‹ Grammaire hébraïqueChapitre 84 sur 289 · AUDE VERBE MORT · texte numérisé non relu

AUDE VERBE MORT

(PARADIGMES: A.)

ARTICLE PREMIER

De la formation du verbe en général.

S 108. La plupart des verbes en hébreu sont ce qu'on appelle des verbes primitifs, C’est à dire qu'ils ne dérivent d'aucune autre racine.

Il y en à cependant un certain nombre qui dérivent d’un substantif (comme chevaucher de cheval, vitrer de vitre) et qu’on a appelés pour cela verbes dénominatifs; par ex. no (saler)

de n° (sel), Don (avoir des songes) de Dion. Comp. $ 118, 9; 115, 4, etc.

$S 109. La langue hébraïque posséde un genre de formes analogue à ce qu’on appelle en grammaire latine verba derivatva, qui descendent du verbe simple et qui en expriment l’action avec un sens modifié (comme wiser et wisiter de voir, abreuver de boire, pencher de pendre). Mais on ne regarde pas ces formations verbales comme des verbes à part; elles se

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produisent en effet d’une manière si générale et si régulière qu’on les traite plutôt comme des dérivations de la racine parallèles au développement du verbe simple. C’est dans ce sens qu’on parle de conjugaisons du verbe hébreu, terme qu’on ne peut employer qu’en faisant complétement abstraction du sens qui s'attache à ce mot dans la grammaire des langues occidentales ?.

S 110. En hébreu la notion des temps et des modes n’est pas séparée d’une manière aussi précise que dans nos langues. Aussi les temps ne sont-ils pas si nettement distingués entre eux; la langue hébraïque n’a pas un passé, un présent et un futur; elle ne regarde le verbe, quant au temps, que sous le point de vue de l’action qui est accomplie et de l’action qui est en train de s’accomplir. Jadis on appelait ces deux formes du verbe: prétérit et futur; mais il vaut mieux les désigner comme parfait et aoriste.

1. La forme du verbe qui exprime l'action comme un fait accompli désignera naturellement le passé. Cependant on peut aussi représenter une action à venir sous le point de vue d’une action arrêtée et accomplie dans l'idée de celui qui parle; c'est alors en hébreu la même forme qu'on emploie, avec une certaine modification ($ 144) ?).

2. La forme du verbe qui exprime l'action comme non-accomplie, sera la forme naturelle pour l’idée du futur. De là l’ancien nom de futur. Mais on peut aussi représenter une action du temps passé comme n'étant pas accomplie en elle-même, mais en train de s'accomplir, dépendant de ce qui la précède et influant sur ce qui

1) Aussi les grammairiens allemands de nos jours préfèrent-ils le remplacer en parlant de plusieurs tiges ou troncs qui sortent de la racine.

2) C’est pourquoi beaucoup de grammairiens modernes donnent à ce temps le nom de perfectum en visant surtout le sens étymologique de ce terme. Si nous adoptons, à leur exemple, le terme de parfait, nous aurons une expression que nous appliquerons sans trop d'embarras à l’hébreu dans un sens plus étendu qu’elle ne l’a en grammaire française, et qui, sans être tout à fait exacte, est pourtant bien plus conforme à l’idée du temps hébreu en question que le terme de prétérit, qui n’en exprime qu'une partie.

Preiswerk, Gram. héb. 5

suit. C'est alors ce qu’on appelle le temps historique. Nos langues, dans ce cas, donnent au verbe la forme du passé; l'hébreu se

sert de l'aoriste, forme ordinaire pour l’action future, toutefois en ayant soin de le caractériser comme narratif par une modification

particulière ($ 143) ‘).

Le verbe bébreu a en outre l’infinitif (en deux formes), l'impératif et le participe.

La flexion distingue, comme dans nos verbes, le singulier, le pluriel et les trois personnes; mais de plus elle à des formes à part pour le féminin de la 2° pers. et de même pour celui de la 3° (excepté au pluriel du parfait).

