GRAMMAIRE GÉMÉRALB ET HISTORIQUE
On devra donc dire :
Uair iimple et noble de Vinnoeenee impose ; Vair compoié ^un hypocrite m vt P06B. (Laveaux.)
Impôt, imposition, contribution.
Impôt est proprement la charge imposée; imposition^ Taote par lequel on impose une charge/ contribution^ l'acte de contribuer à une charge dont la répartition a été faite. V imposition a donc pour objet rétablissement de Vimpôt, lequel est le produit définitif de la contribution. Mais imposition et contribution ayant aussi le sens d'une charge imposée^ ce qui peut les faire confondre avec impôts il devient nécessaire de marquer d'autres différences entre ces trois termes. V impôt s'entend de la charge totale, fixe et permanente, ou de Tune des divisions de cette somme totale, que l'ensemble des citoyens doit acquitter envers l'Etat pour assurer les services publics ; Vimposition représente telle ou telle portion du revenu public, telle ou telle charge particulière et variable dont Vimpôt permanent se trouve accidentellement augmenté ; la contribution est une charge également additionnelle et variable, mais surtout extraordinaire, que telle classe de citoyens ou tel département, telle commune, sont tenus d'acquitter pour un objet spécial.
Impudent, effronté, éhonté.
Ces mots se définissent et se distinguent d'eux-mêmes par leurs étymologies : V impudent brave la décence, l'honnêteté publique, il est sans pudeur ; V effronté ne respecte ni mesure, ni modération, ni règle de conduite, ni bienséance ; la rougeur ne lui vient jamais au visage, au front \ V éhonté joint à Timpudence et à l'effronterie tout le sang- froid d'un homme à qui manque le sens moral , ou qui n'a plus ni la cx)nscience du mal qu'il fait en violant publiquement les lois de l'équité et de l'honneur, ni le sentiment de l'infamie dont il se couvre ; il n'a plus de honte, V impudent^ dit Roubaud, a secoué le premier des freins qui nous est imposé pour nous retenir dans la bonne voie, la pudeur; Y effronté a surmonté le sentiment qui naturellement nous contient dans les bornes de la modération, la crainte; Y éhonté a rompu jusqu'au dernier les liens qui nous empêchent de donner dans les excès et de nous y complaire — V. Délionté.
In.
Cette particule négative entre dans la composition d'un grand nombre de néologismes ; le Dictionnaire dit national a dressé une
iisie complète de tous les barbarismes qu'on peut faire à Taide de cette négation. Nous nous contenterons de donner quelques-unes de ces expressions nouvelles que nous fournissent les écrivains :
Derrière le palais il était une issue,
Une porte, des Grecs encore inaperçue. (Delille.)
Sa rage inassouvie^
Qai des vaincus poursuit encor la vie,
De la cité fait un vaste tombeau. (Parny.)
.... Le loup cruel, par la faim tourmenté, Ravit le tendre agneau qu'à la plaine isolée Redemande en bêlant sa mère inconsolée,
Dodone inconsultèe a perdu ses oracles. ( Dclille. )
Le eongrèê des nations est permanent, inamovible, inbbstituablb. (Biguon.)
Des mets indigérés, le pénible fai*dcau
Ne doit point s'aggraver d'un aliment nouveau. (Domergue.)
Jadis, dans un vénal et vil laboratoire,
Cet art (1) ineslimé semblait cacher sa gloire. ( Delille.)
Je me jette à travers des chemins écartés,
Je franchis des ravins, des rocs infréquentés. ( De Saint-Ange. ]
Trop heureux de cacher dans un asile sûr
Mes jours inglorieux et mon destin obscur. ( Delille. ]
Les vents ont dispersé ta cendre inhonorée. ( Esménard.)
La pièce est injouable avec les acteurs que nous avons. (Voltaii-e.)
Hardi nocher, vainqueur d'une onde innavigable. (Delille.)
La tulipe s'élève : un port majestueux,
Un éclat qui du jour reproduit tous les feux.
Dans les murs byzantins mérite qu'on l'adore
Et lui font pardonner son calice inodore. ( Rouchcr.)
Mais la superbe tour qui domine la place,
Encore inoffensée, insulte leur audace. (Baour-Lormian.)
Dans les négociations matrimoniales, on néglige Vessentiel; de là les mécomptes, Pindifférence, la froideur, /'insupport, les dissensions domestiques et les inimitiés.
(Portalis.)
Vouspouve% adresser des lettres à M. Lavergne, banquier; cela est invioblable eluiviOLÉ. (Voltaire.)
Inaction, désœuvrement, oisiveté.
V inaction est la situation plus ou moins passagère, plus ou moins prolongée, de celui qui n'agit pas; le désœuvrement est l'état de celui qui n'a pas l'emploi de son activité; V oisiveté est le vice de celui qui ne fait rien ou qui perd son temps dans des occupations inutiles. Le mot inaction n'emporte que le sens général de cessation d'activité, cessation qui doit toujours se comprendre comme momentanée, s'il s'agit des personnes ; désœuvrement marque un état
(1) La chimie.
426 GRAHMAIRE GÉMÉRALE ET HI9I0R1QUE.
{>crinancDt d^inaclion , cl implique un besoin d'activité nou satisM; oisiveté désif^ne le caractère d'une vie volontairement traînée dais rindolence, les plaisirs ou les exercices inutiles.
Incendie, embrasement.
Incendie désigne Taclion du feu dans une masse qui brûle ou qu'on brùlo; embrasement niiu'que Tétat de combustion d'un corps (Icvenu un brasier, une braise. Vincendie a son commeficement, SCS progii's, dont le dernier terme est Yembra^rnukent. On dit de Vincendie qu'il est violent, rapide, et de VembrasemmU qu'il est compUit. Incendie y en dehors du sens physique, se préfieotesons un aspect moral : un incendie est toujours on malheur; souv^t c'est un malheur et un crime. Embrasement n'a jamais qu'un sens physique. Incendie Ai^û^\^G une action successive, qui peut même n'être que partielle, tandis ({xx'embrcLseïnent désigne Faction générale d'un courant de feu \m lequel toutes les parties d'uo objet sont entlammées simultanément : si Vincendie qui a éclaté au théâtre n'avait pas été étouffé à temps, au i)out de quelques minutes, Tembrasement eût été général.
Incessamment.
Cet adverbe signifie proprement sans cesser, d^une wumère continue; il a rapport à un action présente :
Qu'est devtmu le iempi heureux om je menah mcESSàimiirr, aoiM ks yeux âe mes parents, une vie innocente et sage? (J.-J. Rouseeaa.)
Le plus souvent , aujourd'hui , on lui donne le sens de bientàt^ prochainement^ en le joignant à un futur ;
Je vous enverrai incessamment une tragédie. [Voltaire.)
Le roi a ordonné à son ambassadeur de partir incessamment. ( Académie.)
Incursion, irruption.
Incursion exprime Faction de courir dans ou sur-, irrnpHm^, désigne l'action double de briser une barrière et de se précipîtar au delà. Incursion marque un mouvement plus soudain et plus ftÊr sager ; irruption , une agression plus violente et plus sootenm. Les partis détachés font des iîunirsions; les masses font irruptùm. L'objet de Yincursion est de faire du butin ; celui de VfrmgpHom mi d'envahir. Les barbares qui détruisirent l'empire romain oûbh mencèrent par des incursions qu'ils renouvelèrent souv^at, parce
que las empereurs payaient bien leur retraite; et leurs invasions finûrent par de terribles irruptions^ dont la violence ne s'arrêta que lorsqu'il ne leur resta plus qu'à s'asseoir sur les ruines de l'empire.
Indéclinable.
Ce mot est un terme de grammaire particulier aux langues qui ont dfis cas ou des déclinaisons , et se dit particulièrement de certains mois îrréguUers, et quelquefois des mots variables qui ne reçoivent pas les signes du genre et du nombre. Autrefois nos granunairiens donnaient le nom d'indéclinables à la préposition , à l'adverbe, à la conjonction et à l'interjection , qu'aiyourd'hui nous désignons plus^ justement sous celui d'invariables.
Indemniser, dédommager.
Inde m miser exprime une action de droit rigoureux; dédommager y une action de simple convenance, ou mémo de pure générosité. Les tribunaux nous condamnent à indemniser justement celui à qui nous iTons causé un préjudice dont l'importance a été appréciée; nous iédcmmagêoms de notre propre mouvem«)t celui qui a éprouvé des pertes que nous ne voulons pas laisser à sa charge. On indemnise en argent ou en valeurs appréciables en argent ; on dédommage en argent, en valeurs quelconques, et en équivalents de toute natare. Indemmser n'est guère d'usage dans le sens figuré, où dédom-- «wjg ra, au contmire, de nombreux emplois.
Indolent, nonchalant , paresseux ,, négligent, fainéant.
Ces mots marquent, en général, un défaut d*action dans le sujet. Leurs différences viennent des origines diverses qu'ils assignent à ce défaut. L'indolent manque de passion; le nonchalant^ d'ardeur; le paresseux^ de ressort; le négligent^ de souci; le/ainémntj de volonté. V indolent ne s'intéresse à rien; le nonchalant veut n*en prendre qu'à son aise ; le paresseux eraint la fatigue ; lenégtigent n'aime pas Tordre; le fainéant fuit toute action.
Induire en^ à.
L'étymoiogie est la source la plus sure que l'on puisse cosh sdter pour bien distinguer ces deux expressions, cpû signifient y en< (gfoéral, Conduire d'une manière lente, plus ou moins cachée, à feire une chose. Induire m, c'est mettre directement et inunédia*
tement dans la chose : Induire en erreur. Induire à, c'est seulement mettre sur la voie qui mène à une chose ou à faire une chose : Induire A erreur.
