‹ Grammaire historique de la langue française (volume 2)Chapitre 196 sur 294 · II. W GERMANIQUE · texte numérisé non relu

II. W GERMANIQUE

454. W initial devient gu [gw]: want > guant, verra > guerra; cette étape se trouve encore en italien: guanlo, guerra, et dans plusieurs patois français (voir la Remarque). En francien, le groupe gu [gw] se simplifie au moyen âge en [g]: vfr. guant > gant; comme l’orthographe est obligée de garder la labiale devant e et i, guerre reste intact malgré la prononciation changée. Voici quelques autres exemples du passage de [w] à [g]: Warda > guarde > garde. Warjan > guarir, garir , guérir. Warnjan > guarnir > garnir. Waht- > guait > guet. Wisa > guise. Waso > guason > gazon. Walthari > Gualtier > Gautier. Warinhari > Guarnier > Garnier. Wilihelm > Guillelme > Guillaume. Widhart > Guiard, etc.

Cas isolés. Dans les mots d’adoption plus récente, le w germanique est rendu par v: néerl. wacharme > vacarme; néerl. wase > vase; néerl. wimpelkin > vilebrequin ; ail. wagenmeister > vaguemestre; ail. walzer > valse; néerl. brandewijn > brandevin, etc.

Remarque 1. Le passage de w à gu [gw], qui s’observe aussi dans d’autres langues (ar. Wadalkebir > esp. Guadalquivir, ar. alwazir > esp. alguacil), a eu lieu assez tard. Le Glossaire de Cassel donne encore wanz (n° 118), et w se conserve intact (ou devient v) dans le Nord et l’Est de la France, en picard, en lorrain et en wallon, où l'on trouve warde, werpir, warnir, want, etc. Le grammairien Sylvius (§ 49, Rem.) atteste que les Picards prononçaient ouaine, ouan, ouage, ouaster, ouastet, ouaire, ouairir, ce que les Français prononcent gaine, gant, gage, gaster, gasteau, gaire, guarir. Bovelles (1533) représente la prononciation picarde par un double w: Wallon, Willaume, Wauthier, wantz, warder, wespe, répondant au français Gallon, Guillaume, etc. R. Estienne emploie ou: »Guarir, le Picard dit ouarir, le Picard dit ouaine ou waine ce que le François dit gaine . . ., ouan ou wan ce que le François dit gan«. (Thurot, II, 253).

Remarque 2. Pour les mots latins où i> a été traité comme le w germanique, voir § 445,i, Cas isolés.

455. La fricative bilabio-palatale q] s’articule avec un frottement très faible et se rapproche beaucoup d’une voyelle: c’est un [y] non syllabique. Elle est ordinairement sonore: lui, buis, nui, muid, etc., mais elle devient partiellement sourde après une consonne sourde: puis, fui, tuile. Elle se présente toujours comme la première partie d’une diphtongue croissante: nuit (noctem), lui (*illui), puits (pu te uni), etc. Dans quelques mots elle est la réduction d’un [y]: vfr. fuir > fuir [fqi:r]; vfr. muet (dér. de mu) > muet [mqe]; vfr. tuer > tuer [tqe]. Comp. § 274,2. Le groupe ui [qi] peut se réduire à [i] ou à [y],

1° Réduction de [qi] à [i]. Exemples: vfr. buigne > bigne, vfr. suiron > siron, eiron, vfr. tremuie > trémie, vfr. vuide > vide (§ 202). A côté de effruiter (dér. de fruit), on a le doublet effriter. Dans l’ancienne langue on trouve bie ( Vaux -de -Vire , p. p. P.-L. Jacob, p. 29) pour buie (= buire) et bisson pour buisson; on hésite de nos jours pour aiguiser entre [egqize] et egize]. La réduction de ui à i paraît fréquente dans les patois; dans le Don Juan de Molière (II, sc. 1) on trouve pisque, pis, depis; ces formes se retrouvent dans les patois d’aujourd’hui et dans l’argot actuel de Paris (voir A. Bruant, Dans ta rue, p. 88, 89, 94, 118).

2° Réduction de [qi] à [y]. Exemples: vfr. buirette > burette; vfr. charcuitier (dér. de char cuite) > charcutier: vfr. cuirée > curée; vfr. escuierie (dér. de escuier) > escuerie > écurie; vfr. fuirole (dér. de fuir) > furole; vfr. luitier (:i:luctare) > lutter: vfr. tuite > lutte; vfr. ruit (dér. de mire, rugir) > rut; vfr. saumuire (de sal et muria) > saumure: vfr. uisine > usine (§ 440).

Remarque. Certains mots se présentent parfois sous la triple forme [qi], [i|, [y]: ainsi, vfr. lambruis, lambris et vfr. lambrus; buire, bire et bure.

B. FRICATIVES DENTALES.

456. Voici d’abord quelques observations sur l’historique des deux fricatives [s] et [z].

1° La fricative sourde [s]. C’était probablement la seule forme connue du latin, où le s a dû se prononcer de la même

manière dans toutes les positions: soror, versa re, rosa, meus. Ce phonème se retrouve dans toutes les langues romanes. Il est très fréquent en français, où il continue, en certains cas, le s latin: soror > sœur, versare > verser ; il provient en outre d’un [k] initial prépalatal: cera > cire [si:r] ; de [kj] : faciam > fusse; de [sj] appuyé: messionem > moisson; de [tj] appuyé: angustia > angoisse.

Orthographe. La fricative sourde s’écrit ordinairement par s: sensé. On trouve aussi ss: passer, fasse, ressort; c: place, source; ç: soupçon; sc: scinder, escient.

2e La fricative sonore [z]. Ce phonème paraît avoir été inconnu au latin, comme il l’est encore au roumain et à l’espagnol. D'un usage restreint en italien, il est fréquent en portugais et en français. Dans cette dernière langue, [z] s’est développé régulièrement, entre deux voyelles, de [s], [sj], [tj] et [k] prépalatal: pausare > poser, hasiare > baiser, ratio n e m > raison, *vecinum > voisin; notre phonème peut aussi provenir d’une assimilation progressive: balsamine [balzamin], ou anticipante: svelte [zvtlt] (à côté de [svdt] et aussi [sftlt]); il reproduit enfin le : de quelques mots d’emprunt: zinc, zèbre, zèle, gaz, amazone.

Remarque. On n'a pas inventé un nouveau signe pour figurer le nouveau phonème [z]; la fricative sonore s’écrit, comme la fricative sourde, par S; ce signe a ainsi une valeur toute différente dans rosa et rose. Dans quelques cas on se sert de z, qui désignait autrefois une affriquée sourde et moins souvent une affriquée sonore (cf. § 307); de là douze, treize, etc. Au XVI le siècle on substitue souvent z à s; on trouve ainsi embrazer (Andromaque, v. 163). Quelques mots ont abandonné s pour z; on écrit ainsi alèze, gazon, suzerain, pour alèse (dér. du vieux verbe alaisier), gason, suserain (dér. de sus); il y a eu longtemps hésitation entre hasarder et hazarder.

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