A protonique libre se conserve intact
amour
savoir
avoir
parole
ami
talentum
talent
avril
laver
mari
latronem
larron
manere
manoir
marina
marine
Formes analogiques. Dans les vieilles formes régulières orner, amant, amans, amois, amerai, etc., l’a a été remplacé par ai (§ 298,2); de la même manière, aimable a supplanté omable qui n’est resté que comme prénom. On a conservé amour, amant (subst.) et amé (dans la vieille locution nos ornés et féaux sujets). Rappelons aussi béer (batare) pour baer (comp. bayer, § 279, 1), à cause de bée (batat); voir II-, § 25.
Cas isolés. A s’affaiblit parfois en e féminin devant une voyelle, en particulier u [y] accentué: maturum > mëur, mûr; *habutum > c'a, ca; fatutum > fëu, feu; agurium (§ 188, Rem.) > ëur, heur. Citons aussi: Granarium > grenier sous l’influence de grain (§ 298,2). *Faraio > ferai (cette forme s’explique peut-être par la phonétique syntaxique: si farai > si ferai, selon § 257 ; peut-être aussi ferai (pour fuirai) est-il dû à une interdiction sémantique (J. Gilliéron, RPhF, XXXII, 1 — 65), pour éviter le contact avec le mot fer). Grever remonte à *grëvare pour gravare à cause de *grëvis (§ 118,3). — s’est obscurci en 0 dans natalem > noël-, na tare > * no tare (influence de nauta?) > vfr. noer ; pale lia > poêle, et omelette (encore dans Richelet et Furetière) > omelette. — L’a s’est amuï dans satullum > saoul > soûl (cf. § 270, 1). — Pour a protonique libre précédé d’une palatale, voir § 194.
Mots d’emprunt. Rabiean (esp. rabicano) s’est altéré en rubican. Tabac (esp. tab a co, holl. tabak, d’origine américaine) se prononçait aussi tobac (comp. angl. tobacco, dan. Tobak) au XVIIe siècle (voir Ménage, Observations, p. 244).