‹ Grammaire générale: ou, Philosophie des langues, présentant l'analyse de lChapitre 2 sur 96 · AVANT -PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT -PROPOS

Encore une Grammaire générale! quelle idée arriérée ! diront peut-être des esprits accoutumés à ne voir que la superCcie des choses : oui ^ répondronsnous ; encore une Grammaire générale ! Ce besoin de notre siècle est plus réel, plus vif, plus pressant qu'on ne pense ; et ce n^est pas, répète avec raison un de nos érudits les plus distingués (>!), ce n'est pas se livrer à

^ (I) M. Eichofr. Partllèle des langues de rSurope et de Tlnde. Un Yolame iD-4°. Paris, 1836,

une recherche oiseuse que de concourir, par ses efforts, à la satisfaction de ce besoin. En effet , grâce au règne de la paix , grâce à la diffusion des lumières et aux progrès de la civilisation du monde , il est certain que les développemens toujours 'croissans , toujours plus étendus des sciences et des arts, de l'industrie et du commerce, les relations plus fréquentes , plus suivies, des nations entre elles ont rendu bien plus nécessaire , pour ne pas dire indispensable, de faciliter les moyens d'échanger les produits du génie et de Tintelligence , comme ceux de l'agriculture et des mains de l'homme, dont les désirs s'augmentent à mesure qu'il voit reculer devant lui l'horizon de ses facultés et s'accroître ses élémens de prospérité ou de richesse.

C'est à l'aide des langues que les états et les peuples satisfont ces importans besoins; elles sont la clé dû nos rapports internationaux , de nos liens de bon voisinage ; par elles , plus de frontières , plus de Pyrénées , plus d'Océan; tout se franchit, tout se répand, tout s'anime et s'éclaire ; en se comprenant on se recherche bien plus volontiers ; on se commuaiif ue ses idées et ses

ressources, ses plaisirs et ses peines ; on s'estime , <in

s'entr'aide, on finit par s'aimer. I^a confusion des langues amena la confusion des esprits , d'où suivit la dispersion des individus ; tandis que la diffusion ou propagation des langues est, au contraire, un véhicule de rapprochement, une source inépuisable de jouissances et de bienfaits. Étudier les langues c'est donc pour l'homme ajouter indéfiniment à ses moyens de perfection et de bonheur»

Et comment arriver à cette connaissance des langues? C'est par l'étude de la Grammaire, cette science qui donne aux mots la circulation et la vie. Étudier la Grammaire, c'est, comme l'observait Gondillac , étudier les méthodes que les hommes ont suivies dans l'analyse de la pensée ; et l'analyse , ajoutons-nous , est toute dans l'esprit humain, qui est son principe ; dans les langues , qui sont ses moyens ; et dans les sciences , qui sont ses

effets. L'analyse nous conduit de connaissance en connaissance, de progrès en progrès, par une seule manière de procéder ; et en même temps qu'elle forme l'art de penser par l'art de parler, elle forme et développe l'art de parler par l'art de penser, ou plutôt elle les réduit

tous deux à un seul, qui est l'art de parler, d'où elle fait sortir la vérité dans la science.

La langue de la Grammaire générale est Tobjet |de cet ouvrage ; pour en vérifier la théorie , nous en rechercherons les preuves dans les principales langues anciennes et modernes, que nous mettrons en parallèle. Nous essayerons de faire connaître les principes généraux qui leur sont^communs, et nous indiquerons ensuite ceux qui sont plus particuliers à chacune d'elles. Nous suivrons en ce point la route ouverte et jalonnée par les . Condillac, les Harris , les Beauzée, les Destutt de Tracy, et pénétrant jusque dans le sanctuaire des facultés de Tâme, nous mettrons aussi à contribution les princes de la philosophie de tous les temps et de tous les pays.

Mais avant d'exposer notre nouvel ouvrage au grand jour de la publicité, tâchons de marquer le caractère qui le distingue des autres productions du même genre.

Les différences essentielles de notre philosophie des langues, consistent principalement, 1® dans la méthode

analytique dont nous faisons l'application, après avoir déduit la connaissance des idées, comme moyens de découvrir l'organisation du discours ; 2^ dans la classification nouvelle des parties du discours et dans la création de mots propres à exprimer et tirer logiquement les conséquences de notre système philosophique de Grammaire générale ; 5^ dans le classement simplifié des modes et des tems verbaux pour les désigner d'une manière plus conforme à la raison et à leurs fonctions ; 4^ enfin dans la simplification des règles de concordance des tems des verbes, des participes et de la syntaxe, qui dispose et coordonne et les mots et les phrases.

 regard des verbes , notre méthode présente une autre différence tout à fait radicale avec le système des grammatistes les plus renommés, et la voici : nous avons réduit à une seule conjugaison, à un seul et unique paradigme, les treize conjugaisons du grec, les quatre du latin, celles de l'allemand, de Titalien, de l'espagnol et du Français.

' Sur les trente-cinq ou quarante langues de l'Europe , nous avons choisi, pour les comparer entre elles,

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