CHAPITRE I
PRONOMS PERSONNELS
f Les pronoms personnels latins donnèrent à notre ancienne langue les formes suivantes :
Sujet.. ,
Régime direct..
— indirect
Sujet
Régime direct..
lre personne.
'2e personne.
SINGULIER
tu — tu te — te tibi — toi
PLURIEL
Nos — nous vos — vous Nos — nous vos — vous
EffO
-Je
Me
—me
Mî ■
— moV
3° personne.
Ille — il, ■ Ma —die.
Illum — fr. Ulam — /a.
Mi —lui.
111 i — ils.
fllos. — ils7, ilîas —elles.
Jusqu'à la fin du treizième siècle, la déclinaison à deux cas fut soigneusement observée; je (ego), lu (tu), ?7(ille), servirent exclusivement à exprimer le sujet, — me (me), te (te), le (illum), le régime direct, — moi (mî), toi (tibf), lui (illi), le régime indirect. — Tandis
\. Moi (mî), toi (tibi), soi (sibi) , étaient au onzième siècle»»', t i, si, C'est par l'adjonction du suffixe en à cette forme ancienne qu'ont été formés les pronoms possessifs mi-en, ti-en, si-en. — Tout au contraire de l'usage moderne, les pronoms possessifs étaient suivis, au moyen âge, de l'objet possédé; on disait : le mien frère, la mienne terre, un tien vassal, etc. Celte règle disparut au quatorzième siècle; il nous en reste quelques traces dans les expressions suivantes r un mien cousin, le tien propre, une sienne tante, etc.
2. Tllos à aussi donné eux, qui était els au treizième siècle. «** plus anciennement Us,
que nous disons, par une faute étrange, moi qui lis, toi qui chantes, lui qui vient, mettant ainsi le régime à la place du sujet, — l'ancien français disait correctement Je qui lis (ego qui lego), tu qui chantes (tu qui cantas), il qui vient (ille quivenit), etc.... C'est seulement à partir du quatorzième siècle que s'obscurcit la distinction du sujet et du régime, et que la confusion commence; nous n'avons plus, aujourd'hui de forme spéciale pour le sujet, puisque dans certains cas nous le rendons je, tu, il, dans d'autres par moi, toi, lui. — Un débris de l'ancien usage est resté dans la formule de pratique : Je, soussigné, déclare....
Bien que la formation des pronoms personnels n'offre aucune difficulté, nous dirons quelques mots de leur origine et de leur développement :
1° Je et ego qui semblent si fort éloignés l'un de l'autre, ne sont qu'un seul et même mot. Je est jo dans les textes du treizième siècle, Villehardouin; par exemple ; — au dixième siècle, il est io, et nous ne trouvons plus que la forme eo dans les fameux serments de 842 : eo salvarai cestmeon fradre Karlo (ego salvabo eccistum meum fratrem Karolum). — E{g)o a perdu g et est devenu eo, comme li[g)o est devenu lie, ne{g)o nie, ni(g)ella, nielle, gi{g)antem, géant, etc.... Quant au changement de eo en io, les exemples en sont fort nombreux i — io est devenu jo, comme Dibîonem est devenu Dijon, et goblonem, goupn. Sur le changement très-régulier de i en j voir p^ge 1 15