GBAMMAIRE GÉNÉRALE ET HISTORIQUE
marque la suppression d'une des voyelles finales a, f , i avant m mot commençant par une voyelle ou une h muette :
.4 Rome, la poésie B*est formée à L'école de l* éloquence. (Marmontel.) Pour se est^ la école ^ la éloquence.
Si la foi dans son cœur retrouvait quelque place.
S'il venait à mes pieds nie demander aa grftce. (Racine.)
.S'i7 venait pour si il venait.
L'élision de Vi n'a lieu que dans la conjonction si et seulement iivant le pronom masculin //, ils.
▼ZXZ. Bîérèie.
La diérèse (l) est la ligure qui divise les voyelles doubles endeu^t syllabes; ainsi les Latins disaient aulaï pour aulœ.
C'est par une sorte de diérèse que nous avons formé ambroisie -> fantaisie^ d'ambrosie^ fantasie:
La vertu
D'hommes vous faisant dieux, vous paissoit d'ambrosie (2) Et donnoit place au ciel à vostre fantasie. ( Régnier.)
Cette figure est le contraire de la synérèse.
DES EXPLÉTIFS.
On donne le nom d'explétifs (3) à certains mots qui entrent dans une phrase sans être nécessaires au sens , mais qui servent * exprimer avec plus de force le sentiment dont on est affecté.
Au moyen de l'analyse , il est toujours facile de reconnaître tes explétifs; car tout mot variable, qui n'est ni sujet., ni verhe.^ ni com* plément^ c'est-à-dire qui ne remplit aucun rôle dans une proposition^ est une expression expié tive.
Les principaux explétifs sont les pronoms wat\ toiy vous^ se^ la^ les., en^ y, i7, lui-même^ elle-même., eux-mêmes, et la préposition dé:
Faites-les-mo/ les plus laids que Ton puisse ;
Pochez cet œil, fessez-moi cette cuisse. (Régnier.)
Ah ! mon Dieu, je vous prie.
Avant que de parler, prenez-moi ce mouchoir. (Molière.)
On considère comme explétifs certains termes qui s'emploient par redondance pour rendre l'expression plus vive ou plus claire :
(1) A(oe(pe)7(ç, division, distribution.
(2) Ambrosie se trouve dans la dernière édition de l'Académie ; il est plus coD' forme à Tétymologie.
(3) Exphtivus, latin, d' expier e, expleium, remplir, combler.
DES ÂBCHAÏHIfES. 14 1
G'ctl une affaire obUivadu salut de VÉiaU (Acftdémie.)
Ie«'«n voie revenir. Qu'on me Végorge tout à l'heure; qu^on me lui fane griller lesfietb'; qu^on me le mette dans l'eau bouillanle, et qu'on me le pende au plan"
fktr, IMolière.)
Louis, en ce moment, prenant son diadômc.
Sot le front du vainqueur, il le possi lui-même, (Voltaire.)
Hais quel bourdonnement a frappé mes oreilles ?
Ah î je /e« reconnais, mes aimables abeilles, (Delille).
h& interjections qui ne sentent qu'à exprimer avec plus de force assentiments dont on est affecté sont des expressions explètives.
^'^\J\Arj\.f\/\ r\j\/\/\.nj\/\/\j\/\ rjx rv/v a/wx '^/\/\/\.'^/\/W'^A /\Ay\j^/vvrNy\A/v/v\
On donne \e nom d'archaïs7ncs[\) aux expressions vieillies et aux ^ursde phrase surannés.
Comme beaucoup de ces expressions et de ces tours se trouvent ^s les auteurs classiques du dix-septième siècle, il importe de connaître les principaux.
La Bruyère a regretté, avec raison, un très-grand nombre de ter- J^et de locutions aujourd'hui tombi's en désuétude, et il a cherché * en rajeunir quelques-uns.
