Observations sur quelques cas particuliers
1° A s’est maintenu intact dans les parfaits de la lr<i conjugaison: chanta (cantavit), porta (porlavit), elc. (II3, § 1(55, s); dans les présents suivants: as (h a b es), a (habet), vas (v a d i s), va (v a d i t, v a d e), vfr. estas (s l a s), vfr. esta (stat), et dans quelques monosyllabes, dont la plupart sont des proclitiques: la (ilia; § 139, i) ; ma, ta, sa (cf. II3, § 537); à (ad); ça (ecce hac); jà (jam), déjà, jamais; là (il lac); car (quare): l’ancien doublet quer a disparu de bonne heure; on avait de même al à côté de el (aliud > *alid).
2° La terminaison -arem donne régulièrement -er: scholarem > vfr. escoler, singularem (porcum) > vfr. senqler, pilarem > vfr. piler, bucculare > vfr. bocler, etc.; les formes modernes écolier, sanglier, pilier, bouclier sont dues à un changement de suffixe (III, § 212).
3° La terminaison -alem donne régulièrement -el dans la vieille langue: mortel, principel, leiiel, journel, etc.; on trouve aussi de bonne heure des formes dites savantes en -al: mortal, principal, leial, journal, qui font concurrence aux autres. La langue moderne a adopté tantôt -el: charnel, hôtel, mortel, naturel, tel; tantôt -al: principal, royal, loyal, féal, et parfois les deux terminaisons: original — originel, sacramental — sacramentel; cf. matériel — matériaux, universel — universaux, journal — journellement.
Il s’agit là peut-être d’une double évolution de la voyelle a diphtonguée. C’est ce que semblent prouver des doubles formes comme: ta! — tel , quai— quel, sal — sel, pal — pel, mal — mel. On a tenté d’expliquer mal par la généralisation de la forme protonique dans des composés comme malfaire, maldire: c’est chose bien difficile, si l’on songe à bienfait, qui offre la forme tonique (Voir Salverda de Grave, Neophilologus, t. III, pp. 162—163).
Remarque. A côté de pal et pel, on a p a 1 u m > pieu ; cette forme semble issue d’un pluriel pieus (palos), peut-être d’origine dialectale. Le même développement a eu lieu dans qualem > vfr. quieu, talem > vfr. tien; ces deux formes s’employaient encore au XVe siècle (Villon; Quinze joies). Phi a la a été remplacé en latin vulgaire par phiola, d'où fiole. Sur le sort de al dans valet et cal et, voir II2, § 25, Rem. Le développement régulier du groupe al -j- consonne sera traité aux §§ 240, 241.