II. Comment la phrase se décompose dans la ponctaaiion
Pour exposer le système de la ponctuation^ nous analyserons un discours d'une certaine étendue ; nous montrerons comment ce discours est composé d'alinéas-nns^ divi
ses en phrasesunes , formées d'élémens-uns , et nous ferons sortir de celte analyse les notions sur la nature et sur Tasage de chaque signe ponctuât! f. L'cpilre XI de Boileau a son jardinier sera l'objet de notre décomposition.
Laborieux valet du plus commode mattre
Qui , pour te rendre heureux ici bas pouvait naître,
Antoine, gouverneur de mon jardin d'Auteuti,
Qui diriges chez moi Fif et le chevrefeuiii
Et sur mes espaliers, industrieux génie,
Sais si bien exercer l'art de la Quintinie ;
Oh! que de mon esprit triste et mal ordonné,
Ainsi que de ce champ, par toi si bien omé,
Ne puis-je foire ôter les ronces, les épines,
Et des défauts sans nombre arracher les raoines !
Mais parle : raisonnons. Quand, du matin au soir. Chez moi poussant la bêche ou portant l'arrosoir, Tu fais d'un sable aride une terre fertile.
Et rends tout mon jardina tes lois si docile; Que dis-tu de m'y voir rêveur, capricieux, Tantôt baissant le front, tantôt levant les yeux. De paroles dans l'air par élans envolées Effrayer les oiseaux perchés dans mes allées? Ne soupçonnes-tu point qu'agité du démon.
Ainsi que ce cousin des quatre fils Aymon Dont tu lis quelquefois la merveilleuse histoire, Je rumine en marchant quelqn'endroit du grimoire ? Mais non: tu te souviens qu'au village on t'a dit Que ton mattre est nommé pour coucher par écrit Les fait d'un roi plus grand en sagesse, en vaillance, > Que Charlemagne aidé des douze pairs de France. Tu crois qu'il y travaille et^u'au long de ce mur Peut-être en ce moment il prend Mons ou Namur. Que penserais-tu donc si l'on fallait apprendre Que ce grand chroniqueur des gestes d'Alexandre, Aujourd'hui méditant un projet tout nouveau.
S'agite, se démène et s'use le cerveau.
Pour te faire à tèi-même en rimes insensées Un bizarre portrait de ses folles pensées ?
Mon maître, dirais-tu, passe pour un docteur. Et parle quelquefois mieux qu'un prédicateur: Sous ces arbres pourtant de si vaines sornettes Il n'irait point troubler la paix de ces fauvettes, S'il lui fallait toujours comme moi s'exercer. Labourer, couper, tondre, aplanir, palisser,
Et dans Teau de ces- puits saoB relâche tirée^ De ce sable étaDcher la soif démesurée.
Antoine, de nous deux tu crois donc, je îe voi, Que le pkis occupé dans ce jardin c'est toi.
Oh ! ffm tu ehattgerais d^aYÎs et de langage, Si deux jours seulement, libre du jardinage»
Tout-à-coup devenu poète et bel-esprit, Tu t'allais engager à peiv i»r écrit Qui dit, sans s'atâir, ks plus petites choses ; Fit des plus see» chardon», d«s œiiets et des roses Et sût même au djâeoiifs é» la rusticité Donner de l'élégance et <le hk dignilé;' Un ouvrage, en un mot, ifày juste ea Ii9«» se» lerate», Sût plaire à d'Aguosseai», ràl satîsf^re Termes ; Sût, dis-je, conteBler, en pataiissa^tau jour. Ce qu'ont d'esprits pte ôo» et la ville et 1^ cour ! Bientôt de Qfrtiavaiè rmwsm seeelpftte^ £t le teint plus. jaoBÎ «pie de idngt dm de hâte, Tu dirais, cepmtet' t» peUe et toi^ râteau:
J'aime mieux mettr» eneop cent arpeu» au niveau, Que d'aller follenient, égaré dans les nues, Me lasser à chercher des visions cornues.
Et, pour lier de6.i[iot»s>]iial s'entr'aceordans. Prendre dans ce jardk la lune avec les dents.
Approche dom er viens : qu^ui» paresseux t^apprenne, Antoine, ce que o'est que âitigue et que peine. L'homme ici-bas, to^urs kiquiet et gêné.
