‹ Grammaire historique de la langue française;Chapitre 17 sur 181 · TEXTE . TRADUCTION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

TEXTE . TRADUCTION FRANÇAISE

DE LA BIBLE. DU VIIIe SIÈCLE.

Minas (menaces), Manatces

Galea (heaume), Helmo

Tugurium (cabane), Cabanna

Singulariter (seulement), Solamente

Casmentarii (maçons), Macioni

Sindones (linceul), Unciolo

Sagma (somme), Soma, etc....

Cepatois,pourgrossierqu'ilsemble,n'enestpasmoins d'un haut intérêt : c'est le premier monument écrit qui nous reste de notre langue, et il est vieux de onze cents ans; j'ai placé entre parenthèses, à côté du texte de la Bible, la traduction en français moderne ; le lecteur pourra d'un coup d'œil mesurer la distance qui sépare cette langue encore . informe et à peine dégagée des langes latins de l'idiome de Voltaire.

Ce fragment confirme en outre, par une preuve de fait, preuve palpable et incontestée, ce que nous savions déjà par des témoignages indirects, à savoir, que le peuple parlait français au temps de Gharlemagne, et que le fier conquérant germain a dû lui-même s'essayer à parler français. — Tandis que les Eginhard, les Alcuin, les Angilbert et les beaux esprits du temps affectaient de mépriser ce patois informe, qui devait être un jour le français, et lui préféraient la langue latine, l'Église, qui n'avait

pas craint la première d'employer la langue vulgaire, comprit toute l'importance de ce fait accompli : au lieu de l'opposer avec mépris à la langue latine, elle vit que les conséquences de la naissance de cette langue nouvelle ne pouvaient être retardées, et les mit habilement à profit. Elle s'était bornée jusque-là à tolérer, à encourager même l'étude du français chez les prêtres et les missionnaires, presque toujours en communion avec le peuple. Des les dernières années du règne de Charlema^ne, l'£glise fit plus encore; elle imposa au clergé l'étude de la langue vulgaire, mesure nécessaire puisque le peuple ne comprenait plus le latin. En 813, le concile de Tours enjoignit aux prêtres d'expliquer les Saintes Écritures en français,* et ordonna de prêcher désormais en langue française1.

L'Église reconnaissait ainsi l'existence du français, et la mort du latin dans le peuple, comme un fait accompli; et elle s'efforça d'en poursuivre sans retard les -ésultats, avec cette persévérance qui lui est ha< oituelle. Après le concile de Tours, ceux de Reima (813), de Strasbourg (842), d*Arles (851), renouvelèrent sans relâche l'injonction de prêcher en français, jusqu'à ce que la langue vulgaire fût en tous lieux sub< stituée au latin. Sous le tout-puissant patronage de l'Église, l'usage du français gagna rapidement du terrain, et vingt-cinq ans environ après la mort de Charlemagne, nous voyons le français employé comme

i. Charlemagne, qui entretenait avec l'Église des rapports constants, eut certainement connaissance de ces prescriptions, s'il ne les a point inspirées.

langue des négociations politiques dans les fameux serments de Strasbourg que prêtèrent Louis le Germanique à son frère Charles le. Chauve, et l'armée de Charles le Chauve à Louis le Germanique, au mois de mars de l'année 842. Le neveu de Gharlemagne, Nithard, nous les a conservés dans son Histoire des Francs^ qu'il écrivit vers 843, par ordre de Charles le Chauve, dont il était le confident. Les voici l'un et l'autre tels qu'ils nous ont été transmis : * */

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