IV. Ne point est Texpression négative la plus forte
Je ne choisirai point, dans ce désordre extrême;
Tout me sera Pyrrhus, fût-ce Orestc lui-même. (Racine.)
V. Non s'emploie pour ne pas^ ne points dans les propositioDS elliptiques :
• . • Rome veut un maître, et non une maîtresse. (Racine.)
JugeApar vous-même, et kon par l'opinion d'autrut. (M"« Lambert.)
La vertu dans le monde est toujours poursuivie ;
Les envieux mourront, mais non jamais Tcnvie. (Molière.)
Différence entre pas et point.
I. Pas exprime moins fortement la négation que point; il s'emploie pour indiquer quelque chose d'accidentel, ou pour exprimer simplenoent un fait :
// Wéiudie pas ; t7 ne Ut pas ; il ne dessine pas.
- C'est-à-dire, dans ce moment, a présent, il n'étudie pas^ il ne lit pas^ etc.
II. Point s'emploie pour exprimer quelque chose d'habituel et de permanent ou énoncer un fait positif :
// jC étudie point; il ne lit point; il ne dessine point.
C'est-à-dire, en aucun temps, jamais, il n'étudie^ il ne lit^ il ne dessine.
Cette distinction a été parfaitement observée dans les phrases suivantes :
n n'est point de noblesse où manque la vertu. (Crébillon.)
Les grands he doivent point aimer les premiers temps, ils ne leur sont point favorables; il est triste pour eux d'y voir que nous sortions tous du frère et de la sœur. (La Bruyère.)
// est plein de lui-même, ne se perd pas de vue, ne sort point de l'idée de sa grandeur, de ses alliances, de sa charge, de sa dignité. (La Bruyère.)
Ne se perd pas de vue exprime la circonstance ; ne sort point de l'idée de sa grandeur exprime l'habitude.
Je ne vous réponds pas des, volontés d'un père :
Mais je ne serai point à d'autre qu'à Yalère. ( Molière.)
Je ne vous réponds pas exprime un simple fait ; je ne serai point à d'autre exprime un fait permanent.
III. Pas et points dans les propositions inten^ogatives, ont quelquefois un sens différent.
1® Pas s'emploie quand on veut exprimer quelque chose àe positif; alors la forme de la phrase est négative^ mais le sens est affirmatif :
Ne le save^r^ous pas? — Ne l'avez-vous pas vu? C'est comme si on disait : Vous le savez; Vous lavez vu.
2® Point, quand on veut exprimer (luelque chose de douteux:
Ne le savei-vous point? — Ne l'avei-vous point vu ?
C'est-à-dire : Je ne puis croire, est-il possible que vous ne le sachiez point, que vous ne l'ai/ez point vu ?
Zmploi de pas et de point.
I. Avant un adverbe exprimant la quantité, la comparaison ou b temps, pas est plus fréquemment employé que point :
La tour, déjà élevée fort haut, ne l'était pas autant que le souhaitait la vaiûté humaine. ( Bossuet.)
Anibas disait que le Christ ne pouvait pas beaucoup tarder. ( Le même.)
II. Pas ci point se placent après un verbe employé à un temps simple, et entre Tauxiliaire et le participe, quand le verbe est à un temps composé :
La durée de nos passions ne dépend pas plus de nous que la durée de notre vie.
( La Rochefoucauld.) Vous ne connaissez pas celui dont vous parlez. ( Molière.)
Je ne t'ai point aimé^ cruel, qu'ai-je donc fait? (Racine.)
m. Pas et point ^ jjoints à un infinitif, le précèdent presque toujours ;
Evitez les tentations, afin de n'y pas succomber.
Quand l'immortalité de l'âme serait une erreur^ je serais fâéhé de ne pas le .CROIRE. (Montesquieu.)
Mais, pour donner plus de force à la négation, on place quelquefois pas on point après Tinfmitif :
Tout l'État attendait un changement avec trop d'impatience pour ne recevoik pas avec pie une nouveauté dont chaque particulier espérait de profiter,
(La Rochefoucauld.)
// faut laisser les morts en paix et ne flétrir point leur histoire. (Fénelon.)