^'oici un fragment plein d'int('*ret que nous empruntons à ses Caractères :
" Qui pourrait rendre raison de la fortune de certains mots et de '^proscription de quelques autres?
Mtns a péri : la voyelle qui le commence, et si propre pour f'ision, n'a pu le sauver; il a cédé à un autre monosyllabe, et qui " ostau plus que son anagramme (2) .
» Certes est beau dans sa vieillesse, et a encore de la force sur ^ï| déclin : la poésie le réclame, et notre langue doit beaucoup aux ^rivains qui le disent en prose, et qui se commettent pour lui dans 'eurs ouvrages (3) .
W Ap^aToç, ancien ; gr.
(^) Ains avait exactement la valeur de mais, qui n'en est pas Tanagramme.
(3) Certe, certes; on a écrit très-longtemps l'un et l'autre indifféremment ; aujour- '^ Qui certe est le seul que la prose admette. Certes a été conservé par les poètes, ^^^ parce qu'il est plus énergique, mais parce qu'il est en certains cas favorable à '* mesure.
I4i GRAMMAIRE GÉNÉRALE ET HISTORIQUE.
» Maint est un mot qu'on ne devait jamais abandonner, et par )i facilité qu'il y avait à le couler dans le style, et par son oriMI qui est française ( 1 ) . tP
» Moulty quoique latin, était dans son temps d'un même mêâk^ et je ne vois pas par où beaucoup l'emporte sur lui (2).
» Quelle persécution le car n'a-t^il pas essuyée? et s'il trouvé de la protection panni les gens polis, n'était-il patf^ honteusement d'une langue à qui il a rendu de si longs sans qu'on sût quel mot lui substituer (3) ?
» Cil a été, dans ses beaux jours, le plus joli mot de la française; il est douloureux pour les poètes qu'il ait vieilli (4).
» Douloureux ne vient pas plus naturellement de douleur^ qiM de chaleur vient chaleureux ou cluxleureuse; celui-ci se passe, bien que ce fût une richesse pour la langue, et qu'il se dise fort juste oà chaud ne s'emploie qu'improprement (5).
» Valeur devait aussi nous conserver valeureux; haine^ haineux; peine ^peineux (6); fruits fructueux; pitié ^ piteux {7)'^ joie ^jovial; foi^ féal (8); cour^ courtois; (jite^ gisant; haleine^ îmlené (9);
(1) Maint est encore usité, mais plus souvent en vers qu'en prose : Maint poSte aveuglé d'une telle manie. (Boilcau.) Maints beaux esprits font gloire d'ignorer. (Voltaire.)
(2] Moult, moût, du latin mullum, beaucoup, grand nombre :
Moult ressembloit bien l'image. {Roman de la Rose,)
(3) Les avocats ont fait abus de ce mot, et l'on a tourné cet abus en ridicoie, ^ qui était fort juste :
Non, je ne reviens pas, car je n'ai pas été ;
Je ne vais pas aussi, car je suis arrêté ;
Je ne demeure point, car tout de ce pas môme
Je prétends m'en aller. (Molitire.)
(4) Cil s'emploie encore dans le style marotique :
A me louer jà ton bon cœur s'apprête.
Et dît vraiment : Cil est amant parfait
Qui reste ami de parole et d'effet
Après qu'amour est sorti de sa tête. ( Cliaulieu.)
(5) Chaleureux, que regrette la Bruyère et qui dit en effet ce que chaud n'èx piime qu'improprement, est aujourd'hui fréquemment employé.
Multa renascentur quœ jam cecidere, (Horace.)
(6) peineux était depuis longtemps inusité, à l'époque où la Bruyère écrlyait • passage ; fatigant, pénible, l'ont remplacé très-avantageusement.
(7) Piteux est encore usité dans le langage familier.
(8) Fée/, fidèle, est encore usité ; il s'emploie même dans le style élevé :
Soyez donc attentifs, vous, leur maître après Dieu,
Vous, féaux chevaliers, vous, seigneurs de haut lieu. (C. Delavigne.
