne s'est pas soutenu , quoique employé par Corneille, quoique sonore et énergique; et son composé,
aWERVÀTIONS œMPLÉMEM'ÀlRES. 39(7.
^texorablCj s'est si bien établi, qu'il est employé dans le style le lus noble. J'avoue que je regrette exorable^ et que j'en désire la ésurrection. »
Exprès, expressément.
Ces deux expressions sont loin d'être synonymes : exprès signitie .dessein, avec une intention formelle d'amener tel ou tel résultat :
IM fait eda mxnAs pour le piquer, (Académie.)
L'un perd exprès au Jeu son présent déguisé. (Corneille.)
Expressément signifie En termes formels :
k UU avais défendu expressément de le faire, (Académie.)
Molière a employé ce mot pour exprès dans l'Ecole des maris :
J'ai voulu l'acheter, Tédit, expressément, Afin que d'Isabelle il soit lu hautement.
Les deux adverbes placés à la rime présentent une double im- PW^iété d'expression ; c'est exprès et haut qu'exige le sens.
Extérieur, dehors.
Vextérieur est la surface visible d'un objet; le dehors est ce qui l'ttïvironne. Vextérieur fait partie de la chose elle-même; le dehors (M ce qui en approche tellement qu'il est censé en dépendre. En Partant des personnes , Vextérieur s'entend ordinairement de leur fr, de leur manière d'être ; le dehors désigne plutôt leur costume, enrs façons d'agir et de vivre. Vextérieur est plus proprement la Aysionomie; le dehors^ la représentation :
Vous fiez-vous, mon frère, à mon extérieur.
Et pour tout ce qu'on voit m'en croyez-vous meilleur? (Molière. }
Tout marque dans Vhomme, même à rEXTÉRiECR, sa supériorité sur tous les ^ vivants, (Voltaire.)
Chercher Vapprobation des hommes par les dehors et les avantages physiques d nous charment, c'est vanité. (Lacretelle.)
Extirper, déraciner.
Déraciner j c'est tout simplement couper ou détacher les racines û retiennent l'objet à sa place; extirper implique l'idée accesire d'un effort que déraciner ne marque pas toujours. On extirpe le dent que le temps ou toute autre cause lente avait déracinée^ ais qui était encore retenue par les gencives.
Au figuré, ces deux mots conservent les mêmes nuances.
398 GHAmiiniE Gtxttuax n
W'.tit 4:1.11
Fabrique, manufacture.
Le premier est un terme industriel, le second un terme comIDe^ cial. La fabrique^ limitée dans ses moyens, est une manufaetm en petit, et roule sur des objets d'un commerce ordinaire ; la numfacture est une entreprise en grand qui embrasse des objets d'an prix élevé, des objets de luxe. On dit fabrique de bas, de bcmnets, et 7nanu facture de glaces, de porcelaines. Enfin fabrique éveiDe plutôt ridée du travail, et manufacture celle des ouvrages considérés comme objets de commerce ou d'art.
Façon, manière.
Façon indique la forme nécessitée par la destination d'une chose; manière est une modification particulière de cette forme. A voir b façon d'un ouvTage, on reconnaît le genre et la nature du travail ;i la manière on reconnaît l'esprit de l'ouvrier. Chacun a sa façon de vivre, c'est-à-dire ses habitudes, raisonnées ou non, voulues ou non; chacun a sa manière de vivre, c'est-à-dire ses habitudes adoptées^ préférées par lui, et qui le distinguent de toute autre personne. Une façon de parler est une locution usuelle ; une manière de parler seia toujours une phrase singulière, hasardée dans Toccasion.
Fade, insipide.
Ce qui es^ifade n'est pas suffisamment assaisonné, n'a rien dépiquant; ce qui est insipide n'est pas assaisonné du tout et n'affecto point le goût. Dans les ouvrages d'esprit, le fade^ en faussant l'idée du beau qu'il affecte, choque le goût auquel il prétend plaire ; l'in^ pide^ absolument éloigné du beau qu'il semble ignorer et dédaigner, n'inspire que l'ennui et le dégoût.
