FIGURES DE STYLE PAR DÉVELOPPEMENT
L'objet de cette espèce de figure est d'embellir et d’instruire. Elle comprend la synonymie, l’énumération, la périphrase, la suspension et la description,
La synonymie (ouv, avec avoux, nom; identité de déno-
mination) est l'identité de signification entre plusieurs expressions de la même langue. Cette figure développe, ou une pensée par une accumulation de tours, et c’est l’expolition ; ou une idée par une accumulation de termes, et c'est Ja métabole.
L'expolition (ex, de, roksw, tourner ; reprendre) est une figure de style par développement, où'la même pensée est reprise sous différens aspects, sous différens tours, sous différentes expressions, qui servent à la développer, à l’éclaircir, à la rapprocher de toutes les sortes d’esprits, à la rendre intéressante à tous les cœurs. Cette figure ne convient pas à tous les styles; elle nes’emploie pas dans les écrits de raisonnement qui ne sont faits que pour être lus et pour instruire. Virgile. met dans la bouche de Didon cette expolition si vive et si animée, dont la pensée est : Tu es un barbare : |
Nec tibi diva parens, generis nec Dardanus auctor,
Perfide ; sed duris genuit te cautibus horrens
Caucasus , Hircanæque admôrunt ubera tigres.
(Enéide, liv. 1v.)
« Non, une déesse n’est point ta mère, tu n’es point de la race de Dardanus, perfide; Paffreux Caucase t’engendra de ses durs rochers; les tigresses d'Hircanie t'offrirent leurs mamelles. » (Trad. nouv. de M. de Poncervizze.)
La metabole (ueva6okn, changement: sera, d’une autre manière ; 6a\w, jeter) est une figure de style par developpement, qui consiste à accumuler plusieurs expressions synonymes pour peindre une même idée, une même pensée ; c'est la répétion d'une même chose, d’une même idée sous des termes différens. « La mort, dit Masillon, finit toute la gloire de l’homme qui a oublié Dieu pendant sa vie ; elle lui ravit tout, elle le dépouille de tout ; elle le laisse seul, sans force, sans appui, sans ressource, entre les mains d'un Dieu terrible. » Une métabole qui n'accumulerait que des mots sans idées graduelles, serait vicieuse et dégénérerait en périssologie. | -
TOM. Il, 20
L'énumération est une figure de style par développement, qui à la place d’une idée simple met là division rapide ou des propriétés différentes qui la caractérisent, ou des parties qui la constituent. La première espèce comprend la conglobation et la distribution. Exemple de conglobation : | |
Et quel teris fut jamais si fertile en mitacles?
” Quand Dieu par plus d’effets montrast-il sûh pouvoir ? Autäs-tu donc toujours dek yeux pour he point voir, Peaple ingrat? quoi ! toujours les plus grandes merveilles Sans ébranler ton cœur, frapperont tes oreilles ?
Faut-l, Abner, faut-il vous rappeler le cours
Des prodiges fameux accomplis eu nos jours :
Des tyrans d'Israël les eélèbres disgraces,
Et Dieu trouvé fidèle en toutes ses menaces ; L’impie Achad détruit, et de son sang trempé , Le champ que par le meurtre il avait usurpé ; Près de ce champ fatal Jézabel immolée :
Sous les pieds des chevaux cette reine foulée ; Dans son sang inhumain les chiens désaltérés,
Et de $on corps hideux les membres déchirés , etc.
(Athalie, acte 1°", scène 11.)