Est, dans le repes mène, au travail condamné. La fatigue Py suit. C'est e» vaèi qu'aux poètes Les neuf trompeuses 8oe«f s dans leur» douces retraites Promettent du repos soue leurs ombr e^es fràs : Dans ce& traaifuillee boie pem* eux plantés exprès , La cadence aassitèi, la nme, te eésur e, La riche express»», la nombreuse mesure, Sorcières dê&t Fïmioor sait étaiiwà tes ehmiief , De fatigues sans in visnaent te eonsumer.
Sans cesse poutsuiivant ces jftigitives fées. On voit sous les. lauriers haletec les Orphée». Leur esprit toutefois sa-pfoft cten^ son tourment. Et se fait de sa peine* un noble amusement.
Mais je ne trouve pràit de fatigue s» rude Que l'ennuyeux loisir dfuu mortel sans étud^, Qui, jamais ne sevtaat de sa stupidité.
Soutient, dans teelaagueor» dto so»oisrveté, D'une lâche iodi^Mee» esdave velintnîre, Le pénible (ard^iM» i»iBf^mitfm k Met.
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— in —
Vainement offasqoé de iseï» pensers épais.
Loin da trouble et du bruit il croit trouver la paix : Dans le calme odieux de sa sombre paresse, Tous les bonteux plaisirs, enfans de la mollesse. Usurpant sur s<m ame tfnalysoiIcE pmitôir, De monstraeus dédira le vienneAt émouvoir^ Irritent de ses sens la fureur endormie^ Et le font le jouet de leur triste infamie.
Puis sur leurs pas sotfdain arrivent les remords : Et bieif)fM aivec em. tem lé$ fléaux du eorps, La pierre, la colique et les gouttes crtielies f Guénaut, Rainssant, Brayer, presque aussi tristes qu'elles, Cbez rindigne mortel courent tous s'assembler ^ De travaux douloureux le viennent accabler ; Sur le duvet d'ntt fit, théâtCre de ses gênejS, Lm font scief êtid rots^ hrf foAt fendre èeÉ ei^nes, Et le metleni au poini d'envier toji enkfleî* Reconnais dotc^ Antoine, et conchis avec moiy Que la pauvreté mâle, active et vigilante.
Est, parmi les traivaux, moins làsse et plus contente Que la richesse oisive au sein des v^ftfj^tésf. Je te vais sur celaproufvev deux vérkés :
L'une, que le travail, aux hommes nécessaire, Fait leur félicité plutôt fue leur misère ;.
Et Tautre, qu'il n'est point de coupabla en repos. C'est ce qu'il faut' ici montrer en petf de mots. Suis-moi done^ Mais je vois suv ce d^but de prônev Que ta bouche déjà s'ouvre large d'uneamie, Et que, les yeux fermés,, tu baisses le menton. Ma foi, le plus sdr est de finir ce sermon.
Aussi bien j'aperçois ces melons qui t^atjendent. Et ces fleurs qui là bas entre elles se demandent S'il est fête au viilagè, e^pouf (pid saint nouveau On les laisse aujourd'hui' si longteirips naanquep d'eau.
Bans cette épitre Boileaa dénuontpe à- sé«* j;â#difMer qèd te travail est nëcessaipe à Vhi^mBt^ fawf être h«uvett^v II prend \es preuve» de cette vérité dans I» poiisie dont il ivA explique les difficultés par des raiscMmemeas- proportiomiës S'O^x GonnaissaDeesd*^ii<viHagfeoîs. Telle est \^&tk et l'ebjet de la pensée (|ui est le fond de dcrtte épitrcv
Pour suivre le/ p<iète daâs la déeomposiiion' cte sa peitsée, vappelonsi-nous <|ue peneev eesè senti# efr raisonner^ t\^e la. seufiâlik)])» eBlrebpfl& le msMaeiieaè q«ii ea^teif par
des obscTvalions successives, el cherchons si dans celle épilre le raisonnement est déduit de la sensation par des décomposilionsvsuccessives.
Les dix premiers vers présentent à l'observation l'exposition de la sônsalion que font sur le poète les difficultés de la poésie ; et nous remarquons déjà dans cette sensation désignée sous la forme du désir un commencement de décomposition de la pensée, qui nous fait apercevoir que la culture de Tesprit est plus difficile que celle d*un jardin.
