CHAPITRE II
tniTAXB M OMtmPUICÊ»
Le» attributifs sont d^s espèces de mots qai eipriment retendue et It com préhension des notions renfermées dans ridée dusnom. Ils se revêtent des formes Ysriabies du nom pour marquer leur relation avec ce nom dans l'ensemble de renonciation de la pensée ; ils prennent donc sons autant de terminaisons les variations de genre, de nombre et de cas» dans les langues qui les admettent ; par conséquent^ ibse déclinent aous autant de formes que le nom en reçoit dans chaque idiome.
Les règles de la concordance de Tattributif sree le substantif sont fondées sur les mêmes principes que l^nstitntion des diverses yariations du substantif. Pour analyser les usages de k concordance^ il faut donc se conformer aux lois qui Tonl établie ^ car les conséquences sont nécessairement conformes à leurs principes*
Parmi tes huit langues que nous comparons ^ la langue latine est celle qui offre le pluf de variations dans la con* cordanee i e'est à cette langue que nous rapporterons ee que nous avons a dire des intres, relatirement à la sjn* taxe d'accord.
aastas n coseoiMiiea be h'àmnfmr,
h Lorsqu'on seul nom est sujet d'un attrilutif (et nous comprenons sous cette dénomination le déterminatrf et le raodificatif), la concordance estÊicile à éiablin Exemple:
Malus sutor. (Phèdre). Mauvais cordonnier* CoQspecius ve$Vri. (Quinte Çurce). Vee regards» Mala et impia consuetudo. (Cicéron). Une oouAsm^
mauvaisa et im|âe»
Integra Unlea* (Horace). Les voiles entics».
Nulli (ribuno. (Martial). A aucun tribun.
Paralissimum exercitum. (Cornélius Nepos). Une
très belle armée.
Primo audito clamore. (César). Après le premier
bruit entend Ui In quoque génère. (Cicérpn). Dans chaque'genre.
Coram plaribas canibus» (Phèdre). Devant plusieurs chiens.
II. Lorsque plusieurs noms du même genre sont ensemble sujets d*un attributif, cet attributif prend le nombre pluriel dân$ le genre correspondant, parce qi\e plusieurs noms forment un pluriel. Exemple : '
liUpus et agnusy siti eompulsi. (Phèdre). Le loup et
Tagnean poussés par la soif.
Soeero geoeFoquesuffragantibus. (Suétone). Le beau*
père et le gendre donnant leurs suffrages.
Captiv» mater eonjuxque Dariit (Curt). La] mère et
réponse de Darius captives.
III. Le§ genres sont les différentes classes dans lesqueU , les on a divisé les noms spécifiques ou génériques. Lorsque
le discours généralise les individus compris dans Tune de ces classes , il l'indique par le mot genus ^ ciassci qui se sous-entend presque toujours^ et avec lequel les aitribulifs du sujet se metttent en concordance. Exemple ;
Varium et mutabile seniper fœmiîna. (Virgile).
Ce qui veut dire: fœmina (genus hominis) est genus Tariumet mutabile;^ la femme (classe de Thomme espèce de rhoaiïse) est une espèce toujours légère et changeante'*
Facile est înventu îgnis. (Pfaute):
C'est-à dire, îgnis (genus elementorum) est genus facile ÎBWUtu y le fevt (espèce ée» élémens) est une espèoe faeile à trouver ou à èïre trouvée. •
Quelquei^Hs le mot générîqae avec lequel se fait f accord de rattribotsf e^ exprimé* Exemple :
Hûmo hoc animal providum. (Cicéron). L'homme, cet
animal prévoyant.
Genus irritabile poetas. Les poètes, espèce irritable.
Bauzée, dans l'analyse de ces phrases, a suivi la routine des grammairiens ; il sous-entend le mot vague negotium^ au moyen duquel il résout les difficultés de la concordance. C'est une contradiction des principes qu'il a établis dans la distinction des genrjes. Il avait démontré que les genres sont les différentes classes dans lesquelles les langues ont distribué les noms, et que la différence des sexes n'en a point été le motif principal. Il est évident que des principes aussi lumineux forment les lois de la concordance et que suivre d'autres règles dans rap|)lication , c'est une battologie de principes qui renverse la théorie des genres.
