CHAPITRE IX
DIFFÉRBNTS USàGBS DBS SIGRBS DE LA PONCTUATION.
!• Le point.
Le point distingue une phrase dont le développement est fini. Il est affirmatif, interrogatif, désidératif, selon que la phrase est affirmative, interrogative, désidéralive. Ces trois sortes de point expriment la même nature de point; ils ne présentent donc à l'observation aucune particularité remarquable, si ce n est le point désidératif, qui est souvent employé pour séparer des mots isolés, c'est-à-dire des interjections, des signes de sensation. Mais le signe de la sensation (interjection) désigne une proposition entière ' sous un seul mot, et sous cet aspect, le point désidératif est compris dans Ja définition du point.
Nous trouvons l'usage des trois points dans une lettre de madame de Sévigné :
(< Eq effet, dès quelle parut : Ah! mademoiselle, comment se porte ?... Sa pensée n'osa aller plus. Madame, il se porte bien de sa blessure : et mon fils ? Ou ne lui répondit rien. Ah! mademoiselle ! mon fils! mon cher enfant ! répondez moi, est-il mort sur le champ ? n a-t-il pas eu un seul moment ? Ah ! mon Dieu! quel sacrifice ! »
Nous ajouterons à cet exemple un passage du quatrième chant du Lutrin de Boileau, dans lequel on verra Tusage des trois points tout à la fois. C'est le discours du chantre à la vue du pupitre.
La voilà donc, Girol, celte hydre épouvantable
Que m'a fait voir un songe, hélas ! trop véritable î
Je le vois ce dragon tout prêt à m'égorger,
Ce pupitre fatal qui me doit ombrager !
Prélat, que t'ai-je fait ? quelle rage enyieuse ^
Rend pour me tourmenter ton ame ingénieuse ?
Quoi ! même dans ton lit, cruel, entre deux draps,
Ta profane fureur ne se repose pas !
ciel! quoi ! sur mon banc une honteuse masse
Désormais va me faire un cachot de ma place ! . Inconnu dans Téglise^ ignoré dans ce lieu,
Je ne pourrai donc plus être vu que de Dieu !
Ah ! plutôt qu'un moment cet affront m'obscurcisse^
Renonçons à l'autel, abandonnons l'office ; . Et sans lasser le ciel par des chants superflus,
Ne voyons plus un chœur où l'on ne me voit plus.
Sortons... Mais cependant mon ennemi tranquille
Jouira sur son banc de ma rage inutile^
Et verra dans le chœur le pupitre exhaussé
Tourner sur le pivot où sa main l'a placé!
Non» s'il n'est abattu, je ne saurais plus vivre.
A moi, Girot, je veux que mon bras m'en délivre :
Périssons, s'il le faut ; mais de ses ais brisés
Entraînons, en mourant, les restes divisés.
Le point interrogatif se remplace par le point simple quand la phrase interrogative est liée grammaticalement à sa principale.
Songez quel déshonneur va souiller votre gloire, Quand le chantre demain entendra sa victoire.
(Lttiriti, ch. 3}.
Méritez les lauriers qui vous sont réservés, £t ressouvenez-YOus quel prélat vous servez.
Mais déjà la fureur dans vos yeux étincelle : Marchez, courez, volez où llionneur vous appelle.
{Lutrin^ cb. ^).
2* Le dooMc-poînt,
Les âenx points séparent de la prîncrpafe les pfirasés aciîcssoires comrposées (for sont séparées l'une de Tautre par le point virgule et dont les élémens sont séparés par ht virgule.
« Si vous ne tfoavez aucune manière rfe gagner honteuse, vous qui êtes d'an rang pour kquet il n^^ en a point d'honnête ; si tous les yvasft e est qfoe^ae fottebcrie nouvelle^ quelque trait frraéoteirx, quelque foctr de frrpon, quelque vol ; si vous pîRer et fes aïfiés et \e trésor publie ; si vous mendiez des testamens qui vous soient (avoraJMes , ou si vous-méne vottSpea feJMriqœz: dite^-^noi^ 9e>ii»t<^e là des signes d'oputenee on d'f»d«gen)€e i »
fjyÇAvftt, pcîïsée5*efeGeéron).
