‹ Grammaire générale; ou, Philosophie des langues, présentant l'analyse de l'art de parler, considéré dans l'esprit et dans le discours, au moyen des usages comparés des langues hèbraïque, grecque, latine, allemande, anglaise, italienne, espagnole, française et autresChapitre 44 sur 140 · USAGES | DU MODE-MODIFICATLF · texte numérisé non relu

USAGES | DU MODE-MODIFICATLF

Les tems du mode-modificatif sont indéfinis en français,

et peuvent se rapporter à toutes les époques. Exemples : Cicéron étant consul sauva la république.

Les courtisans préférant leurs propres intérêts au bien public, donnent rarement des conseils désintéressés.

Solon ayant publié ses lois, voyagea pendant dix ans.

Pyrrhus étant entré de nuit dans Argos, y périt honteusement.

Pausanias ayant été poursuivi par les éphores, se sauva dans un temple.

Papirius devant combattre contre les Samnites, de

manda la victoire.

Les citoyens devant être passés au fil de l'épée, le

vainqueur leur pardonne.

Le grec a dans ce mode la plus grande conformité avec Je français, excepté que ses tems n’ont point l’indétermination des tems français ct caractérisent autant d’époques de comparaison qu’au mode personnel. Le latin, dont les tems sont indéterminés comme en français, ne peut mar= quer que les trois tems généraux du modificatif-verbal, Exemples :

O° yap nAde Oouç ext vnac Axeutov

Aucogevos te Ouyarox, pepuv T°’ amepetsi amrotv

Zfeppuar’ eyuwov ev yepaiv exn6odu Arokuvos (IHada, cb. D. Is enim venit celeres ad navés Græcorum Redempturus filiam et ferens immensum pretiam Coronas habens in manibus longè jaculantis Apollinis,

Car il vint aux vaisseaux lésers des Grecs, devant racheter sa fille, portant une immense rançon, ayant dans 6es mains les couronnes Li due qui lance au loin les traits.

Mesovtec autu quyaxnv udovert (4ristote).

lili custodiam daturi.

Devant lui donner une garde.

Awmnt etç oùxtav e]0ouca uroxpurou (Ésope), Vulpes in domum ingressa mimi.

Un renard étant entré dans une maison de comédien,

Observons que le latin ne peut traduire l’antérieur du

modificatif-verbal que par an verbe-déponent, et qn°à défaut de cette forme il est forcé de recourir À nne périphrase.

L'epuv more Euha xoÿac, raura pepuv, moX nv o3ov ebadite, x Btœ tov ToÂUV XOTOV AMTOÛEMEVOS EV FORW TIVE TOV POPTOV, TOY Üavæ-

rov enexahettw.F(Esope.)

Senex olim ligna cüm recidisset, ea ferens, multam viam ibat, et propter multum laborem cüm deposuisset in loco quodam onus, mortem invocabat.

Autrefois un vieillard, ayant coupé da bois, le portant, faisait beaucoup de chemin, et à cause de sa grande fatigue, ayant déposé le fardeau dans un certain lieu, il appelait la mort.

Le latin peut conserver au modificatif-verbal antérieur

sa forme de modificatif et de phrase incidente, s’il se trouve dans la phrase principale un pronom auquel il puisse se lier. Ainsi, au lieu de ligna cùm recidisset, ea ferens , on dira également bien, ligna recisa ferens. En ke changeant de l’actif au passif, et en le transportant du sujet à l’objet de la phrase, on conserve au modificatif sa construction de phrase incidente.

Mais s’il ne se trouve dans la phrase principale aucun pronom auquel il puisse se rapporter, on le tourne en phrase circonstantive pensée ou idée. On dira donc également bien, cèm deposuisset onus, deposilo vnere, invocabat mortem. Les circonstances’ décideront le choix du tour.

Ce dernier tour est ce que les grammairiens appellent ablatif-absolu. Il est évident que cet ablatif absolu est une circonstance de invocabat ; une phrase circonstantive exprimant antériorité de tems. Onere deposito, après Le fardeau déposé , une phrase liée à sa principale par sa terminaison d’ablatif, comme le que retranché est une phrase liée à sa principale par le cas de l’accusatif; cette idée sous la forme de phrase , cette phrase circonstantive est donc subordonnée à sa principale comme toute autre ‘phrase accessoire ; il n’y a donc rien d’absolu dans cet

ablatif, dans ce rapport de principe : par conséquent, ce rapport de phrase est faussement ou incxactement nommé ablatif-absolu.

Le grec aussi a son génitif-absolu et le français sa phrase-idée circonstantive de tems antérieur.

Xemovos wpa , To aituv Bpayevrüv > OÙ pupunxec ebuyov. (Esope.

Hiemi tempore frugibus madéntibus, formicæ siccabant.

Au tems de l'hiver, les grains étant mouillés, les fourmis les faisaient sécher.

I n’est pas hors de propos de faire remarquer ici que cette phrase-idée circonstantive s'exprime en grec par le génitif et en latin par l’ablatif. On peut en tirer la conséquence que le génitif grec renferme dans sa nature l’espèce de rapport marqué par l’ablatif latin, En effet, le génitif et lablatif latin désignent un rapport de principe , de cause, de motif, de moyen; c’est la même nature de relation : or le génitif en latin marque un rapport de principe déterminant un nom soit explicite soit implicite , et l'ablatif marque un rapport de principe déterminant un modificatif soit qualificatif soit verbal : le grecne distingue pas ces deux rapports par des désinences particulières de cas : il les exprime par le génitif précédé ou non d'une préposition qui en précise les espèces. L’ablatif latin est donc un rapport détaché , séparé du génitif , comme son nom l'indique; c’est donc une erreur, dans les grammaires grecques, de comprendre l’ablaiif sous le cas du datif. Le datif marque un rapport de fin, d’attribution, c’est l’objet d’une intention; il est, par ‘conséquent, l'opposé du génitif; il ne peut donc comprendre lablatif comme son espèce : il est vrai qu’il désigne quelquefois des rapports de situation, de moyen, etc; mais c’est en vertu d’une préposition, et les points de vue sous lesquels sont: présentés. ces rapports, rentrent dans la nature de l'attribution qui est le caractère fondamental du datif, Les exem ples prouvent la justesse de ces s observations. |

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