DEUXIÈME PARTIE
DÉCOMPOSITION DU DISCOURS CONSIDÉRÉ DANS Ll PHRASÉ.
La première partie de cet ouvrage, a eu pour objet de considérer le discours dans son principe, qui est la pensée , et dans ses moyens, qui sont les langues ; maintenant nous allons le considérer dans la phrase qui est son effet, et montrer dans la décomposition de celle-ci tous les rapports qui composent le tissu du discours.
Or les rapports généraux des mots et des phrases forment une théorie simple et commune à toutes les langues ; leur classification s'arrête là où l'expression- commence à varier d'idiome à idiome. Les sous-divisions qui peuvent s'en (aire alors, concernant beaucoup plus les usages particuliers d'une langue , sont <iu ressort de la grammaire particulière.
Cette théorie^ applicable à toutes les langues, puisque tous les discours sont formés des* mêmes rapports généraux 9 compose le rudiment général pour traduire d'un idiome dans un autre : les rudimens particuliers ne doi-» vent être qu'un recueil de manières particulières d'exprimer ces rapports dans chaque idiome. Ainsi la théorie des mots et des phrases une fois apprise par l'étude d'une langue, servira de modèle pour Tétude d'une autre langue» et le vocabulaire des usages particuliers fournira les règles de la traduction.
C'est donc sans aucune nécessité que les grammaires particulières nous présentent chacune un système
diffërent des mots et des phrases, puisqu'elles n& sont que la continuation de la Grammaire générale; elles ne devraient s'occuper que de la façon d'exprimer chaque rapport de mot et de )4irdse dans ohaque^angue. La forme de l'expression étant Tunique objet de toute grammaire particulière, si les rudimens étaient dépouillés de ce nombre ieffirayadxt 4c règles et d'excepticms qiûiEend si 'longue et si difficile Tétudie des langues^ ils se réduiraient à un petit nombre de notions claires et précises qui faciliteraient singulièrement la traductioD^. car après la connaissance de la déclinaison et de la conjugaison^ que faut il savoir pour traduire la pensée d'une langue dans une autre ? Rien autre chose que la signification des mots et les usages de leur syntaxe et de leur constructiou. En effet, l'exercice de la Version est le meilleur moyen de les apprendre; et les thèmes ne servent qu'à forcer l'esprit à se les rappe^ler et à raisonner sur leur analogie et "leur différence par le besoin de les employer dans le discours.
CHAWTRE PREMIER.
Uixe phrase <e$t l'e^pr^ession d'unie pen^sée «qui n'est jamais que la détermination d'un être par une ou iklusiaurs poi^odificatio^ servaoft à h &ire cojObnaiixfi.
La phr^tSie ^t ou si^pl^ ^osu <cAQ0q3f)6ée*
La phrase simple ne renferme «^u'^un^ peiisée ou qu'w seul v^be.
Tablem .dei8 f brises smpies^
à modiftcmir «hiolii , « Le ugfi M Jiesreiix*
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{circon&lauUr. .... L'homme egt henrenc rei^U^par i par li vertu.
\ 0|)jec(if et ciroonstautif. Le sage trouve son
|ioo3»0«r ém» Il teriu,
Les espèces absolues et relatives du modiflcatif consli* tuent les quatre espèces de phrases simples élémentaires. Il faut donc expliquer ce que c'est que modificatif absolu et modificatif relatif.
Dans cette phrase, les Romains étaient infatigables^ le modificatif /Ti/Jif/g'aft/ej est absolu, parce qu'il n'a rappoft qu'au seul substantif Romains^ auquel il est lié par le connectif d'identité' ef/ai>n^; le substantif ifomaz/z^, sujet du modicatif, prend |e nom de subjectif. Telle est la première espèce àe rapport grammatical du modificatif avec un sub* stantif.
