‹ Grammaire historique de la langue française (volume 2)Chapitre 23 sur 294 · E fermé tonique entravé aboutit à e ouvert [e · texte numérisé non relu

E fermé tonique entravé aboutit à e ouvert [e

capistrum

chevêtre

elle

epïscopum

évêque

cïppum

cep

*pï sca t

pêche

siccum

sec

verge

mettre

dette

messe

nette

fesse

vir(i)dem

vert

espes, remplacé

sëpia (§ 262,a)

sèche

par espeis, espois, espais,

ë s c a vfr.

esche

épais

Sur solïc(u)lum > soleil, etc., voir § 207, 1.

Loi spéciale. Sous l’influence d’un ï post-tonique, é passe à ï (»mélaphonie«): *ï 1 1 ï (formé d’après quï) > il; de la même manière s’expliquent les vieilles formes icil (*eccïllï), ist (*ï s t ï), icist (*e c c ï s 1 1), is (*ï p s ï, dans nëis), venis (v e n ï s 1 1). Comp. § 155.

Mots d’emprunt. Cippe (eomp. cep), crisper (comp. crêper), épître, famille, infirme, etc.

154. La prononciation ouverte de l’e français remontant à l’e fermé du latin vulgaire n’est pas primitive. Dans la Chanson de Roland (laisse CXX), le Couronnement de Louis (laisse V), Aucassin et Nicolete (laisse 21), La Guerre Sainte par Ambroise, (éd. G. Paris; Introd. XXII — XXV), verte, messe, tramete, arceves-

ques, etc., dont Ve remonte à ï, ë, n’assonent ni ne riment avec des mots en è (< ë entravé), ou en e (< a libre; § 170). L'e de vert (viridem), cele (ecce ilia) se prononçant autrement que celui du vfr. pert (përdo), bele (b ë 1 1 a) et du vfr. per (parem), ele (a 1 a), a dû être un e fermé, et il a gardé cette prononciation jusqu’à la fin du XIIe siècle; à celte époque, il a été absorbé par l’e ouvert: messe [messa] > messe [messa], verte [verta] > verte [verta], etc., et les poètes font dès lors assoner ou rimer sec : bec, verge : herbe, elle : belle, verte : perte, etc. La différence entre ces deux e, disparue en francien, s’est conservée dans l’Est de la France, en lorrain et en bourguignon, et nous la retrouvons, par exemple, dans le Midi de la France, en provençal et en italien: l’auteur du Donatz proensals attribue »e estreit« à vertz, cela (ecce ï 1 1 a), cabelhz (capïllus), etc., et »e larg« à covertz, certz, puicelle, etc.; et en italien moderne, secco, guello, verde, messa se prononcent avec »e chiuso«, tandis que terra, sette, bello ont un »e largo«.

155. E fermé tonique libre devient oi, prononcé [wa] ou, surtout après r (cf. § 244), [wa]:

foi

soie

dëbes

dois

doivent

boit

boive

poil

të la

toile

avoir

croire

pois, poids

poivre

Formes analogiques. 11 y a eu substitution de terminaison dans camëlum > vfr. chameil > charnel, chameau, et cand ë 1 a > vfr. chandelle, chandoile > chandelle. Sur le développement de spërat > espoire > espère, etc., voir II2, § 26; sur le changement de conjugaison de gaudëre devenu jouir, etc., voir II2, § 66,a.

Loi spéciale. Sous l’influence d’un i post-tonique, é se change en i: fëcl>fici (Schuchardt, I, 31 1) > fis; p reh en si > prësï > pris; xq nï > vin(s), *tënï > tin(s); vlgïnti > *vînti (cf. it. venti) > *vïnti > vingt; comp. ëbrium > ivre (prov. ivri). Voir § 153.

Remarque. On trouve rj transcrit en i dans boutique (àrcoOijxT)), ithos (rjGoç) et tapis (xaTcrjTiov), d’après la prononciation du bas-grec.

Mots d'emprunt. Décret, fidèle (vfr. feeil, feoil), livre, prophète, secret (vfr. secrei, secroi), etc.

