‹ Grammaire historique de la langue française;Chapitre 3 sur 181 · VIII . PREFACE · texte numérisé non relu

VIII . PREFACE

époque où, le latin étant devenu une langue morte, on en ignorait l'accentuation. Ces mots-là portent pour marque d'avoir l'accent tonique placé à la française, non à la latine, et de' conserver la consonne médiane. Ainsi, de delicatus, délié est ancien, et délicat est nouveau; de sollicitare, soucier est ancien, et solliciter est nouveau, et ainsi de suite. Mais ce genre de néologisme n'est pas particulier aux époques relativement récentes; il- s'est pratiqué dès les temps anciens de la langue; et, au douzième siècle, par exemple, on rencontre cogitation, de cogilationem, tandis" qu'à l'origine, cogitare avait donné cuïder, et que la forme française de cogitationem aurait été cuiclaison. Cela fut inévitable à cause de la pénurie de la langue, qui, étant d'origine populaire et rustique, se trouva dénuée d'expressions latines inutiles aux besoins courants de la vie. Ne voit-on pas, au douzième siècle, le traducteur du livre des Psaumes embarrassé- pour rendre innocentent, mettre souvent non-nuisant, et d'autres fois hasarder le néologisme innocent?

A l'époque où le procédé qui fit la langue française s'exerça, les mots gaulois avaient pris la forme latine, et furent traités comme mots latins. Il faut expliquer ce que j'entends ici par mots gaulois. Le gaulois est certainement une langue celtique ; mais dans quel rapport dialectique est-il avec les langues néo -celtiques, c'est-à-dire quelle forme aurait-il prise s'il avait survécu à la conquête romaine ? c'est ce que nous ne savons pas; car le bas-breton est trop douteusement gaulois, est trop mélangé de gallois, pour qu'il puisse

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