CHAPITRE PREMIER
DECOMPOSITION DE LA FACULTE DB PEHSBR.
L^homme est une intelligence servie par des organes, qui la rendent capable de sensations et d'idées, de sentiment et de raisonnement, ou de sentir et de raisonner.
Dès les premiers raomens de son existence, l'homme sent des besoins et désire : le désir détermine la direction des of^anes vers le moyen de fin dont il sent la privation.. Le désir suppose deux choses : l'une de la part de Famé, Fautre de la part du corps.
Le besoin est,dans les organes, le sentiment de la privation d'un moyen de fin nécessaire à leur conservation ou développement ; mais les organes ne peuvent agir vers le moyen de fin, sans être mus par la détermination de l'ame \ le sentiment du besoin se communique donc à Tame, et excite dans elle une sensation de plaisir ou de peine, en conséquence de laquelle elle désire et détermine l'action des organes vers le moyen de fin.
Ainsi, lame n'éprouve de sentiment que par l'action des organes sur elle; et réciproquement, les organes ne sont mis en mouvement que par Faction de lame sur eux. Cette considération nous conduit à distinguer deux états dans les organes : un état passif où ils reçoivent Fim pression des objets extérieurs, et un état actifoù ils se dirigent Ters ces objets. Par la même raison, nous distinguerons deux états dans Famé : un état passif où elle éprouve des sensations par Faction des organes sur elle, et un état actif dans lequel elle agit, ou au dehors d'elle-même par les organes pour recevoir de nouvelles sensations, ou dans elle-même par les moyens artificiels des langues pour démêler les idées dans les sensations. Ainsi, les organes dans leur état passif reçoivent l'action des objets extérieurs par le tact, la vue. Foule ; dans le premier sont enveloppés Fodorat, le goût : ils sentent^ voient, entendent. Dans leur état actif ils agissent sur les objets extérieurs par le
toucher^ le regard et Tauscultation ; ils touchent^ regardent et écoutent.
Ce qui est vrai des organes Test également de Tame. Dans son état pasi^if i>j»£ ^jeççil ie^ imjpf&^m des sens, à Toccasion desquelles elle éprouve des sensations qu'elle perçoit par h perception, .qu'elle cppçoil par TiiUelUgence, et qu'elle entend p^r l'i^ptendenient. Dans son élai dVçMr vite elle ^gjit sur je^ $ensation$ qu*eUje péuHr^ Qê^ p)>fery« p^r l^att^ntiop, qu'elle qompa^e 4^ moyen â^ lf> çQfnp^aiison, et qu elle raisonne par le raisoni;iement»
"Ça. $^^^a|Uon es^ don^ F^tat passif xle l'an^y &mm^ h
{^episée ep ^st TéHat actif. Nous di^^s plus, la pissée «iiVier oppe la sensation ; car penser, ;ç',e$l ^ptir ^e^ s^n&atiaas jej r^i^onix^r le^ idées.
P^i^que la s,ensajtion est le produM ^ l'^^tim des aeni jgUf Tame^ il jei^t ^claîr q^'^Ile «si dai^ Tâip^ ei uw d%,m ^ sei^) et puisque Tidée 03t le prodi^U de ^Vtion de Tame 3]i}r 3es propres çen^tiop^, i\ e»i évjdent qu'elle ua& de lu s^psatiou et qu'elle n'e^tque la sanction démêlée, décompj03ée. 4iD^# Ia ^nsatjon vient h l^ame pi^ lei sem on des sens ^ ainsi Tidée vient de la 3eQ3atii0^« et uoa dei 4mi ^ipjirle?«ep3.
€HÀPITftB fi.
Si r^me dirige }es prgwes^ diss sens, elle peut dpue leur /apprendre ^ décomposf^r se$ sensations et à les maoifesier par Fattouchement, le geste pt le son » i^ignes d*^xpressîoii qui prennent leur origine dan^ le foucbef, le regard «t Fauscultation, et qui s'adressent au tact, ^ la viie et à l'pule. Ces signes constituent Je langage d'acUop.
J)e la conformation de no3 organe^, laquelle e^t la mêw/e dans tous les hommes, parce qu'ils ejLécutent U^ mévMs mouvemens» naissent dpnc les signes naturels du UpgfCfe d'actioFi pu de la vf^éikode p^f laquelle q^s poiUflUtiKsons à décppoposer les o^jejtiii ou plutôt l^s seusatipiu» qw nous
npi)$ ne ]^n9f>ns que nQ$ idëe^. Bientôt catte 9)éibpflf s'étend et se perfectiop^ei en ^jême |emp« q^e |ii pe;)f ^ ^ décQn^pose ,et se développe par les langues.