156. La voyelle simple e s’est d’abord diphtonguée en ei ; on disait dans le plus vieux français feit, deis, beit, peil, aveir, peis, seie, deivent, etc. En francien, ei n’est resté que devant les nasales: frein, plein, veine, peine, etc. (voir § 216); dans tous les autres cas, ei passe à oi (§ 157). Pourtant, un certain nombre de dialectes n’ont pas suivi jusqu’au bout cette évolution, et l’étape ei (parfois atténuée en é fermé simple) s’est conservée dans quelques patois modernes; elle se retrouve dans les provinces du Sud-Ouest (Poitou, Aunis, Saintonge, Angoumois), et en Normandie où l’on dit, par exemple, meis ou mes (mois), rei, re (roi), seir, ser (soir), etc. Le mot technique moderne détret pour détreit (étau à main) est une forme dialectale, doublet de détroit. Enfin ei s’est introduit abusivement dans l’orthographe de seize (sëdecim) et treize (trëdecim); les graphies primitives sont seze et treze.

Remarque 1. La double évolution ci-dessus est fort bien expliquée par M: Salverda de Grave (Neophilologus, t. III, pp. 162 et 164). Pour plus de détails nous renvoyons à cet article.

Remarque 2. Ei se retrouve dans quelques mots anglais empruntés au français dès le XIe siècle: heir, veil, conceive, receive, money, tourney, palfrey, etc.; verdict remonte à veir dit (§ 77). Notons aussi les mots allemands allerlei, keinertei , mancherlei, dont la dernière syllabe remonte au vfr. Ici (lëgem),

157. La diphtongue ei passe à oi en francien, comme dans la plupart des autres dialectes (pour les exceptions, voir § 156): fei > foi, deis > dois, beit > boit, creire > croire, etc. Ce passage semble d’abord avoir eu lieu en syllabe faible, et cela dès le Xe siècle (comp. noieds dans ,/onas); puis, il gagne aussi, à des époques différentes dans les différentes régions, la syllabe forte, et au commencement du XIIIe siècle, tout ei s’est changé en oi, prononcé oi [oi], comme le montrent les assonances (joie : voie). Cette prononciation se retrouve encore en anglais (royal, poison); en français, elle s’est conservée à la finale et devant n jusqu’au XVIIe siècle; selon Palsgrave (1530), le oi (oy) de roy, moy, oyndre, etc. se prononçait comme Voy anglais

de boye, coye. Un souvenir de cette articulation de oi se trouve dans le patois picard de nos jours, où l'on dit fro (froid), do (doigt), etc. Comp. les mots allemands Franzose (françois) et Hoboe (hautbois), empruntés probablement au lorrain.

Remarque. Le changement de ei en oi suppose les étapes suivantes: [ei] [fi] > [ai] > [ai] > [oi]. Des modifications identiques ou analogues se trouvent dans les langues germaniques. M. P. Verrier remarque à ce sujet: «Bien que l'écriture n'en ait pas varié, la diphtongue allemande ei est devenue [ai] dans presque tous les pays de langue allemande. L’a long anglais, diphtongué en [ei] depuis relativement si peu de temps, est déjà arrivé à [ai] dans la bouche des cockneys. Si l’on a conservé la graphie ei en francien, alors qu’on prononçait [ai], ce n'était pas seulement par respect pour l’orthographe ancienne, par simple tradition, comme dans le cas de l’ez allemand; c’était surtout pour distinguer entre ei [ai] et ai [f]. Comme la graphie ai représentait déjà par tradition le son [s], il était tout naturel de conserver pour le son [ai] la graphie traditionnelle ei. Quant au passage de [ai] ou [ai] en [oi], on le retrouve aussi, par exemple, dans les patois allemands (pour ei) et dans les patois anglais (pour l’i long, correctement [ai]).«

158. Vers la fin du XIIIe siècle, le groupe oi, quelle qu’en soit l'origine, s’altère et finit par passer à une nouvelle articulation [wf], tout en restant graphiquement intact. Ce développement a probablement eu lieu par les étapes intermédiaires suivantes: [oi] > [oe] > [oe] > [we]. L’existence de la prononciation [we] est attestée:

1° Par la graphie oe, dont on trouve déjà des exemples dans le Roman de la Rose, où apereoeue et recoeve riment avec moeve, noeve. Dans les siècles suivants, cette notation est plus souvent employée, sans pourtant devenir fréquente (comp. P. Meyer, L'Apocalypse en français, p. CCX); au temps de la Renaissance, plusieurs grammairiens, surtout Meigret, Peletier et Ramus, l’adoptent et la recommandent.