Faire.
L Faire s'emploie très-souvent pour un verbe précédemment exprimé dont on veut éviter la répétition :
douleur! il fallait cacher la pénitence avec le même soin qu'on eût paît to crimes. (Bossuet.)
C'est-à-dire, qu'on eût caché.
U avare dépense plus, mort, en un seul jour, qu*il ne faisait, vwantt en rf»* années. ( La Bruyère.)
C'est-à-dire, qu'il ne dépensait.
enSItTATIONS GOMPLÉMEIfrAIIU». 399
Soleil, ta luit ma le coupable,
Gomme tu fais sur rinnocent. ( Malherbe.)
U goiUte ne le prend jamais par accès et le traits à peu près comme elle faisait humlle. (Sainte-BeuTe.)
• • • Si Je me portais aussi bien que tous faites.
Je ne tongerais guère à faire un testament. ( Regnard. }
La bâtise nuit plus que ne fait la malice. (Desmahis.)
S'il arrivait un Jour
a 'on vous poussait ainsi qu'on fit Camille, Snet du temps. (Sénecé.)
' n. Faire y modifié par ne que suivi d*un infinitif, exprime : 1^ une Mon fréquemment répétée : Cet enfant ne FArr que jcrner^ c'est- ^fire, il joue sans cesse,
V Une action instantanée : Attendez-^moi, je ne fais qv* aller et inontr.
^ Ge gallidune peut se traduire en employant le verbe à Tinfinitif, ktt temps où figure le verbe faire ^ et en remplaçant ne que par seule^ 1^^^ *
voyait dair jusque dans les choses quHl ne faisait que soupçoNnaa.
(Buffon.)
Cest-à-dire, qu'il soupçonnait seulement.
Je veux me faire craindre et ne fais qu'irriter, (Corneille.)
J*i^ qui ne fait que sentir ne pense pas encore^ et l'être qui pense sent tou- '•«.(Riyarol.)
^ arriver y c'est-à-dire, // arrive à V instant :
tljtst imprudent d'abandonner à lui-même un jeune homme qui ne fait que de ^^'^ du collège. (Dupanloup.)
De ces nouveaux enfants que la mère est féconde !
Ils ne font que de naître^ ils remplissent le monde. (L. Racine.)
■ IV. Faire^ modifiant un infinitif, forme une expression qui le plus 'auvent veut deux compléments, l'un direct^ l'autre indirect. Si infinitif est suivi d'un complément direct, faire doit alors être précédé d'un pronom complément indirect :
0% LUI fit abandonner son poste.
Si, au contraire, l'infinitif est suivi d'un complément indirect, U,ire doit être précédé d'un pronom complément direct :
On LE fit renoncer À ses prétentions.
GRAmUIRB GillteAtB R HIBIOUQJDE.
V. Faire ^ dérivé de fariy parler, dire, est un archaïsme qui s'einployait fréquemment sous la forme interrogative seulement :
Monsieur, au nom do Dieu, lui fais-je assez souvent,
Cessez de vous laisser conduire au premier vent. (Molière.)
Moi , J'ai blessé quelqu'un ? fis-je tout étonnée. ( Le même.)
Mes yeux ont-ils du mal, pour en donner au monde?
Oui, fit-elle, vos yeux, pour donner le trépas,
Ma fille, ont un venin que vous ne savez pas. ( Le même.)
Dans les rc'cits dialogues, on abuse aujourd'hui de cette fonne dont r Académie ne condamne pas remploi.
« Il faut, dit M. Francis Wey, dans ses Remarques sur lalanguefnor » çaise^ laisser cette acception commune et suramiée du verbe /«^ » aux auteurs de bas étage et aux romanciers de pacotille, gros fer » bricants de volumes, tout à fait étrangers aux formes de la litté » rature. »
Farouche, sauvage.
