‹ Grammaire générale; ou, Philosophie des langues, présentant l'analyse de l'art de parler, considéré dans l'esprit et dans le discours, au moyen des usages comparés des langues hèbraïque, grecque, latine, allemande, anglaise, italienne, espagnole, française et autresChapitre 45 sur 140 · RÈGLES DE CONCORDANCE DU CONNECTIF-VARIABLÉ · texte numérisé non relu

RÈGLES DE CONCORDANCE DU CONNECTIF-VARIABLÉ

La concordance du connectif-variable ne regarde com- munément que Îa personne et lenombre, si ce n’est qu’elle regarde aussi le genre dans les langues qui ont assujéti les personnes des connectifs d'identité à des inflexions numériques.

Or de ce que le connectif-d’identité rejette la variation de genre qui est le caractère du nom, et que le déterminatif rejette la variation de personne qui est le caractère du pronom , il suit que le connectif-variable est immédiatement subordonné au pronom et le déterminatif au nom. Le nom désigne la natiüre des êtres et la sous-divise par les genres ; le pronom désigne le rapport des êtres à l’acte de la parole et en marque les degrés par les personnes, De même le déterminatif modifie la nature des êtres en les exposant à nos sensatious, et le connectifvariable modifie la personne des êtres en les exposant à l’acte de la parole, en marquant leur rapport à la fin de la pensée.

I. La loi générale de concordance est que tout connectif-variable mis à un mode personnel suppose avant soi un sujet exprimé par un pronom ou un nom, et qu’il s'accorde avec ce sujet en nombre eten personne.

Tu nidum servas , ego laudo ruris amæni rivos. (Horace.) | | |

Tu gardes le nid, je loue les ruisseaux d’une campagne agréable.

Avarus animus nullo satiatur liéré: (Syrius. )

Un cœur avare n’est rassasié par aucun gam.

IL. Sous plusieurs sujets le connectif-variable se met au - pluriel, parce que plusieurs sujets forment un nombre pluriel.

Grammatice quondam ac musice juncte fuerunt,. (Quintilien.)

La grammaire et la musique furent antecfois réf nies.

JT. Si les sujets sont de différentes personnes, le connectif variable prend la variation de la personne la plus générale, qui renferme les autres comme ses espèces. La personne principe de la parole est plus générale que la personne objet de la parole, et que la personne sujet de la parole , puisque la personne qui parle rapporte à son action comme moyen et objct les autres personnes,

Ego Themistocles, veni ad te de his rebus. Moi Thémistocle, suis venu vers toi, Darius, au sujet . de ces choses.

Quand le principe de la parole ou quelque autre personue ne se nomme pas, c’est que cela n’est pas nécessaire dans la fin de la pensée.

Pater et ego fratresque mei pro vobis arma tulimus. (Tit. Liv.)

Mon père, mes frères et moi avons porté les armes pour vous.

L’arrangement des sujets est différent dans le latin et dans le français ; le latin suit l’ordre de leursubordination, ct le français, par déférence pour la personne présente et par un sentiment de civilité universelle, renverse cét ordre successif, Quant à la noblesse des personnes, il est évident que c’est un motif riiculeadmis par les gremmairiens pour rendre raison do la concordance personnelle avec des sujels de personne différente.

IV. Quelquefois le conneëtif variable se rapporte individuellement à chaque sujet , s'accorde avec le sujet Île plus voisin et se sous-entend pour les autres.

Ille timore, ego r'isu corrui.. (Cicer.) 1! tomba de peur, et moi à force de rire.

Remarquez la différence du français et du latin : le

verbe en latin s'accorde avec le dernier sujet eten français avec le premicr.

Nec vero id collocutio hominum autconsensus officit. (Cicer.)

Et certes un pourparler des hommes ou une conspiration ne fait point cela. :

Cette division des sujets qui empêche qu'ils ne'se généralisent pour être modifiés simultanément par le même connectif d'identité, vient de ce qu’ils sont déterminés ‘chacun avec des circonstances différentes.

V. Quelques nôms qui expriment multitude, pluralité d’individussous la forme du nombre siugulier, demandent le connectif variable au nombre singulier, ou nombre pluriel, selon les vues de l’esprit qui ‘considère ou l’anité de la collection ou les individus renfermés sous l'unité de la collection.

Turba,ruit ou ruunt.