Remarque. La graphie oe se retrouve dans ciroène (ceroneum, dér. de cera), qui s’écrivait au moyen âge ciroine, et dans couette, dont on a le doublet orthographique coite (culcita); comp. § 412.

2° Par le témoignage direct des grammairiens; Tb. de Bèze (1584) dit, par exemple: »Oz nisi n habeat adiunclum, non amplius diphthongi, sed triphthongi sono pronuntiatur, nempe ut oai, et diphthongus ai pro ae sive pro e aperto, ut loi, loix, moi, mois, roi, soi, toi, i>oi.«

3° Par des rimes nombreuses, depuis la fin du moyen âge jusqu’au temps de Voltaire: Cloistre : estre (Gaut. de Coincy); toiles : telles, clers : loirs (Villon; voir Rom., XXX, 3(14); accroistre : prestre (Myst. de St. Laurent, v. 2925); commère : boire (Nom . Pathelin, v. 820); angoisse : tesse (Paris, Chansons, p. 84); senestre : cognoistre (Marot); poète : adroite (Régnier, Sat. X); droite : mouète (Garnier, Braclamante, v. 1048); perdrait : maladroit (Corneille, Potyeucte, V, sc. 1); nette : droite (Molière, Les Fâcheux, v. 527); possède : froide ( Dép . am., v. 464); bête : boite (Ec. des maris, v. 520); étroites : retraites (La Fontaine, Fables, III, n° 8); croistre : maistre (Racine, Andromaque, v. 1069); être : croître (Voltaire, Le pauvre diable), etc., etc.

4° La prononciation de oi [we] se rencontre encore au XIXe siècle: on raconte que La Fayette, qui avait conservé les traditions de l’ancienne cour, prononçait (en 1830) le roué pour le roi, et Madame Dupuis (1836) demande expressément la prononciation oè en syllabe faible: cloîtrer, poirier, roitelet. De nos jours, on n’a que de faibles traces de [we] dans quelques noms de lieu. Citons Ouzouer, Ozouer, variantes de Ozoir (Oratorium). La prononciation [we] s’est conservée dans plusieurs patois (le tourangeau, le vendômois, le lorrain, le wallon, etc.) et dans le langage rustique des environs de Paris; elle vit aussi dans le français du Canada et les patois créoles. Comp. les mots étrangers suivants: esp. frambuesa < framboise ; suéd. boett < boîte; ail. adrett, dan. adrœt < adroit.

Remarque. Voici quelques anecdotes démontrant la prononciation [we] vers la fin du XVIIIe siècle: »A la Constituante, le 7 mai 1791, l’abbé Couturier dit: »Moi, je vous cite ma loi, qui est aussi la vôtre. — Une voix à gauche: Malouet. (On rit). — Couturier. Non, ma loi.« — »Au tribunal révolutionnaire, une pauvre femme est victime de sa prononciation. D. A elle demandé si, le 9 de ce mois, en présence de plusieurs citoyens, elle n’a pas dit qu’il fallait un royŸ - R. Qu’elle n’a point parlé de roi, tel qu’était Capel ou tout autre, mais d’un rouet-maître, instrument à filer. Le juge qui l’interrogea mentionne cette réponse sur l’enveloppe du dossier« (Wallon, Histoire du tribunal révolutionnaire, IV , 402: cf. Souriau, L’évolution du vers français p. 45).

159. Dans quelques cas, Ve fermé tonique libre aboutit à [e], que ce son provienne d’une simplification du groupe ci-dessus [we] (sur l’amuïssement de w, voir § 452), ou de l’évolution se-

conduire de la diphtongue ci (cf. § 156 et Salverda de Grave, Ncophilologus, t. III, p. 164). On trouve déjà des traces de celte prononciation au XIIIe siècle {Y Elégie hébraïque de 1288 donne ai>et, apelet); mais elle n’acquiert d’importance qu’au XVIe siècle, où elle devient générale, surtout à la cour, et scandalise les grammairiens, qui presque tous l’attribuent injustement à l’influence italienne. Elle s’emploie à côté de [wt], et il s’établit de bonne heure une distinction entre les deux prononciations. Ainsi, au XVIIe siècle, [e] est surtout propre au parler négligé ou vulgaire, et les chansons s’en moquent :

Qu’on dise courtais pour courtois,

Qu’on parle fronçais pour français,

Ce sont traits dont le perroquet,

Perroquet, perroquet,

Se doit rire dans son caquet.