Induire en erreur, c*est donc tromper quelqu'un ; induire à erreur, c'est faire qu'il se trompe. Cette distinction, déjà observée par beaucoup d'écrivains, quoique négligée par un plus grand nombre, nous paraît devoir être définitivement admise. Une autre différence plus constamment reconnue est celle qui est relative à Tintention. On induit en erreur avec ou sans dessein ; c'est toujours avec dessein qu'on induit à en^ur.
Ineffable , inénarrable, indicible , inexprimable.
Mot pour mot, ineffable signifie ce dont on ne peut parler ; inénarrable^ ce qu'on ne peut raconter ; indicible^ ce qu'on ne peut dire; inexprimable^ ce qu'on ne peut exprimer. Quoique tous ces qualificatifs paraissent se confondre, ils se distinguent néanmoins par des nuances analogues à celles qui existent entre les verbes latins dont ils représentent négativement les divers sens. Ineffable convient aux choses dont on ne pourrait parler dignement à cause de leur sublimité ou de leur caractère sacré; il se dit proprement des mystères ; inénarrable^ à celles que leur nature merveilleuse rend impossibles à raconter dans un langage humain ; il est presque exclusivement employé dans un sens religieux; indicible^ à celles qui sont tellement délicates et fugitives qu'on les sent, qu'on les voit, sans pouvoir leur donner un nom, un caractère; il s'applique surtout aux nuances du sentiment, aux charmes de la beauté, aux innombrables accidents des effets produits par l'art et par la nature; inexprimable convient à celles dont la forme et la couleur ne peuvent être égalées par les ressources du langage.
Ineffaçable, indélébile.
L'un et l'autre se disent de choses qu'on ne peut pas faire disparaître en les détruisant; mais il y a entre eux une différence fondamentale. Ineffaçable s'applique à la forme; indélébile s'applique à la matière. On dira d'une lettre qu'elle est ineffaçable^ et deTencre dont on s'est servi pour la peindre qu'elle est indélébile. Au figuré, on dit, avec des distinctions analogues, une gloire ineffaçable^ parce que la gloire est une chose superposée à la personne ; et un nom indélébile^ parce que le nom est tellement inhérent à la personne qu'il fait en quelque sorte partie d'elle-même. Ineffaçable^ d'ailleurs, ne marque pas aussi absolument c^l' indélébile ce qui résiste à la destruction.
Infahier, fasciner, entêter.
La signification commune à ces trois verbes est Donner ou ini^irer une prévention excessive et déraisonnable. Voici leurs distinctions littérales : infatuer^ c'est Rendre fou d'une chose ou d'une personne ; fasciner^ Ensorceler, mettre sous le charme de quelque objet; entêter^ Porter à la tête, s'établir dans un esprit si fortement qu'on peut le maîtriser et le mener où Ton veut. Un esprit vide se laisse facilement infatuer d'une idée qui le remplit et le flatte; un esprit faible et crédule est fasciné par tout objet qui a des dehors imposants ou merveilleux; un esprit lourd et opiniâtre repousse toutes les raisons qui contrarient l'idée préconçue dont il est entête.
Infecter, infester.
Infecter signifie, au propre, Répandre une mauvaise odeur, la ccmtagion ; et, au figuré. Gâter, corrompre :
Excepté ces moments de calamité où l'air est infecté de vapeurs mortelles ; excepté eu jours de désastres marqués par les rigueurs de la nature, dans tout autre temps, torique les hommes sont malheureux, ceux qui gouvernent sont coupables.
(La Harpe.) L'idolâtrie infecta tout le genre humain, (Bossuet.)
Infester Signifie Ravager, désoler, etc.:
Athènes, avec ses vaisseaux, infestait les possessions des LacédémorUens.
(La Harpe.}
Autrefois on pensait que les malins esprits se faisaient un plaisir (I'infestbr Us Mteaux inhabités, (Trévoux.)
Inhumer, enterrer.
Ces deux verbes signifient étymologiquement Mettre en terre ; niais inhumer a été spécialement affecté à la sépulture religieuse, et enterrer a conser\'é le sens général. On enterre un homme, un chien, un t|iSor, etc.; on n'inhume que l'homme. Il y a encore cette différence entre un homme enterré et un homme inhumé^ que le premier a été simplement mis en terre, et que le second a été mis en terre avec des cérémonies religieuses. On enterre les cadavres des soldats tués sur le champ de bataille; plus tard, si, dans cette masse, on reconnaît des parents, on les fiiit inhumer. On enterre partout; on n'inhume que dans les cimetières ou dans les autres lieux consacrés aux sépultures.
4H0 GRunAine ctiiÉiutE n* HmoRiffiE.
Insulter.
Inmlter queiqu'vn^ c'est l'outrager de paroles ou loi finre subir de manvais trmtements :
Cet ivrogtu a imolté mii hùti. (Académie.)
N*m«fi//e» pas ici ceux qui voub ont sauvés. (Voltaire.)
Inmlter à quelqu'un^ c'est manquer aux égards qui lui sont dus, 4ifa que réclament son rang, ses malheurs ou sa iaibleaêe :
N*iniulton$ pu aux malheureux» (Académie.)
Ce môme Agamomnon à qui vous inmite%t
11 commande à la Grèce, il est mon père, il m'aime. ( Haeine.)
On dit figurément et par analogie : Insulter au bon sens^ au bon goût; insulter a la détresse pudlique. (Académie.)
Achille eeiU, Achille à son amour s'applique!.
Voudrait-il insulter à la crainte publique? ( Haeine.)
11 insulte à la peur, il brave le danger. (Rosset.)
Intérieur, interne, intrinsèque.
Ces trois adjectifs ne présentent pas l'idée d'intériorité sous les mêmes aspects, et se distinguent grammaticalement par les divers genres de style auquels ils appartiennent. Intérieur^ qui est de la langue vulgaire, a 1 emploi le plus étendu; interne est aflSscté msx sciences et principalement aux sciences spéculatives; intrinsèque •est un mot d'école, qui peut s'appliquer aux objets les plus spéciid»» tifs comme aux plus positifs.
Intérieur marque ce qui est en dedans de la chose, tout en faisant partie de la chose même ; nous disons, en parlant du corps, ses organes intérieurs^ et en parlant de l'esprit, ses dispositions intérieures^ ce qui signifie des organes et des dispositions qui ne sont pas apparents.
Interne marque ce qui est concentré, renfermé dans la choflo sans participer de son essence; une maladie interne, une cause in* terne ^ c'est-à-dire une maladie, une cause qui agissent au dedans sur le sujet, mais sans lui appartenir. C'est par cette raison qu'oa dit un élève interne à tel collège, un étudiant interne à td hôpital; on ne pourrait pas dire intérieurs dans ces établissements, parce que leur présence n'est qu'accidentelle, adventice. A part cette distinction, qu'il est très-important d'observer, intérieur et extertâ se confondent généralement.
Intrinsèque suppose plutôt qu'il ne désigne l'idée de ce qui est
<mmiTATH)N6 GOHl>lÉMEMTÀmES. 431
cadié oa renfiormë ; il signifie ce qui est propre et essentiel à une chose, morale on physique. Les qualités intrinsèques d^un objet sont celles qu'il possède par lui-même, telles que la ductilité et la malléabilité de l'or ; sa yalenr intrinsèque est celle qu'il a réellement, en dépit de la manière dont elle peut être appréciée par Topinion. Ltt prêtres ont proclamé la gloire intrinsèque du sacerdoce dans les temps où il était le moins en honneur. La valeur intrinsèqvke des monnaies a été souvent inférieure à la valeur nominale que les gouvernements leur ont donnée.
Irruption, éruption.
Irruption se dit de Tlnvasion soudaine et violente d'un territoire par les ennemis, de Tenvahissement d'une terre par les eaux :
Lm terre, éUvée mê^insuê du niveau de la mer, ettau-detsut de ses niiinpTiom«
(Bniion.)
Eruption exprime le passage brusque ou pénible du dedans au ddiors :
Ui$nport€ que le% enfants ^^accoutument à mâcher ; c'eêt le meilUur maf/en de faeUiter /'éruption des dents, (J.-J. Aousseau.)
la petite vérole s'annonce par une légère iMnion. (Voltaire.)
Joindre.
Dans le sens d'Ajouter, ce verbe veut la préposition à avant son complément indirect :
Je vous prie de joindre vos prières aux miennes.
Lorsqu'il signifie Allier, unir, il prend à ou avec :
tl joignit ac plaisir de vaincre celui de pardonner. n wsnrr V autorité sprriiuelle avec la temporelle.
Dans cette acception, le verbe joindre s'emploie encore avec un •cimiplément direct composé :
jl loniT LA DODCBOR et LA MAJE&TÉ. (Académie.)
Jouer.
En termes de musique, jouer est un mot générique, qui se dit de tous les instruments de musique ; toucher est plus spécialement affedé eux mstruments à touches, sonner aux instruments à vent et à I harmoniques , battre à ceux qu'on fait résonner en les frappant
432 GRAMMAIRE GÉNÉRALE ET HlSTORHHnC.
avec des baguettes ; pincer n'est propre qu'aux instruments à cordes auxquels on fait rendre des sons en employant les doigts au lieu d'archet; ainsi Ton dit :
Jouer de la flûte, du violon, des castagnettes;
Toitcher Torgue, le clavecin , le piano :
Le P. Cotin avait de l'esprit, faisait des vers, parlait bien, lAaniait mietix, avait la voix belle, touchait l'orgue et U clavecin, ( J.-J. Rousseau.)
Pincer la harpe, la guitare, le luth , le théorbe ; Sonner de la trompette, du cor ;^ Battre la caisse, le tambour.