Tel qu'otr voit uit taureau qo^e guêpe en ftirre A piqué dans les fSancs aux dépens de sa vfe j. Le superbe animal, agité dîe tourmens, Exhale sa douleur en. longs mngissemens :
Tel le fougeux prélat que ce songe épouvamte, Querelle en se levant et laquais et servante ,, Et d'un juste courroux ralluniant sa vigueur. Même avant le dîner, parle dMer au chœur.
Il veut partir à jémr* Il se peigne, if s'apprêtte; L'ivoire trop hâté dJeu» fera- rompt sui* sa^ tête, Et deux fois de sa main le buis tombe en morceaux : Tel Bennile filan<^ rompait tousr les fùseanx.
(JLulrin^,Qhw 5)-
Si les accessoires n*ont pas le caractère grammalfcat de subordinatioQ^ ^uie^tLs cjmJiftnaii£j, en- sarle qoiilâ soient construits sous kt £siiriiie é^ [Juiciag» |iairadiftiaa,. k» deux points s«at Béeessaiises pour marquer la subordination
qai, daB^ \e& rapports de méaie espèce^ i^st délemiaée par k prépositloQ.
La naliire fertile mi esinriUi «xeellew»^ Sait entre les auteurs partager les talensr L'un peut tracer en vers une amoureuse flamme ; L'autre d'un trait plaisant aiguisée répipaBom: Malherbes tfuA héf o»» p«uit Wiiêv tes exploite ^ Racan chanter Philis, les bergers et les bois. Mai&soavent un esprit qui se flatte et ^ui s'aine,^ Méconnaît son génie et s'ignore soi-même :
Âinsi^ tel autrefois qu'on vit avec faret Charbonner de ses vers les- murs d^uit cabaret, S'en va mal à propos d'une voix insolente Chanter du peuple h^^r^» là fail» tpkyiiiphaMl», Et poursuivant Vkftee m traivers des dérarts. Court avec Pharaon se noyer dan» le» mers.
Mftb si les accessoirwi sent ptaeés» aprëa^ la prâcipftle et Uéa par des coftjoacti£i^ le demble pcnnl esl îanlile ptree 9pm les eoQJiOQelifs. en ikaoent ta pjace.
Deux assiettes suivaient, dont l'une était ornée D'une langue en ragoût, de persil couronnée f L'autre d'un godivea» tout kràlé par dehors,. Dont un beurre gluant inondait tciua les bords*.
Satire 5"),
Le double pomt est nécessaire pour difttiiigiaeB ui;^ dis* cours dont le style n est point à la même pers<akniie que le préicéde&t y en sorte qu«. le discours ayant lia acteur diffé- («At, le codjonctif qui Ue les discours du méaie auteuir,. doU être remplacé par les deux points qui en fooA l!oft«e«.
N'allez pas dès l'abord, sur Pégase monté, Crier à vos lecteurs d'une voix de tonnerre:
le chante le vainqueur des vainqueurs de la terre.
{L'Art, jffoétiquey ch« 5Ji
Oh!' que faine bien mieux cet auteur plein d'adresse .Qui sans faire d'abord de si haute promesse, Me dit d'Un ton aisé, doux, simple, harmonieux r Je chante tes combats et cet homme pieux Qui-èes* bonhi phrygiens conduit dans l'Ausonie^ Le premier aborda les champs de Lavinie.
Mais celle ponctuation exige que les deux discours composent une même phrase, et qu'ils^oient àla même personne et sous le même tour qu'ils Ont été écrits ou prononcés par leur auteur.
Mais hier il m'aborde et me serrant la main :
Ah ! monsieur, m'a-t-il dit, je vous attends demain.