Ea forme [\ve] était réservée au discours soutenu; Patru (1674) remarque que, devant haranguer la reine de Suède, il a prononcé, suivant l’avis de la Compagnie, l’Académie françoise [fràswe:/,3j, et non pas française. Le passage de [we] à [s] a été suivi par un changement graphique de ai en ai. Nicolas Berain, dans ses Nouvelles remarques sur la langue françoise (Rouen, 1675), avait déjà proposé d’employer ai là où la prononciation était [t] ; mais ce n’est que Voltaire (Zaïre, 1732) qui a réussi à remplacer donnois, donnerois, anglais, etc. par donnais, donnerais et anglais. Cette orthographe, dite de Voltaire, rencontra une vive opposition, et elle n’a été acceptée par l’Académie qu’en 1835 (6e édition).

Ainsi, comme l’a très bien montré M. A. Dauzat (RPhF, XXXV, 128), la prononciation [e], qui s’étend dès le XVe siècle dans la région parisienne et bien au delà, a été longtemps en butte à »la réaction littéraire et conservatrice, appuyée par les grammairiens, l’orthographe (qui avait acclimaté la convention oi = [we]), plus tard les salons. «

La prononciation [t] s’est établie définitivement dans les imparfaits et les conditionnels: avait (habêbat), était, parlait, parlerait, etc. (séries grammaticales qui devaient résister davantage à la réaction savante); — dans quelques noms de nations et de pays: français (vfr. franceis), anglais, milanais ,

polonais, etc. (on a d’un autre côté, danois, suédois, hongrois , et les doublets François, Langlois)-, — enfin dans les mots suivants: Claie (clé la); craie (crëta); dais (dïscum); effraye , cf. effroi; épais (vfr. espeis, qui remplace espes < spïssum); faible (flëbilem); frais (< frois, freis < vba. frise); frayer (frïcare); harnais (mais: blanchir sous le harnois); marais (marois < *marisk); monnaie (monëta); mortaise (vfr. mortoise)-, paraître (par es cere; cf. connaître < cognoscere); raie (rïga); ségrais (secrëtum); taie (thëca), et la terminaison -aie (*-ëta) dans aunaie, cerisaie, chênaie, futaie, etc. (comp. charmoie). — Dans em]>lettc (vfr. emj>loile), il y a eu changement de suffixe. Bets (vfr. roiz < rëtes) n’est qu’une mauvaise orthographe pour rais (comp. II2, § 280, § 365); de la même manière s’expliquent peut-être verre (vfr. voire, veire < vît ru m) et tonnerre (vfr. tonoire, toneire < tonïtrum), dont la graphie correcte serait vaire et tonnaire. Enfin genièvre est une altération inexpliquée de genèvre (Richelet et Furelière), qui provient du vfr. genoivre, geneivre < junïperum.

Remarque. Beaucoup de mots ont longtemps hésité ou hésitent encore entre ai et oi : harnais — harnois, ormuie—ormoie, raide — roide, raideur — roideur, écofrai — écofroi, etc. V. Hugo fait rimer roides avec froides (Les Châtiments, II, n° 3) et françois avec sois (Les Contemplations, I, n° 7). Dans quelques cas, on a conservé les deux formes en leur attribuant un sens et un emploi différents: anglais— Langlois, benêt (benecit < benedictum) — Benoît, français — François. » François , en face de Français, est un témoin précieux du snobisme qui a toujours régné pour la forme des prénoms, la bourgeoisie, puis le peuple calquant leurs prénoms sur le modèle de ceux de la noblesse, la province sur la capitale«. (A. Dauzat, ibid.)

160. Poursuivant son évolution, le groupe [we] s’est changé en [wa] ou [waj. Celte prononciation paraît remonter au moyen âge; on en trouve des traces vagues déjà au XIIIe siècle dans un sermon (p. p. P. Meyer dans le Bulletin de la Soc. des Ane. Textes, 1903, p. 57), où oa a été employé deux fois pour oi : Dont c’est bien voars, et Puet on bien voar. Cette notation, qui semble indiquer la prononciation actuelle, était excessivement rare et probablement dialectale (le sermon cité appartient à la France occidentale); elle ne gagne du terrain qu’au commencement du XVIe siècle, où une preuve curieuse de son existence est fournie par la littérature danoise. La reine Elisabeth, sœur de Charles-Quint, a adressé, pendant les années 1523 — 24,