IV. Si deux infinitifs se suivent, pas et point peuvent se placer entre les deux; mais l'expression négative est beaucoup plus énelrgique s'ils précèdent les deux infinitifs :
Je voudrais ne pas savoir écrire, disait Néron, forcé de signer un arrêt de mort»
(Boniface.)
DE l'adverbe. 91
Suppression de ^Xf^ et de poUlt .
I. Pas et point ^ ternies accessoires de négation, se suppriment Irès-souvent avec les verbes 'pouvoir^ oser, savoir^ cesser^ suivis d'un infinitif, et, dans le langage familier, avec le verbe bouger :
La plupart des princes et des ministres ont bonne volonté ; ils ne savent comment s'y prendre. (Montesquieu.)
Qui vit ha! de tous ne saurait longtemps vivre. (Corneille.)
Je NE BOUGERAI de là, puisque vous Vordonne%. (Académie.)
II. Us se suppriment quelquefois dans une seconde proposition coordonnée dont le verbe est à l'impératif •
Ne baissez pas la tôte, et n'ayez peur, Madame. (Ponsard.)
Observation. — Dans les propositions interrogatives, on supprimait abusivement, autrefois, la négation ne, et Ton exprimait seulement après le verbe un de ses compléments |?as ou point :
Mais enfin dormez-vous? Ètcs-vous éveillé?
Me connaisse^b-vous pas? (Molière.)
Cette construction, essentiellement contraire au génie de notre langue, a été adoptée par un très-grand nombre de poètes modernes à qui elle a semblé favorable à la mesure :
Si le ciel qui voulut affaiblir ma raison, M'interdit de régir moi-môme ma maison, Devie%rVOus pas bien mieux soigner d'un œil austère L'honneur dont vous étiez seule dépositaire ! (Ponsard.)
Voye%'VOus pas s'enfuir les hôtes du bocage ? ( Delille. )
5wu-jepas, je vous dis... c'est bien connu de tous,
Un être dont l'esprit est sens dessus dessous ? ( Ponsard.)
Qu'est-ce donc qui vous fâche?
5ommes-nows pas d'accord? (Augier.)
Cette forme n'est pas moins vicieuse, aujourd'hui, envers qu'en prose, et Ton doit écrire avec Racine :
O dieux ! quoi ! ne m'avez-vous pas
Yousrmême, ici, tantôt, ordonné son trépas !
III. Pas et point se suppriment toujours, quand il entre dans la phrase une des expressions négatives aucun^ nul^ personne., guère, jamais^ nullement^ m* répété, et les adverbes de comparaison we^w^, nioins, plus., rien., ne que^ signifiant seulement ou rien autre chose :
Nul n'aura de l'esprit hors nous et nos amis. (Molière.)
L'envie est une passion timide et honteuse que Von >*osr jamais avouer,
(La RochefoucaukL)
Aucun n'ose avancer, mais aucun ne recule. ( Ponsard.)
On NE sAi'RAiT croire jusqu'où a été, dctns ce siècle, la décadence de VadminUtrê' tion. (Montesquieu.)
L'orgueil se dédommage toujours et ne perd rien, lors même qu'il renonce ik vanité, (La Rochefoucauld.)
Je N'ai JAMAIS voulu souffrir qu'un homme d'esprit s'avisât de me railler èm fois de suite, ( Montesquieu.)
*Vi l'aveugle hasard, ni l'aveugle matière,
N'ont pu former mon âme, essence de luraiërc. ( Lamartine.)
Pour faire de si grands ouvrages, il is'en a coûté à Dieu QC*«n seul mot, t^efl^ dire qu'il ne lui en coûte rien. (Bossuet.)
Être peu dans Paris, c'est n'ôtrc rien du tout,
Et sans un piédestal nul n'y semble debout. (E. Augier.)
Un homme éclairé N'eût-il que son intérêt pour objet, n'a pas pour y parvenifii moyen plus sûr que la probité, (Duclos.)
Je NE demande que le nécessaire. — Trop de lecture ne sert Qo'd embrou&yf l'esprit, (Académie.)