Car si on les rapporte sous une personne différente'et sous un autre tour, on les lie par le conjonctif ^uequi dans ce cas remplace le double point.
Le prudent Gilotin, son aumônier fidèle , En vain par des conseils sagement le rappelle ; Lui montre le péril ; que midi va sonner j Qu'il va faire, s'il sort, refroidir le diner.'
Des observations précédentes sur Tusage du double point} il résulte que ce signe ponctua^if décomposé les rapports auxquels le conjonctif n'est pas destiné ; ou pour nous servir d'une expression plus vraie, le conjonctif lie ou recompose les rapports, le double point les décompose; mais le conjonctif en les liant, les distingue; le double point en les distinguant les lie : ces deux moyens d'analyse produisent donc le même etfet, qui est de- marquer Tunitédes élémens du discours.
De là il suit que si des phraseses qui forment les déve* loppemens d'une autre phrase n'ont point de conjonctif qui les lie à leur principale, les deux points marquent cette subordination.
La nature est en nous plus diverse et plus sage, Chaque passion parle un différent langage :
La colère est superbe et veut des mots ailiers ; L'abattement s'explique en des termes moins fiers.
{L'Art poétique^ ch. 5.
Le tems, qui change tout, change aussi nos humeurs : Chaque âge a ses plaisirs, son esprit et ses mœurs.
{L'Art poétique, ch. 3).
Cette observation montre que l'usage du double point
nexige pas l'usage simultané du point-virgule dans la même phrase pour des divisions subalternes, comme dans les deux premiers exemples que nous avons rapporle's •, car les phrases subordonnées qui exigent la distinction du point-voyelle, se suppriment lorsquHl ii*est pas nécessaire dV.\ primer les idées intermédiaires qui communiquent d'une idée à une aulre idée. D'où il suit que la nature du double point est de marquer la déduction d'une penséeconséquence ou la substitution d'une pensée à une autre pour la rendre plus sensible.
Il n'est point de serpent ni de monstre odieux « Qui, par l'art imité, ne puisse plaire aux yeux : D'un pinceau délicat l'artifice agréable Du plus affreux objet fait un objet aimable^
{L'Art poétique^ ch. 5).
N'bffrez rien au lecteur qui ne puisse lui plaire. Ayez pour la cadence une oreille sévère :
Que toujours dans vos vers le sens coupant les mots,' Suspende l'hémisticbe, en marque le repos.
{L'Art poétiqueyCh. 1).
La déduction ou la substitution est, comme ces exemples le montrent, tantôt précédée, tantôt suivie de la pensée générale. Nous appelons déduction la pensée générale que le raisonnement abstrait d'une pensée particulière : tel est le premier des deux exemples précédens. Nous appelons substitution la pensée particulière qui sert de développement à la pensée plus générale à laquelle elle se substitue : tiel est le second des deux exemples précédens. Nous trouvons dans le troisième chant de Vart poétique la déduction et la substitution dans la décomposition d'une même pensée.
Jamais au spectateur n'offrez rien d'incroyable:
Substitution.
Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable.
Une merveille absurde est pour moi saiis appas :
Dédnclion.
L'esprit n^est point ému de ce qu'il ne sent pas.
Ce qu'on ne àoHi p(Mnt voir, qu'foi récit nous l'expose :
Substitution.
Les yeux enle voyant saisiraient mieux la chose f Mais il est des objets que l'art judicieux Doit offrir à Porettle ct^reculer des yeux.
{An poétique),
La position des phrases est indifférente au signe de ponctuation qui dans Tun et Vautre cas est le même , ou ce qui revient au même , la substitution et la déduction ont le même signe de ponctuation, parce qu^elles sont Topératipn de la même faculté de penser, qui est le raisonnement.
3« Le point-virgule.
Le point-virgule sépare des phrases composées qui servent de développement à une même pensée, et qui sont formées d^accessoires séparés par la virgule.