Lé peintute que David fait des méchans est un exemple de distribution. & Leur gosiér est comme un sépulcre ouvert ; ils se sont servis de leurs langues pour tromper avec adressé; ils ont sur feurs lèvres un venin d'aspic; leur bouthe est remplie de malédictions et d'amertume; feuts pieds sônt vites et féters pour répandre le sang. » J: B, Rousseau a imité avec bonheur cé passage, dans son dde IV, iv. 1%: | |
C'est vous de qui les mains impurès
Trament de tissu détesté |
Qui fait trébucher l’équité
Dans le piége des impostures ;
Läches aux cabales vendus,
Aïtisans de fourbes obscures, Habiles seulement à noircir les vertus:
Mers
. Le poëte lyrique ajoute cette stropheadmirable, lamieux rimée peut-être que l’on connaisse :
Mais de ces langues diffamantes Dieu saura venger l’innocent ; Je le verrai , Ce Dieu puissant, Foudroyet leurs têtes fumantés; Il vainera ces liohs ardens, Et dans leurs gueules écumantes T1 plongera sa main, et briseha leurs dent, :
La seconde espèce d'énumération, qui s'appelle propre ment l’énumératioh, est adrhitable en poésie, parce qu'elle rassemble dans un langage harmoñieux les traits les plus frappans d’un objet qu'on veut peindre, afin de persuader, d'émouvoir, et d’entrainer l'esprit sans lui donne té tems de se reconnaitre.
Jéhu , qu'avait choisi sa sagesse profonde,
Jéhu, sur qui je vois que votre espoir se fonde,
D'un oubli trop ingrat à paÿé ses bienfaits :
Jéhu laisse d’Achad l’affreuse fillé en pait,
Suit des rois d'Israël les profanes exemples ,
Du vil dieu de l’Epypte à éonservé les temples :
Jéhu sur les hauts lieux enfin osant offrir
Un téméraire encéns que Dieu ne peut souffrir,
N'a pour servir sa cause et venger ses injures, Nile cœur assez droit ni les mains assez pures.
(Æthalié, nete it, sobne +2.)
La périphrase (ren, circum qpalw, loquor) est une fgure de style par développement, dans laquelle, au lieu de l'expression simple qui rendrait l'idée immédiatement et sans apprêt, on se sert d'une expression plus étendue, qui développe les idéés partielles de celle que l'on veut faire entendre sans la montrer directement. Pour êtte un véritable ornement dans le discours;la périphrase ne doit point y paraitre sans un but d'utilité. Elle doit réveiller des idées accessoires et intéressantes et présenter des images conyenables ; elle doit éviter lolscurité, l'enflure, la dif-
fusion. Mais la richesse que cette figure jette dans le style, doit en rendre l’usage très-circonspect, surtout en prose. Voltaire décrit ainsi le point du jour.
L’aurore cependant au visage vermeil
Ouvrait dans l’orient les portes du soleil ;
La nuit en d’autres lieux portait ses voiles sombres; Les songes voltigeants fuyaient avec les ombres.
Boileau, pour annoncer qu'il a cinquante-huit ans, a recours à cette périphrase .
Mais aujourd’hui qu’enfin la vieillesse venue,
Sous mes faux cheveux blonds déjà toute chenue, A jeté sur ma tête avec ses doigts pesans
Onze lustres complets surchargés de trois ans, ec.
Racine, dans Æthalie, voulant désigner Dieu, emploie cette périphrase :
Celui qui met un frein à la fureur des flots Sait aussi des méchans arrêter les complots.
On a recours à la périphrase, 1° par bienséance, lorsqu'on a besoin d'exprimer certaines choses qu'on ne peut appeler par leur nom sans pécher contre l'honnêteté ; 2° par délicatesse, pour relever des choses communes ou basses ; 3° par nécessité, quand il s’agit de traduire, et que l’une des deux langues, comme cela arrive souvent, n’a point de terme qui soit le juste équivalent de celui de l’autre idiome; 4° par énergie, dans l'intention de développer spécialement certaines idées partielles, sur lesquelles on fonde ce que l’on avance ; 5° par euphémisme, pour adoucir des idées qui pourraient paraitre dures et révo:tantes ; 60 par goût, pour orner et embellir l'élocution.
Périphraser, c’est dire par un long circuit de mots inutiles ce qu’on pourrait dire plus brièvement. Quoique le nom de périphrase ne se prenne qu'en bonne part, le verbe périphraser ne se prend qu'en mauvaise part et dans --le sens du nom circonloeution.