8 111. Les verbes dont les trois radicales sont des lettres fortes, c'est à dire des lettres qui n’exigent aucune modification dans la flexion, constituent la flexion normale. C’est ce qu’on appelle le verbe fort.

Mais dans beaucoup de verbes l’une ou l’autre des radicales est une lettre faible, ou bien la 3° consonne n’est que la répétition de la deuxième; la flexion de ces verbes subit nécessairement diverses modifications provoquées par la nature de ces lettres. C’est ce qu’on appelle les verbes faibles. Voy. $ 176 et suivants.

1) 11 faut avouer que le terme de futur est trop exclusif et ne convient pas bien à une forme qui, modifiée quelque peu, sert aussi de temps historique. On l’a remplacé par imperfectum, mot qui, dans son sens étymologique, exprime bien l’idée voulue, et qui est le pendant naturel du perfectum, pourvu que les commençants réussissent à faire entièrement abstraction du sens grammatical avec lequel ce mot s’est enraciné

dans leur esprit dès le collége. Mais en français le mot imparfait n’est pas satisfaisant

non plus, car il désigne, dans l’usage de la langue, ce qui n’est pas bien fait. (Littré : nqui n’est pas achevé; à quoi il manque quelque chose pour être parfait") Ces diffcultés sont évitées en adoptant le terme qu’a choisi de Sacy dans sa grammaire arabe, en le motivant ainsi (I, $ 276): ,je nommerai ce temps aoriste, mot dérivé du grec, qui signifie indéfini.“ Il est vrai que le terme d’aoriste, en grec, ne désigne que le temps passé et jamais le futur; néanmoins les commençants parviendront bien plus facilement avec ce terme, qu'avec celui d'émparfait, à se familiariser avec l’idée représentée dans la langue hébraïque par le temps que nous nommons aoriste. 1l est bien entendu que nous ne prenons ce nom que dans son sens purement étymologique,

mb + und, in.

St472. — DES CONJUGAISONS — 67

Arr. I.

Des conjugaisons.

$S 112. La première conjugaison est appelée qal Gp léger, simple). Les quatre autres en dérivent en redoublant une des lettres radicales ou en ajoutant une ou deux lettres à la racine; deux d’entre elles ont une voix active et une voix passive; leur noms sont tirés de l’ancien paradigme ou verbe modèle Sp9 (faire), savoir:

2e niphal ?DE), 3° mél 5ys et son passif pual Sy, 4e hiphil DEN et son passif hophal 2pEr, 5e hitpaëél Can.

1. Quelques conjugaisons peu usitées seront mentionnées plus tard, $ 264 etc.

2. Il n'y a du reste que peu de verbes qui forment toutes les conjugaisons; on ne rencontre par ex. que rarement à la fois le piél et le hiphil de la même racine.

3. Le paradigme Dÿ2, emprunté de la grammaire arabe, fut bientôt abandonné 1) à cause des inconvénients que présente la gutturale Ÿ, et remplacé par 7p2.

4. De même que pour les noms conventionnels des conjugaisons, on emploie encore les lettres de l'ancien paradigme pour désigner les trois radicales du verbe. On appelle verbes ND les verbes dont la première radicale est K (F3XN); verbes 1, ceux dont la deuxième radicale est 1 (B1p); verbes 4e ceux dont la troisième radicale est n (72 3) ; verbes vy, ceux dt la deuxième et la troisième radicales sont la même lettre (229).

1) Déjà par le grammairien juif Moïse Kimchi (fin du 12e siècle) Le Thesaurusg gramm. de J, Buxtorf (commencement du 17e siècle) présente encore 7p2;

bientôt après, Danz (encore au 17e siècle) proposa PDp, paradigme approuvé par Ge-

senius. — Pour les raisons de ce choix, voy. Gesen.-Kautzsch $ 39; Kœnig, Lehrgebœude $ 20. Les raisons pour et contre 792 se contrebalancent à peu de chose près, de sorte

que nous avons cru devoir garder le paradigme précédemment adopté dans cette grammaire.

68 — QAL — $ 113-114

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