Les grammairiens prétendent que 'negotium est sousentendu dans cette phrase de Virgile: Lupus triste stabulis^ le loup chose triste aux bergeries. N'esit il pas naturel de sous-entendre nm/Ti^iZ, comme Gicéron l'a exprimé dans une des phrases précitées : Lupus animale triste stabulisj le loup animal fâcheux, funeste aux bergeries ? Si l'on établit des principes d'après la division des genres, c'est pour trouver les lois de la concordance de l'attributif, car, sans le besoin d'assortir les mots variables par l'accord de leurs formes, la connaissance des genres serait fort inutile, puisqu'on emploie toujours bien le nom sans penser au genre; mais on ne peut lui attribuer aucun déterminatif ni modificatif, âans connaître les principes de la classification des genres d^où viennent les lois de la concordance. C'est donc une inconséquelice de chercher ailleurs les lois de l'accord de l'attributif. Les observations suivantes vont démontrer la fausseté des règles de concordance données par les grammairiens.
IV. Lorsque plusieurs noms de différens genres sont sujets d'un même attributif, le discours les généralise par la concordance sous le genre du nom spécifique dont ils forment chacun une classe différente. Exemple :
Homo et niulier sunt conjuncli. L'homme et la femme sont joints.
Homo et mulier sont deux classes du nom spécifique homo^ qui est du genre masculin, et c'est parce motif que <:b;2/ifnc£t est au genre masculin.
Pater et mater mortui (suppl. sunt.) (Tërence). Le père et la mère sont morts.
Pater et mater sont deux classes du nom spécifique homOf ou plutôt de pater ou parensj masculin, et par ce motif morftti est au masculin.
Agros Tillasque Civiiis intactos sinebat. (Tacite). II laissait entiers (es champs et les maisons de campagne de Civiiis.
feulas est renfermé dans agros, masculin, comme le le lieu contenu dans le contenant^ et intactos est au genre masculin.
D'où il est eVident que le genre masculin renferme le féminin, comme un' principe renferme sa conséquence', comme un genre renferme son espèce ; par conséquent, le genre masculin est le principal et le féminin Taccessoire.
Le genre neutre est une sous-division, une classe du féminin ; le féminin, qui est accessoire relativement au masculin^ est donc principal par rapport au neutre, qui lui est subordonné comme son espèce. Ainsi, lorsqu'un nom neutre et un nom féminin sont ensemble sujets d'un attributif, cet attributif se met au genre féminin. Exemple :
Uxor ejus et mancipium salvae fuerunt. Son épouse
et son esclave furent sauvées.
Uxor ejus, filiae et scorta captas sunt. Ses femmes^ ses
filles et ses courtisanes furent prises.
Lorsqu'un nom masculin, un féminin et un neutre sont sujets d'un même attributif, la concordance prend le genre principal des trois, par conséquent le masculin.
Pater, mater^ filias et mancipia venditi sunt.
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Le père, la nàère, les filles et Les esclaves furent vendus.
ISm minnl Us principes de Pinstitutioa des genres, on déqQuvr^ donc les lois de la concordance et le motif de la préférence accordée au genre masouUn sur le genre fémi-^ nin et au féminin sur le neutre. Il n'eçt donc pas besoin d'imaginer la noblesse des genres, qui est une raison ridicule et fausse, car le féminin est réputé plus noble que le masculin^ puisque, par un sentiment de civilité universelle^ Tbomme cède le pas à la femme et s'avoue son inférieur. Cette raison de noblesse est d'ailleurs un motif qui ne peut entrer dan^ la notion du genre^ parce qu'une raison de politesse n'est point une raison de grammaire; ce sont des notions de nature différente. La prétendue noblesse des personnes dans les prénoms est une chimère tout à fait semblable.
V. Si donc la pluralité des sujets ne désigne pas des classes d'êtres qui soient des espèces renfermées dans le même genre, en sorte qu'en les généralisant on ne puisse les rapporter à aucun genre déterminé qui en $oit le caractère commun, on en forme un genre qui ne^t celui ni de Tun ni de l'autre, un genre neutre. Exemple :
Arcus et calami puero donata, (Virg.) L'arc et les flèches données à Tenfant.
