‹ Grammaire générale et historique de la langue françaiseChapitre 144 sur 153 · GRAMMAIRE GÉNÉRALE ET HISTORH|DE · texte numérisé non relu

GRAMMAIRE GÉNÉRALE ET HISTORH|DE

est favorable à notre procès ; Dieu est propice à nos vœux, fat»rahle ne suppose souvent qu'une puissance très-bornée à proté^ ou à servir; propice implique toujours un crédit ou une force qû réalisent ou déterminent nécessairement le succès.

' Feindre, dissimuler.

Feindre^ c'est affecter une pensée ou un sentiment qu'on n'a pas réellement ; dissimuler ^ c'est cacher une pensée ou un sentiment qu'on a. Celui qui feint prend une fausse apparence, il ment eaifi' tion ; celui qui dissimule s'abstient de toute parole ou de toute action qui pourrait faire deviner ce qu'il ne veut pas déclarer. Il est ^ toujours mal de feindre; il est des situations où il est permis de iiS'

simuler :

Je ne sais ni tromper, ni feindre, ni mentir. ( Boileau.) Un chrétien ne craint rien, ne dissimule rien. (Corneille.) La prudence veut qu'on dissimule quelquefois. (Académie.)

Fierté, dédain.

La /ierté tient à une estime exagérée qu'on a de soi-même, en raison de sa naissance, ou de son éducation, ou de ses talents, on de sa fortune ; le dédain vient du peu d'estime qu'on a des autres, en raison de leur infériorité, vraie ou supposée. La fierté fmi^ prendre, suivant les cas, en bonne ou en mauvaise part; le dédd» ne se prend jamais qu'en mauvaise part :

La FIERTÉ dans l'extérieur, dans la société, est Veœpression de VorgueiL

(Voltaire.)

La grâce dans ses traits est jointe à la fierté . ( Delille.)

Leurs airs insolents ne leur attirent que mortifications, que dédains.

(J.-J. Rousseau.)

Fin, délicat.

Fin a rapport à l'esprit seulement ; délicat a rapport à l'esprit et au goût. On peut comprendre les choses fines^ et ne pas sentir les choses délicates, 11 s'ensuit que fin est d'un usage très-étendu et se prend, suivant les cas, en bonne ou en mauvaise part, et que dé' iicat est d'un emploi plus restreint et ne se prend jamais qu'en bonne part:

Le vrai moyen d'être trompé, c'est de se croire plus pin que les autres.

(La Rochefoucauld.) Vous êtes délicat et facile à piquer. (La Fontaine.)

Fixer.

Sa»r, suivi d'un complément direct, signifie Rendre stable, is volage, etc. :

louange qu'on nous donne sert au moins à nous fixer dans la pratique des t. ( La Rochefoucauld. )

î ne doit donc pas l'employer pour Regarder fixement, quoi- Q en trouve des exemples dans un certain nombre d'écrivains :

Tu fixais sans frémir cet abtme profond.

Cette éternité redoutable, Où tout, pouvoir, grandeur, se perd et se confond. (Duels.)

Ah! quand pourra ton fils te presser sur son sein.

Mes yeux fixer tes yeux, ma main serrer ta main ! ( Delille.) .

QueUe est cette rougeaude aux cheveux de filasse,

lîoiit le gros œil me fixe assez effrontément? ( E. Augier.)

ms le premier et le troisième exemple, il fallait regardais^ coule^ et dans le second, regarder.

Flairer, fleurer, airer, au propre, signifie Sentir par Todorat :

hbz un peu cette rose, [Académie.)

chiens flairent le gibier quand il a passé en quelque lieu,

1 figuré, il s'emploie dans Tacception de Pressentir, prévoir :

FLiiRÉ cela de loin, (Académie.)

eurer signifie Répandre, exhaler une odeur :

X FLEURE comme baume, (Académie.)

Il fieuroit bien plus fort, mais non pas mieux que rose. ( Régaler. }

Flamber, flambant.

amber^ jeter de la fiamme, ne peut s'employer ni dans le style î ni dans le style figuré ; on ne dirait pas aujourd'hui :

A peine, depuis l'heure à ce nœud destinée,

A-t-elle vu flamber les torches d'hyménée. (Rotrou.)

brûler j s'allumer,, etc. *

ambant^ e, dans le sens de Qui flambe, ne s'emploie que dans igage famillier et joint aux mots bois, bûche^ tison; il n'est admis dans le style noble :

J*ai vu couler leur corps dans la poix et les flammes,

J'ai vu leur clialr tomber sous de flambantes lames. (Rotrou.)