Telle qu'une bei^ère, au plus beau jour de fête,
De superbes rubis ne charge point sa, tétOi
Et sans mêler à l'or Péciat des diamans,
Cueille en un champ voisin ses plus beaux ornemens ;
Telle, aimable en son air, mais humble dans son style,
Doit éolater sans pompe une élégante idylle.
{L'Art poétique).
CaDs cet exemple la liaison des phrases subordonnées à la principale est marquée par les conjonclifs, et le point- TirguFc distingue de la principale les phrases subordonnées.
Ainsi le point-virgule sépare des phrases subordonnées parallèles qui sont composées.
Il faut qu'en ceot façons, pour plaire, il (un auteur) se replie : Que tantôt U s'éttve et «antMi^àa&iiie {
Qu'en nobles sentimens il soit partout fécond )
Qu'il soil aisé, solide, agréable, profond $
Que de traits surprenans sans cesse il nous réveille ,
Qu'il coure dans ses vers de merveille en merveille,
Et que tout ce qu'il dit, facile à retenir,
De son ouvrage en nous laisse un long souvent.
{L'Art poétique eh. 5).
Le point-virgule sépare aussi des phrases principales parallèles.
La faveur du public excitant leur audace (des pointes),
Leur nombre impétueux inonda le Parnasse:
Le madrigal d'abord en fut enveloppé ;
Le sonnet orgueilleux lui-même en fut frappé;
La tragédie en fit ses plus chères délices ;
L'élégie en orna ses douloureux caprices ;
Un héros sur la scène eut soin de s'en parer.
Et sans pointe un amant n'osa plus soupirer;
On vit tous les bergers dans leurs plaintes nouvelles,
Fidèles à la pointe encor plus qu'à leurs belles ;
Chaque mot eut toujours deux visages divers:
La prose la reçut aussi bien que les vers;
L'avocat au palais en hérissa son style,
Et le docteur en chaire en sema TËvangile.
{UArt poétique).
Quand plusieurs des phrases parallèles seraient simples, si Tune d'entre elles est composée, etqu^en conséquence elle emp'oie la virgule pour distinguer ses élémens, toutes prendront la ponctuation du point-virgule.
Un auteur quelquefois trop plein de son objet, %
Jamais sans l'épuiser n'abandonne un sujet.
S'il rencontre un palais, il m'en dépeint la face;
Il me promène après de terrasse en terrasse ;
Ici s'offre un péron, là règne un corridor ;
Là ce balcon s'enferme en un balustre d'or.
{U Art poétique).
Si la première des phrases-parallèles-principales, ou su« bordonnées est liée par un conjonclif de parallélisme^ U virgule seule se placera devant le conjonctif.
On dit, à ce propos, qu'un jour ce dieu bizarre, Voulant pousser è bout tous les limeurs firançois^
Inventa du sonnet les rigoureuses lois ; Voulut qu'en deux quatrains de mesure pareille La rime avec deux sons frappât huit fois l'oreille, El qu'ensuite six vers ariislement fanges Fussent en deux tercets par le sens partagés.
{L'Art poétique).
Lorsqu'à la (la rime) bien chercher d'abord on s'évertue, L'esprit à la trouver aisément s'habitue ; Au joug de la raison sans peine elle fléchit, Et loin de la gêner, la sert et Fenrichit.
{L'Art poétique).
Si le conjonclif est supprimé, le point-virgule le remplace pour lier les phrases subordonnées à la principale ainsi que les phrases parallèles entre-elles.
Un jeune homme toujours bouillant dans ses caprices, Est prompt à recevoir l'impression des vices ; Est vain dans ses discours , volage en ses désirs, Rétif à la censure et fou dans les plaisirs.
{L'Art poétique).
(( Les voilà comme des bêtes cruelles qui cherchent à se déchirer; le feu brille dans leurs yeux, ils se raccourcissent> ils s'allongent , ils se baissent, ils se relèvent, ils s'élancent, ils sont altérés de sang. »
(Télémaque,liv.XVI.)
