DE LA DEUXIÈME ÉDITION
Il faut faire aux méthodes honneur de la marche ferme et l'on peut dire résolue que les recherches scientifiques ont prise dans tous les domaines du savoir; mais il faut aussi faire honneur à ceux qui se laissent diriger par elles. Les bons esprits sont les serviteurs nés des bonnes méthodes, et en obtiennent pour salaire les heureux fruits dont elles sont prodigues. Ce salaire n'a pas manqué à M. Brachet, et la Grammaire historique pousse en avant l'étude de notre langue, étude si négligée jusqu'à présent quant aux origines, à l'histoire, au développement.
Pour les langues, la méthode essentielle est dans la comparaison et la filiation. Tant que l'idée de procéder systématiquement par voie de comparaison et de filiation ne vint pas aux savants, leurs tentatives restèrent illusoires, et on ne sortit guère de la fiction que pour tomber dans l'arbitraire. A première vue, on n'aperçoit pas pourquoi la vraie méthode n'a pas été ap-
IV PREFACE
pliquée depuis longtemps. Quoi de pîus simple et déplus sons la main que d'étudier la comparaison dans le grec et le latin, visiblement si voisins l'un de l'autre, ou d'étudier îa filiation dans le passage du latin aux langues romanes? Si cela s'était fait, au lieu de conceptions vaines et subjectives, les anciens grammairiens nous auraient laissé , dans la linguistique, des cornnif ncements de doctrine de bon aloi, et la science daterait d'eux, non des modernes. Mais cela ne se fit pas; c'est qu'une raison profonde interdisait provisoirement en cette branche du savoir l'accès de la vraie méthode. En vertu d'une solidarité qui domine tout le développement social, ii fallut que les sciences qui, grâce à leur moindre complication, précèdent l'histoire et la linguistique, eussent, par d'éclatants succès, établi la puissance des méthodes positives. Les succès une fois conquis, la puissance une fois manifestée par ses œuvres, il fat facile à l'esprit d'investigation de chasser de l'étude des langues l'esprit de fiction ; et l'intelligence, désormais outillée comme il fallait pour attaquer ce nouveau filon, mit au jour des trésors.
Peut-être on me dira que dans est intervalle s'était produit le grand incident du sanscrit. Certes il est impossible de nier que la singulière trouvaille de ce frère lointain du grec et du latin n'ait projeté un flot de lumière sur l'étude comparative des langues. Mais, même sans lui, les érudits n'auraient pas tardé à saisir le lien qui unit les langues aryennes, et, avec plus de peine et moins de perfection, ils ne s'en seraient pas moins mis en possession de notions décisives dans la