IV. C INTERVOCALIQUE
413. Le sort du c intervocalique dépend du lieu de son articulation, c’est-à-dire de la nature des voyelles environnantes (cf. § 397).
1° La postpalatale, qui se trouve devant o, u (voy. -|- co, voy. -f- eu), et devant a après o, u (oca, uca), s’amuït: securum > sëur, sûr; jocat > joue (cf. § 201, Rem.), etc. Il faut admettre que l’explosive postpalatale sourde [k] est d’abord devenue sonore [g]: securo > seguro; comp. le changement de p en b et de / en d (§ 366, s). Ensuite, l’explosive sonore [g] a changé de mode d’articulation et est devenue fricative [y]: seguro > seyuro; comp. le changement de b en u (§ 378) et de d en 5 (§ 394). Le son [y], qui s’entend souvent en espagnol, dans seguro, luego, etc., et qui est très fréquent en danois, s’est finalement amuï: seyuro > seuro > sëur, sûr, comme la dentale correspondante (§ 383, §386). L’amuïssement de la fricative palatale est probablement antérieur au IXe siècle.
2° La médiopalatale, qui se trouve devant a, non précédée de o, u (aca, eca, ica), se change en yod: pacat > paie; deçà num > doyen. Il faut également admettre ici [g] comme étape intermédiaire: b aca > baga; puis la médiopalatale sonore a cessé d’être explosive et est devenue fricative: baga > baja.
3° La prépalatale, qui se trouve devant e, i (uce, oce, ace, ece, ice, uci, oci, aci, eci, ici), devient z] en dégageant un yod: racemum > raisin. Le dégagement du yod est dû à l’étape mouillée par laquelle a dû passer la prépalatale (comp. § 305).
414. Voyelle + CO (CU). Devant une vélaire, le c [k] intervocalique disparaît:
vfr. ëu vfr. ceogne vfr. cëue vfr. cooule, coule vfr. draoncle
*1 a eus ta (pour
1 o c u s t a ) vfr. laouste
S a u cou n a (§ 188, Rem.) Saône s e c u r u m sëur, sûr
*p lacutu m plëu, plu
*t acutum tëu, tu
Rappelons aussi focuin > fou, feu, jocum > *jou, jeu, locum > lou, lieu (§ 201, Rem.), facunt (II2, § 58, 2) > font, etc.
Cas isolés. A côté des formes citées, on en trouve d’autres où le c est représenté par g: Eu (se trouve dans l’ancien nom de lieu Montëu ) — agu, egu, fr. mod. aigu ; de même vfr. aguille (qui devient aiguille, sous l’influence de aigu; cf. § 409). Cëogne — cegogne, cigogne. Cëue — ceguë, ciguë. Coule — cagoule. Draoncle — dragon. Laouste — langouste. Les formes avec g ont été refaites d’après le provençal, sauf cagoule (dialectal) et dragon (savant).
Mots d’emprunt. Crocodile, cuculle, faconde, fécond, lacune, pécune, pellicule, persécution, préconiser, protocole, second, sécurité, etc. Dans quelques mots, on trouve g; voir ci-dessus.
415. Voyelle -)- CA. Il faut distinguer deux cas, selon la nature de la palatale, qui peut être postpalatale (après o, u) ou médiopalatale (après a, e, i).
1° Après o, u, la palatale disparaît:
rauca vfr. roue
a u c a (de a v i s) vfr. oue jocat juee, joue
1 o c a t luee, loue
j o c a r e jouer
locare louer
hoc a n n o vfr. ouan
advocatum foca c i a c a r r u c a 1 a c t u c a
avoue
fouace
charrue
laitue
m an ducat vfr . manjue (pour
mandue; §401,2) v e r r u c a verrue
Cas isolés. Quelques mots présentent un yod entre les deux voyelles. La forme régulière de auca, oue, s’emploie encore au XVIIe siècle; elle a été remplacée par oie qui apparaît au XIVe siècle (Chirurgie de H. de Mondeville); cette forme est dialectale ou due à une influence de oison. Exsuc are > vfr. essuer, remplacé par essuger (comp. § 279, 1). Vocale m > voyelle n’est pas populaire.
Mots d’emprunt. Colloquer, époque, vocation, invoquer, provoquer, suffoquer, éduquer, caduque, nuque, etc. Ducat vient de l’it. ducato; le doublet duché est un dérivé de duc.
2° Si la voyelle précédente c devient yod :
baie
braies
paie
ploie
vfr. froie
nëcare
noyer
’est pas vélaire, mais a, e ou i,
d e c a n u m doyen v i c a r i u ni vfr. noyer p a c a r e payer
p lï c a r e ployer
f r T c a r e vfr. froyer * p r ë c a r e vfr. proyer
M ots d’emprunt. Monacal, placard, décanal, défécation, sécateur, sécant, délicat, pélican, plicatif, complication, bibliothèque, abdiquer, communiquer, etc.; dans plusieurs mots savants, la terminaison -icare est rendue par -ier: édifier, justifier, communier, publier, supplier, etc. Intriyuer vient de l’italien intrigare; la vieille forme française est intriquer (lat* intricare), employé encore au commencement du XVIIe siècle. Cigale (cicada) et viguier (vicarium) viennent du provençal.
3° Si la voyelle précédente est un l ou un ë accentués, elle se combine avec le yod:
arnica amie
mendïcat mendie u r 1 1 c a ortie
fie a vfr. fie
p I c a pie
nëcat vfr. nie * p r ë c a t prie s ë c a t scie
Formation analogique. Dicam devient régulièrement die, qui a été remplacé par dise (II2, § 139, i).
Mots d’emprunt. Figue, du prov. figa, a remplacé l’ancien fie (< lat. fica). Grecque (II2, § 417) est tiré de grec (emprunté à græcus).