Pour décomposer la sensation, l'esprit se sert de lauxiliaire des langues, et dès quUl agit au dehors de l'ame par les langues, il raisonne, c'est à dire, il démêle les rapports cadiés dans la sensation. C'est ce que le poète annonce par ces mots, qui précèdent la décomposition de la sensationdésir quienveloppe la pensée. «Mais parlons : raisonnons.» Ces mots forment la liaison du raisonnement de lepitre, qui est la déduction de la sensation, avec la sensaliou ellemême qui en est la matière ou l'objet.
Les dix premiers vers forment donc un alinéa essentiellement différent des autres qui suivent. Le développement de la pensée de cet alinéa est distingué par un point. Mais ce point est modifié par le signe du désir, puisque la sensation, objet de la pensée, est désignée sous la forme du désir. 11 devient donc point exclamatif ou désidcratlf. ,
Ce premier alinéa est composé de deux parties qui ont chacune un sujet avec relation différente à l'acte de la parole: la partie qui est la principale. « Oh ! que ne puis-je faire faire arracher les racines des défauts de mon esprit !» a pour sujet le principe de la parole ( première personne du verbe) et elle est composée de différens élémens complexes. « Démon esprit» circonstance de a arracher », est déterminé par deux modificatifs, « triste et malor« donné » ; la virgule le sépare des autres élémens de la phrase principale, ce Ainsi que de ce champ par toi si bien orné » , est une phrase incidente de c< arracher » ; elle est distinguée par la virgule, k Ne puis-je faire ôter les
ronces, les épines et des défauts sans nombre arracher les racines )>, est la principale dont les verbes ce ôter » et ce arracher » forment l'objet de cr puis-je faire », qui est le verbe énonciatif de la pensée sous la forme du supposilif (conditionnel) opt'ttif. « Oter » a deux objets qui sont séparés par la virgule; il est lié par le conjonctif de parallélisme ce et 5> à fautre objet de « pnîs-je faire »; ce conjonctif tient lieu de point virgule *, la virgule suffit avec lui pour distinguer la phrase suivante de celle qui précède*
La seconde partie, qui fait laccessoire de la principale«a pour sujet l'objet de la parole (la seconde personne do verbe). Elle est composée par des élémens dont Ifes uns sont complexes, les autres composés. Comme elle est placée devant la principale, elle en est séparée parle point virgule; car si elle était après, elle n*en serait séparée que parla virgule, ce Antoine», qui est l'objet de la parole ou du discours de Boileau, principe de la parole, est déterminé par une phrase incidente placée devant lui, ce laborieux valet du plus commode maître»; cette incidente est dé«* terminée dans sa circonstance « du maître» par ce qui pour te rendre heureux ici-bas pouvait , naître », qui est aussi une phrase incidente rendue complexe par « pour te rendre heureux ici-bas ». Cet accessoire de ce Antoine » est placé devant lui, et en est séparé par la virgule.
ce Antoine » est déterminé par une phrase incidente , ce qui diriges chez moi Tif et le chevrefeuil» ; cette phrase est séparée par la virgule de celle qui suit. Cette phrase incidente est parallèle à une autre qui la suit, ce et sur mes espaliers sais si bien exercer Fart de la Quintinie». Ces deux incidentes sont séparées par la virgule. Le conjonctif et ne suffit pas pour les séparer ; il est vrai qu il remplace la virgule, ou plutôt que la virgule tient sa place ; car s'il n'était pasdéjà entre ces deux mots ceTif et le chevrefeuiU, la virgule les séparerait, et en les distinguant, elle marquerail leur liaison. Mais la seconde phrase incidente a sa circonstance ce sur mes espaliers » placée à son commencement, et sans la virgule^ cette circonstance semblerait au premier aspect se rapporter à la phrase précédente.