Sacrariiim et laurus fnviolata stetére. (Tit. Lîv.) La chapelle et les lauriers ne furent pas endommagés. Labor et voluptas dissimillima. (Tit. Liv.) Le travail et la sensualité très-dissemblables. Divitiae^ decus et gloria in oculis sita sunt* (Sallusle). Lea rîdiQsaeS) la dignité et la gloire sont exposées aux yeux.
11 est évident qu^en généralisant ces noms^ on forme le mot gênera^ classes, et qu^it est le principe régulateur de la concordance. Beauzée, avec les autres grammairiens, sous-enteQd U Mm ^^^kk k 1^ pJbtee de ^e/icra ; c est
une manière tout'à-fatt fausse d'analyser la concordance de Fattributif.
VL La même loi de généralisation de plusieurs sujets de genres subordonnés, règle la concordance des sujets de cas subordonnés. Le subjectif est le cas principal dont les autres ne sont que des usages particuliers. Si donc plusieurs noms sous différens cas sont sujets d'un même attributifi il faut mettre cet attributif à la forme du cas prin* cipal.
Pharnabasus cum ÂpoUonide et Alhenëgora vincti traduntur. (Q. Curt.)
Pharnabase ayecÀ.pollonide et Alhénagore sont livrés enchaînés.
On volt que ces noms à diSerens cas se généralisent également sous le rapport de la variation numérique*.
VIL Quelquefois un attributif qui parait se rapporter simultanément à plusieurs sujets, les modifie successive* ment Tun après Tautre, et s'accorde seulement avec le plus prochain « en sorte qu'il se sous-'cntend autant de fois qu'il y a d'autres sujets précédenst
Nobis à parentibus vita, patrimonium, tibertas tradita est. (Cic.)
La vie, le patrimoine, ta liberté nous a été donnée par nos parons.
Urbes, pagicapti fuerunt. (Til. Liv.) Les villes, les bourgs furent pris.
Sociîs et rege receplo, (Virg.) Après les compagnons et le roi retrouvé.
La langue française observe tes mémos lois de concordance que le latin. Gela est évident par la traduction des exemples que nous venons de citer.
VIIL La même loi d'observer dans la concordance les principes de Tinstitution des genres^ règle encore la con-
cordancc avec les noms qui , en changeant d^acception , changent de genre.
In Eunuchum suam. (Ter.) C'est-à-dire : in (fabulam suam (nominatam). Eunuchum. Dans (la comédie sienne (nommée) Ennuque: dans son Eunuque.
Centauro invehitur magna. (Virg.) Cest-à-dire : in« vehilur(in navi) magna (nominatâ) Centauro.
Il est porté (sur le vaisseau] grand (nommé) Centaure : Il est monté sur le Centaure.
Daret ut catenis fatale monstrum quse gencrosiùs pe-^ rire quaerens, c'est-à-dire : ut daret catenis ( Cleo* patram) fatale monstrum quae querens perire generosiùs.
IX. Souvent les sujets sont sous-entendus; en les suppléant, on voit que les lois de concordance sont toujours les mêmes.
Expiranti similem ministri excipiunt* (Q. Curt.) Âlinistri excipiunt (regem) similem (homini) expiranti.
Nunquam est fidelis cum potente societas. (Phèd.) : C'est-à-dire, societas (icta)cum (socio) polente nunquam est fidelis.
Pauca respondere, (Cic.) Respondere pauca verba.
X. Le sujet peut être divisé en parties spécifiques et n*être nommé que par ces fragmens. Les noms-quanlitifs qui Texpriment, déposent leur genre naturel pour imposer le sien à l'attributif.
Pars in carcerem acti, pars bcstiis objecti. (Sallust.) Cest-à-dire: divisi suntin partes duas: ii qui sunt
prier pars, in carcerem acti sùnt ; ii qui sunt altéra pars^ besliis objecti sunt.
Samnitium duo millia caesi. (Tit. Liv.) C'est-à-dire : duo millia milites Samnitium caesi sunt.
XL Nous venons de considérer les altribulifs dans leur usage, dans ce quils ont de relatif; nous allons les considérer dans leur nature, dans ce qu'ils ont d'absolu, d'essentiel, et nous les diviserions en déterminatifs et modifica-' tifs.