IV. Pas et point se suppriment encore, quand la propositio& renferme une expression à laquelle on attribue un sens négatif; ain» Ton dit :
// NE voit goutte; pour // ne voit pas.
Je NE l'ai vu de ma vie ; pour Je ne Vai jamais im. Je ^*en parlerai à ame qui vive, à qui que ce soit ; pour Je fC^ parlerai à personne.
V. On les supprime aussi dans les propositions interrogative» (commençant par que^ employé dans le sens de pourquoi :
Que N'AvoNS-now« sur l'art dramatique un pareil entretien entre Corneille, ^^ Hère et Racine, composé par Vo//airc /(Marmontel.)
Va, le ciel te confonde, animal importun !
Que ne vis- tu sur le commun ? (La Fontaine.)
VI. Après la locution conjonctive à moins que^ et la conjonctîoD ** employée pour à moins que :
A MOINS QUE VOUS NE PRENIEZ bicnvos mesurcs, vous n'en viendra pas a bout»
(Académie.) De vos songes menteurs l'imposture est visible, A moins que la pitié qui semble vous troubler Ne soit ce coup fatal qui vous faisait trembler. (RacinOé)
N'espére%pas obtenir les faveurs du ciel si vous ne remplissez vos devoirs ewfef^ Dieu et envers les hommes. (Beauzée.)
VÏI. Après depuis que^ deux choses sont à distinguer : d'abord te temps du verbe, ensuite le sens de la phrase.
DE l'adverbe. 93
1® Si le verbe est au passé et que le sens soit négatifs on emploie oujours la négation ne :
Depuis que je ne I'ai vu, j> n'ai pas entendu parler de lui.
Depuis Qu*e//e fut promise à Jésus-Christ ^ elle ke chercha plus qu'à lui plaire.
(Fléchier.)
2* Le verbe s'emploie sans négation lorsque le sens est affu'" mallf:
Depcis que la justice gémit sous un amas de lois, et QU*on s'est fait un art de se 'uiner les uns les autres par la chicane, les rois n'ont pu suffire à cette fonction.
(Fléchier.)
3® Si le verbe est au présent^ on emploie non-seulement ne^ mais encore un des compléments de négation ^«5-, ^om^,^/w5, quand le iiens est négatif :
Depuis que nous ne nous voyons plus, nous sommes bons amis.
\UL On supprime /?a.s et point après le verbe placé sous ladépenlance de la proposition impersonnelle Ht/ a, lorsqu'il figure à un temps passé :
Il y A six mois que je ne lui ai parlé. (Académie.)
Mais si le verbe de la seconde proposition est au présent, on ^ploie alors pas ou point :
Il y A six mois que je ne lui parle pas.
Emploi et suppression de ne.
Appréhender, avoir peur, craindre, trembler.
I. Après ces verbes, employés dans une proposition principale affirmative^ le verbe de la proposition subordonnée doit toujours ^e précédé Aene:
Les pères craignent que l'amour naturel des enfants ne s'efface. (Pascal.)
On appréhenda qu'elle N'eu/ le sort des choses humaines. ( Bossuet.)
Craiqne%, seigneur, craignez que le ciel rigoureux
Ne vous liaisse assez pour exaucer vos vœux ! (Racine.)
On doit APPRÉHENDER que cette occasion ne lui échappe. (La Bruyère.)
Vous AVEZ BIEN PEUR quc je NE change d'avis. (Marivaux.)
Mais si Ton désire que l'action exprimée par le verbe de la proposition subordonnée s'accomplisse, on emploie ne pas au lieu de ne :
Je crains qu'Un' mi pas le premier prix
n. Mais si ces verbes sont employés ou négativement ou înterropitivonient, on n'exprime pas la négation dans la proposition subo^ donnée :
Vous NB devei pas appréhendbr que je le loue. (La Bruyère.)
// NE faut PAS cnALNDRB qu'Hs RESPECTENT moîns la puissance qui avoue ton /or(.( Massillon.)
Je NE trembij: pas qu'il arrive. (Académie.)
Mais n'appréhende pas qu'un autre ici m*obtienne. (Corneille.)
Craignei-^:ou8 que mes yeux versent trop peu de larmes? (Radne.)
