II. E OUVERT. -f L
238. E ouvert suivi d’un / (II) entravé devient [o], écrit eau (rarement au):
h e 1 1 o s cappellos n o v e 1 1 o s pelles
beaux
ehapeaux
nouveaux
peaux
p o r c e 1 1 o s taurellos vitellos helm
pourceaux
taureaux
veaux
heaume
On écrit au pour eau dans gruau (vfr. grueau, gruel, dér. de gru), vautre (vfr. veltre, de veltrum, altération de vertragum) et Guillaume (vfr. Guillelme, de Wilihelm).
Cas isolés. Dans quelques mots, un e inaccentué s’est changé en a: dëlphinum > dalfino > dauphin (prov. dalfin); ëleemosyna > * a 1 m o s i n a > almosne, aumône (prov. a 1m o s n a).
239. Le groupe èl, pour devenir [o], a passé par les étapes suivantes:
1° La voyelle ouverte è s’est diphtonguée en ea: bèls > béais; pèls > peals; novèls > noveals ; hèlme > healme, etc. Cette diphtongaison, qui a eu lieu de très bonne heure, est probablement due à l’articulation palatale de la latérale (g 337).
2° Dans le groupe eal -j- consonne, / s’est vocalisé (§ 343), et l’on a eu la triphtongue eau, accentuée sur a: cf. Thomas : beaus (Aliscans, p. 196). Cette prononciation est encore attestée par quelques grammairiens du commencement du XVIe siècle: Erasme et Meigret (§ 49) affirment qu’il faut dire beao, veao ; mais c’était alors probablement un provincialisme (cf. § 241).
3° La triphtongue eau s’est contractée en eo par la fusion de a et u en un seul son (cf. § 188). Th. de Bèze (1584) dit: «Auditur e clausum cum diphtongo au, quasi scribas eo«. La prononciation eo [ao], générale au XVIe siècle, tombe en désuétude au XVIIe. Elle se retrouve dans le mot d’emprunt portugais chapeo.
4° La diphtongue eo s’est simplifiée en o (cf. £ 268). La première indication de cette prononciation remonte au XVIe siècle. Au témoignage de Saint-Liens (1580), les courtisans prononcent le mot beau comme bail : »Dictio beau, etsi binas
syilabas habere videatur, unica tamen ab aulicis pronuntiatur: ut dicant ac si scriberetur bau.«
Remarque. Dans quelques dialectes du Nord, eau s’est changé en iau, et cette prononciation a aussi été en usage à Paris, surtout dans le’ peuple; les grammairiens des XVIe et XVIIe siècles l’ont signalée et blâmée à plusieurs reprises: elle survit dans certains patois. Dans la langue moderne, on retrouve cette prononciation dans affûtiau (pour affûteau), boutriot (pour boutriau = buutereau), dépiauter (dér. de piau — peuu), fabliau (pour fabteau , dim. de fable), qui sont tous des mots d’emprunt. Rappelons aussi le terme de blason aigliau. Une trace intéressante de la prononciation iau se trouve dans l’anglais beauty [bjuti].