(9) Ilalené, qui respire difficilement, est depuis longtemps inusité; halenéê,h9t leine, souffle, est lui-même tombé en désuétude.
DES ARCHAÏSMES. l43
vanterie^ vantard; mensonge^ mensonger; coutume^ cautumier; moûepart msànWcni partial ; point, pointu et pointilleux ; ton^ tmm%t; «0», sonore; frein, effréné; front, effronté; ris^ ridicule; W, loyal; coeur, cordial; bien, bénin; mal, malicieux.
%Eeur se plaçait où bonheur no saurait entrer; il a fait heureux, jPl est si français, et il a cessé de Tétre : si quelques poètes s*on "^' lierris, c'est moins par choix que par la contrainte de la me-
'9 Issue prospère, et vient A'issir, qui est aboli (2).
■A» subsiste sans conséquence pour finer, qui vient de lui, ponque cesse et cesser régnent également (3) .
I Vert ne fait plus verdoyer (4); ni fête, fètoyer[!S)\ ni larme, lar^ «ojfiii(6); ni deuil, sedouloir, secondouloir (7); ni joie, s'éjouir{S), ^qoi'il fasse toujours se réjouir, se conjouir (9); ainsi qu* orgueil^ ^morgueillir.
»Oil a dit gent, le corps gent : ce mot si facile, non-seulement «t tombé, Ton voit même qu'il a entraîné gentil dans sa chute (10).
» On dit diffamé, qui dérive de famé (l l), qui ne s'entend plus.
(^) UtuT était regretté de Voltaire lui-môme, qui le trouvait harmonieux et favo- ^ à la versification :
Sajoie éclatera dans Yheur de ses enfants. (Corneille.)
... Ce n'est pas peu d'heur que d'Être sa moitié. (Molière.)
(^) luir, essir et exir, sortir, se retirer, partir, sont depuis longtemps tombés * désuétude:
J'espoir, se ne les savoie.
Tost porroit issir de U voie. (Roman de la Rose.)
''^s'employaient aussi substantivement pour ùstie.
(3) Eljà ne finat d'orer (travailler) jusques à tant que souleuii ( le soleil) estoit **^»e5 (couché).
'* ïvait aussi le sens de se terminer :
'^mirs mondains finent en pleurs. (Xicot.)
(^) Verdoyer n'est plus usité ; mais son participe présent verdoyant est d'iui ^J'^ très-fréquent comme adjectif.
J^) hstoyer, fêloyer, régaler quelqu'un , lui faire fôte ; il s'âmployoit aussi •'iDstantivement pour fête, divertissement.
I") Larmoyer s'emploie encore, mais en mauvaise part. ^J) Douloir, condouloir (se) sont encore usités aujourd'hui, mais seulement au Posent de l'infinitif.
^°) Esjoyen esjouir, esjoïr, réjouir et se réjouir :
^•cPérc des justes esjoît en moi; cil que engendre le sage esjoïra en lui. Que '^^père et ta mère esjoïssent yceluy que toi engendrera. (Bible, Proverbes.)
(^) Conjoier, conjoïr, conjouir, se réjouir ensemble, se fêter, bien recevoir quel-
(10) Gentil s'est relevé de la chute où, selon la Bruyère, gent l'avait entraîné. ^ (11) Famé ou famée (car tous deux, dit Nicot, se trouvent es anciens escrits) est ^^'Puis longtemps inusité.
» Oq dit curieux^ dérive de cure^ qui est hors d'usage (1).
» Il y avait à gagner de dire si que (2) pour de sorte gue oad^. manière que; de moi^ au lieu de pour moi ou de quant à moi; de Ae je sais que c'est qu'un mal^ plutôt que Je sais ce que c'est qu*un fRéd^ soit par analogie latine, soit par l'avantage qu'il y a souvent à un mot de moins à placer dans Toraison.