À la périphrase. se rapportent la circanlocution, le cir=. cuit, l'antonomase. L’antonomase étant une figure de mot ou d'idée, a été rangée parmi les figures d’élocution. La. circonlocution est une expression verbeuse,employée mal à propos au lieu d’une expression plus courte et plus simple qui pourrait rendre la même idée d’une manière plus directe et plus précise. Le conseiller des graces pour le miroir, les commodités de la conversation pour des fauteuils, les réparatrices obligées des lumières expirantes, pour des mouchettes; assurément voilà des circonlocutions ridiculement précicuses. Le circuit est un discours mis à la place d’un autre qu'il avoisine véritablement, auquel il a quelque rapport, et dont il peut et a l'intention de faire aviser.
Dieux ! que ne suis-je assise à l'ombre des forèts! Quand pourrai-je, au travers d’une noble poussière, Suivre de l'œil un char fuyant dans la carrière !
Voilà un circuit qui dans la bouche de Phèdre est bien près de signifier : je brüle d'amour pour Hippolyte.
La périphrase est une figure qui à l'expression simple d’une idéc en substitue une autre plus étendue, qui développe les idées partielles de celle qu’on veut faire enten- dre ou parce qu'elles sont plus intéressantes ou parce qu'elles présentent des images plus agréables. La circonlocution et la périphrase tendent directement à leur but, mais par une voie plus longue; le circuit n’y tend qu'indirectement et parait l'éviter; mais la circonlocution y tend par une voie qu'il faut éviter ; et la périphrase par une voie qui mérite d'être préférée. La circonlocution est une abondance inutile, déplacée, embarassée, ridicule ; le circuit est un détour prémédité, avantageux, et presque toujours délicat. La périphrase est un développement nécessaire, convenable, lumineux.
La suspension est une figure de style par développement, qui consiste à tenir longtems en suspens ceux à qui l'on parle, et à les surprendre ensuite par quelque chose qu'ils n'attendaient pas, ou qu'ils n'avaient pas même liey
d'attendre : tour heureux, qui fait du trait final comme un foyer où se réunissent les rayons de lumière qui pertent de tous les objets précédens : tel est le fameux sonnet de Scarron, lequel est une espèce de parodie de eelui qui avait été composé sur la pompe funèbre de la reine Anne d'Autriche, mère de Louis XIV.
| Superbes monumens de Forgueil des humains, Pyramides, tombeaux, dent la vaste structure À témoigné, oc.
La description est une figure de style par développement, qui au lieu d'indiquer simplement un objet, le rend en quelque sorte visible par l'exposition vive et animée des propriétés et des circonstances les plus intéressantes.
Sur les bords de l’Amstel s'élève une cité,
Le temple du commerce et de la liberté,
Où d’uv peuple opulent l’économie austère
De l’or du monde entier semble dépositaire ;
Pour d’utiles travaux dédaigne les grandeurs,
Et parmi les trésors a conservé des mœurs, etc. (Tuowas, Pétréide.)
La description comprend la chronographie, la topographie, la prosographie, l'éthopée, le portrait, le tableau, l'hypotypose, la définition, l’image, le parallèle.
La chronographie, (xpovos, tems ypagw, je décris) est une espèce particulière de description qui caractérise vivement le tems d'un événement ou par les conjonctures du moment ou par le concours des circonstances qui s'y réunissent. C'est par les conjonctures que Télémaque décrit ainsi le commencement d'un beau jour : « Cependant l'aurore vint ouvrir au soleil les portes d'orient, et nous annonça un beau jour ; l’orient était tout en feu; et les étoiles qui avaient été longtemps cachées, reparurent et s'enfuirent à l'arrivée de Phébus. » C'est par les circonstances qui s'y réunissent que Virgile décrit ainsi la tranquillité de la nuit :
— $11 Nox erat, et placidum carpebant fessa soporom Corpora per terras, silvæque et sæva quierant
Æquora , etc.
(Entide, vs rv.)
Tout dormait, et l’Olympe, et la terre, et les eaux ;
Au front des cieux brillaient les nocturnes flamheaux ;
Les champs étaient muets, ete.
É {Morrevavr.)
La topographie (rorx, lieu ; yp«gw, décrire) est une espèce particulière de description qui a pour objet le lieu de la scène où un événement s’est passé,
: Dans le réduit obscur d’une alcove enfoncée S’élève un Lit de plume à grands frais amassée : Quatre rideaux pompeux, par un double contour, En défendent l'entrée à la clarté du jour.