Da^ns cette autre phrase, les Tarquins furent bannis de Rome^ le modicatif bannis est relatif^ parce qu'outre son rapport d'identité avec le subjectif Tarquins^ il est déterminé par le circonstantif Rome. Ainsi le modificatif est relatif, quand, indépendamment de son rapport de simple identité avec son substantif-subjectif, il forme lui-même un rapport entre son subjectif et un ou plusieurs autres substantifs dans la n^é^ne phrase.
Le modificatif peut être relatif de deux manières qui, pour être bien comprises, demandent une explication préalable plus approfondie si;r la nali|r^ dtl. modificatif ou du verbe.
Nous disons donc :
lo Tout modificatif est nécessairement verbe par cela même qu'il signifie dans son subjectif, action ou faculté d'agir.
30 Or, toute action ou faculté d'agir est ou absolue ou relative.
L'action absolue est celle qui est renfermée entièrement dans son subjectif sans rapporta d autres substantifs. Ainsi, dans ces phrase^, Ulysse pense^ gémit j Télémaque/owe, rît, les actions penser^ gémir^ jouer^ lire^ sont des actions absolues, parce qu'elles ne mettent pas le subjectif en rapport avec un autre sujet, Il en est donc de même de la faculté d^action absolue. Le verbe être pris pour exister^ ne présente pas l'idée d'une action proprement dite, mais il . offre toujours celle de la faculté d'agir \ car on ne pourrait
pas se figurer l'emploi de ce mot, si Ton séparait ïidéc de faculté d'agir. Si Ton suppose que cette idée en soit distraite, on ne prononcera jamais ce mot comme une pensée. Quand on -dit Hercule n était plus , on veut évidemment faire entendre qu'il avait perdu la faculté absolue d'agir. Les grammairiens qui ont fait du mot être un verbe n*ont pu Tentendre que dans ce sens ; car le mot verbe ne se comprend plus et ne peut se déBnir si on en abstrait toute idée d'action, même facultative. Le verbe être et le verbe agir sont donc la représentation de toute action absolue, réelle ou facultative, c'est-à dire de toute action qui n'a de rapport qu'à l'être qui est son sujet, et qui la renferme exclusivement.
L'action, et la faculté d'action sont donc relatives quand elles forment un rapport entre deux être désignés par deux substantifs, comme Alexandre vainquit Darius, Les verbes a^^oir et faire sont la représentation de toute action relative, réelle ou facultative.
de faculté d^agir CoDoectif Terbe
d'action
I Absolae. . . Etre.
' Relative. . . Avoir.
Absolue. . . Agir.
{ relaliTO. • . Faire.
Dansles langues modernes il y a doncdeuxconnectifsdefaculté d*action, être et auoir; être est la faculté d'action na< turelle et physique; ai^oirest la faculté d'action civile et relative, jigir est la représentation de toute action naturelle et physique; Jaire est celle de toute action civile et relative. De ces deux modes d'action dérivent comme conséquences ou transformations toutes les diverses formes d'action qui constituent la multitude des verbes de ces langues.
Les deux verbes de faculté d'agir servent à la conjugaison des verbes d'action, et sont, en conséquence, nommés auxiliaires. Etre sert à la conjugaison des verbes d'état, de qualification, de passion ; ai^oir à celle des verbes d'action^ de tendance^ de mouvement exécuté par quelque fa-
culte d'agir. C'est ainsi qu'avec le même verbe nous disons pour marquer la qualificalion, il est monte dans sa chambre^ il en est descendu^ et il est sorti de tliôtel^ et pour marquer raction^ il a monté les degrés^ il a descendu les degrés.
Dans les langues anciennes, le verbe être exprime également la faculté d'agir et la faculté d'agir relative. En grec cïvai signifie à la fois être^X marcher^ en latiil eJ5é signifie manger, aussi bien que être. Aussi est-il dans ces langues le seul auxiliaire çle la conjugaison de tous les verbes de qualification et d'action \ aussi le retrouvons*nous en tout ou en partie dans la composition de ces verbes.