» L'usage a préféré par conséquent à par conséquence^ en quence à en conséquent^ façons de faire à manière de faire^ et i nière d'agir à façons d'agir,,, dans les verbes, travailler à trer, être accoutumé à sotdoir^ convenir à duire^ faire du bruU- à bruire (3), injurier à vilainer (4), piquer à poindre (5), faire rt»souvenir à ramentevoir (6)... et dans les noms, pensées à iirt^-. ,ser5 (7), un si beau mot, et dont le vers se trouvait si bien ; granH^: actions 'à prouesses (8), louanges à loz (9), méchanceté à mattMi^ — I ■ • f I
(1) Cure, dans le sens de soin, souci, a vieilli, mais il est encore admis dans-la style familier.
(2) Si que est depuis longtemps hors d*usage; mais cette locution est rçgnl* table.
(3) Bruire est employé souvent encore par quelques écrivains qui, par ignorance ' des temps primitifs de ce verbe, lui ont prêté des formes qu'il n'a jamais eues. — V. Barbarismes. . ... ,
(4) Vilainer et vilener, dérivés de vil, sont depuis longtemps tombés en désné^' tude ; on leur a préféré avec raison injurier, insulter, termes plus expressifs et plii clairs.
(5) Poindre est encore usité dans quelques-unes de ses formes; on dit toujonllt proverbialement : Oignez vilain, il vous poindra; poignez vilain, il vous oindra.
(6) Ramentevoir et — (se), rappeler, se rappeler, est tout à fait inusité :
Lorsque je me retrouve en ces belles demeures,
Où les jours les plus longs ne m'étaient que des heures.
Cela ne sert de rien qu'à me ramentevoir
Que je n'y verrai plus ce que j'y voulais voir. (Racan.)
Ne ramentevons rien et réparons l'offense
Par la solennité d'une heureuse alliance. (Molière.)
(7) Penser s, expression énergique particulièrement propre à la poésie :
Il faudra que je change ; et, malgré que j'en aye.
Plus soigneux devenu, plus froid, et plus rassis.
Que mes jeunes pensers cèdent aux vieux soucis. (Régnier.)
Cependant, agité par des projets contraires,
Enée en entretient ses penser* solitaires. (Delille.)
(8) Prouesses^ aussi bien que preux, est encore usité :
Il ne parlait incessamment Que de sa mère la jument, Dont il contait mainte prouesse. (La Fontaine.)
Ces pleurs vont enfanter d'incroyables prouesses. ( C. Delavigne.)
(0) Du latin laus, louange, éloge :
Tu surpasses l'esprit d'Homère et de Virgile,
Oui leurs vers à ton los ne peuvent esgaler. (Régnier.)
à fait inusité.
BICS ARDIAÏSMES. 145
iié{l)^ porte à huis (2), navire h nef [3)^ armée à ost (4), tnonas" Utb à nwmstier (5), prairies à />rc>s (6) . . . , tous mots qui pouvaient ànar ensemble d'une égale beauté, et rendre une langue plus abondMe.
» L'usage a, par Taddition, la suppression, le changement ou le dérangement de queUiues lettres, fait frelater de fralater^ prouver ^frmver^ profit de prou fit ^ froment de froument^ profil de pour^ Mf§rtwisi<m de pourveoir^ promener de pourmener^ et promenade i^pounnenade,
I Le même usage fait, selon Toccasion, d'habile^ d'tdile, de facile^ fc iodle^ de mobile^ et de fertile^ sans y rien changer, des genres AKrents : au contraire, de vil^ vile; subtil^ subtile^ selon leur teriBuafaon masculine ou féminine (7).
>na altéré les terminaisons anciennes.
