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» De mon temps j'ai vu plusieurs mots mis en usage, qui nVtoient reconnus par nos devanciers; et peut-c^tre le mémo mot {!) de de-
B Le premier qui mit en œuvre avant-propos pour prologue fut Louis le Caron, en ses Dialogues^ dont ont se moquoit du commencement; et depuis, je vois cette parole reçue sans en douter (2) : non sans cause ; car nous avons plusieurs mots de même parure : avant- ^onfe, avant'jeu^ avant-bras^ et je crois qu'il y avoit plus de raison de diré avant-chambre que ce que nous disons antichambre. Il voulut aussi d!\xxi jurisconsulte latin faire en notre langue un droit'con' seUlant; mais il perdit son françois.
» Piaffer^ que Ton approprie h ceux qui vainement veulent faire ks braves, est de notre siècle; comme aussi aller à lapicorée^ pour les gens d'armes qui vont manger le bonhomme (3) aux champs; finre un affront^ pour braver un homme ; la populace^ mot qu'avons été contraints d'innover par faute d'autre, pour dénoter un peuple sot.
» Le premier où j'ai \u courtiser est dans la poésie d'Olivier de Magoy : parole qui nous est pour le jour d'hui fort familière.
» Je n'avois jamais lu arborer (4) une enseigne, pour la planter, ânonaux ordonnances que fit l'amiral de Ghâtillon, exerçant lors la charge de colonel de l'infanterie : mot dont Viginelle a usé en V Histoire de Villhardouin.
» Nous avons depuis trente ou quarante ans emprunté plusieurs iDots d'Italie, comme contraste (5) \iouT contention^ concert (6) pour ^férence, accort (7) pour avisée en couche pour en ordre^ garbe pour je ne sais quoi de bonne grâce, faire une supercherie à un itomme, quand on lui fait un mauvais tour à Timpourvu (8).
» En Tescrime nous appelons estramaçons des coups de taille, le
(1) Le mime mot, c'est-à-dire, le mot lui-même, on même le mot de.
(2) Sans discussion.
(3) Paysans ; les gens du peuple.
(4) Dérivé de arbor, arbre ; planter comme un arbre.
(5) pans le sens de opposiiion, il est encore udté.
(6) Aujourd'hui accord.
(7) n est inusité en ce sens.
(SJ A l'improTiste.
pédant pour un maître es arts mal appris, et façon pédantesque en conséquence de ce mot; comme aussi nous avons quitté plusieurs mots françois qui nous étoient très-naturels, pour enter dessus des bâtards : car de chevalerie nous avons fait cavalerie; chevalier, caoolier; embûche, embuscade; attacher Tescarmouche, attaquer; an lieu de bataillon, nous avons dit escadron. Et pour nos piéUHis ou aventuriers anciens, nous ne serions pas guerriers si nous ne disions infanterie^ mots français que nos soldats voulurent italianiser, lorsque nous possédions le Piémont, pour dire qu'ils y avoient été; et de malheur aussi quittâmes-nous nos vieux mots de fortificaticnisy. pour emprunter des nouveaux italiens, parce qu'en telles affaires les ingénieurs d'Italie savent mieux débiter leurs denrées que nom autres François.
» Il n'est pas que nous n'ayons mis sous pieds (l) des paroles qu étoient de quelque honneur, pour donner cours à d'autres de moindre valeur. Le mot de valet anciennement s'adaptoit fort souvent à titre d'honneur près des rois; car non-seulement on disoit valets de chambre ou garde-robe^ mais aussi valets tranchants et d'éevrie; et maintenant le mot de valet se donne dans nos familles à ceux qui entre nos serviteurs sont de moindre condition, et quasi par contemnement (2) et mépris : « Vrai est (3) qu'il avoit un valet qu'on ap- » peloit nihil valet (4), dit Marot en se moquant. » La chambrière étoit destinée pour servir sa maîtresse en la chambre ; maintenant les damoiselles (5) prendroient à honte (6) d'appeler celles qui les suivent chambrières^ ains les appellent servantes : mot beaucoup plus vil que l'autre, que l'on approprie à celles qui servent à la cuisine. Le nom de grand bouteiller (7) étoit un office de la couronne, comme celui de connétable (8) : aujourd'hui non-seulement la mémoire en est oubliée en la cour du roi, mais il n'y a rien de si bas que la charge de bouteiller; et pour cette cause ceux qui sont aujourd'hui en telles charges sont appelés sommeliers,
» Une vieille dotation faite à l'hôpital de Mâcon, en mai 1323, par Barthélemi de Chcvrière, échanson du roi, l'appelle en latin BartholomxBus Caprarii^ scancio domini nostri Begis : qualité qui succéda à celle de grand bouteiller. Nous avons accru notre langue de plusieurs nouvelles dictions tirées de nous-mêmes ; comme, poo^
(1) Avili. — La construction il n'est pas que est encore en usage.
(2) De contemnere, latin ; mépriser.
(3) // est vrai que,
(û) Mot à mot, rien ne vaut, • . .
(5) Aujourd'hui, demoiselles ; anciennement, damoisel, damoiseau, damoiseli^
(6) Tiendraient à honte, regarderaient comme une honte, rougiraient.
(7) Dérivé de bouteille,
(8) Connétable est formé des mots latins cornes stabuli^ comte, chef de l'établi.
exemple, de chemin^ nos prédécesseurs firent acheminer; de eom^ pognon^ accompagner; de raison^ arraisonner (1); comme, au contraire, une négative en ajoutant de^ car ils disent de saison^ désaisotmer(i). Mais de notre temps nous portâmes plus de liberté, parc^ if^i'effet^ occasion^ violent^ diligent^ patient^ médicament^ facile ^ nécessité^ tranquille^ nous fimes effectuer^ occasionner^ violenter^ Mgenter^ patienter^ médicamenter ^ faciliter^ nécessiter^ tranquil- *fer (3); je n'ai point encore \\x possibiliter (4), de possible. Il n'est pas que Montaigne, en ses Essais^ et Ronsard, en la dernière impression de ses œuvres (avant qu'il mourût), n'aient par une nouymté fait un nouvel ainsin (5) : car lorsque ce mot est suivi fnne voyelle immédiate, ils mettoient une n derrière pour ôter la <isc()phonie. Si ces nouveautés enrichissent ou embellissent notre liDgQe, j'en laisse le jugement à la postcirité, me contentant de Qttrqner ces caches (6) pour montrer je ne sais quoi de particulier ^nous, qui n'étoit point en nos aïeuls (7). >»
Sans vouloir compléter la liste des vocables tombés en désuétude, <Mi exhumer les termes hore d'usage, nous croyons devoir indiquer te expressions et les locutions qui se rencontrent le plus fréquemnient dans ceux de nos vieux poètes et de nos anciens prosateurs <ltt'on lit et qu'on étudie encore aujourd'hui.
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PRINCIPAUX archaïsmes.