Dans toutes les langues le verbe êtj'e désigne Texistence soit implicitement et séparément du modificatif, soit dans sa combinaison avec le modificatif ; dans toutes, il la désigne ou comme intégrante , babituelle et permarnente, ou comme incidente, accidentelle et momentanée. Il s'exprime donc l"" par &ivai, qui signifie à la fois la qualificadon et l'action permanente 5 2° par Y^vof^ai pour la qualification momentanée, et TuYxavw pour l'action accidentelle. (Voyez dans la Syntaxe, le chapitre du verbe, où ces principes sont appliqués aux usages des huit langues.)
Ces idées étant comprises^ nous dirons que le modificatif d'une phrase peut être relatif de deux manières : 1® en formant un rapport simple entre le principe et l'objet immédiat de l'action ou de la facult&d'action qu'il représente; 2^ en formant un rapport composé entre son objet et un autre terme. Dans le premier cas, où le rapport est simple, le veibe est actifs le principe est subjectif, et l'objet immédiat de l'action se nomme objectif. Dans cette phrase, Alexandre battit les Grecs, le verbe battit est actif: il renferme le modicâtif battant^ qui est simple ; Alexandre, qui est le principe de l'action, est le substantif subjectif $ les Grecsy qui sont l'objet immédiat de l'action, sont le substantif ^objectif.
Dans le second cas, où le modificatif forme un rapport composé, il s'adjoint pour former son rapport, un connectif de circonstance, c'est-à-dire un connectif qui rend le
^cond terme du rapport circonstance dil modièatif, et lai iait prendre par cette raison le nom de suh^tantif-cit^cônstaniif. Ainsi, dans cetie piirage, Albxdndré battit les Grées à Chéronée^ ie iriodificatifdaf^â/z^ est relatif simple par son objectif les Grecs ^ et relatif composé par soh cîrconstantif Chéronée^ au moyen du coiïnectif variable â, qui rend composé le rapport.
Observez Tanalogie des dênoihiriationâ données anî élémenis du discours. Dans la proposition , les termes sont Fêtre , l'attribution ou modiGèalion , la connexion ou rapport; le sujet, l'attribut, le verbéj l'objet, là circonstance. Dans la phrase, ce àont le substantif, l'attributif, leconnectjf; le subjectif, lé modicatif, le toiinectif variable, l'objectif, le circonstafitif.
Après ces notions générales sur la nature absolue et relative des étémens delà phrase simple, nous continuerons à développer le tisâu du discourà eh appliquant d'abord les procédés de l'analyse aux espèces absolues de la phrase -aimiple, pois à dés espèces relatives dans la phrase coihposée^ afin de montrer que les phrases simples se compli^ quent dans la phrase composée sous les mémfes rapports que les mots dans la phrase simple^ et que la composition du discours se forme jusque dans les périodes les plus compliquées eiï suivant toujours les mêmes lois de proportion et de subordination que nous avons reconnues dans les mots, de manière à faire voir qu'une phrase comme un nompeut être le sujet, lobjetou la circonstance d'une autre phrascf et que de la Connaissance de ce caractère découlent les régies d'usage qui régissent la syntaxe du langage.
Goiidiilac est le premier qui ait déterminé dTune mahièfé positive les principes et la méthode dé Fanàlyse gfamfmaticale. En considérant les langues comme deà m'éthôdèâ* anarlytiques de là pensée, il a été natureïJemént conduit à FsAaff âe <ki discoufs, et par suite à celle de laf pKfasé. G'és^ phr ces flécompositîohs sttccessi ves qù*jt est pâtveh u àt
réduire en art Fanalyse grammaticale. Mais comme il n'a décomposé la phrase que dans ses parties spécifiques et dans ses rapports généraux, son traité d'analyse, malgré son mérite éminent| ne présente encore que les premières notions de la théorie des mots et des phrases»
Ayant ce célèbre grammairien , Dumarsais et Pliiche avaient donné Tidée de décomposer la phrase et d'en placer les mots dans des colonnes qui en indiquassent la nature et le rapport^ cette méthode devait remplacer la routine de faire les parties du discours, analyse très-imparfaite et pea propre à conduire à la déduction des règles de la syntax« et de la construction.