^ï^scel il a fait sceau; de mantel^ manteau; de capel^ chapeau;
dôeoirfrf, couteau; de hamel^ hameau; de damoisel^ damoiseau; de
joiiimcel^joxœenceau[%)\ et cola sans que Ton voie guère ce que la
'>ngue française gagne à ces différences et ù ces changements. Est-
<»donc faire pour le progrès d'une langue, que de déférer à l'usage?
(1) Mmaauiiét tnatdvaisiié a été avantageusement remplacé par méchanceté,
(î) Huis, porte, d*où s*est formé huissier, gardien de la porte, u*est plus usité ^^btf» la locution à huis clos, et dans le style marotique.
W ^eff du latin navis, n'est admis qu'en poésie:
Il devait mieux remplir nos vœux et notre attente,
Faire voir sur, ces nefs la victoire flottante. (Corneille.)
tt) (ht, année, camp, guerre, d*où ôlage, est depuis lontemps inusité. W Moustier, église, couvent, monastère ; dérivé de monasteriufn. Il se retrouve J*^ quelques noms propres : Noirmoutiers , Marmouiiers, monastère de Saint-
(6) Prées est un joli vocable conservé dans nos campagnes du Midi.
p) Suivant les remarques de Vaugelas et du P. Bouhours, on ne dit point pué" ^/^ au masculin, mais puéril, parce que cet adjectif français, de même que subtil, ^t^il, venant des adjectifs latins pf<ert//s, subtilis, vilis, civilis, etc., dont la P^Itième syllabe est longue, doivent s'écrire sans e au masculin. Beaucoup ^^vains, dit-il, manquent dans l'usage de .l'adjectif en question, écrivant puén7« ^^masculin comme au féminin. Ce qui les trompe, sans doute, c'est qu'on dit aux ^^^nres agile, utile, facile, docile, etc. Mais il faut faire attention que ces ad- JWs-ci viennent des mots latins cgilis, niilis, facilis, docilis, qui ont ont la pé- 'ï'iltième syUabe brève, et que cette dilférencc de quantité les distingue des pré-
(8) Damoisel etjouvencel sont encore usités en poésie :
Ton cœur. .. a dix-huit ans, quoi de plus naturel,
S'était laissé toucher aux vœux d'un damoisel,
Brave, de haut lignage et d'antique noblesse. (C. Delavigne.)
Qu'il fasse mieux, ce jeune joMVcncci
A qui l'amour donna tant de martel. (Corneille.)
Serait-il mieux de secouer le joug de son empire si despotique? Fandrait-il, dans une langue vivante, écouter la seule raison qui pré> vient les équivoques, suit la racine des mots et le rapport qu'ibonC avec les langues originaires dont ils sont sortis, si la raison, d'aik leurs, veut qu'on suive Tusage? »
Écoutons maintenant Etienne Pasquier, un des plus illustres JB> risconsultes et des plus savants philologues du dix-septième ûèÂ:
a Notre langue commença grandement à se polir de son andeo» rudesse, vers le milieu du règne de Philippe de Valois, si les rqpK très de notre chambre des comptes ne sont menteurs, esqudsfji vous voyez une pureté qui conmience de s'approcher de notre Ijp»': Vous y trouverez encore uns (2) enformer pour informer, non trestant pour nonobstant, Diex pour Dieu. Mais, au demeuiuli tout le contexte (3) des paroles ne s'éloigne guère des nôtres ; aussi en tous les romans qui furent depuis faits en prose. Et plus allâmes en avant, plus notre langue reçut de polissure (4), les œuvres de maître Alain Chartier, en son Quadrilogue curial^ Poésies; et successivement, Philippe de Commines en son H\ des rois Louis XI et Charles VIII; et après lui, mattre Jean le de Belges, du temps du roi Louis XII *, Claude Seisse), tant en Apologie du roi Louis XII ^ et Discours de la loi salique^ qu'es (^ traductions de Thucydide, Eusèbe