II. PALATALE -f A
192. A tonique libre, précédé d’une palatale, aboutit, dans la vieille langue, à ie.
chief
pacare
paiier
chier
pleiier
marchié
preiier
pechier
necare
neiier
carricare
chargier
neiier
manducare
mangier
1 igare
leiier
j udica re
jugier
mendiier
Il en est de même dans tous les cas où la palatale est de formation romane et due au changement d’un i ou d’un e en [j] (§ 262, s), ou au développement d’une consonne mouillée (§ 190,»): com-
meatum > congié; balneare > bagnier (§ 229, i); cochleare
> cuillier; consiliare > conseillier; vigilare > veillier; flagra re > flairier; *im pej orare > empeirier; luctare> luitier ; tractare > traitier ; cogitare > cuidier ; adjutare > aidier ; *amicitatem > amitié ; captiare > chacier ; pretiare > preisier; la x are > laissier ; basiare > baisier, etc.
Remarque. Par analogie, la diphtongue ie a été introduite dans plusieurs verbes où i et e étaient primitivement indépendants; on trouve ainsi, à partir du XIIIe siècle, mari er, oubli-er, cri-er, fi-er rimant en -ier.
193. A partir du XIV‘‘ siècle, cet ie se réduit dans la plupart des cas à e; la réduction est d’origine en partie phonétique, en partie analogique.
1° Par un développement phonétique, ie devient e après les consonnes chuintantes (c/t, g [g]) et les mouillées [p] et [Â]: chief
> chef ', chier > cher, marchié > marché, pechier > pecher, mangiez > mangez, mangierent > mangèrent, conseillier > conseiller, bagnier > bagner (cf. § 229, é), etc. Dans tous ces cas, 17 a été absorbé par la consonne précédente. On trouve encore au XVe, et même au XVIe siècle, des formes telles que chièvre, dangier, tachiê ; mais ce n’est peut-être là qu’une graphie; cf. lieve : achevé (Pathelin, v. 1222 — 23); achieve est une leçon isolée. Au point de vue orthographique, la langue moderne hésite entre ie et e après ill [Â]: aignillier (cf. le verbe aiguiller), groseillier, joaillier, médaillier (cf. le verbe médailler), quincaillier, mais conseiller, oreiller, poulailler, cornouiller, etc.
2 0 Ensuite, par un développement analogique, la même réduction de ie en e a eu lieu dans tous les verbes en -ier où la diphtongue n’était précédée ni d’une consonne chuintante, ni d’une mouillée; cette réduction est due à l’influence des verbes en -er: laissier > laisser, laissié. > laissé, laissiez > laissez, laissèrent > laissèrent; baisier > baiser; aidier > aider; flairier
> flairer, etc.
3° L’ancien ie ne persiste que dans chien, chrétien, ancien, païen, amitié, moitié, pitié (comp. bonté, santé, etc.), et dans les mots en -ier (< -arium; cf. III, § 248): épicier, etc.
Remarque. La diphtongue ie (< lat. a), combinée avec un e féminin suivant, se réduisait à ie dans les dialectes de l’Est et du Nord-Est: manducata > mangiee > mangie; *mansionata > maisniede, maisniee > maisnie; basiata > baisiee > baisie, etc. (comp. § 166, Rem.). Dans le wallon moderne, on dit coutchi (coucher), petchi (pécher), etc.
194. A protonique libre, précédé d’une palatale, devient e féminin :
caballum cheval c a p i 1 1 u m cheveu capistrum chevêtre canutum chenu
camisia chemise c a p r e o l u m chevreuil canalem chenal (§ 173,s) gal(l)ina geline
capitium chevez, -et (§ 346, i)
Pour a protonique entravé (maintenu), voir § 174.
Cas isolés. Chaleur (calorem), chaloir (calere), charogne (*caronia) sont dus respectivement à l’influence de chalt (calidum) et de char (carne m), dont la voyelle entravée s’est conservée régulièrement.
Chanoine, chapitre, chameau, charité, etc. sont demi-savants. Mots d’emprunt. Cadavre, caduc, calice, canal, caverne, etc.