Dans cet exemple il y a une projposition générale qui forme le début, et plusieurs propositions particulières qui en sont le développement en la présentant sous divers rapports,* c^est pourquoi ces propositions particulières sont distinguées entre elles par la virgule et sont séparées de la proposition générale par le point-\[irgule.
Autre exemple où la proposition générale est placée à la fin.
« 11 vient une nouvelle; on en rapporte les circonstances les plus marquées , elle passe dans la bouche de tout le monde, ceux qui en doivent être les mieux instruits Ja croient et la répandent, j'agis sur cela ; je ne crois pas être blâmable. i>
(Le pèreBuffier).
Cet us.igè du point-virgule semble au premier aspect exprimer le même degré de subordination que le double point ; mais pour peu qu'on y réfléchisse, on verra que le double point marque une déduction, une substitution de pensée à une autre pensée^ et que le point-virgule marque la subordination de plusieurs pensées qui servent de développemens à une pensée plus générale.
Un sage ami, toujours rigoureux, inflexible, Sur vos fautes jamais ne vous laisse paisible : Il ne pardonne point les endroits négfigés :
Il renvoie en leur lieu les vers mal arrangés ; Il réprime des mots l'ambitieuse emphase :
Ici le sens le choque, et plus loin c'est la phrase ; Votre construction semble un peu s'obscurcir : Ce terme est équivoque, il le faut éclaircir : C'est ainsi que vous parle un ami véritable.
{UAri poétique).
On fait donc usage du double point quand il n'y a qu'une même pensée envisagée sous plusieurs aspects exprimés par une sjfnonymie de sons artificiels.
Des héros de roman fuyez les petitesses :
Toutefois aux grands cœurs donnez quelques faiblesses : Achille déplairait, moins bouillant et moins prompt: J'aime à lui voir verser des pleurs pour un adOTront.
{UÀrt poétique}.
On fait donc usage du point- virgule quand on rapproche d'une pensée générale des pensées qui en expriment Mes effels qui montrent des objete différens, des actions différentes, suites d'une autre action.
11 est certains esprits dont les sombres pensées Sont d'un nuage épais toujours embarrassées; Le jour de la raison ne le saurait percer.
{VÂrt poétique).
Si nous avons multiplié Tes exemples du point- virgule et du double-point^ c'est que nous avons voulu faire sentir la différence d'analyse que chaque ponctuation donne de la pensée, et qui , pour être saisie, exige de la réflexion;
car si le double-point exprime une dëduction, une censéquenccy on a pu remarquer par les exemples précédens, que le poinC-virguie désigne aussi une déduction, une conséquence. Mais si Ton y réfléchit, on découvre aisément une différence d*anal]se dans les pensées ponctuées différemment. Dans Texemple que nous avons cité du père BufEer, la plirase ce je ne crois pas être blâmable » exprime une déduction ou conséquence sentie et non une conséquence exprimée, décomposée. Or sentir une conséquence, c'est sentir qu'une idée ou une pensée est renfermée dans une autre, et c'est ce que nous appelons proprement jugement; mais exprimer une conséquence, c'est séparer l'idée sentie, c'est décomposer, déduire le rapport senti, et c'est ce que nous appelons déduction. Désigner une conséquence et exprimer une conséquence sont donc deux opérations différentes de la pensée : sentir qu'une idée est est renfermée dans une autre, c'est la comparaison ; déduire l'idée de rapport senti, c'est le raisonnement. D'où nous concluons que la nature du doùbic-point est de marquer des rapports déduits, décomposés par le raisonnement, et que le point-virgula est destiné à marquer des rapports sentis par la comparaison* Nous allons montrer que la virgule distingue les objets^ les idées perçues successivement par TaUeniion.
4* hà virgulf.
La virgule sépare les phrases incidentes ou subordonnées placées devant leur principale.