et Appien. Je trouve, soos règne de François P"", une plus grande naïveté de langage en Jae^ a ques Amyot (ores qu'il (6) ait principalement paru sous Henri % qui sembla avoir sucé sans affectation tout ce qui étoit de beao de doux en notre langue ; tous les autres qui sont depuis survcnwj^i se licencièrent (7) ou en paroles, ou en abondance de métapho|i*J*îj trop hardies, ou en une négligence de style ; quoi que soit (S), ilB semble que je vois en lui cette belle fleur, qui étoit aux autres, ternir. ^^c»
» Il n'est pas dit que tout ce que nous avons changé de Tanci soit plus poli, ores qu'il ait aujourd'hui cours. Nos ancêtres avoifl»^^^ pris de verus et vera^ voir et voire^ dont il ne nous est resté aff^ i-^:
(1) Esquels, dans lesquels, oiL l..^"^j'
(2) Uns, c'est-à-dire quelques-uns de ces mots. lî ^
(3) La suite, le tissu. I f^'^' là) n est, en ce sens, inusité aujourd'hui, J ^^"'^■
(5) Que dans les. I [ r^
(6) Ores que, quoique, bien que. I ,''/ .^
(7) Il ne se dit plus en ce sens. ' *^^-^
(8) Quoi qu'il en soit.
DES ARCHAÏSMES. l47
les adverbes voire et voirement (1); nous en avons fait uns vrai et vraie^ qui sont beaucoup plus rudes et de difficile prononciation que les premiers. Nous disions aux prétérits parfaits (2) de ces verbes tenir et venir ^ tenit et venit; lesquels on (échangea depuis en tiensit eivienxii; finalement nous en avons fait tint et vint^ en cx^s mutations allant toujours en empirant ; car il ne faut faire de doute que tenit et venit ne fussent, selon les règles de la grammaire, meilleurs 6t |dus naturels.
» J'ai remarqué plusieurs belles paroles anciennes, dont les aueones (3) sont du tout (4) perdues par la nonchalance, et les antres changées en pires par l'ignorance des nôtres. Nos ancêtres usèrent de barat^ gmlle et lozange^ pour tromperie; et barater^ (gMer et lozanger^ pour tromper : dictions qui nous étoient natuloffles, au lieu desquelles nous en avons adopté des latines, dol^ flumie^ circonvention (5); vrai qu'encore le commun peuple use du moi de barat^ a(in cependant que je remarque ici en passant que comme nos esprits ne sont que trop fertiles et abondants en tromperie, aussi n'y a-t-il parole que nous ayons diversifiée en tant de sortes que cette-ci (6), parce que guille^ lozange^ barat^ malengin^ iol^ fraude^ tromperie^ circonvention^ déception^ surprise et' tricherie dénotent cette môme chose. Le roman de Pépin dit enherber^ nous empoisonner; le même roman, et encore le comte Thibaut de Champagne, en ses Amours, maleir^ pour ce que nous disons mau" Ure. Le vieux valoit bien le nouveau, si nous voulons bien nous arlèter à l'analogie de beneir, qui est son contraire. Nos prédécesseurs dirent grigneour^ puis grigneur^ dont encore est faite fréquente mention dans quelques anciennes coutumes : nous disons plus grande fi meilleure part ^ rendant en deux mots ce qu'ils comprenoient sous on seul. Nous disons aujourd'hui magistralement (7); Hugues de Bercy, maistrement (8), qui est moins latin. Nous usons du mot odfjoitmer (9), quand nous faisons appeler un homme en justice par la semonce ( 1 0) d'un sergent ( 11 ) ; le roman de Pépin en a usé pour dire
(1) Inusités ; vraiment, assurément.
(2) Ancien terme de grammaire ; aujourd'hui passé défini,
(3) Quelques-unes.
(A) Tout à fait.
(5) Circonlocution; est inusité en ce sens, quoiqu'on dise cependant ctrconve- ^ir^ dans Tacception do tromper,
(6) Celle-ci .