Le conjonclîf ne peut donc suffire^ sans virgule, à séparer deux phrases que quand la seconde de ces phrases n'a point de cîpeonstance ni d'autres termes transposés, ou quand l'une des deux n*a point dëjà des élémens séparés par la virgule ou par le conjonctif et , ou quand la pre** miëre n'est pas composée d autres phrases. Le sujet de fa seconde incidente qui (sous-entendue) est déterminé par une incidente, <t industrieux génie » } cette incident^? est intercalée dans l'autre qui est sa principale, et elle est distinguée par une virgule au commencement et par une vir« guleà la (in. Lorsque ces sortes defphrases incidentes intercalées désignent des exemples cités à Tappui du principe que J'on expose, les deux virgules se remplacent quelquefois par deux crochets ( ) que Ton appelle parenthèse. Maïs la nécessité de s'en saivir annonce un défaut d'analyse et marque une idée mal démêlée. En effet, quand la phrase est décomposée nettement, on n'a pas besoin d'employer la parenthèse pour distinguer aucune des idées incidentes de la pensée; les conjonclifs décomposent assez distinctement les idées pour ne pas obliger à recourir à ces signes ponctuatifs qui ne sont qu'un supplément, qu'un remplacement des conjonctifs ; car ils sont aux conjonclifs ce que les pronoms sont aux noms.
Des observations précédentes, il résulte que le point distingue un alinéa d'un autre alinéa ; que le point- virgule distingue de sa principale une phrase accessoire composée, et que la virgule seule distingue les phrases simples ou élémens de la phrase accessoire composée. Mais nous allons voir que le point distingue aussi des phrases élémens d'un alinéa dont le développement est fini, que te poiiit-virgule sépare des phrasés parallèles composées, cl la virgule, des phrases simples parallèles ou des termes parallèles d'une phrase simple. Poursuivons notre analyse.
(«Mais parle: raisonnons. » Ces deux phrases simples parallèles sont séparées par deux points. Pourquoi n'a-l-on pas employé la virgule PC'est que ces deux phrases expriment des idées-conséquences l'une de l'autre, et la virgule n'est pas destinée à marquer ce degré de subordination*
— nt —
Car les deux pointe expriAient un àègté de isul>ordmation plus grand que le poinVvïrgule , et par conséquent plus grand que la virgule qui sépare une division moins grande que le point virgule. Les signes de ponctuation décompo^ sent donc les idées en démêlant les signes des idées ^ ils sont donc des moyens d^analyse.
Plusieurs grammairiens, qui ont essayé d'en traiter W science, les ont considérés comme des moyens de syntaxe et les ont classés avec les désinences de la déclinaison^ qui marquent les relations des noms et leur déterminatif; maïs les déclinaisons sont l«s moyeti^ de eombinêl^ les moift dans la phrase. Il est Vf ai qu'en liant les mots, elles aident aies démêler, comme les signes ponctuatifs, en démêlant les mots^ aident à les lier; mais la déclinaison est un moyen de recompositiony.et la ponctuation un moyen de déi^mposition. CVst donc une erreur de confondre dans une classe deux moyens opposés^
D autres grammairiens n'ont vu dans la poni^tttjAtitm lit moyens de recomposition ni moyens de décomposition ; ils en ont traité la science dans un article suppléinentaîire de leur grammaire où Tusage des signes s'en trouve expliqué plus ou moins imparfaitement* Les premiers se sont donc mépris sur la nature des signes ponctuatifs et n'ont pu en donner des notions complètes; les autres en ont mécoiinu la nature, et n'ont pu donner par conséquent sur leur ùsâgfe que des définitions imparfaites chargées d^une muUitUclë d'exceptions. •
Mais pour continuer notre analyse, la décomposition de la sensation qui donne l'exposition de Tobjet dejla pensée, est formée de cinq alinéas rapportés à trois principaux alinéas dont ils font la division ; car la sensation se décotnpoSe parrallention, la comparaison, le raisonnement.Cherchotts dans cette décomposition ce qui est le produit de chacune de ces facultés simples de penseri
Dans le premier alinéa, qui est le Second de Tépître, « quand du matin au soir, chez tnoi poussant ta bêche, » le poète considère l'objet delà pensée^ cest^àdite^ les difficultés de la poésie, dans les effets les attouchemens, les ges-
tes. et les cris par quoi Tattentioii est frappi^c. Il décompose ces effets de la poi'sie , d'abord par les sensations qu'ils excitent dans Fesprit du jardinier^ ensuite parles réflexions qui naissent de ces sensations ; ce qui divise ce morceau en denx parties. La première partie commence à ces mots, (( quand du matin au soir, chez moi poussant la bêche, » et va jusqu^àces mots,» ne soupconnes-tu point qu'agité du démon, yy Cette partie fait une phrase composée dont la principale désigne les sensations qu'excitent sur le jardinier les mouvemens de Boileau méditant des vers j
Qae dis-tu de m'y voir, rêveur, capricieux, Tantôt baissant le front, tantôt levant les yeux. De paroles dans Tair par élans envolées. Effrayer les oiseaux perchés dans nosaUées?