Jouir.
Ce mot, dérivé de joie, exprime le Plaisir, la satisfaction qui résulte d'un avantage, d'un bien obtenu ; il ne peut donc se dire qu'en bonne part ; ainsi Ton dit : Jouir (Vun privilège; d'un droit; JociR d'une honnête aisance; Jouir de la considération publique; JouiR d'une bonne santé.
Si l'on dit : Jouir de l'embarras de quelqu'un^ de son affliction, de sa détresse, c'est par ellipse pour : Jouir du plaisir de le voir embarrassé, afiligé, malheureux.
C'est donc fausser le sens du mot et s'exprimer contre l'usage établi que de dire : Jouir d'une mauvaise santé.
Juger.
Juger, suivi d'un complément direct ou pris dans le sens absolu, signifie Décider :
Quand il jugeait une affaire» ce n^est pas lui qui jugeait, tétait la loi.
(Voltaire.)
Suivi de la préposition de ^ii sl le sens de Conjecturer, se faire une idée de :
// JUGE à Vaventure de toutes actions des hommes. (Pascal.)
Apprenons à juger des choses par de véritables principes. (Bossuet.)
D'après les effets que l'on voit» on juge des causes que Von ne voit pas»
(GondUlac) Le monde juge des gens par les habits. (Brueys.)
Labyrinthe, dédale.
Dans le sens figuré, ces mots se disent des choses compliquées, embrouillées, obscures ; mais le premier est le plus souvent em-
OBSERVATIONS COMPLÉMEIfTAIBES. 433
ployé dans le langage familier, et le second semble propre au style élevé :
Elle se trouva elle-même embarrassée dans un labyrinthe de difficultés insur» maniables. (Voltaii-e.)
Le DÉDALE immense des opinions humaines, ( J.-J. Rousseau.)
La cliicanc difTorme
Entouro le palais du dédale des formes. (C Delavigne.)
Laconique, concis.
L'idée de brièveté est commune h ces deux mots; laconique se dit de ce qui est énoncé en peu de paroles ; concis de ce qui est exposé sans termes inutiles. Il peut y avoir de Tobscurité dans ce qui est laconique^ et Texcès de brièveté est très-souvent un définit; mais ce qui est concis est toujours clair et complet, car la ccNQcision n'est pas opposée aux développements essentiels. Par extension, ces deux mots se disent des personnes : tm orateur cmcis ; mi hmnme la-
Laideron.
Ce mot se dit familièrement d'une tille ou d'une femme laide :
Voye^ CETTE PETITE LAIDERON quî fait Itt coquette. (Académie.) C'est une laideron asseii piquante. (Lu môme.)
HP* de la Suze a dit :
Ces pauvres laiduonnes s'ajustaient tout de leur mieux.
Ce féminin n'a pas été adopté.
Langage, langue, idiome, dialecte, 'patois , jargon.
Langage est, entre ces termes, le plus général; il se dit de tous les signes qui servent à exprimer la pensée; langue se dit de 1 ensemble des termes et des formes de construction particuliei-s à une nation ; idiome est un terme plus restreint qui, en éveillant l'idée de langue, exprime les tours d'éioculion propres à un groupe d'individus, pris dans une grande rxition; dialecte s'entend des modifications qu'a subies une langue nationale dans les formes et la prononciation des mots ; patois se dit de la corruption des formes correctes et régulières ; jargon^ d'un langage de convention particulier aux gens de certains états, et étranger aux personnes de distinction^
Latinisme.
On donne ce nom aux constructions, aux tours particuliers à lâ langue latine, et que nous lui avons empruntés.
Voici quelques constructions qui sont essentiellement latines :
Quand la Providence a quelque dessein, il ne lui importe guère de quels insinh ments et de quels moyens elle se serve. (Balzac.)
Je ne crains plus qu'on m^impute à un orgueil insensé kos différents genres de poésie, (Lamotte.)
Que vous sertr-il qu*un jour l*avenir vous estime,
Si vos vers aujourd'hui nous tiennent lieu de crime? (Boileau.)
On le verra bientôt pompeux en cette ville,
Marcher cncor chargé des dépouilles d*autrul
Et jouir du del même irrité contre lui? (1) (Boileau.}
Dix ans déjà passés, une impie étrangère,
Du trône de David usurpe tous les droits. ( Racine. )
Le tigre s'élançait de tous côtés dans l'arène vide, impatient de la proie attendue. (G. Guiraud.}
Ecoutez les récits de tous les vieux soldats :
Eux seuls de mon époux vous diront les combats. (M.-J. Chénier.)
Les constructions qui suivent sont beaucoup plus latines que françaises :
Qu*ont-ils donc fait, que d'eux le monde s'entretienne,
Et qu'ils pensent leur gloire être égale à la mienne? (A. Dumas.)
Certain jour, vous présent, on disait nos aïeux ;
Romulus, fils de Mars, reçu parmi les dieux, (j^onsard.)
Une pareille construction est contraire au génie de notre langue; de plus, elle a le double tort d'être prétentieuse et obscure. Dans cette acception, dire veut pour complément un nom de chose :
Dieu précède les temps; qui dira sa naissance? (L. Racine.)
Quelques personnes admirent le second des vers qui suivent; nous le trouvons, quant à nous, beaucoup trop latin pour être suffisamment français :
Dis à celle qui t'envoie
Que de Sextus timide on n'aura pas la joie, ( Ponsard.)
Comme on le voit, les latinismes sont des constructions qui da latin ont passé en français, et non des expressions empruntées au la-
(1) C'est la traduction du Fruitur dis iratis, de la première satire de JuvénaL
Ex œquo.
Ex professo.
Ex volo.
Tertio, Quarto, etc.
Quantum.
Hic et nunc.
Te Deum.
Primo, Secundo,
In extremis.
In partibus.
Sine qua non.
Abhocetab hac
OBSERVATIONS œMPLÉMEJnTAIRES. 435
Un; ainsi les mots qui suivent, foionés de mots latins, seraient improprement appelés latinismes:
Ad patres.
A fortiori.
A posteriori»
A priori.
De profundis.
Ex abrupto, Exeat.
Linceul.
L'Académie écrit linceul; les premières éditions de Boiste donnaient linceuil^ et cette orthographe, qui se rapproche de la prononciation, a été adoptée par quelques poètes :
Quand ma froide dépouille, étendue au cercueil.
Sera couverte, hélas! du funèbre linceuil, (Le Brun.]
Linceul^ qui ne se dit plus aujourd'hui que du drap dont on ensevelit les morts, désignait anciennement les deux draps qui servent i garnir un lit :
. . . Avec rien on montait un ménage,
n ne fullait matelas ni linceul, [ La Fontaine.)
Louche, équivoque, amphibologique.
Ces qualificatifs expriment un défaut de clarté résultant d'un double sens. Une phrase est lomhe quand les mots qui la composent présentent par leur construction un sens en désaccord avec la pensée qu'on veut exprimer ; une phrase est équivoque quand les termes qui y figurent n'ont pas entre eux une relation précise, et que le rapport est vague de Tantécédent au relatif; une phrase enfin est amphibologique quand elle est susceptible de deux sens ou de deux interprétations différentes.
> Malfamé, diffamé.
Malfamé se dit^d'un homme qui a une mauvaise réputation; diffamé^ de celui qui est perdu de réputation , déshonoré .• On est malfamé par suite d'une conduite mauvaise que l'opinion publique réprouve et condamne -, on est diffamé par une suite d'actes coupables que le sentiment public ou une décision juridique ont marqués d'infamie. Nous avons déjà expliqué la différence de valeur des particules initiales mal ou mé., et dé^ dis^ diff.
436 GRAMMAIRE GÉIiÉRALE ET HISTORIQUE.
Marde en carême, mar$ en carême.
On dit proverbialement : Cela vient <mmme mars en carême ^ en parlant d'une choee qui ne manque jamais d arriver à certaine époque.
Cela vient cwnme marée en carême^ se dit de ce qui arrive à propos.
Il y a donc une grande différence entre ces deux expressions, et Ton ne doit pas prendre Tune pour Tautre.
Mari, époux.
3Jan\ foniié de mas^ maris^ mâle, répond à femme^ formé de fœmina^ femelle; c'est le terme de la langue vulgaire; époux ^ de sponsus^ promis, est le terme légal et moral , et aussi celui du style noble:
Vous vivrez trop contente avec un tel mari. (Molière.)
Tu trouvais bien des torts à cet objet chéri.
— Torts (iu*elle a réparés. — Ea pondatti son iMcrt. (C Delavlgne.)
Le terme de mari entraîne une idée de supériorité, de domination ; celui d'époux exprime seulement Tidée d'association, d'union :
Son époux la tenait tremblante entre ses bras. (Voltaire.)
11 s'emploie au pluriel pour désigner le mari et la femme :
Lit ivovx doinent tfivrt en benne inielligen>ee. (AcaéâiDie.)
Le divovee est »i naturel que, dans plusieurs maisens, il eeucke toutes les nmts Bmtre les deu» épov^ (Cbaôifort.)
Employé dans la langue familière, époux est une expression prétentieuse et ridicule; les gens de la bonne compagnie disent »w» MARI, ma FEMME, et non mon époux, mon épouse.
Marri, repentant.
Marri est un terme de la langue mystique ; il exprime un état de repentir mêlé de tristesse, dans lequel domine le chagrin que doDiie le regret d'avoir péché :
Être MARRI d'avoir offensé Dieu, (Académie.)
11 s'emploie quelquefois fimiilièrement, mais surtout dans le style comique.
0B8ERTATI0NS COBrPLÉHEm'AIRES. 437
Repentant est le terme de la langue vulgaire ; il exprime plutAt le regret que fait ressentir une faute que le chagrin qu'^elle produit.