Avant donc que d'écrire, apprenes k penser # Selon que notre idée est plus ou moins obscure, L'expression la suit ou moins nelte ou plus pure.
(L'Art poétique).
L'ode avec plus d'éclat et non moins d'énergie^ Élevant jusqu'au ciel jBon vol ambitieux, Entretient dans ses vers eommeree avec les dieux.
{UÂTt poétiqui).
La virgule stJpara les oirconatapoeil (eompUmans) et tes termes transposes qui ont des accessoires.
Sous le coupable effort de sa noire insQleoçQ ^ Thômis a vu cent fois chanceler sa balatnoe.
(Lutrin^ th.%H)^
c( Toutes les vérités produites npuloroent par le eftloul, on les pourrait traiter de véritéii d'expérience. » (FQi9va« WELLK^ préface de sa géométrie,)
Elle sépara de même le sujet i^ $6coadQ personne »*il est
à la suite du yerbç,
« Vous aves vdnea, plébéfens. »
(YvaTOv)»
Vous en fûtes llrAs, AUnérinde et Simandre.
(Lu(Wn, ch. 5).
Car s'il est placé au commencement de la phrase çt qu*il soii le sujet du verbe j il ne se sépare point d'ardiniiire et au fond parla virgule, sauf Tusage^ parce que tout sujet de phrase est lié nécessairement à ses modifications.
Chantres , ne cr;ûgne3( plus yue audace insensée,
{Lutrin, ch. 5).
a Tribuns, cédez la place aux Consuls. »
(Vbetot).
On voit par ces exemples que la décomposition des mois par la virgule a pour but de rendre sensible la liaison des idées.
Le vocatif se séparera donc quand il na sera pas sujet du verbe de la phrase principale 5 dans ce cas il se rapportera à une phrase ellyplique etsera traité comme les înterjeqtipns quijexprim^nl une phrase entièrei exigent la distiRCtipn i§ la virgule.
mortels, respéraaea enivre.
(Vauvkhàrgubs).
Cest par la même raison qu'on emplptara la virgule dans
ceile[phrasei
ce Pour mademoiselle , elle parait trop instruite dosa beauté; »
Car la circonstance « pour mademoiselle » se rapporte à une phrase sous*entendue, telle que ce je parle pour mademoiselle* »
Mais si la^circonstance se rapportait à la [phrase qui suit, il né faudrait point de virgule.
Surtout qu'en vos écrits la langue révérée,
Dans vos plus grands excès vous soit toujours sacrée.
{VArt poétique, ch. 1). -
La décomposition des rapports se fait donc par la virgule et par les autres^ signes de ponctuation.
La virgule sépare Tes phrases simples parallèles ou accessoires. .
L'âge viril, plus mùr, inspire un air plus sage, Se pousse auprès des grands, s'intrigue, se ménage, Contre les coups du sort songe à se maintenir , Et loin dans le présent regarde l'avenir.
{UÀrt poétique).
Il faut que sa douceur flatte, cbatouille, éveille Et jamais de grands mots n'épouvante l'oreille.
{L'Art poé tique y ch,^).
Elle sépare les termes parallèles d une phrase.
Prenez mieux votre temps. Soyez simple avec art, Sublime sans orgueil; agréable sans fard.
{VArt poétique, ch. i).
Le madrigal plus simple et plus noble en son touf , Respire la douceur, la tendresse et l'amour.
{VArt poétique, ch. S).
Elle sépare du nom antécédent la phrase incidente, lorsque cetle> incidente ne fait point partie intégrante ou essentielle de ridée du nom.
Le tems, qui change tout, change aussi nos humeurs.
{L'Art poétique, ch.Z).
Perse en ses verà obscurs mais serrés et pressans. Affecte d'enfermer moins de mots que de sens.
{L'Art poétique, ch. 5).
— 2ÔI —
Car il faut distinguer deux sortes de phrase incidente par rapport à l'idéologie: Tune qui généralise la compré* hension du nom; Tautre qui particularise l'extension du nom.
