‹ Grammaire générale: ou, Philosophie des langues, présentant l'analyse de lChapitre 8 sur 96 · CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

CHAPITRE lY

DÉCOMPOSITION piS FACULTÉS DE PXIfSE^,

Nous avons Remontré ^ue les languef son^ Ijes méthodes de décomposer la pensée à nous-ménies et aux autres^; Ajoutons que pour connaître les signes naturels ou artificiels dont elles font U£jBge, il faut analyser les idées, dont ceux-ci sont l'expression immédiate ou médiate^ et que, pour connaître les idées, il faut remonter aux facultés intellectuelles dpnt celles-ci sont le produil, Déçpp?pQS9ns donc les facultés de penser, et niQi^trooç jqu'ajat^iit ^1 y n d'espèces 4'i4^eS; aultant il y a d'espèjc^s d^ piots*

i I. Faeultég ie sentir.

Le besoin, qui est une suite de la conformatioiji de nos organes, est la cause occasionnelle de Taclion de lame sur les facultés du corps, lorsqu'elle les dirige vers un moyen de fin.

Sentir un besoiQ> c^est sentir la privatiou d'une chose quel'ame juge nécessaire à la conservation des organes du corps. Ce sentiment détermine l'ame à dirigiBr les Atcultét du corps Fers Tobjet dont il est privé ; cettie déterminttioa de lame «ur les organes vers le moyen de fin se nomme désir. Le désir enveloppe la direction des fiicultés A^, cofpç, si Tobjet est présent; il n est que la direction des facultés dje Tamay si i'objet est ahaent^

Le déjiir est plus ou moins vif, à proporfion que 1^ aenliaient causé par la privation est fijius ou moins vif» Si le désir e^ vif et continu , s'il détermine avec force et coa» tinuegient la direction de l'ame, il prend le nom de passion.

Lorsque le désir a pour objet deux choses qiie l'ame croit propres à satisfaire le besoin ^ il rapproche çe$ d^uX moyens ae fin^ et porte son action de l'un à l'au^fe pp^r

L(Qj*s<|Ke \^ préféfei)cyç a s^eoti le rsippor^ 4a rjba^ttu 4^ mPffÇQ» de fin v<er3 la salUfactiQo du h^sfm^ Xw^t h^J^çfi |e$ pbstacl^s qui peuv,ejit ^'oppoSiier ^ $a fin, jet déterBUoe 1^ direicjiion de se^ facultés yer^ ^'objijit qu\eUe cjroil kpluf utile à sa fîn^ Pejtte 4éterroîi?ati(?p , qui naît de j^ préfér f^encc, prejad le pom de liberté* Pîaus entend/)^ U liberté morale de Famé, quilne faut pas confondfe ^y^ ]f^ liheffié pbysjque dij ^jp^p»,

La Ifber^é, la pr^fére^Cj^ ^la^s^je^l donc du désir par tpnsforpiatipn. Mais le désir qui est le résuIjUiitde ractivité de rame exiercée sur les organes, ne nai^ point du besoin qui est le sentiment de la privation 4i\xïi çiOTen de fin} ^ est occasioné par Ije besoin-

Âînsi, par rapport au besoin, sentir un besoin^ espérer| délibérer^ constituent le cœur^ par rapport à l'action d^ Tame sur les organeç^ désirer^ préférer^ youlpîri «cQ^stji* tuent la volonté.

Jjà. volonté embrasse donc le désir | la préférjei^cei la liberté ; le cœur embrasse donc le sentiment^ pespérance^ la conscience, jpe cœur est la source de toutes ces faculté^ ; par conséque;at, le cœur enveloppe la volçnté ay,eci^e| prQ« près facultés.

$ II. Facultés de raisonaer pu priopramçot jditef 4e pensar.

Senlir, l^g^V et eptcndre les idées dans les fensatioj^s par r.aitention au moyen des (Nrgai^, voiià pm% ^9^f^ entendement i observer, comparer «I raisonner kff idéfs 4émélépa par la réflexion au moyen 4^f ]#ngu<^« f pi|jà tout QOfre issprit : nous pouvons dire^ vpilà tant nptre éfre, tout ce que noi^ somm^j ^'e$t iMHre ei^iatan^e tout ^ntj^et

Sendr àp^ i^ées ^^ observeri fcar leffei ea$ le méff^Pf cVst avoir des perceptions, c'est avoir des idées composées, des id.ée5 à la formation desquelles ont concouru plusiett|rs de nos facultés intellectuellesel éjl<émeiitairi»s.

Juger des idées ou comparer , c'est encore sentir; c*est sentir des rapports entre nos idëes. Juger n'est point sentir une idée nouvelle, c'est sentir qu'un être, quel qu'il soit, ou plutôt ridée qu'on en a, car nous ne sentons que nos idées, renferme une qualité, une propriété, une t^irconstance quelconque. Or, cette qualité, cette propriété, cette circonstance est elle-même une perception, une idée, puisque c'est une chose sentie. Juger est donc sentir qu'une idée en renferme une autre.

Entendre des idées ou raisonner, c'est encore sentir des rapports; c'est se replier sur le jugement et sur le sentiment pour décomposer leurs opérations,* c'est déduire du rapport senti entre l'être et sa modification, la connexion qui les lie, soit par identité, soit par opposition; c'est substituer au sentiment de rapport une forme nouvelle qui sépare et distingue en idées simples les élémens de l'idée composée; c'est enfin prononcer que la modification existe dans l'être sous certaines circonstances plus ou moins déterminées.

Sentir, juger et entendre ne sont donc qu'une même opération composée, dont la première est le commencement^ l'origine, le principe; la deuxième, la continuation, la génération, le moyen ; la troisième, le développement, la déduction, la fin.