Anciennement, on disait se marrir^ dans le sens de Se courrowfîcr, et ifiam^son, dans le sens d'Indignation :
La MARRissoN tt tristesse qu'on a du bien d' autrui, (Nicot.)
Ces expressions sont encore usitées dans quelques campagnes.
Martyr, Martyre,
Le premier est un nom cpicène qui se dit de celui ou de celle qui ^aaSbe des peines, des supplices, et même la mort, pour la conïesâon et la défense de la religion :
Saint Etienne a été le premier martyr. Sainte Câ:ile est vierge et martyrs.
(Acadc^mie.)
Figurément, H se dit d'un homme ou d'une femme qui a heiiu- <îoup souffert :
Il y a des martyrs de vamU, aussi bien que de piété. (Nicole.)
Martyre exprime le supplice même, la mort ou les tourments en- "dures pour la foi; et, dans cette signification, il ne se dit point au pluriel :
L'Eglise a attaché des honneurs à l'opprobre et aux souffrances du martyre.
( Saint-Evremond.)
n sert encore, par analogie et par exagération, à exprimer toutes ^rtes de peines de corps et d'esprit :
Cest un MARTYRE quc d'avoir affaire à des gens ^e mauvaise foi, (Académie.)
Et plusieurs, qui- tantôt ont appris mon martyre,
Bien loin d'y prendre part, n'en ont rien fait que rire. (Molière.)
Massacrant.
L'Académie n'admet ce mot comme adjectif qu'au féminin singulier, et elle dit qu'il n'est en usage que dans cette locution familière : une humeur massacilvnte, une humeur bourrue, grondeuse»:
Il est aujourd'hui d'une humwr massacrante. (Académie.)
Matière, sujet.
En termes de littérature, on ente>nd par matière le genre d'objets -dont on traite, et par sujet l'objet même qu'on expose et qu'on veut
démontrer; ainsi un ouvrage roule sur une matière ^ei Ton traite différents sujets. Les vérités de T Evangile sont la matière de tous les sermons, et chaque sermon a pour sujet particulier quelqu'une de ces vérités. Pour bien traiter le plus léger sujets il faut donc bien connaître toute la matière qui en fait le fond.
Un auteur judicieux sait bien choisir sa uATiÈnE. (Académie.)
Quoique sujet qu*on traite, ou plaisant ou sublime,
Que toujours le bon sens s'accorde avec la rime. (Boileau.)
Matinal, matinciix, malinier.
Le premier exprime un accident; ainsi, voits avez été matinal signifie,, vous vous êtes levé matin aujourd'hui ; le second, au contraire, exprime une habitude : Vhomme matineux est celui qui se lève le matin tous les jours :
La prière qui veille en ces saintes demeures,
De l'astre matinal nous annonce le cours. (A. Soumet.)
L'aiguille matinale a fatigué tes doigts. (Lamartine.)
Heureux qui, de Paies respirant tous les charmes,
Va surprendre TAurore à ses premières larmes,
Et, d'un pied matineux effleurant le gazon,
Do l'oiseau qui s'éveille entend le premier son. (E. le Brun.)
ilatinier n'est usité qu'au féminin et dans cette expression :
r étoile MATINIÈRE.
Mêler.
Ce verbo, dans l'acception de Mettre ensemble deux ou plusieui's choses et les confondre, veut la préposition avec :
La Marne mêle ses eaux avec celles de la Seine,
MÊLER de l'eau avec du vin. (Académie.)
Le traître, l'autre jour, nous rompit de ses mains Un mouchoir qu'il trouva dans une Fleur des saints. Disant que nous mêlions, par un crime effroyable. Avec la sainteté les parures du diable. ( Molière.) .
Il mêle quelquefois nos fonds avec les siens.
Et par distraction garde ce qu'il faut rendre ;
Mais l'argent se ressemble, et l'on peut s'y méprendre.
(C. Delavignc.)
Les armées françaises ont séjourné longtemps en Italie, en Hollande et en AlU' magne; elles s'y sont mêlées avec les peuples qu'elles ont vaincus, (Michaud.)
Mais au figuré, et dans le sens moral, ce verbe pris pour Joindi^, unir, veut la préposition à :
Il tait MÊLER la douceur À la sévérité. Mêler les affaires aux plaisirs.
(Académie.)
Dieu MÉLB tagement adx douceurs de ce inonde des amertumes salutaires.
(Fénelon.) àfêlons aux chants do la victoire Les douces chansons de Tamour. (Quinault.)
.... Une bergère, aux plus beaux jours de fête.
De superbes rubis no chaire point sa tête,
Et sans mêler à Tor Tt^clat des diamants,
Cueille en un champ voisin ses plus beaux ornements. (Boileau.)
Un soin nouveau se mêle au trouble qui me presse, O mon ami! dis-moi quelle est cette prêtresse...
(Guymond de la Touche.)
Il faut mêler sa cendre aux cendres de ses pères,
Et c*est le même Dieu qui nous jugera tous. ( J.-B. Rousseau.)
/e MÊLAIS À mes leçons de petites fables propres à lui ouvrir Vesprit en le divertitsani, (Lesage.)
Dieu des cieux, pardonne cette joie
Qui se mêle un moment aux pleurs où je me noie. (Voltaire.)
Lorsque j'entendis la cloche qui appelait l'équipage à la prière» je me hâtai d^nlltr } itfLER MES voeux À CEUX dc mcs Compagnons, (Chateaubriand.)
Des pressentiments de mort se mêlaient à ses vastes projets et quelquefois en ^étaient l'essor, (Thiers.)
La mesure ne permet pas toujours aux poètes de se conformer à cette règle ; ainsi Lefranc a dit, dans ses Poésies sacrées :
Privés de tes regards célestes.
Tous les êtres tombent détruits.
Et vont mêler leurs tristes restes Au limon qui les a produits.
Toutes les fois qu'on a utht un calcul À une bonne action, le calcul ne réussit po«. (M"«deStaei.)
II serait facile de trouver dans les poètes beaucoup d'exemples semblables ; mais en examinant avec attention, on s'aperçoit promptement que toujours la mesure les a forcés d'enfreindre une règle fondée sur la raison et le bon sens.
Nous établirons donc en principe : 1® que le verbe rnêler veut la préposition avec quand il signifie Mettre deux ou plusieurs choses ^semble, les confondre; 2® qu'il veut la préposition à quand il a le sens de Joindre, unir.
Membru, membre.
Le premier se dit d'un homme qui a les membres forts et gros :
On peint Hercule fort et membru.
Le second se dit d'un homme qui a les membres bien faits, bien proportionnés; et il ne s'emploie qu'avec l'adverbe bien, qui en détermine le sens :
îl est BIEN membre. (Académie.)
440 GRAMMAïaE GÉNÉRALE ET HISTORIQUE.
Il est encore usité en termes de blason, et se dit des membres inférieurs des animaux lorsqu'ils sont d'un autre émail que le reste de ranimai :
Lesjambei et les cuisses des aigles sont MEinniBS.
M^tabole.
Ce mot, sous lequel les rhéteurs anciens ont entendu des choses bien différentes, se définit généi^emeiit, Une figure de pensée qui consiste dans une accumulation d'expressions synonymes, formant une gradation de termes variés qui s'ajoutent les uns aux autres pour peindre richement le m^ne objet. Ovide et Cicéroh chez les anciens , et BfassîUon cbez ies nnK>demes, ont fait un grand usage de cette ^gure :
Là MORT FINIT TOOTE LA GUNRB de Vhomwu qui a oublié Dieu pendant $a vie;
ELLE LUI BAYIT tOUt ; ELLE LE DÉPOUILLE de tOUt ; ELLE LE LAISSE 8E0L« SANS POIdB,
SANS APPUI, SANS RESSOURCES, eulre les niains d'un Dieu teirible. (Massillon.)
Métaphore.
On donne ce nom à une figure de rhétorique par laquelle une chose vraie est exagérée ou portée au delà de la vérité réelle :
De la comparaison c'est T abrégé rapide; Elle plaît à l'esprit, en lui faisant saisir JLes rapports lumineux qu'elle est pnunpte à choisir.
( François de Neufcbâteau.)
La définition renfermée dans le premier de ces trois vers est la plus anciennement trouvée et la meilleure qu'on puisse donner de la inétaphore. Cette figure n'est, en effet, qu'une comparaison abrégée. Au lieu de dire d'un homme courageux qu'il ressemble à un lion, si Ton dit plus vivement : Cest un lion^ on fait une métaphore.
Comme il n'y a pas de comparaison possible entre deux objets sans qu'il y ait ressemblance ou similitude à un degré quelconque, il faut en conclure que la métaphore a pour condition un rapport de ressemblance.
Les fnétapbores sont vicieuses lorsqu'elles sont tirées de sujets bas, prises de trop loin et forcées, enfin quand elles se suivent sans être en rapport avec le même, objet ; les défauts que nous signalons ici se trouvent dans les exemples qui suivent :
Malgré des feux si beaux qui rompent ma colère. ( Corneille.) Prends ta foudre, Louis, et va comme un lion. (Malkerbc.)
OBSERTiTIONS COMPLÉMENTAIRES. 441
L*hiver, qui si longtemps a fait blanchir nos plaines, N*encba!ne plus le cours des paisibles raisseaux ; Et les jeunes zéphyrs de leurs chaudes haleines
Ont fondu Técorce des eaux. ( J.-B. Rousseau.)
Métonymie.