A^nçi^ Tame décompose ses sensations jen «gissani a^r dehors d'elle-même par les organes dn corps^ Mfis dayif cette fiction de j'ame^ qi^e noi^s appelons fitteniipfi^ les organes agissent^ lame i^e fi^it pl,u$ que {Nantir 3 e|l.e p.çni^iir n^ue^ en quelque sprte^ son actiou.aux organe^; elle /d^i^PÇ son attention par les organes | et elle attend ^ )el|e e^{ ei} attention pour recevoir le$ impressions des sens^ poiir ^notir des afifections de plaisir ojii de peine.
Mais si'^ d*un côté, elle lest maîtresse de l'action de; organes, et si elle peut leur apprendre ^ toucher, à regaràsXy à écouter ; d'un autre coté, ell^ n'est pas maîtresse des sensations que leur action réciproque occasionne dans elle^ et elle ne peut apprendre à sentir^ car popr appren4ref il faut une détermination de la volonté.
L'aijde agit donc par Pattention au dehors d'elle pour dépopnposer les objets au moyen des organes et en recevoir les sensations qui donnent naissance à nos premières idées. Mais cette analyse n'e^l encore que grossière| o^ laisse à peipe entrevoif quelques rayons cje lumièra qu| ne peuvent éclairer imméçiaten^ent la raison, |^Qur qi^e la lumière se giontre, il faut que l'ame agisse au dedans d'elle-même; il fau^ que par la réflexion ellç se ^ende m^r tresse des jiipp^ej5$ions qu'elle a reçues passivement^ qu'^i^Ue les démêle, qu'elle les con^pare, qu'elle les juge, afin de sp connaître elle-même par 1 exercice d,e ses facultés aciivef • Pour découvrir ainsi les idée^ cachées dans les sensations^ el)e a jbespin de chercher de$ se/cours J^ors d'elle dans des auxiliaires qui par lei^r nature $oient to^t-à-f^it étrangers à elle-même, aux idées et aux Sjensations. La riaisQn lui dé* couvrira facilement ces auxiliaires si elle obserye la méthode par laquelle elle a décomposé ses sensations. Or, pour décomposer ses sensations, elle a trouvé dans la conformation des organes les signes naturels dentelle a formé le langage d'action^ et qu'ensuite elle a étendus et perfec-
lionnes par l!attention et Pobservation ; poui* décomposi^r ses idées, il ne s'agira que de modifier les signes natureb et les convertir en signes artificiels ; ce qu'elle exécutera facilement en suivant Tanalogie , qui est la raison de la nature, et le langage d'action la conduira nécessairement à rinvention des langues.
En effet, les signes artificiels ne sont qu'un emploi des signes naturels modifiés par la raison ] ils ont la même origine et le même caractère. Les langues ne sont donc que la représentation du langage d'action.
Ainsi, par l'attention l'ame analyse ses sensations, ses sentimens ; elle va des sensations aux objets qui les ont occasionnés. Par la réflexion elle analyse ses idées, ses perr ceptions de rapport ; elle va des sensations aux idées, et de ses premières idées toutes individuelles, aux idées-conséquences générales et particulières.
Mais par l'attention rien n'est démêlé, rien n'est prononcé, rien n'est distinctement perçu : sensations, idées, jugemens^ raisonnemens, tout est confondu, tout échappe, mais tout] existe. Par la réflexion tout se démêle ; l'idée se trouve dans la sensatioii, le jugement se découvre dans l'idée, le raisonnement se déduit du jugement.
Ainsi, l'amc par l'attention dont le moyen est le langage d'action, n'a qu'un sentiment confus des rapports; mais par la réflexion dont les moyens sont les langues , elle acquiert la perception distincte des rapports.
Los langues sont donc nécessaires pour décomposer la pensée ou pour la développer ; elles sont donc des moyens de développement, des moyens d'analyse» ou, ce qui revient au même, des méthodes analytiques.
Or, si les langues sont nécessaires pour connaître les objets de la pensée, c'est une conséq'uence qu'elles précèdent tout art de penser. Mais s'il est vrai qu'elles précèdent tout art de penser, il ne l'est pas qu'elles soient antérieures à toute pensée^ car la cause existe nécessairement a^ant son moyen : la pensée existant antérieurement à tout signe et indépcndammant de tout langage, se montre successivement dans toutes ses parties par la succession des signes
qui les détachent les unes des autres. La pensée se réduit donc en art par le moyen du langage, et Fart de pen<^er est porté à un degré plus ou moins grand de perfection, suivant que fart de parler est lui-même plus ou moins parfait^ c*est-à -dire, suivant qu'il est plus ou moins propre à .développer les parties de la pensée dans un ordre que Tesprit puisse facilement saisir.