Dans le cas du nombre pluriel, ce sont les individus généralisés qui deviennent sujets.

Le grec emploie une construction contraire ; avec un nom pluriel le connectif variable se met au singulier : Gtox +peye, animalia currit. C'est que l'esprit considère la généralité du nom animalia, vo yes, genns, qui devient sujet; Qu (rouro yevoc) rpexet, animalia (hoc genus), (hoc genus) currit. Le même motif autorise les autres ellipses où le verbe au nombre singulier a pour sujet un nom du nombre pluriel : c’est la construction ordinaire de la phrase grecque lorsque ce nom est du genre neutre. Cependant il n’est pas rare de trouver des exemples de la forme régulière sans ellipse, où le connectif variable est au pluriel. |

Ta rabmuara vois avôpumoic pabnara yivovrar.

Les accidens sont des Jecons aux hommes.

VL. Il ÿ a des connectifs variables dont le sujet est une phrase ; ils se mettent dans ce cas à la troisième personne

du singulier, parce qu’une phrase est toujours du singulier ct du genre neutre.

Oportet ut veniat.

Il faut qu’il vienne.

Accidit ut Athenienses Chersonesum colonos vellent mittere. (Nep.) |

IL arriva que les Athéniens voulaient envoyer une colonie à la Chersonèse,

Me liceat casum miserari insontis amici (Virg.)

Licuit semperque licebit signatum præsente nota :

Producere nomen. (Hon.)

Quelquefois ils ont pour sujet un nom dontils prennent les variations.

Qui dies quäm crebro accidat experti debemus scire. (Cicer.)

En accido ad tua genua, (Tacre.)

Nam neque divitibus contingunt gaudia solis. (Hon.)

Nec velle experiri quäm se aliena deccant; id enim maximé quemque decet, quod est cujusque maximè suum. (Cic.)

Nam quod tibi lubet, idem mihi libet. (PLaur.)

Est enim aliquid quod non oporteat, etiamsi liceat, quidquid vero non licet, certè non oportet.

(Cicen.)

Hæc fata ab illo oportebant. (TEr.)

Adhüc Achillis, quæ adsolent, qnæque oportent

signa ad salutem esse omnia huic esse video (TEr.)

VII. Il y a des connectifs-variables qui expriment l'existence des météorcs et autres phénomènes naturels , dont l'esprit ignore souvent la cause, ou dont la cause est assez connue pour que l’ellypse en soit permise. Ils sont, dans ce cas, sans sujel exprimé ; comme fulgurat, fulminat, lucescit, pluit, vesperascit, etc. Ilest facile de suppléer le sujet : cœlum fulgurat, fülminat, pluit, vesperascit, sol lucescit.

On trouve dans les écrivains les plus sûrs des sujets exprimés à ces connectifs-variables,

Malum quèm impluit cæteris, non impluit mihi, (Praur.)

Multus ut in terras depluerit que lapis. (Tisuc.)

Nou densior aere grando, nec de concussa tantum.

Pluit ilice glandis, (VrrG.)

Fulminat Ænea armis. (Vinc.)

Auira ætnea tonant, (Vinc.)

Et elucescet aliquandoille dies, (Cic.)

Vesperascente cϾlo Thebas possunt pervenire. (Ner.)

VIII, 1] y a de même des connectifs-variables qui expriment des affections morales dont la cause est inconnue, ou dont la cause est tellement connue que l'ellipse en est naturelle. Pour rendre à la phrase sa plénitude, ilest facile de rétablir le sujet elliptique de ses connectifs.

Commençons par des phrases où le sujet soit exprimé, afin d’avoir des autorités pour nous diriger dans le supplément des ellipses.

Et me quidem hæc conditio non pœnitet. (PLaur.) Et à la vérité, cette condilion ne me peine point.

Ira ea tœdet que invasit. (SENEC.)

Quod pudet faciliùs fertur quäm quod piget, (PLaur.)

Le sujet elliptique est donc conditio ou d'autres scm-

blables, selon les circonstances de la parole.

Non pænitet me famæ (Ten), c'est à dire, (respectus) famæ non pœnitet me; la considération de la renommée ne me peine point, je me moque du qu’en dira-t-on.

Tut me miseret (Cicer.), c’est à dire (sors) lui miseret me ; le sort de toi me touche, votre sort me fait pitié, j'ai pitié de vous.

