A TERRE
Cette distinction, établie par la plupart des grammairiens, n'a pas été observée par les écrivains modernes :
Je m'embarquai dans la chaloupe avec le capitaine pour aller prendre les gens k TERRE. (Chateaubriand.)
Leurs troncs, couchés à teire, étaient noirs et pourris. ( Lamartine.)
Des marins À terre peuvent devenir des esprits forts comme tout le monde,
(Cliateaubriand.)
Un tel tremblement me saisit que, si je n'avais pas été soutenue par lui, je serais tombée à terre. (Mérimée.)
OBSERVATIONS GOMPLÉMEI«TAIRES. 459
Vénéneux, veiiimeux.
Ces deux adjectifsjsignifient Qui a du venin ; mais vénéneux ne se dit que des plantes et de ce qui concerne les végétaux :
La ciguë est une plante vénéneuse.
Le suc de la ciguë est vénéneux. (Académie.)
Il y a des gens qui font le mal sans être méchants; comme, sans être au rang des arbres vénéneux, le chêne produit la noix de galle. (Liviy.)
Vénéneux est le seul qu'on emploie au figuré :
Une doctrine vénéneuse. (Académie.)
Venimeux ne se dit que des animaux, et des objets qu'on suppose infectés de leur venin :
La vipère est venimeuse. On croit que les herbes sur lesquelles le crapaud a passé sont VENIMEUSES. (Académie.)
Vis-à-vis.
Autrefois on disait viz pour visage :
Alors le petit Saintré, tout honteux, 2e viz de honte tout enfiambé, soy inclinant, se met devant avec les aultres. (A. de la Sale.)
Ce mot ne s'est conservé que dans la locution prépositive visà'Vis^ visage* à visage, en face, en regard.
Employé pour envers^ à l'égard de^ il n'est pas admis par l'Académie ; cependant les meilleurs écrivains en ont fait un fréquent usage dans ce sens :
Je vois avec déplaisir la continuation de vos plaintes vi&-À-vi8 de nos deux confrères. (J.-J. Rousseau.)
Pour exprimer un rapport moral , on doit préférer envers et à l'égard de :
La clémence est une bonté envers nos ennemis, (Vauvenargues.)
Vis-à-vis de doit uniquement servir à marquer un rapport de situation et de localité.
Vocatif.
On désigne ainsi, dans les langues qui ont des déclinaisons, le cas dont on se sert quand on adresse la parole à quelqu'un ou à une chose personnifiée ; en voici des exemples :
Allez, vils combattants, inutiles soldats.
Laissez là ces mousquets trop pesants pour vos bras. (Boilcau.)
460 GRAMMAfRE GÉNÉRALE ET HISTORIQUE.
Mon Dieu, j*ai combattu soixante ans pour ta gloire. (Voltaire.]
vous, sur cet CQfant si dier, si précieux,
Ministre du Scigucur, ayez toujours les yeux ! ( Racine.)
Comme on le voit, le wmfi/ répond à nôtre apostrophe.
Voir goutte,
BeauGOUf^ de iMrsonaes disent: On n'y v«f7 goutte, on n'y voit pas clair ^ sans vouloir établrr ia moindre relation avec un antécé« dent exprimé ou sous-^nteadu ; c'est fiûre un emploi vicieux de y ; on doit dire dans un sens absolu : On ne voit goutte, on ne ooitpas clair et Von ne voit pas,
La rsdson ne voit goutte où le bon sens radote. (fioiloau«}
Tel fait métier de conseiller autrui
Qui^ne rM/<$KMiM0«ih8esp«9pra8dtffur8s. (LarFmitaine.]
Mais on emploie y quand on veut exprimer im rapport entre ce qui suit et ce qui précède, comnie àu\s cette phrase :
Ce dialogue est si obscur que les plus doctes uy \oiEfiT goutte.
C'est-à-dire ne voient^ ne comprennent rien x ce dialogue.
Mte affaire tsU f o vt ei ii >rwifg tée;timw1iV ewiewd o m s, nmsin*Y vorons goutte.
tAcaîdémie.)
Zéphire^ j^phA/r.
Voilà aujourd'hui Torthographe de VAcademie; autrefois on Privait Zéphyre pour désigner le dieu, et -3ep%r pour exprimer un vent doux et agréable ; dans les deux cas, Vy figurait conformément à' Tétymologie, etMoèla était raisonnable. L'orthographe nouvelle, au contraire, nous semble mauvaise; qu'on remplace Vy par l'ê dans le premier mot, nous letxwnprenoDs; mais qu on fesse le même changement dans le second, et que la réforme soit complète. C'est ce que nous avons déjà dit au mot satire.
Zéphire^ employé comme nom propre, prend Ve muet, et s'emplirie seulement au singulier et sans article :
Tout chemin, hors la mer, allongeant leur soufifï>ance,
Ils commettent aux flots cette douce espérance.
Zép/ttre les suivait (La Fontaiiïe.)
Venez, belles, venez! Zéphire est de retour. (De Fontanes.)
I^ fils d*Eole et de TAurore,
Zéphire enfin est 4e retour.
Ses transports ont réveillé Flore,
Et les fleurs qui n'osaient éclore
S'ouvrent aux feux de leur amour. (Bernis.)
CO>TEm;£S DANS LE TOME SEOûra>.
, Pages-