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grammaire, dans l'étymologie, dans la formation gra- ■ duelle des idiomes et dans la filiation des peuples.
M. Brachet explique nettement ce qu'il a voulu l'aire: « Le sujet de ce livre n'est pointla grammaire du vieux « français. L'aucien français ne figure ici qu'à propos « de la langue moderne. L'usage présent dépend de
• l'usage ancien, et ne s'explique que par lui. Le fran-
• çais moderne, sans la langue ancienne, est un arbre
• sans racines; le vieux français, sans la langue mo- « derne, est fin arbre sans ses branches et sans ses « feuilles ; les séparer peut se'laire et s'est l'ait à tort « jusqu'à présent; les avoir réunis est l'originalité de « cette grammaire. De là le titre de Grammaire hisfo- « rique (Préface, page 8). » Je cite et j'approuve. Moimême j'ai combattu pour celte doctrine. Les jeunes gens qui nous remplacent n'en ont pas d'autres; ce qui était débattu est cause gagnée, et le savoir avance entre leurs mains, comme il avarjça entre les nôtres.
« L'on n'arrive, ditM. Brachet, à expliquer les mots « ou les faits grammaticaux que par leur histoire. » Une petite trouvaille me permet d'enîournir une vérification qui n'est pas dénuée d'intérêt, ne serait-ce que parce qu'elle me procure l'occasion de rectifier une erreur de mon Dictionnaire. Au mot cercueil, j'ai adopté l'opinion de ce maître renommé dans l'étude des langues romanes, M. Diez, qui le dérive du germanique sarcj cercueil, rejetant sarcophagus, qui avait le sens de cercueil dans le Jatin du moyen âge. Sa raison est que, dans cercueil, la finale euil indique un diminutif, et que sarcophagulus donnerait non cercueil ou
VI PREFACE
sarcueil, mais sarfail. Pour écarter l'objection d'un si habile étymologiste, ilfallaitun fait positif que je n'avais pas, quand M. Focet de Bernay rencontra, dans une pouillé du quatorzième siècle, ecclesia de sarcophagis, localité dite aujourd'hui Cerqueux, arrondissement de Lisieux (Calvados), et m'en fit part. Gela établit que sarcophagus non-seulement peut donner, mais en fait a donné cerqueux. Maintenant, comme cerqueux représente sarcophagis, dépouillez-le de son s ou x, et vous retombez sur ceraueu, identique aux anciennes formes sarcou, sarcu, sarqueu. Sdrcophagus , avec l'accent sur co, perd, suivant la règle, les deux syllabes finales et atones, et devient sarcou, ou sarcu, ou sarqueu, suivant la vocalisation. De sorte qu'il faut expliquer non pas sarqueu par cercueil, comme fait M. Diez, mais cercueil par sarqueu; la finale euil est Une finale diminutive postérieure.
Les noms de lieux rendent d'incontestables services à l'étymologie, montrant sur place les changements que subissent les mots. C'est ainsi qu'ils ont mis en pleine sécurité l'étymologiste tirant basoche de basilica. Tous les lieux dits en latin basilica se nomment en français basoche. Cela reconnu, on démontre bien vite que la dérivation est parfaitement régulière : dans basilica, l'accent tonique étant sur si, c'est cette syllabe qui est conservée ; Vi atone tombe et l'on a basilca, où, suivant la phonologie française, VI disparaît, donnant lieu par sa chute à un renforcement delà voyelle ; comparez aller, autre, filtrum, feutre, filicaria, fougère.
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Le procédé d'après lequel le français s'est formé du latin est très -simple et très-régulier; M. Brachet le résume ainsi : La syllabe accentuée du mot latin est gardée; la syllabe ou les syllabes qui la suivent, et qui sont atones, sont sacrifiées ; dans les syllabes quila précèdent, la consonne médiane est annulée, et le mot français apparaît. Voyez ligare\ lier; domina, dame; porticus , porche ; sollicitare, soucier, et ainsi à l'infini. Ce procédé est si uniformément observé, qu'on l'appellerait un système s'il n'était pas une opération spontanée et inconsciente.
Il n'est, du reste, dit M. Brachet, que la généralisation de ce qui, au temps même de la latinité, se passait dans le parler populaire. Ge parler disait caldus, au lieu «de calidus; frigdus, au lieu de frigidus; moblis, au lieu de mobilis; postus, au lieu de positus; stablum, au lieu de stabulum; anglus, au lieu de angulus. À ces'transformations, le français ajouta, comme il vient d'être dit, la suppression de la consonne médiane; cela, qui lui est propre, sépare son procédé du procédé italien qui la garde généralement, comme il garde les syllabes atones, faisant fiebole de flebilis, dont le français fit floibe, aujourd'hui faible. De là vient que l'italien représente si fidèlement le type de provenance; plus près du soleil latin, il en reflète bien mieux les rayons que la G-aule, qui ne les rece« vait qu'affaiblis et modifiés à travers son ciel lointain.
Le procédé formatif du français, une fois déterminé, fournit le moyen de reconnaître au premier coup d'œil les mots faits par les lettrés et par les savants à una