D'autres grammairiens ensuite^ tels que Fabbé Gauthier, dans ses ouvrages élémentaires, et Ferry de Saint-Gons^ tant, dans sesRudimens de la traduction, ont essayé d'ap« pliquer la méthode de Dumarsais à l'analyse dé Gondrllac r mais ni les uns ni les autres, n'ont réduh les élémens de la phrase à une théorie complète.
Ainsi, pour compléter la méthode de Tanaly^e grammû^ ticale^ il restait à soumettre toutes les formes des mots et des phrases à une classification régulière qui en déterminât les usages et les variations dans toutes les espèces de rapports dont les uns et les autres sont susceptibles dans le discours, de manière à former un rudiment général de tra«duclion applicable à toutes les langues.
C'est ce que nous avons tâché d'exécuter dans la méthode analytique que nous présentons au public. Nous ne i'avonâ pas inventée ^ elle se trouve au fond tout entière dans les ouvrages philosophiques de Condilbtc et de Dumarsais ; mais nous nous nous la sommes rendue propre par Tapplication noavelle que nous en aVons tentée av dis-^ cours. Nous devons aussi en partie Tidée de cette nouvelle application de l'analyse des phrases , et il n'est ici question que de celle-là, à feu l'abbé Jenny, sous lequel, et alors^qu'il dirigeait le collège de Remiremont, déparlement des Vosges, nous avons fait nos premières études, collège où nous avons ensuite, mon frère et moi, professé quelque tems.L'abbé Jenny n'a rien, absolument rien publié
de sa méthode d'analyse, qui étailenlièrement orale, pour ainsi dire, soit qu'elle fût encore très-incomplète, soit qu il eût le désir assez naturel de l'améliorer, désir que la mort ne lui permit pas de réaliser. Nous donnons aujourd'hui les idées que nous nous sommes faites, d après les essais de ce digne maître, lesquels, du reste^ n'avaient eu lieu que sur la langue française, et dont les données , nous devons le dire, étaient loin d'être fixées dans Tesprit de l'auteur; nous avons étcndui complété ces premières notions, nous nous les sommes en quelque sorte inoculées, en les mesurant sur une plus {grande échelle, en les considérant sous un point de vue beaucoup phis vaste^ et nous ne craignons pas de déclarer qu'elles sont ainsi bien et duemént devenues les nôtres , par les nombreux cbangemens que nous y avons apportés et par les développemens considérables qui étaient nécessaires à notre dessein d'expliquer la grammairede huit langues; ce qui, en définitive^ devait rendre et a rendu effectivement notre décomposition de la phrase toute dtfîérente de la sienne en plusieurs points essentiels.
Quant aux principes et aux règles que nous émettons sur l'origine, la génération et la déduction des idées et des mots, on reconnaîtra facilement qu'ils sont puisés dans les ouvrages de Dumarsais, Condillac, Harrîs, Court de Gébelin, Beauzée, Destutt-Tracy et d'autres grammairiens célèbres que nous avons lus et comparés^ et dont nous avons tâché de nous rendre propres les théories. Pour la classification des facultés de l'ame et des idées^ nous avons exposé les principes de M. de La Romiguière ; nous ne pouvions choisir de meilleur guide que ce noble écrivain , l'un des princes de la philosophie moderne.
xiruciTion paiulàblb sua les phrases bu tableaux.
Dans les tableaux qui vont, passer sous les yeux du lecteur ^ nous offrirons successivement, ainsi que déjà nous Pavons annoncé page 126 , les différentes espèces de phrases; savoir : d^abord^ les phrases simples rangées en quatre espèces; ensuite les phrases complexes, cVst à dire celles qui se forment d'une phrase principale et d^une accessoire sous la dénomination de phrase-idée ; en troisième lieu , les phrases composées, c'est à dire celles qui comptent une phrase principale^ et une ou plusieurs accessoires qui seront phrases-pensées y comme nous aurons à Pexpliquer; en6u, nous terminerons par des phrases surcomposées ^ et par l'analyse d'une période de quelque étendue.