Là, parmi les douceurs, etc, (Bonæav. Le Lutrin, ch. 1er.)
La prosopographie (rposwrev, fase estérieure, physionomie ; xpapw, décrire) est une espèca particulière de deseription qui a pour objet les traits extérieurs, la figure et le maintien d'une personne ou d'un animal, Fénélonu met dans la bouche de Télémaque cette prosopographie pour in- * téresser en faveur de Thermosiris: « Ce vieillard avait un grand front chauve et un peu ridé, etc. (Liv. IIl). Le même peintre, au lir. XXIL, fait la prosopographie du sanglier qui mit en danger Îa vie d'Antiope: « Ses longues soies étaient dures, » etc.
L'éthopée (rforw, peinture de mœurs; dérivé de 6x, mos, indoles, et de rouu, facio, fingo) est une espèce particulière de desrription qui a pour objet l'ame et toutes ses qualités bonnes ou mauvaises, ses vertus et ses vices, ses talens et ses défauts ; c'est proprement le peinture de l'esprit et du cœur. Salluste peint Catilina par de belles éthopées, ch. 6, 14,15, 16. Bossuet, dans son oraison funèbre de la reine d'Angleterre, parle ainsi de Cromwell : « Un homme s'est rencontré, ete. Voltaire, dans la Hea-
riade, ch. 1V, 225, peint la politique par éctte éthopée allégorique :
Ce monstre ingénieux, en détours si fertile, Accablé de soucis, paraît simple et tranquille, etc.
Le portrait est une espèce particulière de description qui a pour objet la figure extérieure et le caractère intérieur de la personne réelle ou feinte que l’on se propose de faire connaitre. Ainsi, cette description, pour être complète, réunit la proçopographie et l'éthopée.
Non loin de Marignan, une scène imposante Sur un champ de bataille à nos yeux se présente; C'est un roi qu’un héros vient d’armer chevalier ; Ce héros, c’est Bayard ; ce roi, François premier. O du sceptre et du glaive union fraternelle ! Fidèle à son pays, à son prince fidèle, Bayard combat pour eux, etc.
(Brenan, Melodies françaises. )
L’Aypotypose (brorérwouw, modèle, original, tableau mis sous les yeux; de ro, sub, et turow, figuro), est une cspèce particulière de description qui a pour objet une action, un événement, un phénomène, un état, une passion, dont les circonstances les plus frappantes sont représentées d'une manière vive et énergique.
Hélas ! l’état horrible où le ciel me j’offrit
Revient à tout moment effrayer mon esprit,
Des princes égorgés la chambre était remplie :
Un poignard à la main limplacable Athalie
Au carnage animait ses. barbares soldats,
Et poursuivait le cours de ses assassinats, etc. (ArHaLtE, acte 2er, scène 17.)
On peut vair encore le songe d’Athalie (acte IT, sc. 5); : celui de Clytemnestre, dans l'Electre de Crébillon (acte I, sc. 8); la peinture d’une tempête dans la Henriade chant [+). Virgile (Enéide, liv. I, 425-440) peint dans une belle hypotypose les travaux des Tyriens pour bâtir Car-
thage; et dans une autre (Enéide, liv. IE, 268-297), le songe d'Enée.
