T devant
une liquide
finit par s’effacer:
fra tr e m
frère
latronem
larron
mère
nourrir
père
pourrir
petra
pierre
latrocinium
larcin
verre
it(e)rare
errer
but(y)rum
beurre
*p o t (e)ra i o
pourrai
abrot(o)num aurone
rot(u)lare
rouler
plane
ret(i)n a
rêne
Voici comment
on peut se
figurer l’évolution
de la den-
taie: retina > redna > redne > rêne. C’est probablement l’étape spirante qu’on trouve dans les plus vieux textes: fradre (Serments), nodrit (St. Léger), pedre, medre, edrer (St. Alexis); redne (R. de Rou, I, 1485). La vieille Karlamagnus saga norvégienne offre une trace curieuse de cette étape spirante dans le mot arrement (a tr a m en t u m); on y lit au chap. 33 (p. 520): »Nu sa Rollant fietta liô blamanna, ok var hundraô hlutum svartara en aôrir menn«. Si l’on se reporte à l’original français, le ms. d’Oxford donne aux vers 1932 — 33:
Quant Rollanz veit la contredite gent Ki plus sunt neir que nen est arrement.
Ceci paraît prouver que le traducteur a eu sous les yeux un texte plus ancien et datant d’un temps où arrement était encore adrement; ce mot lui a été incompréhensible, et il l’a rendu par l’expression presque homophone de aôrir meurt (les autres hommes). D’où provient la différence entre errer, larron, verre et frère, mère, père? est-ce seulement une différence graphique (comp. § 365, Rem.)?
Mots d’emprunt. Athlète, atlas, litre, matrice, matrone, mètre, neutre, nutritif, patrie, patron, pénétrer, pétrifier, vitrail, etc. Arbitre (arbitrium) existait au moyen âge sous la forme populaire arvoire. Loutre est calqué sur lutra; l’ancienne langue et les patois connaissent loure, leure ( Ro mania , XXXII, 446).
Cas isolés. Sur quelques développements particuliers de TL, voir § 341,3.
384. TS. L’affriquée sourde [ts] (§ 307,3) fut représentée au moyen âge par z: nat(u)s > nez: canut(u)s > chenuz; bonitat(e)s > bonté:; dormit(u)s > dormiz; cantat(u)s, cantates, cantat(i)s > chantez; intus > enz. Peu à peu, l’élément explosif de l’affriquée s’amuït (§ 404,4), et le son composé [ts] devient une simple spirante [s]: nez > nés, chenuz > chenus, bontez > bontés, etc.; cette réduction s’opère en picard (XIIe siècle) plus tôt que dans les autres dialectes. L’orthographe conserve z comme signe du pluriel de certains mots jusqu’au XVIIIe siècle (II3, § 285). Dans la langue moderne, on ne trouve z (< ts) qu’à la deuxième personne du pluriel des verbes: chantez, donnez, avez, et dans assez (ad satis).
Remarque. Devant une palatale, T disparaît sans laisser de trace: natica > nache (§ 401,2, Rem.', -aticum > âge (§ 400,2, Rem.). Sur le développement du groupe TJ, voir § 474.
385. T entre deux consonnes s’amuït, si la dernière des consonnes n’est pas R (§ 313,2): mast(i)care > mâcher, test(i)m onium > témoin, æst(i)mare > vfr. esmer, sept(i)mana > semaine, part(i)cella > parcelle, art(e)misia > armoise, pert(i)ca > perche; *fort(i)mente > vfr. forment. Rappelons aussi les mots d’emprunt asthme [asm], isthme [ism], post-scriptum [poskriptom] (on prononce aussi [postskriptom]), rosbif (de roastbeef), etc.
T reste si la dernière consonne est R: contra > contre; a 1 1 (e) r u m > altre, autre; capistrum > chevestre , chevêtre; slringere > estreindre, étreindre ; ostrea > huistre, huître; mitt(e)re > mettre. Meurdre, meurdrir sont devenus meurtre, meurtrir, sous 1 influence de mort (avec / prononcé).
Dans le groupe STS, c’est la première consonne qui s’amuït: hostis > vfr. oz, præpositus > vfr. prevoz, ecce istos > vfr. ce z.
Sur STJ, voir § 474, s.