C'est un trope par lequel un mot quitte sa signification naturelle et vrdgairepoar en prendre accidentellement une autre qui a quelque rapport avec la première. 11 serait impossible de limiter, tant ils sont nombreux, les rapports qui peuvent servir de fondement à la métonymie. Les principaux sont: la cause pour l'effet ^ V effet pour la cause ^ le contenant pour le contenu^ le nom du lieu où une chose se fait pour la chose mêim^ le signe pour la clwse signifiée^ le nom abstrait '.» pour le concret^ les parties du corps considérées comme siège des '^:' sentiments |)owr les sentiments eux-mêmes; le nom du maître de la pfmr la maison quil possède ou qu'il occupe, etc. :
Thémiê a son mortier ; Bellone, son drapeau ;
Décoré da la mitre, on aspire au cfiapeau. (F. de Neufcfaâteav*)
Nos ounes rempliet d'eau s'écoulent. (Chateaubriand.)
Des faisceaux avec lui je partageai Thonneur. (M.-J. Chénier.)
Sans doute en mon avril, ne sachant rien au fond.
Jeune, crédule, austère, J*ai fait des songes d'or, comme tous ceux qui font
Des songes sur la terre. (V. Hugo.)
Moitié.
Ce mot, employé dans l'acception d'Epouse, était autrefois et peut être encore aujourd'hui employé en poésie et dans le style neble:
Les deux Tont enrichi de deux aimables fifles.
Dignes d'entrer au sein des plus hautes familles ;
Gagne si bien sa grâce et leur pure amitié.
Que Tune ou l'autre enfin devienne ta moitié. (Saint-Amant.)
Apportez-vous ici la haine ou l*amitié.
Gomme mon ennemie ou comme ma moitiéT (Corneille.)
Etemel entretien de haine et de pitié.
Restes du grand Pompée, écoutez sa moitié. (Le môme.)
Là, l'époux accablé sous le fardeau des ans.
Presse encor sa moitié dans ses bras languissants. ( Stintp-Lambert.)
Mais il est exclu de la conversation ; et, dans le style comique, il est le plus souvent pris ironiquement :
Certes, monsieur Tartufe, à bien prendre la chose,
PTest pas un honune, non, à se moucher du pied.
Et ce n'est pas peu d'heur que d'être sa moitié. (Molière.)
Moment, instant.
Ces deux mots expriment une très-petite durée; mais moment a une signification plus étendue qu'instant; le premier marque un temps très-court , le second le point le plus rapide de la durée ; il y a entre eux la même difiFéronce qu'entre la circonstance et Voccasion :
Il se passe des choses bien horribles dans ce monde; mais on en parle un mo- MOMBNT, et puis on va souper. (Voltaire.)
Chaque instant de la vie est un pas vers la mort.
Mousseux, moussu.
Mousseux se dit des liqueurs qui font beaucoup de mousse. Moussu se dit de tous les corps que l'humidité couvre de mousse :
Un mur en ruines, couvert de ronces, de lierre, et construit de gros blocs de pierre moussue. (E. Sue.}
Marchale dit avoir vu, dans les montagnes^ une infinité de sapins si moussus et si blancs, qu'il semblait que la mousse y fût crue au lieu de branches. (Trévoux.)
Quelques écrivains ont abusivement employé mousseux dans le sens de moussu :
Une grotte mousseuse, un coteau verdoyant. (Boucher.)
Parmi des rocs mousseux, une claire fontaine
Bondit, s'échappe , tombe (Michaud.)
Un gros rosier mousseux dont la tôte élégante Embaumait Tair du parfum de sci^ fleurs. (Vionnet.)
Neuf (k, dej.
11 ne faut pas confondre dans leur emploi les deux locutions adverbiales à neuf et de neuf; elles résultent Tune et Tautre d'une ellipse qui en fait parfaitement comprendre la valeur et le sens : à wew/* signifie remis., refait a neuf, et de neuf équivaut à fait^ établi pour la première fois avec du neuf. Il suit de là que à neuf se dit des choses qu'on raccommode, qu'on répare, et de neufAes choses nouvelles qu'on établit, qu'on fait en entier avec une matière qui n'a pas encore eu d'emploi ; ainsi l'on dira : Remettre des habits a NEUF quand on les réparera, et Habiller ses gens de neuf si on leur fait faire des habits neufs.
Nominatif.
Dans les langues qui ont des déclinaisons, on désigne par noiw/naf)/ celui des cas du singulier et du pluriel des substantifs, des pro-
noms et des adjectifs, qui représente le sujet du verbe; ainsi les sujets simples ou composés des propositions qui suivent équivalent à des nominatifs :
l'iHciniBUSE ANTIQUITÉ await cru que Vénus avait noué sa ceirtture autour de cet nouvelles Cythères pour les défendre des orages. (Chateaubriand.)
tfon'seulement on obéit à un sage roi, mais on aime à lui obéir, (Fénelon.)
• . • Rome veut un maître et non une maltresse. (Racine.)
Quand notbb mérite baisse, notre goCt baisse aussi, (La Rochefoucauld.)
Les vergers, les parcs, les jardins.
Do mon savoir et de mes mains
Tiennent leurs gr&ces nompareilles. ( La Fontaine. )
Objet.
« Les poëtes ont souventes fois qualifié les femmes d'objets de » leur flamme, d'objets de leurs vœux, etc.
» Puis, à la fin du siècle passé, le langage venant à perdre de » sa précision, les dames ont été appelées tout crûment des objets,, •terme baroque que TAcadémie n'a jamais consacré dans cette •acception.
» Il est devenu trivial. Un courtaud de boutique intitule sa bonne •amie mon objet,
» Dans V Ecole des vieillards, de C. Delavigne, on y voit un cer- • tain duc, dont on fait valoir les belles manières, dire à un mari :
» Oui, madame Danville Qst.un objet charmant. »
Cette remarque est de M. Francis Wey. Croit-il donc que tous ceux qui ont lu Corneille et Racine n*ont pas gardé le souvenir de l'heureux emploi que ces deux grands poètes ont fait du mot objet en parlant des femmes ?
Adieu, trop vertueux objet et trop charmant. (Corneille.)
Il nous fallut chercher
Quelque nouvel objet qui l'en pût détacher. [Racine.)
Volage adorateur de mille objets divers. (Le môme.)
La remarque de M. Wey n'a pu avoir d'autre objet que d'ajouter une nouvelle critique à toutes celles qu'il a si légèrement adressées, dans son ouvrage, à Casimir Delavigne. Mais il était alors de bon goût d'attaquer sans relâche un noble poëte étranger à toute coterie, et qui dédaignait de répondre aux critiques qui ont été pendant quinze années systématiquement diiigées contre lui. Il l'a fait une fois cependant, et de manière à s'épargner la peine d'y revenir :
Quand à vous, sur ma vie accumulez l'injure, Critiquez, censurez, déchirez : Je vous jure
444 GRAMMAIRE GÉNÉRALE ET HISTrORIOUE.
Que, fidèle à ma route, on ne me verra pas,
Pour vous répondre un mot, me détourner d*un pas.
n faut bien, en courant, soulever la poussière :
Faites votre métier, je poursuis ma carrière. (La Fûpnlariié.)
Observer, fs^ire oimrver.
Observer signifie considérer, fisLer son attention sur an objet :
Obshitiz bien ttmtes ces choses. J'ai obsiskv£ qtTon n'adressait la parole qu'à ^'Ous, (Académie.)
Dans le s«i8 de faire remarquer quelque chose à quelqu'un, ce ji'est pas observer^ mais faire observer qu'on doit employer :
Jeme borne à faire observer à un enf€tnt ce qu'il fait continuellement.
(Condillac.)
La jmte défiance de mop-même m'oblige à vow faire obrbrver qu'en peignant les misères humaines, mon but était excusable et même louable, à ce pie je enris*
CJ.-J. Rousseau.)
Ombre de (Sous).
Sous ombre de est une locution prépositive employée figurément pour sous prétexte^ sous apparence :
U a aitrmpé bien des gens mnm ohbrv de dévotion, de piétl, (Académie^)
On dît dans le même sens sous l'ombre de :
Sous l'ombre de la dévotion, m la piété. (Académie.)
Sous ombre que^ sous prétexte que, est une locution conjonctive {)eu en usage aujourd'hui :
Regarde% s'il n'eût pas été bien mal à propos qt^en c£tte occasion, sous ohbre •que je suis à l'Académie, je me fusse piqué déparier bon français. (Voiture.)
Vous faites bien l'entendu, soos oiurb qck mus parle* comme un petit Cicéron.
( M" de Sévigné.)
L'Acadénrie l'emploie cependant sans indiquer que cette construction ait vieilli :
Jlluia fait un mmivais iêwr sous ombu Qc'tZ prend intérêt à lui. (Académie.)
Orgueil, vanité, présomption.
VorgueU résulte de Testime qu'on a de soi ; la vanité ^ de Teslinie mraie ou supposée qu'oat pour nous les autres ; la présomption résulte de ridée fausse ou exagérée qu'on a de son mérite, de son pouvoir ou de son influence :
J'entends par orgueil, une haute opinion de son propre mérite et de sa supério*
OBSËEVATIONS COMPLÉMENTAIRES* 44&
riortté sur les autres. J'entends par vanité, V envie d'occuper les hommes de soi et ^de ses talents, et la préférence de cette opinion étrangère à la réalité même du mérite. (Lamotte.)
La PRÉSOMPTION a tant de hauteur et si peu de base qu'elle est très-facile à rer^ verser. (M"« de StaOl.)
Ouvrable, ouvrier.
On dit un jour ouvrier et un jour ouvrable pour distinguer un jour où il est permis de travailler, un jour qui n'est pas férié : dans cette locution , ouvrable est plus usité même q/û^ouvrier; si Ton a employé ce dernier dans les vers suivants , c'est que la rime en faisait une loi :
Tout parle dans la fable;
Elle nous a transmis le débat mémorable
Que l'olivier jadis eut avec le laurier;
Celui du jour de fête et du jour ouvrier, ( F. de Neufdiàteau.)