Elle est formée de plusieurs élémens distingués par la virgule, et elle se termine par un point interrogalif qui est une espèce de point modifié pour exprimer Pacte de l'esprit interrogatif. L'accessoire de cette phrase est :
quand du matin au soir, Ghe; moi poussant la bêche ou portant Tarrosoir, Tu fais d'un sable aride une. terre fertile Et rends tout mon jardin à tes soins si dociles.
Elle est formée de plusieurs élémens qui sont distingués par la virgule ; c'est pourquoi elle est séparée de sa principale par le point- virgule.
La seconde partie de ce morceau commence à ces mots^ « Ne soupçonnes- tu point qu'agité du démon, n et finit à « peut-être en ce moment il prend Mons et Namur. »
Elle est formée de deux phrases dont l'une est sous la forme de l'acte de lesprit provocatif, l'autre sous la forme affirmative. La première phrase est :
Ne soupçonnes-tu pas qu'agité du démon, Ainsi que ce cousin des quatre fils Aymon , Dont tu lis quelquefois la merveilleuse histoire. Je rumine en marchant quelqu'endroit du grimoire ?
Elle est formée de plusieurs élémens simples qui sont par
conséquent séparas parla virgule; elle est distinguée à la fin par le point-provoralif qui a la même forme que le point'interrogatif, et qui est de même une variation du point-affirmatif.
La seconde phrase de la seconde partie du second alinéa de Tépitre, commence par, « mais non : tu te souviens, etc.» «Mais non » est du style indirect, « tu te souviens» est du style direct; c*est ce changement de style qu*expriment les deux points. Car lorsqu'on met de suite dans la même phrase des discours de dilTérentes personnes, on les distingue par deux points. Si le discours cité rapporte les paroles de Tauteur sous la même personne qu'il les a écrites^ on le distingue en outre par deux virgules renversées ou guillemets («) qui se mettent devant chaque ligne des phrases rapportées, et on en marque la fin par ces doubles virgules rendues à leur première forme (»).
Cette seconde phrase est composée d'une phrase principale et d'une phrase accessoire , qui sont divisées en deux phrases distinguées l'une de Tautre par un point. La principale est:
Tu crois qu'il y travaille et qu'au long de ce mur Peut-être en ce moment il prend Mons etNamur.
L^accessolre est :
...• Tu te souviens qu'au village on t'a dit Que ton maître est nonuné pour coucher par écrit Les faits d'un roi plus grand en sagesse, en vaillance, Que Charlemagne aidé des douze pairs de France.
Pour la lier avec la principale il faudrait dire : c< comme tu te souviens que.... tu crois qu'il y travaille. » Mais le poète l'a isolée de sa principale pour la représenter sous une forme délibérée et plus propre à piquer lattention, parce qu'elle renferme un éloge adroit du monarque sous le règne duquel il écrivait. Ces deux phrases sont donc séparées par un point, mais ce point marque un repos moins long que le point-provocatif qui sépare les deuit phrases de la seconde partie de l'alinéa ; ce dernier point marque
Qn repos sensiblement moins long que le poinl-intÊrrogallf qui sépare les deux parties de Talinëa ; enfin le point qui termine f alinéa nîarque uu repos sensiblement plus long que ce dernier point interrogatif. Mais la proportion de ces pauses ne constilue pas la différence du point admiratif, du point interrogatif, du point provocalif, non plus que du point exclamatif. Chacun de ces points peut distinguer tous les degrés de repos selon les circonstances, parce que cbacun désigne le point adfirmatif avec la modification de Tacte de fesprit^ et c'est toujours la même nature da point.