Ces trois modifications de l'entendement sont la source des trois facultés élémentaires de l'esprit : Vattention^ la comparaison, le raisonnement. L'attention, ou si l'on veut, la reflexion, est l'activité par laquelle l'ame réagit sur les sensations occasionnées dans elle par l'impression qu'a faite sur les sens Faction des objets extérieurs.

La comparaison démêle dans le produit de l'attention une idée complexe renfermant une autre idée^ un être sous une détermination ou modification.

Le raisonnement déduit dans la comparaison l'idée du rapport qui identifie l'être avec sa détermination, et il substitue à la forme composée qui les rend complexes dans le jugement, une forme distincte qui leur donne une sorte d'existence dans la pensée.

L'attention est la (acuité primitive de notre esprit, de laquelle la comparaison et le raisonnement ne sont que des transformations.

La comparaison est une modification de Tattention dans laquelle il faut distinguer la perception de Fctre et la circonstance ou manière d être démêlée dans cette perception, ce qui constitue proprement Vidée.

Le raisonnement est une modification de la comparaison y une nouvelle transformation de Tattention, composée de ridée d'être, de Tidée de détermination, puis de Tidée du rapport qui unit ou divise ces deux idées.

Dans la comparaison le rapport est senti par Topération qui remarque une manière dVxister dans Tétre ; il est démêlé dans le raisonnement qui prononce son existence et, par conséquent, Texistence de Têtre sous une détermination ou modification. Cette observation se vérifie dans les formes du conneclif (1) variable (verbe), où ce mot prend au mode-nominal (infinitif) et au mode- modificatif (participe) des formes abstraites de personnes, de nombres et de tems déterminés , parce qu'il exprime seulement le produit de la comparaison au lieu quil est délibéré, cVst- à-dire, dégagé de cette indétermination au mode-positif (indicatif) et aux modes-accessoires du positif ,- parce quHl énonce le produit du raisonnement.

L'esprit embrasse donc toutes les facultés qui naissent de Fattention ou de la réflexion ; le cœur et l'esprit se réunissent dans une seule faculté qui est Vame,

La volonté et Tentendement embrassent toutes les opérations ou actions de Tame et se confondent dans une action plus générale, qui se nomme pensée.

Ainsi, le mot pensée peut se dire, en général, de toutes les opérations de famé et de chacune en particulier^ et le

(1) C^iueUrey lier,'attacher, joindre; d'où l'on a foit, <« amnecter, être en connexion , en liaison , en rapport. Racine : eum^ avec ; nicier^y nouer.

itiàt ame^ de toutes les facultés ôti ptii^iahced 4*tfctiûn qui CoWiposént le èœur et Fe^prît.

La pensée est donc Faction de Famé qui eti* ésif k â)àtrree\ le rëftejHtWï 6u FeirtcTffdètorènf ^ri# dans irrr sétta d*dttîvîié. est Fatftîon* dé Fesprtt qui étf est ht iouree et qui se' pren* otdifïaf*#ement ptfctt ttiXé action nifértie ; cai* Fénteridcflteiï* se dit naturellemeftf du ^éàUfttàt dés àpétÉftom de la fé^ flexTOÉT ; tt («t k ttièm^ë en ^^OMitenifenf ,> (fomtte U mémoire eHe-nûfém^ «SI te fépêiètafte des perceptions de^ Fiaia* gMratton;

Enfin y la volonlé est Faretion du cosiir qui en est le siègcf;

Si FoQ côAsidère la correspondance des facultés do sentir arec ceNcs de réfléchir^ on poucra se convaincre que Fae^ tion de Fune suppose celle de Fautre qui la précède oui la suit 9 mais avec tant de vi^cité et de promptitude que la réactions dé Fune sur Fautre nous échappe, et que nous les croyons confondues avec ùné éeule action j c'est qu*èn eflpely lame qui estui»e substance simple èl indivisible^ embrasse it h fois toutes ces facultés, agh simultanément par tdute se^n activité dont Faction est plus ou moins vive en proportionf dé la vivacité^ de ta sensation excitée eu elle. Sa pen!séé est doïie stmultaBéef et sans division- dai» eHe ; elfe Fenf* brasse d'une seule vue j elle ne peuf s*en rendte compte qu'en la décomposant par les langues ^ selon k sQccèssioiif des objets qui Font occasionée, qu'en détachant ses parties les unes des autres, et en leur donnant une sorte d'existence hors d'elle par les signes du langage.

En décomposant ainsi sa pensée Famé semble se décomposer en diverses substances \ elle se partage, en quelque sorte, en diverses fàcuttés et se distingue en attention^ comparaison, raisonnement, facultés simptes; en îAaagînation , èsprK, fâîsonf, facultés èorli posées; Ces fâcxfffés'ne sont donc point des facultés réetletnem a'utre^ que fkttié f elles ne sont que les noms donnés à son activité dans chaque décomposition de sa pensée ; elles ne sont que des points de vue sous tesqoehf c^ envlsa^ le diversité de sa réflexicm ; en ttn nïcf, étte^ àe ilMiîxfae k9 haUtudès^y Ué ttkeft^^ M facilités d'agir que Famé acquiert par Fexerè)6è de Sètf

ittivUê; cVsi, en effet, ce que désigne le mot faculté. Le» facùfté^ s'engendrent donc Tune de l'autre et sont une» dans Tame qui les enveloppe.

Si nons avons trois espèces de facultés élémentaires , Dô'oâ devons avoir trois sortes d'idées élémentaires : Vidée aéiré\ tidéà de modification y et l idée de rapport ,• et puisque le discours eât la manifestation de nos pensées y nous devons distinguer trois sortes de signes correspondans' : le subsianiif^ le modijicatifei le connectifi

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