13 lettres à son malheureux époux, le roi Christian II; dans ces lettres d’une grâce touchante, elle se sert de la langue danoise, qu’elle parlait bien mieux qu’elle ne l’écrivait. Son orthographe est plutôt française; ainsi pour nu (maintenant) elle éçrit nou, pour kan (peut) elle met quan, etc., et le mot suar (réponse) est transcrit par soyr, ce qui ne s’expliquerait pas, si elle ne prononçait pas ai comme [wa]. La même prononciation est nettement indiquée par le grammairien Palsgrave (1530); il dit que quand oy est, à la fin des monosyllabes, suivi de s, t, x, ou, à la fin d’un polysyllabe, devant s ou t, ou, au milieu d’un mot, devant r ou /, 17 se prononce à peu près comme un a, boas, ooax, françoas, disoat, gloare, poalle, poallon. Henri Estienne se moque de cette prononciation, qu’il attribue aux courtisans et au peuple de Paris. Dans sa »Remonstrance avx avtres Covrtisans amateurs du François italianizé et autrement desguisé«, il dit:

Si tanl vous aimez le son doux,

N’estes vous pas bien de grands fous.

De dire ('.house, au lieu de Chose?

De dire Touse, au lieu de l'ose ?

■ Et pour Trois mois dire Trous mous ?

Pour le fuy, vay, le fous, ie vous ?

En la fin vous direz La yuarre,

Place Maubart, frère Piarre.

Th. de Bèze (1584) blâme ceux qui, imitant la prononciation du peuple de Paris, écrivent et prononcent voarre pour verre, foarre pour foirre, troas et Iras pour trois: »Corruptissime vero Parisiensium vulgus Dores TcXaxetdtÇovxaç imitati, pro voirre sive ut alii scribunt verre, foirre, scribunt et pronuntiant voarre et foarre, itidemque pro trois, troas et /ras.« Les grammairiens continuent encore longtemps à réprouver comme vulgaire et »très mauvaise« la prononciation de oi [wa]; cependant, elle gagne toujours du terrain et est regardée comme admissible au XVIIIe siècle. En 1785, Domergue dit que la diphtongue oi présente tantôt le son oa, tantôt le son oè; mais en 1805, le même grammairien condamne absolument l’ancienne prononciation et proteste vivement contre loè, gloère, victoère. Grâce à la grande Révolution, la prononciation vulgaire a fini par remporter la victoire. Elle s’est même introduite dans plusieurs mots qui offraient à l’origine un oë (ou ouë) dissyllabique:

Fouet (dér. de fou < fa g uni); on écrivait fait au XVIe siècle (RPF, II, 119; X, 13; Régnier, Sut. X); Richelet remarque: y>Fouet, prononcez foita. De nos jours, la prononciation [fwa] appartient plutôt au parler un peu négligé. En poésie, fouet ne compte que pour une syllabe, tandis que jouet est dissyllabique.

Moelle (altération de meolle < medulla) se prononce maintenant [mwal]; dans l’ancienne langue on trouve des rimes comme moelle : chandelle (A. d’Aubigné, Tragiques, I, v. 913).

Noël (natalem); la prononciation ordinaire est [nod] ou [nwd]; dans la langue vulgaire [mval]; la prononciation monosyllabique est d’ancienne date (voir Pathelin, v. 1444).

Poêle (pâte 11 a) se prononce [pwal] ou [pwd].

Poète (poeta) s’employait de bonne heure comme dissyllabe (voir Régnier, Macelte, v. 221; d’autres exemples dans Littré); on trouve poétique comme trissyllabe déjà dans Christine de Pisan. La prononciation dialectale [pwat], attestée par Féraud (1761), s’entend encore, mais tend à disparaître.

Le vfr. escoïne > écoine se prononce [ekwan], d’où l’orthographe écouane.

Remarque. Le groupe [wa] paraît pouvoir se simplifier eu [a]. Dans le parler d’Ille-et-Vilaine, le son représenté graphiquement par oi se prononce a; ainsi à ce soir se dit a t'sa, voir se dit va, etc. On en trouve de nombreux exemples dans Decombe, Chansons populaires d'Ille-et-Vilaine, par ex. p. 80: Haie à ta (toi). Tire à ta (toi), Pousse à ma (moi).

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