T initial persiste sans changement
1° T initial d’un mot: talem > tel; tibia > tige, trans > très, triginta > trente (§ 435).
Cas isolés. Le groupe initial TR s’altère parfois en DR ou CR. T y D s’observe dans quelques mots étrangers: tragemata (xpayripam) > dragée; ital. trozza > drosse. — T > C [k] a eu lieu dans tremere, devenu criembre, puis craindre; ce changement a été expliqué par une influence celtique (§ 5). Dans l’argot actuel de Paris, travail, travailler se prononcent cravail, cravailler, voir J. Rictus, Les soliloques du Pauvre. p. 111, 119.
2° T initial d’une syllabe, après une consonne: festa > feste, fête, cantare > chanter, vectura > voiture, virtutem vertu, hosp(i)talem > hôtel, medietatem > moitié.
Cas isolés. T est devenu D (selon § 255) dans adj(u)tare > aider, *bomb(i)tire (pour bombitare) > bondir, cog(i)tare > cuider, *placitare > plaider, sub(i)tanum > soudain; * v o c (i) tare > vuider, vider (§ 455); comp. encore cub- (i)tum > coude, male habitum > malade. T est tombé dans anatem > vfr. ane, conservé dans bec-d’âne ou bédane (§ 99). Antouiller (encore dans Trévoux, 1704) > andouiller, par étymologie populaire; écartiller (dér. de quart) >
écarquiller , selon § 507, 1. ( Aideau (capitellum) est emprunté du prov. capdel.
Remarque. Dans la langue vulgaire moderne, le groupe final -ste devient -sse [s]; on prononce ainsi anarchisse, artisse, capitcilisse, socicilisse, fumisse, journalisse, Ernesse, je resse, Augusse, etc. Notons aussi prétexe pour prétexte. La disparition du t est probablement une des conséquences de l’amuïssement de l’e féminin final (§ 253). On trouve -sse pour -ste déjà dans La payse, chanson d Alphonse Allart, publiée dans les Œuvres poétiques de Chauvin (1825):
Pourquoi donc que t’as l’air si trisse? . . .
On dirait que t’as la jaunisse.
Ces formes sont fréquentes chez H. Monnier: Je suis jusse et d’bon compte ( Paris et la province, p. 123). Je resse chez eux six semaines (ib., p. 322).