La définition est la description de la nature, des moyens . et de la fin d’une chose ou d’üne idée, On distingue la définition logique ou philosophique et la définition oratoire et poétique. La définition philosophique doit être entière et invariable, c'est-à-dire, embrasser la totalité de l'objet au moins dans son essence, en présenter l’idée et complète et distincte, lui ressembler dans tous les points, et ne ressembler qu'à lui seul. Le caractère de la définition poétique, ainsi que de la définition oratoire, est de ne peindre son objet que dans son rappart avec l'intention de l’orateur ou du poëte ; de là vient que d'une même chose il peut y avoir plusieurs définitions différentes, et dont chacune aura sa vérité el sa justesse relative. La définition oratoire est une espèce de description, qui dans la vue d'établir comme principe la nature d’un objet, la développe d'une manière étendue et ornée. Exemple; ce passage de Massillon, Orais. fan. du dauphin : « Quel soin que celui d’être chargé de former la jeunesse des souverains, etc. «
On a compris sous le nom d'image tout ce qu'en poésie on appelle descriptions et tableaux. Mais en parlant du coloris du style, on attache à ce mot une idée bien plus précise; et par image on entend cette espèce de métaphore qui, pour donner de la couleur à la pensée et rendre un objet sensible s’il ne l’est pas, où plus sensible s’il ne l'est pas assez, le peint sous des traits qui ne sont pas les siens, mais ceux d'un objet analogue: La mort de Laocoon dans l'Enéide est un tableau; la peinture des serpens qui viennent l’étouffer est une description ; Laocoon ardens est une image. La description et le portrait entrent dans le détail des parties de l’objet qu’on veut faire remarquer, et on les ‘fait de propos délibéré. L'image ne peint qu'un trait, mais vivement; elle paraît plutôt un coup de pinceau échappé par hasard, que présenté à dessein. La description et le portrait sont de véritables tableaux à demeure qui peuvent étre considérés à loisir et en détail. L'image est un trait de ressemblance, vigoureux, mais passager:
— Sié «+
c'est comme une apparition instantanée, L'image est un trait isolé, représenté d’une manière vive et courte dans . l'orsison. Exemples :
Un poignard à la main, V'implacable Athalie Au carnage animait ses barbares soldats. … .… Etla rame inutile Fatigua vainement une mer immobile. (Iphygénie.) Ainsi, du genre humain l'ennemi vous abuse. (Polyewete.
Une pensée triviale, revêtue d’une image pompeuse ou brillante, est ce qu'on appelle du phébus, mot que nous avons déjà défini : on croit yoir une physionomie basse et comme ornée de fleurs et de diamans.
En observant ces deux règles, savoir : de ne jamais revêtir l'idée que pour l'embellir, et de ne jamais embellir que ce qui en mérite le soin, on évitera la profusion des images; on ne les emplaiera qu’à propos: c'est là ce qui fait le charme et la beauté du style de Racine et de Lafontaine.
Le parallèle (rapéMnke, également distant, à distance égale) est une figure de style par développement, qui censiste à rapprocher l’une de l'autre deux deseriptions pour faire sentir en quoi se ressemblent et en quoi différent les deux objets soit en eux-mêmes, soit par rapport à ung destination commune.
Le parallèle se fait de deux manières : qu par deux descriptions consécutives et rapprochées saus le point de vue commun auquel on les rapporte, ou par deux descriptions mélangées où l’on passe et repasse successivement ds l'une à l'autre, en eomparant trait à trait.
Exemple de la première espèce : « Quel ouvregel mais quels hommes la sagesse du roi ne chaisit-elle pas pour le conduire ! l’un, d’une vertu austère, d’une probité, etc. » {Orais. fun. du Dauphin, par Massillon.)
- Exemple de la seconde espèce : « Corneille nous essujétil à ses caractères et à ses idées; Racine se conforme aux nôtres , etc. » (La Bauvine.
FIOUBRS DR STYLE PAB RASONNNEMENT.
- Le but de cette espèce de figure est le désir de faire mieux comprendre ce qüe l’on veut persuader. Elle comprend l'exagération , l'exténuation, la prolepse, l'épiphonème.
L'exagération est une figure de pensée par raisonnement, qui consiste à mettre à la place de la véritable idée de la chose, une autre idée du même genre, mais d’un degré supérieur par rapport à la qualité bonne ou mauvaise que l'on veut désigner : comme si lon appelait cruel celui qui n'est que sévère, et avare celui qui n’est qu'économe; ou comme si l'on donnait à une faute légère le nom de crime énorme.
La vapeur de mon sang ira grossir la foudre Que Dieu tient déjà prête à le réduire en poudre, | (Cornæizze, Héraclius, acte 14,5, 3.)
Le flot qui l’apporta recule épouvanté.