Farouche accuse la férocité du caractère ; sauvage^ le manqae d'éducation et de culture. L'être farouche s'isole des autres hommes qu'il suppose animés des sentiments d'inimitié qu'il éprouve luimême; le sauvage se tient à l'écart des personnes qu'il ne connaît pas ou qu'i[ connaît peu, parce qu'il a la conscience de ce qui loi manque pour entrer en commerce avec elles. Le farouche^ quoi qu'on fasse pour l'adoucir, conserve toujours le fond de son vice ; le saur vage^ dès qu'il est apprivoisé, n'a plus rien de son défaut. Le /»* rouche inspire de la terreur aux autres ; le sauvage tremble quand oo l'approche :
Ne heurter pas le fabouche, i7 deviendrait féroce, (Beauzée.)
Souvent y dans la solitude, on contracte une humeur sauvage; à force é^étrelci^ des hommes on oublie l'humanité. (Fléchier.)
Fatiguer.
Fatiguer peut, comme tous les verbes transitifs, s'employer d'uBB manière absolue, dans le sens de se fatiguer^ et dans celui de éir^ fatigant :
Il FATIGUE trop. (Académie.)
Le navire fatigue beaucoup.
Vusage des faucilles diminue beaucoup, parce quHl fatigue et n'est pas txfi^ ditif. (Lenormant.)
Les vaines terreurs fatiguent et rebutent plus que les véritables, {Bos&vl^)
IMERVATIONS GOMPLÉMENTAmES. 40t
Fatœet, fausset (Voix de).
Faueety dérivé da latin fauces^ gorge, se^renait anciennement yoxttvoix; J.-J. Rousseau, en proposant d'écrire une voix de faucet^ loDDait à cette expression un tout autre sens que celui qu'on lui atriime aujourd'hui. Par voix de fausset^ on n'entend pas ordinaire- Mot une voix de poitrine^ mais une voix de téte^ c'est-à-dire une nh pBmsse^ déguisée, artificielle. On doit donc écrire une voix de kmiet et non une voix de faucet.
Faute, crime, délit, forfait.
n y a^ntre ces quatre termes une gradation : la faute est commise eontre un règle; le délits contre une loi ci\ile; le crime ^ contre une W civile et une loi naturelle ; le forfait^ contre l'humanité et la sodélé. La faute est négative ou positive ; le délits le crime ^ le forfait^ lont des actes positifs. Manquer à une obligation ou médire des •hents est une /aw^e; chasser en temps prohibé ou voler est un dé^ % calomnier ou tuer un homme est un crime; incendier une ville (ffiempcusonner les fontaines publiques est un forfait. — V. Atten- *» (Faute d').
Faveur, grâce.
La grâce est une chose relative ; la faveur est une chose absolue. I^ faveur est un bien qu'on fait à une personne sans qu'elle Tait médité, mais simplement parce qu'on l'aime, ou qu'on la distingue des cotres. La grâce est un bien qu'on fait, ou un mal qu'on épargne à Quelqu'un en se départant à son égard de ce que le droit strict exigerait. On mérite une grâce; on obtient une faveur. On n'accorde pas de faveur à un ennemi, mais souvent on lui accorde une grâce, drâce est opposé à justice ; faveur est opposé à rigueur :
Dieu est le maître de ses faveurs et de ses grâces. (Académie.)
La FAVEUR du maître et le bien de l'État ne nous paraissent jamais aller enimble. (Massillon.)
Son esclave trouva grâce devant ses yeux. (Racine.)
Qui n'a pas de désirs n'a pas besoin de grâces. ( La Chaussée.)
Favorable, propice.
• Favorable marque simplement la disposition à seconder, à protéger ;^opêce l'exprime à un plus haut degré. Un juge rapporteur n. M