(7) Dérivé de magister, maître ; latin.
(8) Formé de maistret maître.
(9) Aujourd'hui ajourner.
(10) Invitation ; on a dit aussi semondre. inviter, avertir, dérivé de summonere , latin.
(U) Sergent f de servus, latin ; serviteur.
que le jour étoi t venu , qui n'étoit pas trop malpropre ; nous en avons perdu la naïveté, pour la tourner en chicanerie (1). Dans le mime auteur, hosteler (2) pour loger, qui n'(itoit pas moins bon que le nôtre ; malotru est dedans Hugues do Bercy ; barguigner^ mot ami familier entre les marchands que chicaner entre les praticiau», eat dans Huon de Méry en son Tournoi de i Antéchrist : ces deux se sont perpétués entre nous jusques à hui (3) .
» Le latin a dit ambo et t/î/o, pour dénoter le nombre de deux : de ces deux mots l'italien a fait un ambcdue^ et dans le romaû de la Rose^ je trouve pour pareille signiticiition ambedeux^ mot qui n'est plus à notre usage. En dementiers avoit eu vogue jusqu'au tetafs de Jean le Maire de Belges, car il en use fort souvent pour ce qœ nous disons par une périphrase, en cependant, Joachim du BeUay, dans sa traduction des quart (4) et sixième livres de Virgile, le voulut remettre en sus (5), mais il n'y put jamais parvenir. Nessun (6) pour nul^ adès (7) pour maintenant : nous les avons résignés à ïiU^ lien, aussi bien que losanger^ qui étoit à dire tromper^ en ces mois nessuno^ adesso^ lusingar. Le cattivo italien et le chétif françoîs synh bolisèrent, comme semblablement albergar et héberger; je ne smû ritalien le tient de nous, ou nous de lui. L'italien dit schifar poar ce que nous dîmes anciennement eschever et aujourd'hui esquinêr» Ce que nos anciens appelèrent heaume^ on Tappela, sous Fraih çois V^y armet; nous le nommons maintenant habilleinent de têU^ qui est une vraie sottise de dire par trois paroles ce qu'une aeok nous donnoit. Ainsi est-il de tabour (8), que les soldats appellent maintenant caisse^ sans savoir dire pourquoi ; ainsi de Vétendarà^ bannière ou enseigne^ que nous disons aujourd'hui drapeau (9) : vrai qu'il est plus aisé d'en rendre raison que l'autre, cela étant pro» venu d'une hypocrisie ambitieuse des capitaines, qui, pour paratti9 avoir été aux lieux où Ton remuoit les mains (10), veulent représenter au public leurs enseignes déchirées, encore que (11) peui-éti^ il n'en soit rien.
(1) Langage de la chicane, langage du palais.
(2) Formé de hoste^ hôte.
(3) Jusqu'aujourd'hui,
{h) On disait quart pour quatrième, comme tiers pour troisième, quirU poir Hnquiëme :
Le pape Innocent quart de ce nom, (J. Bouchet.) — Charles-Qmnj.
(5) Remettre en crédit,
(6) Ne unust latin ; pas même un.
(7) Adès ou adiès, formé de ad diem^ latin.
(8) Aujourd'hui tambour,
(0) Urapeau, mofceau de linge déchiré, haillon ; diminutif de drap.
(10) En Tenir aux mains; se battre.
(11) Encore que, quoique, bien que.
DES ARCHAÏSMES. l49
9 Dans les livres de la Discipline militaire^ de Guillaume de Lan- , vous ne trouverez ni corps de garde ni sentinelle; ains au liea da premier, il l'appelle le guet^ et le second être aux écoutes. Ces deux, qui étoient de très-grande et vraie signification, se sont échanges en corps de garde et sentinelle; et nommément le mot i'kayie était plus significatif que c^lui de sentinelle^ dont nous