(Rage, Phèdre , acte k},
- L'exrténuation est une figure de style par raisonnement, qui consiste À mettre à la place de la véritable idée de la chose, une autre idée du même genre, mais d'un degré i in-" férieur par rapport à la qualité bonne ou mauvaise que l'on veut désigner : comme si l'on n 'appelait que sévère celui qui est cruel, qu'économe eelui qui est avare, etc, Cette figure est opposée à l'exagération. | La prolepse (rpoxnis, anticipation, de rpo, ante, et. Aapbavw, capio) est une figure de style par raisonnement, par laquelle on prévient et l’on réfute d’avanee les objactions que l'on pourrait essuyer; ça que l'on fait sauvent moins par la crainte de ces abjactions que pour avoir occasion d'ajouter de nouvelles raisons à celles qu'on a déjà alléguées, ou de les présenter sous un jour nouveau et propre à en assurer l'efficacité.
J1 a tort, dira-t-on, pourquoi faut-il nommer? Attaquer Chapelain !
(BorrEzau.)
L'occupation, l'antéoccupation, la préoccupation sont la même chose que la prolepse qui leur est préférable, parce qu'elle est reçue chez les rhéteurs et. non sujète à équivoque. | |
A la prolepse se rapportent en sous-espèces la communication, la concession, la subjection. La communication est une figure de style par raisonnement, dont l’objet est de tirer des principes de ceux à qui on parle l'aveu des vérités, qu'on a l'intention d'établir contre leurs prétentions. L'artifice de cette figure consiste à paraitre consulter ceux qu'on veut persuader, et à ne soumettre par conséquent à leur décision que des choses auxquelles on sent bien qu'ils ne pourront se refuser, comme l'indique, par exemple, ce passage du sermon de Massillon sur le petit nombre des élus : « Je suppose que c’est ici votre dernière heure et la fin de l'univers; que les cieux vont s'ouvrir, » etc.
Cette figure ne se fait pas toujours par voie de consultation; souvent c'est par insinuation, en affirmant que ceux que l'on veut persuader adoptent le principe sur lequel on s'appuie : mais alors il faut être bien sûr de ne pouvoir étre démenti, « Fecerunt id servi Milonis (dicam enim non derivandi criminis causâ, sed ut factum est) neque imperante, neque sciente, neque præsente domino, quod suos. quisque servosin tali re facere voluisset. » (Cicénon.)
La concession est une figure de style par raisonnement, qui consiste à accorder quelque chose à celui contre qui on parle pour en tirer ensuite un plus grand avantage. « Je sais qu'il est des bienséances inévitables, » etc. (MassiLonw, serm. sur le respect humain.) |
Je veux que la valeur de ses aïeux antiques Ait fourni de matière aux plus vieilles chroniques (1), Et que l’un des Capets, pour honorer leur nom, Ait de trois fleurs de 1ys doté leur écusson. : (Boizzau, Satire v).
Én — - < |
(1) On sait que’cette locution ait fourni de matière n’est pas restée française, et qu’on dit maintenant, fournir matière.
La subjection est une figure de style par raisonnement, qui consiste dans une suite de propositions tendantes à un même but, dont chacune est immédiatement suivie d'une proposition corrélative, servant à la précédente ou de réponse ou de développement, ou d'explication, ou de conséquence, etc. « Quel usage plus doux et plus flatteur pourriez-vous faire de votre élévation ? » etc. (MassrzLon.)
Est-on héros pour avoir mis aux chaînes
Un peuple ou deux ? Tibère eut cet honneur.
Est-on héros en signalant ses haines
Par la vengeance ? Octave eut ce bonheur.
Est-on héros en régnant par la peur?
Séjan fit tout trembler, jusqu’à son maître.
Mais, etc.
(J.-B. Rousszau, Epig. 1x).
L’épiphonème (emgonux, exclamation; d’ext, après; et de govew, s'écrier) est une réflexion courte et animée à la suite d’un récit ; c'est l’énonciation du rapport d’une narration avec la fin morale de la pensée. Boileau dans son Lutrin
termine l’'énumération des parties de son sujet par cet épiphonème :
Tant de fiel entre.t-il dans l’ame des dévots!
Virgile, après avoir exposé les obstacles qui s'opposaient à l'établissement d'Hnée en Italie, fait cet épiphonème :
Tantæ molis erat romanam condere gentem ! (En. liv. 1). .... Tant dût coûter de peine Ce long enfantement de la grandeur roinaine ! : (Dezicce.) °