L'incidente qui particularise Textension du nom, n'admet pas la virgule entre elle et le nom qu'elle détermine , parce qu'elle fait partie inhérente de Fidée dece nom.
Da prélat qui t'implore exauce la prière.
(£tt(nn, ch. 5).
Je me fatiguerais à te tracer le cours
Des outrages cruels qu'il me fait tous les jours.
{Lutrin, ch. 2).
Cependant cet oiseau qui prône les merveilles, Ce monstre composé débouches et d'oreilles.
{Lutrin, ch. 2).
Celui qui met un frein à la fureur des flots, Sait aussi des méchans arrêter les complots.
(Racinb, Àlhalie).
L'incidente qui généralise la compréhension du nom prend la virgule entre elle et le nom qu'elle détermine , parce qu'elle n'est pas ajoutée au nom pour en faire connaître l'idée en en marquant l'extension, c'est à [dire, en augmentant les idées de sa compréhension.
Le tems, qui change tout, change aussi nos humeurs.
{L'Art poétiquey ch. 5).
Juvénal, élevé dans les cris de l'école, Poussa jusqu'à l'excès sa mordaiite hyperbole.
{L'Art poétique^ ch. %).
La virgule se met encore devant la phrase incidente qui particularise, si lé nom qu'elle détermine est modifié par une circonstance, pour empêcher Téquivoque du'rapport.
Sur ce rang d'ais serrés qui forment sa clôture, Fut jadis un lutrin d'inégieile structure, Dont les fiances élargis de leur vaste contour Ombragent pleinement tous les lieux d'alentour.
£u(rm, ch. i).
La vii^ule se supprime si les élémens de U phrase sont liéapar un conjonclifde paralléUsme*
On l'appelle chicane, et ce monstre odieux Jam»spour l'équité n'eut d'oreille m d'yeux.
La disette au teint blême et la triste lamine, Les chagrins dévorans ei l'infâme ruine, Enfans infortunés de ses raffinemens, Troublent l'air d'alentour de longs gémissemens.
(£tf|rin| cb« 5).
Ainsi quand la dernière des phrases parallèles ou le dernier des termes parallèles est lié par un çpnjonçtif, la virgule se supprime*
Et lasse de parler, succombant sous Peffort, Soupire, étend les bras, ferme Tceil et s'endort.
{Lutrin, ch. 2).
Le madrigal, plus simple et plus noble en son tour, Respire la douceur, la tendresse et l'amour,
{L'An poétique ^ ch . 2) .
C'est que la virgule fait l'office du conjonelif. -
Sa fierté l'abandonne; il tremble, il cède, il fuit,
(Xti(rm,ch. 6),
Il n'y aura donc point de ponctuation à donner à ta phrase, 1« quand elle sera formée d'une suite de phrases
subordonnées qui se succéderont sans inversion et sans parallélisme»
« Cependant le peuple s'assemblait en foule sous les vastes portiques formés par le double rang de colonnes qui environnaient le Temple. Il y avait deux troupes de jeunes garçons et de jeunes filles qui chantaient des versa la louange du Dieu qui lient dans ses mains la foudre.
(Télémaque. lîv. IX).
fi^ Et quand les phrases simples ou accessoires étant parallèles, elles seront liées par une conjonction destinée à cette fin.
Faites eboix d'un censeur solide et salutaire Que la raison conduise et le savoir éclaire
Et dont le erayoD sur d'abord aille eliereher L'endroU que Ton sent faible ei qu'on se veut eacber.
{L'An poétique^ cb» *)•
Un cceur noble est content de ce qu'il trouye en loi Et ne s'applaudit point de» qualités d'autrui»
(BOILEAU, Ep. 9).
Ni l'or ni la grandeur ne nous rendent beureux.
(Lafontaine).
Selon que notre idée est plus ou moins obscure, L'expression la suit oti moins nette ou plus pure.
{UArlpoéliquey cb. I).