Hujus facti me piget (Cicer.), c’est à dire, (memoria) hojus facti piget me ; le souvenir de votre action me chagrine, je suis fâché de cette action.

Fratris me pudet (TEr.), c’est à dire (vita), fratris (mei) pudet me ; la vie de mon frère me rend honteux ;

j'ai honte de la vie de mon frère, mon frère me fait honte. Tœdet nos viiæ {Cic.), c’est à dire (diuturnitas ou miscria) vitæ tædet nos; la longueur ou la misère de la vie nous ennuie ; fous nous ennuyons de la vie.

Non seulement le sujet de ces connectifs se trouve ex

primé au singulier, quelquefois les bonsauteursle donnent mème au pluriel.

Semper metuit quem sœva pudebunt supplicia. (Lu- CRÈCE. )

Non te bæc pudent. (Trr.)

Ad clinem scopuloinveniunt miserentque foventque. (Vaz. Fracc.)

Verbis ejus defatigali pertæduissent (supp. se). (Aux. GeLz.)

IX, Il ya des formesdu connectif-variable qui expriment le mode moyen d'action; ce mode; qui n'est ni l’action ni la passion, prend un caractère particulier de construction dass la phrase,

Ge mode est personnel sous un sujet qui n’est ni l'agent ni le patient de l’action; c'est l'expression de l’agte de la personne qui agit par sa propre faculté sur elle-même.

« Quand une puissance agit, il faut, dit Beauzée, distinguer l’action, l’acte et la pensée. L’acte est l'effet qui résulte de l’opération de la puissance (res acta) considéré en soi et sans aucun rapport soit à la puissance qui l’a produit , soit au sujet sur qui est tombée l’opération de la puissance; c’est l'effet vu dans l’abstraction la plus complète. L'action est l'opération même de la puissance ; c’est le mouvement physique ou moral qu'elle se donne pour produire l'effet, mais sans aucun rapport au sujet sur qui peut tomber l’opération. La passion enfin est l’impression produite dans le sujet sur qui est tombée l'opération. »

« Ainsi, ajoute Beauzée, l'acte tienten quelque manière le milieu entre l’action et la passion ; il est l'effet immédiat de l’action et la cause immédiate de la passion ; f n'est ni l’action ni la passion. Qui dit action, suppose une puissance qui opère; qui dit passion, suppose un sujet

qui reçoil une impression ; mais qui dit acle, fait abstraction et de la puissance active et du sujet passion. »

Or voilà justement ce qui distingue les modes d'action des verbes latins; laudo, je loue, laudor je suis loué, laudatur, il est loué, on loue, qu’il ne faut pas confondre avec laudatur (il est loué), ayant un nom pour sujet ; car laudatur (moyen) a pour objet le mode nominal du verbe; c’est comme si l’on disait laudareest, forme qui se trouve souvent ainsi décomposée dans la phrase. On dit également, rémarque avec raison Beauzée, multi homines reperiuntur (plusieurs hommes sont trouvés) et multos homines reperire est (trouver plusieurs hommes esl); ce qui, selon le tour de notre langue, signifie également, on trouve plusieurs hommes. C’est ainsi que Virgile, qui a dit, nec uon et Tityon terræ omnipotentis alumnnm cernere erat, aurait pu dire, si ce n’eût été la contrainte du vers, nec non et Tityus terræ omnipotentisalumnus cernebatur. Ttur, fletur, statur, curritur, etc., sont donc pareillement des expressions équivalentes à ire est, flere est, stare est, currere est : or, dans ces phrases, il y a très-nettement un sujet, savoir : re, flere, stare, currere, parce que l’infinitif eft un véritable nom; donc les expressions correspondantes à itur, fletur, statur, curritur, ne sont que des expressions abrégées qui renferment lout à la fois le sujet et le verbe, de même à peu près que eo, feo, sto, curro, sont équivalentes à ego sum iens ego sum flens, ego sum sans, ego sum currens, renfermant conjointement le sujet de la première personne et le verbe.

Le sujet de ces verbes au mode moyen ou exprimant l’acte de la personne qui agit ou est supposée agir, désigne l’existence comme simultanée ou comme antérieure ou comme postérieure, et sous ces aspects différens produit les tours suivans.

Nec non etTityon terræ omnipotentis alumnum cernerc erat. (Vinc.)

On pouvait aussi voir Tityon nourrisson de la terre puissante.

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