Mais dans tous les antres cas on dît ovvrier et non ouvrable : la c/a55e OUVRIÈRE ; des cités oumuères.
Parler mal , mal parler.
Parler mal^ c'est s'exprimer d'une façon incorrecte, vicieuse, et employer des termes ou des constructions hors d'usage ; mal parler .^ c'est dire des choses blessantes^ offensantes, tenir des propos déplacés; Tun a rapport à la forme du discours, et Vautre au fond. Voilà la distinction qu'on établit ordinairement entre ces deux constructions, distinction que la plupart des écrivains ont observée :
Il ne faut ni ual parler des aheenti, ni fablee mal devant les swants.
(Beauzée.)
Parricide.
Parricide a la double signification dix parricida des Latins, et se dit de celui qui tue son père et de celui qui tue sa mère ; il désigne en outre l'acte, le crime lui-même {parricidium). Autrefois il avait une signification plus restreinte; et ne s'employait qu'en parlant du meurtre commis sur un père ; on a même dit d'abord patricide et matricide :
Cest homme, sHl eustplus tost a appeler homme que beste sauvage, est semblabie à un PATRiciDE et matricide. (Gholiëres.)
Ensuite on a dit parricide y sans renoncer à fratricide :
Nous confessons qv^en noêtre villes jadis y a eu un paericide, et en Argos un MATRICIDE ; mais quant à nous, nous avons chasié et banny de no% pais ceux qui ont commis telles malheureusetei, (Amyot*)
Aujourd'hui on ne se sert plus que de parricide^ qui a le double sens de patricide et de matricide.
Partager.
Ce verbe prend la préposition avec quand il signifie Entrer en partage :
Ah ! qui peut avec lui partager votre amour? ( Racine.) // PARTAGE AVEC EDX Ui soîns du tjouvernement. (Fénelon.)
Dans le sens de Diviser, distribuer une chose par parties, il veut la préposition à ou la préposition entre :
Il PARTAGE son hutin À BBS PETITS. (Bossuct.)
Cliaque année il partage entre les pauvres ce qui luireste de son revenu.
Le père partage également sa tendresse entre tous ses enfants. (Académie.)
Participer. Participer à signifie Avoir part à quelque chose :
Vous PARTICIPEZ À ma fortune, comme vous avez participé à ma disgrâce.
(Académie.)
Participe à ma gloire au lieu de la souiller;
Tâche a fen revôtir, non à m*en dépouiller. ( GomeiUe.) ^
Cest en quelque sorte participer à une bonne action que de la louer de bon cœur. (La Rochefoucauld.]
Participer de^ c'est Tenir de la nature de :
Le mulet participe du cheval et de l'Ane. (Académie.)
Le pathétique participe du sublime, autant que le sublime participe du bbao et de l'agréable. (Boilcau.)
Plusieurs des défauts que Von rencontre dans la Fontaine participent quelquefois des qualités aimables qui les avaient fait naître, (Ghamfort.)
Pensée, penser.
Ces deux noms présentent la même idée à Tesprit ; mais le second, que relève le genre qu'il emprunte de sa dérivation, s'emploie presque exclusivement dans la poésie et dans le style soutenu :
Que j'ai toujours haï le penser du vulgaire. (La Fontaine.)
Le penser des âmes fortes leur donne un idiome particulier, et Us âmes conif munes n*ont pas même la grammaire de la langue. ( J.-J. Rouss3au.)
Que les pensers de ces hommes sont courts! ( Lamartine.)
M. de Lamartine a tcûi penser du féminin :
Mes pensers dans mon front roulaient comme un torrent; Et mes esprits flottant sur toutes, sur aucune. En vain, comme l'éclair, en voulaient saisir une; Chacune^ tour à tour, fuyait et m'entraînait.
11 est en cela d'autant plus blâmable , que , de principe incontesté, tout infinitif employé substantivement est masculin en français.
Pensée^ qui est le terme de la langue vulgtiire et du langage didactique et philosophique, est aussi le mot le plus souvent employé en poésie :
// nous est impossiUe d'apercevoir notre âme autrement que par la pensée.
(Buffon.)
// fallait qu'il s'écoulât des siècles pour soupçonner que la te^sèe peut être assujettie à des lois. (Condillac.)
Il est de mon devoir de répondre à la confiance dont vous m'honoreit en vous disant librement ma pensée. (Voltaire.)
.... Puiss6-je demeurer sans voix, Si dans mes cbants , ta douleur retracée.
Jusqu'au dernier soupir n'occupe ms^ pensée, (Racine.)
Périphrase, circonlocution.
En termes de grammaire, on appelle périphrase un certain tour de phrase qu'on emploie quand on ne veut pas se servir du terme propre, soit pour le déguiser, lui donner plus de force ou Tadoucir :
n faut que j'entretienne
Cet homme qui devint, aux yeux de nos soldats,
De Judas Machabée Ischariot Judas !
— Fou! Pour dire Cromwell, drôle est ]& périphrase, (V. Hugo.)
On nomme circonlocution une expression développée substituée au terme propre; ainsi quand on dit : le Père du peuple, pour J.ouis XII ; le Cygne de Cambrai, pour Fénelon, on use d'une circonlocution.
Le grand usage des circonlocutions, dit Marmontel, est dans les choses de délicatesse, de finesse et de décence.
Persévérer, persister.
Persévérer, c'est ne vouloir pas changer en continuant ; persister ^ c'est se tenir avec opiniâtreté dans ce qu'on a une fois voulu. Per^ sévérer implique du jugement, de la réflexion; persister implique de la constance, de rattachement. On persévère dans ses principeS| on persiste dans ses opinions. Persévérer se prend généralement en
448 GRAMMAIRE GÉKÉRALB ET UISIORIQUE.
bonne part ; les pliilosophes dignes de ce nom sont ceux qui persevèrent dans la recherche de la vérité ; persister peut se prendre en très-mauvaise comme en très-bonne part, suivant Tobjet. Les esprits fessiers persistent dans les préjugés les plus absurdes; la crainte des supplices n'empêchait pas les premiers chrétiens de persister dans raàirmation de leur foi.
Pieds (Aux), pied (au).
A^x pieds de se dit au propre et en parlant des personnes :
Oui, voici les gradins où ce vil parlement
ilujs pitds d*un Olivier va traîner son serment. (V. Hugo»)
An pied de se dit au figuré et en parlant des choses :
Après l'éloge de Clémence haute, éloge inépuisable, prononcé tous les ans av NED de M statué» vient la disiributien des prix. (MannonteL)
Ou célébrait alors, au pied des saints autels,
Cette nuit chaste et fortunée Qui vit naître l'enfant, déliées d'IsraôL (A» Sanmet.)
Aucun bruit!
Mon œil au pied des murs plonge en vain dans la nuit.
(C. Delavigne.)
Dans ce cas, il signifie proprement A la partie la plus basse ; c'était donc au pied qu'il fallait écrire dans les vers suivants :
Dans sa cabane confiné^
Le berger, aux pieds des montagnes,
Célèbre le mois fortuné
Qui vient embellir les campagnes. (Bernis.}
Plaindre (Se).
Se plaindre que^ aadece que^ avec Vindicatif, s'emploie qiuaulla plainte est fondée, et qu'on veut donner à sa pensée im sens positif :
// SE PLAINT DE CE Qu'oTi le calomule. (Académie.)
Combien de fois ne s'est-om pas plaint que les affaires m'avaient ni règle ni ^»?(Bossuet.)
Les gens de mer se plaignent qos j'ai favorisé les gens de la campagne,
(Marmontel.)
Se plaindre que ^ suivi du subjonctif, exprime une sorte de doute sur l'objet de la plainte qu'on articule :
// n »uiiiT Qu'on Vatt cALomié. (Académie.)
VousHnême, Monsieur, V9u$ pouifea voos plaindre qo'o» ne vons Asipas rehav iui/ice. (Boileau.)
0B8ERTATI0NS COMPLÉMEirTMIIIS. 4<#
On trouve beaucoup de constnietions dans lesquelles^ les éerivains n'ont pas tenu compte de celte distinetion dépens.
Plaire.
Ce qui plaît signifie Ce qui est agréable, ce qui est conforme arnx goûts, aux penchants:
L étude des historiens, voilà ce qw mi vlaït par-dessus tout.
Ce qu'il plaH signifie Ce qu'on veut, ce qui est conforme aux désirs :
n n'en sera que ce qo'il tous plaiba. (Académie.}
Cette dernière expression a toujours pour complément, soit un infinitif exprimé, soit une proposition sous-entendue.
Plier, player.
Plier s'emploie le plus souvent en parlant' des 'objets qui n'opposent aucune résistance :
\ Plier un mouchoir, une serviette, dw linge*
Il s'emploie aussi figurément :
Elle le PLIA avec douceur sous le joug de V autorité maternelle. (Fléchier.)
Faites seulement que les Itommes n- empiètent pas sur ceux qui eèdêntparmo^
destie, et ne brisent pas ceux qui pliekt. (La. Bruyère.)
Son esprit orgueilleux qui n'a jamais plié
Conserve cncor pour nom la môme immitié. (Voltaire;)
Ployer se dit des> corps peu flexibles :
PtOYEi une canne, une branche d^ arbre. (Âcadéarie.)
Que tout PLOIE et que tout soit souple quand Dieu commande. (Bossuct.)
Au figuré, la même distinction n'est pas observée ; mais pk^er est d'un usage plus fréquent dans le style noble :
Sous les riches lambris qui ne sont point à nous.
Devant ses habitants nous ployons Isa genoux. (J.-B. Rousseau.)