Flambé s'emploie figurément, dans le langage familier, pour Ruiné, perdu :

C'est un homme flambé. C'est une affaire flambée.

Flatteur, adulateur.

Le flatteur dit des choses agréables et vit assez souvent aux dé* pens de celui qui Técoule, comme Ta dit la Fontaine. Vadukieiff loue indistinctement et impudemment tout ce que fait, tout ce qw dit, tout ce qu'affectionne la personne à laquelle il veut plaire. H peut y avoir de l'adresse, du tact, de la délicatesse dansle/ïa^/ew/il n'y a jamais que lâcheté, bassesse et servilité àansV-adulateur:

Qu'est-ce que le flatteur? C'est un esprit souple et commode, qui vient seff^ ment sourire à tous vos regards, se récrier à toutes vos paroles, applaudir à toutti vos actions. (La Bruyère.)

L'amour-propre est le plus grand de tous les flatteurs. (La Rochefoucauld.)

Ne soyez à la cour, si vous voulez y plaire,

Ni fade adulateur, ni censeur trop sincère. ( La Fontaine.)

Fonder, établir, instituer, ériger.

Fonder^ c'est donner à la chose qu'on crée les moyens de subsister : on fonde un hôpitiil, en donnant ce qui est nécessaire pourl^ construire et y entretenir des malades; établir^ c'est donner la place où la chose doit exister ; on établit un bagne dans un port de mer; instituer, c'est créer, être le premier auteur d'une chose : saint Pau» a institué la doctrine de la grâce ; ériger^ c'est accroître l'importance d'un chose en l'élevant : on érige une église collégiale en cathédrale, une cathédrale en métropole.

Fondre.

Dans le sens de Tomber impétueusement, s'abattre avec violence, il s'emploie avec ou sans complément quand il a pour sujet un nom de chose :

Le tonnerre en éclats semble fondre sur moi. ( Voltaire.)

Le ciel est tout couvert de nuages, et V or âge est près de fondre. L'orage FOîWff tout à coup. (Académie.)

Si le sujet représente un être inanimé, le verbe exige alors on complément précédé de la préposition sur :

Un milan qui fond sur sa proie. (Académie.)

Dans le sens figuré, et pris pour Assaillir, attaquer impétueusement et subitement, il ne doit jamais s'employer sans complément.

OBSERVATIONS COIIPLÉM ENTA IRES. 405

On doit donc condamner cette phrase :

n tenait embusquée aux portes de la ville l'élite de ses troupes, prête à fondre I» premier signal, (Piron.)

Fond, fonds.

' Fmid est la partie la plus basse d'une terre; fonds est le sol , la partie productive :

O»ioii]> d^argile, de sable. Bâtir sur un fond peu solide, (Académie.)

ùiUiver un fonds. (Académie.)

Vhomme heureux par la vérité a sa fortune en fonds de terre et en bonnes con- \. (Chamfort.)

tfmd se dit, par analogie, de l'endroit le plus bas, le plus intérieur 'une chose :

^POND d*un tonneau, d'une bouteille.

Sousignorons en partie ce qui se trouve au fond des mers. (Bufron.)

Et figurément, de ce qui est Reculé, retiré, obscur :

^ arbres occupent le fond du tableau. (Académie.)

^ VOND de Vœil est comme une toile sur laquelle se peignent les objets.

(Buffou.)

Dans le fond des forêts allaient-ils se cacher? ( Racine.) J*ai dû voir, et j*ai vu le fond de vos pensées. (Le môme.)

fends se dit par extension des biens, des capitaux agricoles ou ^iHlnstriels, des valeurs en argent, etc.

Jean s'en alla comme il était venu,

Mangeant son fonds avec son revenu. (La Fontaine.)

lia vendu son fonds et s'est retiré du négoce. (Académie.)

Le public ne sait pas de quels fonds il dispose. (C. Delavigne.)

Figurément, il se dit de ce qu'une personne, une nation possède 5 fiuniltés intellectuelles et des qualités qui la distinguent :

De ee fonds de sagesse sortait la majesté répandue sur sa personne. (Massillon.)

La douceur est un fonds de complaisance et de bonté. (Vauvenargues.)

n y avait dans cette cour licencieuse et élégante un vieux fonds de férocité qui ^^tait de temps en temps par le meurtre, (Saint-Marc Girardin.)

Bonne femme, qui garde, en sa verte vieillesse^

Pour les plaisirs du monde un grand fonds de tendresse.

(G. Delavigne. )

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