Douter, nier, contester, disconvenir, désespérer.
I. Après ces verbes employés négativement ou interrogativement, le verbe de la proposition subordonnée prend en général la négation ne :
On NE PEUT PA» DOUTER que les pôles ne soient couverts d'une coupole de gkee*
( Bernardin de Saint-Pierre.)
On NE DÉSESPÉRAIT PAS que vous NE dcvinssici riche, (Beauzée.)
L'on NE PEUT guère douter que les animaux actuellement domestiques iCaieKt éié sauvages. (BuflFon.)
Doutes-tu qu'il ne veuille implorer ma clémence? (Racine.)
II. Si ces verbes sont employés dans une proposition affirmative, le second verbe s'emploie sans négation : .
Il me PARAÎT absurde de nier qu'il y ait une intelligence dans le monde.
(Voltaire.)
Observation. — Après douter et mer, employés négativementt on peut supprimer la négation dans la proposition subordonnée, ^ elle énonce un fiiit incontestable :
Ils ne nient point que la douleur sorr un mal, et qu'il y ait de la peine dans l^ désunion des choses auxquelles nous sommes unis par le caractère, (Malebranchd*)
Personne ne nie qu'il y ait un Dieu, si ce n'est celui à qui il importe qu'il tCyt^ ait point, (Chateaubriand.)
Empêcher, éviter, prendre garde et se garder que.
Le verbe de la proposition subordonnée prend toujours la né^tion, après un de ces verbes, et après garder que employé pour se garder^ prendre garde , quels que soient le sens ou la forme de la proposition principale :
Le mot propre est souvent difficile à rencontrer, et, quand il est trouvé, la gêne du vers et de la rime empêche qu'on ne l'emploie, (Voltaire.)
DE l'adverbe. 95
Éviiei qu'un excès do rigueur, dMndulgence,
i^T'encourage Taudace ou n'arme la vcngcanco. (Delille.)
Le relâchement des mœurs n'EMPÉciiE pas qu'on ne vante beaueoup l'honneur et la vertu ; ceux qui en ont le moins savent combien il leur importe que les autres en aient. (Duclos.)
Prends garde que jamais Tastro qui nous éclaire
Ne te voie en ces lieux mettre un pied téméraire. (Racine.)
Gardez, quand l'amusement du travail vous emporte, que lui cependant ne s'ennuie sans oser vous le témoigner. ( J.-J. Rousseau. ]
Garde* qu'une voyelle, à courir trop h&tée,
Ne soit d'une voyelle en son chemin heurtée. ( Boileau.)
Défendre.
Après défendre, qui exprime une chose positive, le verbe de la proposition subordonnée ne prend jamais la négation :
J'ai DÉFENDU que vous fissiez telle chose, (Académie.)
Je n'ai pas défendu qu'il allât le voir.
Mais il me semble, Agnès, si ma mémoire est bonne.
Que yavais défendu que vous vissiez personne. (Molière.)
Le médecin défend qu'il se livre à des exercices violents, et qu'il fasse de Ionl/ues courses,
y ai même défendu par une expresse loi
Qu'on osât prononcer votre nom devant moi. (Racine.)
// s'en faut que; il s en faut beaucoup, peu que; peu s'en faut que; il tient à moi, à toi, à lui que.
Le verbe de la proposition placée sous la dépendance d'une de ^^s expressions verbales, prend la négation seulement quand la proposition dans laquelle Timpersonnel figure est interrogative ou ren- *^rme une expression négative.
Ainsi on dira sans négation :
Il tient à vous, à lui que tout se passe bien.
Il s'en fallait beaucoup que la famille de Descartes lui rendIt justice.
(Thomas.)
Et avec négation :
Je ne sais à quoi il tient, il ne tient À rien, à quoi tient-il que je ne lui rompe *'^vt«icr«? (Académie.)
Peu s'en faut que Mathan ne m'ait nommé son père. (Racine.)
Il s'en faut peu gi/c le crime ne soit loué comme la vertu même.
(La Bruyère.)
Peu s'en fallait que je ne me crusse parent du duc de Lerme ( Lesage.)