Plume, penne.
Plume est le mot de la langue vulgaire, penne un terme du lan^ gage scientifique. Selon TAcadémie, ce demi^ mot ne se dit qu'en termes de fauconnerie, des grosses plumes des oiseaux d& proio. L'emploi de ce mot est beaucoup plus étendu, et les naturaliste»
s'en servent pour désigner les plus grosses plumes des ailes et de la queue de tous les oiseaux , même les plus petits. Ainsi Buffon, parlant du pigeon-bœuf^ qui n'est guère plus gros qu'une alouette huppée, dit :
La queue est étagée» et on y remarque une petite singularitét c'est que les douie viMNBS dont elle est cofnposée sont toutes fort pointues,
Préj)aratif, apprêt.
Ces deux mots se disent de ce qui sert à mettre une chose en état d'être faite ou de ce qui la rend propre à sa destination. A cette signification commune se joignent, dans apprêt^ Tidée de rechecche, de façon, dans préparatifs l'idée de précaution et de diligence. Il y a plus de soin dans V apprêt ^ il y a plus de prévoyance dans le préparatif. Les apprêts du dîner désignent les derniers soins qui le rendent prêt à être servi et bon à manger; les préparatifs du dîner désignent les opérations antérieures auxquelles on a dû se livrer pour le faire.
Apprêt s'emploie au figuré dans le sens de Recherche, affectation :
Il y a de Tapprét dans son langage, dans ses manières.
Prosodie.
On entend par ce mot la manière de prononcer chaque syllabe sous le rapport de Y accent et de la quantité :
Que dans ces beaux climats l'exacte prosodie Aux chansons des neufs sœurs prêtait de mélodie !
(F. deNeufchâteau«)
Les accents sont les diverses inflexions de voix par lesquelles on élève et l'on abaisse les différentes syllabes.
On désigne sous le nom de quantité le plus ou le moins de temps qu'on met à prononcer les syllabes ; et comme les unes se prononcent rapidement, les autres avec une lenteur relative, elles sont divisées en brèves et en longues.
Les sons ouverts ou soutenus, dit Condillac, sont propres à l'admiration ; les sons aigus, à la gaieté ; les syllabes muettes, à la crainte ; les syllabes traînantes et peu sonores, à Tirrésolution ; les syllabes brèves expriment la colère; plus faciles à prononcer, elles expriment le plaisir ou la tendresse. . .
Les mots contribuent à l'expression non-seulement comme signes des idées, mais encore comme sons.
Raillerie.
Entendre raillerie^ c'est bien prendre la raillerie, ne point s'en fôcher :
Vous ENTENDEZ fort bien raillerie, quand d'autres que moi font la guerre sur vos petits défauts, (Racine.)
Hé ! mon Dieu ! tout cela n'a rien dont il s*offensc,
11 entend raillerie autant qu'homme de France. (MolitTc.)
Entendre la raillerie^ c'est savoir railler, être habile dans Tartde railler :
Peu de personnes entendent la fine et innocente raillerie. (BouIioutb.)
Rappeler (Se).
Se rappeler y signifiant se souvenir, prend toujours un complément direct :
Je ne me rappelle pas cette circonstance. (Académie.)
Votis RAPPELEZ-VOUS CET HOMME de la comédie qui crie au meurtre en donnant des coups de bâton ? ( J.-J. Rousseau.)
Se rappeler de quelqu'un, de quelque chose, est un barbarisme de construction.
Suivi d'un infinitif, se rappeler s'emploie avec ou sans la préposition de :
Je me rappelle l'avoir vu, ou de l'avoir vu.
Nous NOMS RAPPELONS AVOIR TROUVÉ uuc fois uu nid de bouvreuils dans un rosier.
(Chateaubriand.)
La réminiscence est le plus faible et le plus léger des souvenirs, ou plutôt c'est un ressouvenir si faible et si léger qu'en nous rappelant une chose nous ne nous rappelonspas, ou nous ne nous rappelons qu'àpeine en avoir eu peut-être quelque idée. (Roubaud.)
Rapport (Avoir).
On dit qu'une personne, une chose a rapport à une autre, quand on veut exprimer des idées de relation, de dépendance ou de dérivation :
Les sujets ont rapport aux princes. Les effets ont rapport aux causes.
Mais pour exprimer une idée de conformité ou de simple analogie entre deux objets, on se sert de l'expression avoir rapport avec :
La langue italienne a un grand rapport avec la langue latine. (Académie.)
452 GR.VIOUIRE GÉMÉiULE ET HISTOWOUE.
Le RAPPORT de V adjectif hJif substantif. Le rapport du participe passé kv substantifqui le précède. (Académie.)
Ce que vous dites aujourd'hui n'A aucun rapport avec ce que vous disie% hier,
(Académie.)
Toutes les parties du corps ont un certain rappout les unes avec les auirtt.
(La môme*)
Re.
Ce préfixe sert en composition à exprimer la réitération; Ve s*élide si le mot dans la composition duquel il entre commence par une voyelle :
Déjà le mauvais sens, reprenant ses esprits.
Songe à nousjredonMfdaft poômes épiques. ( Boilfiftiik)
Peut-être mon esprit, prompt à ressusciter.
Du temps qu'il a perdu saurait se r'acquitter, ( Boileau. )
11 prit, quitta, reprit la cuirasse et la haire. (Voltaire.)
Cest sous le grand lééon X que le théâtre grec renaquit, ainsi que V éloquence.
— Tu l'as mal attaqué. — J'afiSrme le contraire;
Mais après tout, mylord, coup nul : c'est à refaire. (C Delavigne.)
I>e revoici, ce loup, pris dans un piège. (Séoecé.)
Recommenceur, recommeneeuse.
Voilà deux substantifs que n'admet pas TAcadémie; remploi qu'en ont fait Bussy-Rabutin et W^"" de Sévigoé est cependant si heureux que par cela seul ils nous semblent ne pouvoir être exclus d'aucun dictionnaire :
V Amour est un vrai recommenceur : l'on se redit les mêmes choses qu'auparavant en, d'autres termes et quelque»-unes en mêmes mots. (Bussy-Rabntin.)
Je me suis quelquefois aperçue que l'amitié se voulait mêler de contrefaire Vamour, et qu'en sa manière elle était aussi une vraie recommencedse.
(M»*deSévigné.)
Ces mots peuvent s'employer élégamment pour dési^ser ces vieillards qui content cent et cent fois les mêmes choses ; dire que ce sont des recommenceur s,, c'est exprimer par un euphémisme, et d'une manière polie, une pensée qu'un autre terme pourrait rendre blessante.
Réfléchir.
Dans le sens de Penser mûrement , il s'emploie le plus souvent sans complément :
Pour le calmer, faisons
Ce que je n'ai point fait encor : réfléchissons* ( DelanooeO
OBSERVATIONS GOMPLÉMElfTAfilBS. 453
Un esprit extrêmement vif peut laisser éiàapper hmmeoup de cho$ei pttr Mupui»sanct de réfléchir. (Vauvenargues.)
Suivi d'un complément, il prend le plus ordinairement la préposition sur :
Sais-tu depuis tantôt ce que je viens de faire ?
Je viens de réfléchir, — Réfléchir! vous? — Oui, moi.
— Tout de bon ? — Tout de bon. — Et, de grâce, sur quoi ?
(Belanoue.)
L'Académie toutefois admet aussi la préposition à avant le conbplément de ce verbe, et donne cet exemple :
J'ai réeléghi à ce que vous m'ave% dit, sur ce que vous m'ave% dit.
Réunir, unir.
Réunir^ dans le sens de Associer deux choses, les posséder en même temps, n'admet qu'im complément direct cofnposé :
Réunir les talents et les vertus, le mérite et les grâces.
Les Allemands réunissent tout à la fois, ce qui est trésor are, l'imactnation et LE recueillement contemplatif. (M°« de StaOl.)
Unir veut dans cette acception wftcom^ïlément direct et un complément indirect précédé de à :
Elle eut de quoi satisfaire à sa noble fierté, quand elle vit qu^elle allait unir 4a maison de France k la royale famille des Stuarts. (Bossuet.)
Caton UNISSAIT la vaillance À la sagesse,
L'Académie n'a pas indiqué cette différence.
Réussile.
Gresset s'est exprimé d'une miinière vicieuse dans ce vers du Méchant :
Le -plus stupide obtient la môme réussite.
Réussite ne doit jamais être mis en rapport avec un sujet de personne ; on dit qu'un livre a une pleine réussite^ qu'une pièce de théâr tre a eu beaucoup de réussite., une grande réussite., et qu un homme réussit^ prospère, et a autant de succès., le même succès qu'un autre, .^t non pas autant de réussite^ la inême réussite.
Rien,
Ce mot signifie Une chose, quelque chose, peu de chose, ou bien Aucune chose ; dans la première acception, il s'emploie sans négation :
Qui vous A RIEN dit QUI puisse vous faire douter de mon amitié ? ( M"* de Se vigne.)
454 GRAMMAIRE GÉNÉRAL! 1R HlSTOUOm*
Jepoaède tm ami fidèU qui partage ma siditude ei quimê iiêmi ttev de tmf,
m'empêche ôe rien regretter. (Duclos.)
Chacun se défend de rien faire par intérêt, et c'est Vintérêt qui fait tout fairt. Qui vit content de rien possède toute chose. (Boileaa.)
Dans le sens de Aucune chose, il exige la négation ne ;
Remords, crainte, péril, rien ne m'a retenue. (Racine.)
Les grands ambitieux et les misérables, qui ît'ont rien à perdre, aiment toujours le changement, (Bossuet.)
La vertu de l'âme ne consiste pat à se battre, mais à ne rien craindre.