Dans le troisième et le quatrième alinéa, le poète fait sur Tobjet de la pensée des réflexions dont le but est d^éclairer le jugement ou la comparaison du jardinier. Ces réflexions forment deux pensées dont le développement est contenu dans deux alinéas. Selon le jardinier, la poésie est une o^^cupation frivole et oisive; c^est le fond du premier alinéa. Cet alinéa est divisé en deux phrases : Dans la première le poète expose au jardinier le sujet qui cause ses mouvemens et ses gestes dans la circonstance où il parle, cVst-à« dire, la peinture en vers des réflexions du jardinier sur les gestes du poète ; dans la seconde , le jardinier répond au poète que le portrait de ses pensées est un projet dont il ne s'aviserait pas s'il fallait qu'il s'occupât comme lui à la culture pénible de son jardin.
Dans le premier alinéa le travail du jardinier est comparé à celui du poète; dans le second, le travail du poète est comparé à celui du jardinier. Le poète, dans le second alinéa, voulant réfuter la réflexion défavorable du jardinieri qui croit la poésie un travail oisif, explique la peine qu'il y a d'exprimer noblement et avec élégance les choses les plus communes et les plus sèches. Cet alinéa est divisé en deux phrases dont la première contient l'explication des difficultés de la poésie, et la seconde exprime la préférence que le jardinier, instruit de ces difficultés, accorde à son travail. La première phrase se termine par un point excla* matif qui marque le sentiment de pitié qui accompagne l'instruction du poète au jardinier, et par lequel il plaint
rîgnorance de ses villageois. La seconde se terniine par un point afârmatif» qui marque la détermination positive du jardinier qui préfère son occupation à celle du poéte^ comme moins pénible.
La conséquence des réflexions précédentes sur les fatigues et les peines du travail considérés dans Tari du jardinier et dans celui du poète; est que la fatigue suit le travail. Ce raisonnement, déduit de Tattention et de la comparaison, exercées successivement sur la sensation qui fait l'objet de la pensée, se décompose en deux alinéas. Dans le premieralinéaduraisonnementquicommence par ces mots, ce approche donc et viens » , le poète après avoir généralisé en principale la conséquence qui découle des réflexions précédentes, ce le travail est nécessaire à Thomme, » décompose celte conséquence, et pour cela il distingue deux sortes de fatigue : celle qui est une suite du travail, et celle qui vient de Toisiveté 5 ce qui forme la division de Talinéa en deux parties. Dans la première sont exposées les causes de la fatigue du poète, qui cependant trouve son bonheur dans la peine; dans la seconde sont développées les suites funestes de Toisive té paresseuse et de la mollesse indolente, les remords, les maladies. De ce contraste des vrais plaisirs que Ton goûte dans le travail, et des remords qui suivent l'oisiveté, le poète conclut que « la pauvre té mâle, active et vigilante est parmi les travaux, moins lasse et plus contente, que la richesse oisive au sein des voluptés. » Cette conséquence du raisonnement termine l'alinéa.
Dans le second alinéa du raisonnement qui commence ainsi : « Je te vais sur cela prouver deux vérités, w le^oôte propose la fin générale et morale de sa pensée, qui est le bonheur de l'homme. Car la pensée est Topération de l'esprit qui détermine un être par des modifications et des rapports relativement à une fin générale ou particulière comprise dans la fin générale. Celte fin morale de toute pensée fait le sentiment moral du raisonnement, qui dans le discours sur des vérités d'intérêt général ou particulier à des peuples ou à des hommes, sesubslilue au raisonnement dans la péroraison, et donne à la pensée les mouvemens
pathétiques qui persuadent et entraînent la volonté vers la fin que se propose loraleur.
Ce second alinéa du raisonnement se divise en deux parties : dans la première, le poète expose la fin positive de sa pensée, « le travail est nécessaire à i'homme pour être heuyeux, » et la fin négative de la pensée, a l'oisiveté fait le malheur de Thomme » ; dans la seconde partie, le poète termine son épilre en renvoyant le jardinier à ses travaux. Le tour quUl donne à cette conclusion est noble et élégant.
Les observations que nous avons faites dans les cornmencemens de l'analyse de cette épitre sur l'usage des signes ponctuatifs, ont dû conduire facilement à Tapplication des principes de la ponctuation aux décompositions des derniers alinéas de Tépitre, Nous allons en rappeler la substance par les définitions suivantes que nous appuierons de nouveaux exemples tirés de Boileau.