‹ Grammaire historique de la langue française;Chapitre 4 sur 181 · DE LA DEUXIEME EDITION. ]X · texte numérisé non relu

DE LA DEUXIEME EDITION. ]X

nous servir de type. En fait, nous ne possédons de mots gaulois sous leur forme vraie et authentique que le très-petit nombre de ceux qui nous sont fournis par les inscriptions et par les médailles; mais les noms de lieux sont restés gaulois en beaucoup de points, et, devenus latins, ils sont traités comme latins par la transformation : Ligeris, la Loire, Sequana, la Seine, Pkiavi, le Poitou. Si nous ignorions que, dans Matrôna, iro est bref, et que, dans Turones, ro Test également, le français nous l'apprendrait, car il dit Marne et Tours. Rotomagum, avec l'accent sur tof donne Rouen, absolument comme tout à l'heure sarcophagis a donné Cerqueux. Evidemment, la latinité avait pénétré jusqu'au fond de l'oreille de nos ancêtres.

La phonologie ou phonétique, nouveau mot pour un nouveau point de vue dans l'étude des langues, examine les sons, leurs modifications et leurs transformations. La phonologie française est l'objet du premier livre de la Grammaire de M. Brachet. Il y a été trèsminutieux, et, en disant cela, je fais le véritable éloge de son travail. La phonologie est essentiellement minutieuse ; mais, poussée à son terme, elle récompense le labeur, donnant les règles sûres pour la formation des mots. J'ai lu avec beaucoup de soin ces page» pleines de tant de détails; j'y ai toujours trouvé ce que j'y cherchais, et souvent plus que je n'y cherchais, je veux dire des ensembles qui, résultant du groupement, font voir beaucoup en un coup d'oeil. C'est ainsi que je me suis aperçu (très-petite chose) que, dans l'origine des deux ss françaises, M. Brachet a omis un

PREFACE

cas : il dit qu'elles proviennent soit d'un x laîin, essai, exagium, essaim, examen, soit de deux ss latines, fosse, fossa, casser, quassare; il faut ajouter qu'elles proviennnent aussi de ds, assez, qui représente adsatis, assurer , qui représente ad-securare.

Délié, issu, comme délicat, de delicatus, est l'objet u'une singularité : la forme ancienne n'est point délié, elle est deljé, devgié, dougié, tous mots de deux syllabes, formés très-régulièrement, Yi bref de delicatus disparaissant, et delcatus donnant deljé, en provençal delguat, en espagnol delgado. Mais comment délié, de trois syllabes, qui n'apparaît dans les textes que vers le quinzième siècle, s'est-il formé? A ce moment, delicatus n'aurait fourni que délicat. Pour lever la difficulté, je suis porté à penser que délié est contemporain de deljé ou deugié, que celui-ci a eu la prépondérance aux douzième et treizième siècles, et que, dans la période suivante, délié, qui était seulement éclipsé, a reparu et a complètement banni son rival.

Il est bien vrai que 'f initiale peut provenir d'un v latin, et fois en est un exemple, puisqu'il vient de vice, dit M. Brachet, je dirais plutôt de vicibus, pour expliquer Ys finale. Je sais que cette lettre est, dans plusieurs adverbes, considérée comme purement paragogique par M. Diez et par M. Brachet. Pourtant j'avoue que ce caractère paragogique, évident en plusieurs cas, ne l'est pas dans tous ; et je prends cette occasion d'en dire quelques mots.

Diez, qui, sur ce fait de grammaire romane, comme sur tant d'autres, a le premier appelé l'attention, cite

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