(J.-J. Rousseau.]
Si dans cette dernière acception on retranchait la négation, l'expression serait en contradiction avec la pensée ; ainsi Voltaire a dit tout le contraire de ce qu'il voulait dire :
L'homme, ce roi du monde, et roi très-fainéant. Se contemplait à Taise, admirait son néant; Et, formé pour agir, se plaisait à rien faire.
La correction exige à ne rien faire.
Romantique, romanesque.
Le premier se dit des lieux et des paysages bizarrement accidentés, et qui rappellent à l'imagination les descriptions des romans :
Les rives du lac de Bvienne sont plus sauvages et plus romantiques que celles du lac de Genève. ( J.-J. Rousseau.)
Quels sublimes aspects, quels tableaux romantiques !
Sur ces vastes rochers, confusément épars.
Je crois voir le génie appeler tous les arts. (Delille.)
11 se dit aussi par extension d'un genre de poésie qui , jusqu'à ce moment, n'a pas été très-nettement défini .
Le second, qui se prend toujours en mauvaise part, sert à qualifier les récits des aventures qui ont quelque chose du mer\'eilleux des vieux romans, ou des personnes qui ont la ridicule exaltation des héros imaginés par les romanciers :
Une aventure, une histoire romanesque.
L'amour dans un jeune homme est toujours romanesque.
(La Chaussée.)
Rose (Le pot au).
On dit familièrement Découvrir le pot au rose pour Découvrir une chose qu'on tenait secrète. Quelques personnes, ignorant que cette
.' (MMBERYATIOfto' GOMPLÉMENTAiniBS. 455
locution est empruntée aux habitudes des femmes qui se fardent et qui cachent avec un très-grand soin le pot contenant le rose dont elles se servent, disent Découvrir le pot aux roses; l'emploi du pluriel rend l'expression inintelligible.
Satire, satyre.
Ces deux mots avaient anciennement une même orthographe, satyre^ conforme à leur étymologie ; aujourd'hui le premier s'emploie pour désigner les poèmes critiques qui tournent en ridicule les vices, les travers et les sottises des hommes; le second sert à désigner certains poëmes antiques , espèce de pastorales mordantes, dont les demi-dieux appelés Satyres étaient les principaux personnages.
Sein de (Au, dans, du.)
Ces expressions, dans le sens de au milieu de^ du milieu cte, ne se disent guère que des choses :
Av SEIN de la terre, de la mer. Ad sein de la r/tUére^ de l'opprobre. Dans lb sim de V abondance. Il mène une vie paisible dans le sein de9 arts et de l'amitié, ■
(Académie.)
Les merveilles des deux seraient-elles sorties d'elles-mêmes du sein du hasard et DU néant! (Massillon.)
Heureux qui peut, au sein du vallon solitaire.
Naître, vivre et naourir dans le camp paternel. (V. Hugo.)
On a donc condamné avec raison l'emploi qu'en a fait Voltaire dans ces vers de la Henriade :
Du sein des immortels,
Louis fixait sur lui ses regards paternels.
Il se joint très-bien cependant à un collectif :
Il est rentré dans le sein de l'Eglise. (Académie.) Vivre au sein de sa famille. (La même.)
Servir à rien, de rien.
Servir à rien exprime un défaut d'emploi, une inutilité momentanée de service :
Ce qui ne sert à rien aujourd'hui peut demain servir à quelque chose. Il a des talents qui ne lui servent à rien. [Grammaire des grammaires.)
Servir de rien exprime une nullité absolue de service, et se dit de
4M GiuHiuiiB oÉBximàiM *m iiinroamiE.
€e qui œ peut être d'aucune utilité, et se trouve, fouat ainsi dite, Ikmts de tout usage :
A un aveugle des lunettes ne smvent de nmi .
Le mérite ne sert de iiien quand il ett abandonné de la fortune.
(Bussy-Rabutin.)
Sophisme, paralogisme.
On donne ees noms à deux misonnemonts faux ; mais le sopktsim est un raisonnement faux avec intention de tromper, tandis que le paralogisme est un raisonnement faux sans volonté d'induire en erreur; le premier se dit de tous les arguments captieux; le second appartient exclusivement au langage didactique.
Succomber,
Succomber sous ^ au propre et au figuré, signifie Ployer sous, êtix^ aecaMépar:
Dim élève ses élus, de peur qu'Us ne succombent socs la connaissance qu*il êoÊtr-témmuie leurs àifirmiiéêetée leurs misères. {fUdMer.)
H a«QGCOHBé soes h faix, soos le poids des ttffmres» CAcàdémie.) .Succomber à signifie Se laisser allerà, céder à :
Ils se séparèrent encore une fois sans avoir scccombé à la passion qui les entraînait l'un vers l'autre. (Cfaateanrbriand.]
n a SUCCOMBÉ À la tentation, aux mauvais exemples. (Académie.)
Cette distinction établie par les grammairiens n'est observée ni par les écrivains, ni par TAcadémie, qui emploie succomber à dans Tun etTautre sens.
Suicider (Se).
Bien que le Supplément au Dictîonnaiï^e de l'Académie condamne ce verbe comme barbarisme illogiqwe et rëdmdtmt^ nous n?hësiterons pas à regarder ce mot comme un vocable non-seulement nécessaire, mais encore trèstrationnel. ^i l'on pouvait, en repoussant le mot, anéantir la chose, nous serions les premiers à jeter Tanathème sur Texpressicm se suicider. Mais le fmt existe, et la tâche du lexicographe se borne à constater les conquêtes de la langue et à en discuter la valeur. M. Wey a violemment attaqué cette expression et condamné d'avance au mépris ceux qui oseraient l'employer. Son éloquent réquisitoire se résume entièrement dans cette phrase : « Le pronom, réfléchi de la troisième personne est enfermé dans le verbe
OBSERTÀIÎONS COMPLÉMENTAIHES. 457
suicider, par conséquent ce verbe ne saurait être construit arec les pronoms de la première ni de la seconde personne. » A cela nous répondrons que ce conflit de pronoms de différentes natures n'existe pas; car tout pronom, toute préposition entrant en composition d'un mot abdiquent leur nature pour revêtir celle du mot où ils s'incorporent, et ne peuvent, du sein de ce mot, exercer les privilèges qu'ils avaient seuls. C'est ainsi que souhait et sovïmiter^ composés du pronom possessif son et de kait^ vieux mot synonyme de gré, devraient, d'après la règle posée par M. Wey, être expulsés de la langue, comme illogiques et grotesques. Mais si le temps, Tusage, et l'Académie elle-même, ont sanctionné l'expression souhait et souhaiter^ pourquoi refuser à se suicider^ mot utile et construit de la même façon , ses lettres de naturalisation? { F. Génin.)
Suppléer,
Suppléer une chose^ c'est la remplacer par une chose de même nature :
Ce sac doit être de mille francs ; ce qu'il y a de moins, je le supplébbai.
(Académie. X
On supplée un mot sous-entendu en l'énonçant, et on supplée une personne absente en la représentant et en remplissant les fonctions que temporairement elle ne peut exercer :
La gouvernante des Pays-Bas, Marguerite d'Autriche, /'avait en son absence habilement svpvhtt, (Mignet.}
Suppléer à une chose^ c'est en fournir l'équivalent ;
Souvent, dans les disputes, les injures suppléent aux raisons. (Académie.)
Le génie, en politique, consiste à suppléer aux vérités par des maximes,
(RÎTarol.)
Nul ne savait mieux que Vahbé Maury suppléer aux bonnes raisons par des cU iations et des sophismes, ( Mignet. )
La pêche peut suppléer en grande partie aux productions de la terre,
(J.-J. Rousseau.)
Cheji les peuples policés les mœurs perfectionnent les lois, et quelquefois y suppléent. (Duclos.)
Témoin.
Employé sans déterminatif et mis en tête d^uneproposition, ce mot est pris adverbialement, et conséquemment est invariable :
// est brave, témoin les blessures dont il est couvert.
Témoin deux procureurs, dont icelui Citron. ( Racine.)
458 GR^iMMAIRE GÉNÉRALE ET HISTORIQUE.
Précédé de la préposition à, il est encore invariable :
Je les ai pris tous À témoin. (Académie.)
Je vouspreîids À témoin, vous tous qui m'évonte% et qui voyei mes larmes.
(Massillon.)
Dans tous les autres cas, il se met, selon le sons, au singulier ou au pluriel :
La chose dont on parle, s'est passée sans témoin. Leur entrevue devait aimr lieu sans TÉMOINS. Vous m'êtes tous témoi.ns que,,, (Académie.)
Los maris aiment mieux, ils m'en sont tous témoins^
Une vertu de plus et deux gl^^ces de moins, (Dclanoue.)
Cinq cents disciples, témoins de la réiturredion, versent leur samjpour en attester la vérité, ( Elisée.)
Vous en fûtes témoins, anges du Dieu vivant. (Lamartine.)
O mon lit, ô ma maisonnette!
Chers témoins de ma paix secrète I
C'est vous, vous voilà, je vous vois I (Ducis.)
Précédé de la préposition j;o?f;*, il est considéré comme nom, et conséquemment variable :
J'en prends ses charmes pour témoins ; Pour témoins j'en prends les merveilles Par qui le ciel, pour vous prodigue en ses présents... Voulut orner vos jeunes ans. ( La Fontaine. )
Terre (Tomber par, à).
On dit tomber par terre^ en parlant de ce qui touche à terre; et tomber à terre ^ en parlant d'un objet qui ne touchait pas à terre avant d'y tomber : ainsi un arbre tombe par terre et ses fiiiits tombent a terre ; un homme qui tombe en se promenant toynhe PAR TERRE, et uu couvreur qui tombe du haut d'une maison tombe