IV. T FINAL
387. T final peut être libre ou appuyé. 1° T final libre s’amuït:
aime
n ep o t e m
neveu
gratum
gré
fini tum
fini
scutum
écu
*al n et um
vfr. aunoi
menu
Dans les plus anciens textes, la dentale se conservait comme spirante, sourde [b] ou sonore [9], selon le commencement du mot suivant; on écrit t, rarement d (St. Alexis). Au XIe siècle, la spirante disparaît presque partout de l’orthographe comme de la prononciation: donet > done, gret > gré, perdut > perdu, fut > fu, chantat > chanta, servit > servi, etc. (on la conserve dans quelques patois du Nord et de l’Est jusque dans le XIVe siècle; voir Romania, XXX, 104). Plus tard, on a réintroduit le t dans les verbes après un i ou un u accentué: servit, écrivit, valut, fut (mais chanta, aima, chante, aime, etc.); voir II2, § 53. Pour les noms, la restauration orthographique du t a eu lieu dans salut, autrefois salu, de salutem.
Cas isolé. Sitim > vfr. seicl, sei, et déjà au XIIIe siècle seif (§ 503,j).
Mots d’emprunt. Appétit, attribut, célibat, complet, dévot, discret, érudit, esprit, état, légat, secret, soldat (cf. § 44), statut, subit, etc. Parfois le t final se prononce: accessit, aconit, brut, dot (§ 32), fat, introït, mat, vivat, etc. Un grand nombre de mots
d’emprunt se terminent par un e muet: illicite, implicite, insolite, rite, site, tacite, etc.
2° T final appuyé se conservait au moyen âge: partem > part, amantem > amant, ho stem > ost, septem > set, factum > fait, dictum > dit, fac(i)t > fait, leg(i)t > lit, deb(e)t > deit, etc. Dans la langue moderne, le t final de tous ces mots ne s’entend plus (§ 315); on conserve pourtant, devant une pause et devant une voyelle, quelques traces de l’ancienne prononciation: Dire à quelqu’un son fait [fet] ; Charles sept [set]; il y en a huil [qit], etc.; un guet-apens; un brillant orateur; devant une église; ils sont à moi; vingt hommes; vingt et un; pot-au-feu; mot à mot; un petit homme, etc. (voir Manuel phonétique, § 164). Malgré son amuïssement, le T final primitivement appuyé s’est conservé dans l’écriture, excepté dans plan, altération de plant (subst. verb. de planter ), et repas, qui s’écrivait au moyen âge repast (lat. p a s t u m). Dans marchand (vfr. marchëant ) et lézard (vfr. lesert ), il y a eu confusion de suffixes. T a disparu dans les mots composés babeurre (< bat beurre), chafouin (< chat fouin), morfd (< mort fil), néanmoins (< néant moins), plafond (< plat fond), vaurien (< vaut rien), verjus (< vert jus).
Mots d’emprunt. Est, lest, ouest, zest, Christ, whist, toast, malt, induit. T s’amuït après une voyelle nasale: accent, corpulent, et après un c tombé: conflit, contrat, défet, défunt, édit, effet, objet, préfet, projet, sujet, etc.
Remarque. T appuyé devenu final par l’amuïssement d’un e féminin disparaît souvent dans le parler vulgaire. Les groupes: -iste, -este, -uste, -exte, se réduisent à -isse, -esse, -tisse, -exe; nous en avons donné des exemples cidessus (§ 382,2, Rem.). Ajoutons ici -ecte qui peut se réduire à - eque : V là des insecqu’s par tourbillons (J, Rictus, Les soliloques du Pauvre, p. 182).