GRAMMAIRE GÉ>ÉILVLE ET HISTORIQUE
Autre, tout autre, autrement, tout autrement, mieux, moins,
plus, plus tôt, plutôt que,
I. Quand la proposition où figurent ces expressions est affirmative, le second verbe prend la négation ne :
Je TOUS entends ici mieux que vous ne pensez. ( Racine. )
On se voit d'un autre œil qu'on ne voit son prochain. ( La Fontaine.)
On dompte la panthère pldtôt Qu'on ke l'apprivoise. (Buffon.)
Nous avons en France des tragédies estimées qui sont plutôt des conversations qu'elles ne sont la représentation d'un événement. (Voltaire.)
II. Si la proposition principale est négative ou interrogative, !c second verbe s'emploie sans négation :
Il NE parle pas autrement qu'il agit.
Un homme peut-il être plus heureux que vous /'êtes?
A moins que, de crainte que, de peur que.
Après ces locutions conjonctives, et la conjonction que employée pour sans que^ la négation ne se place le plus ordinairement avant te verbe de la proposition complémentaire :
Elle le prie de parler plus bas, de crainte que son père ne l'entende, (Voltaire.)
Combien de fois a-t-on vu des hommes publics faire échouer des entreprises §10^ rieuses à l'Etat, de peur que la gloire N'en rejaillît sur leurs rivaux, (MassilloB»)
Nejete%pas, dit Jésus, les perles devant les pourceaux, de peur Qu't^ ne /«* foulent aux pieds, et que, se tournant contre vous, ils ne vous déchirent.
(Bernardin de Saint-Pierre.)
Je ne saurais voir d'honnêtes pères chagrinés par leurs enfants, que cda *■* m'émeuve. (Molière.)
Je ne vous quitte point,
Seigneur, que mon amour n'ait obtenu ce point. (Corneille.)
Je ne puis travailler q}}' aussitôt je ne sois malade. (Académie.)
Les poètes seuls retranchent quelquefois la négation :
A moins qu'h nos projets un plein effet réponde. (Corneille.)
Si j'ai besoin de vous, de peur qu'on me contraigne,
J'ai besoin que le roi, qu'elle-même me craigne. (Le môme.)
De peur que ma présence encor soit criminelle,
Je te laisse (Molière.)
Sois donc prêt à frapper, de peur qu'on nous prévienne. (Voltaire.)
Ces licences ne peuvent être excusées que dans les vers, où la mesure ne permet pas toujours de se conformer aux exigences grammaticales.
DE LA CONJONCnOIf. 91
Avant que, sans que.
Après ces locutions conjonctives, on supprime généralement la négation ne :
kshsvT QUE Dieu eCt donné Vèlrt, rien ne V avait que lui seul, (Bossuet)
ArVANT QUE les nations pussent converties, tout n^ était pas aecampli. (Pascal.)
Hélas! nous ne pouvons un moment arrêter les yeux sur la gloire de laprin^ cesse, SANS que la mort s'y mêle aussitôt pour tout <jf[usquer de son ombre.
(Bossuet.)
Eh ! peut-OQ être heureux sans qu'il en coûte rien? (Lafosse.)
L'on est mort avant QU*on ait aperçu qu'on devait mourir, ( Fléchier.)
le veux pourtant songer à mettre ordre à mon bien.
Avant qu'un prompt trépas m'en ôte le moyen. (Regnard.)
Quelques écrivains cependant ont fait usage de la négation après ces deux locutions conjonctives :
J'irai vous voir avant que vous ne preniez aucune résolution, (M*** de Sévigné.)
Il me parait que les volontés de M, Fouqttet sont si ambulatoires, qu'il ne vaut pas la peine de rien tenter avant qu'elles ne soient fixées. (Montesquieu.)
Elle ne voyait aucun être souffrant sans que son visage n'exprimât la peine qu'elle en ressentait. (Bernardin de Saint-Pierre.)
Mais avec avant que., l'emploi de la négative est aujourd'hui contraire au meilleur usage, et jointe à sans que^ la négation produit une sorte de pléonasme vicieux.
Pour rendre la phrase de Bernardin de Saint-Pierre correcte, il faut la construire ainsi :
EUe ne voyait aucun être souffrant sans que son visage exprimât la peine qu'elle «n ressentait;
OU, en supprimant sans., dire avec la négation :
Elle ne voyait aucun être souffrant Qu'elle n'exprimât la peine qu'elle en res" sentait
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