I. ATONES FINALES
248. Toutes les voyelles latines atones finales s’amuïssent, excepté a (cf. § 252):
viginti
vingt
scriptum
écrit
feci
fis
fer
venit
vient
minus
moins
sen tire
sentir
amer
avoir
net
vermes
vers
m uros
murs
debet
doit
caballos
chevaux
La chute de la finale a eu lieu après la transformation des voyelles libres toniques: la tus > lez, opus > uos, ues (cf. angl. use), videt > veit, sedet > siet, autrement, ces voyelles auraient été traitées comme entravées; et après le changement des explosives en fricatives sonores (§ 366,s): trabe(m) > *trave > tref, autrement on aurait eu *trep. Elle était accomplie avant le IXe siècle; les Serments de Strasbourg offrent amur, Christian, commun, salvament, salvar, nul, part, etc.
Mots d’empkunt. Avare, rare, honnête, céleste, chaste, triste, verbe, infirme, etc., etc. sont savants; monde paraît refait, la plus ancienne forme est mont (mundum); déjà dans Ambroise (La guerre sainte), il y a hésitation entre les deux formes.
Fohmations analogiques. Chauve, large, grande, (je) porte, etc. ne remontent pas directement à calvum, largum.
grande ni, porto, porte ni, etc.; elles ont remplacé chauf, lare (II2, § 389), grant (II2, § 385), port (II2, § 115, § 135).
Cas isolés. La loi de la chute de la voyelle finale sonfTre quelques restrictions. Ainsi ü se conserve après la voyelle accentuée dans les mots demi-savants: Deum > dieu, Hebræum
Hébreu. Il en est de même de i, quand cette voyelle a une valeur llexionnelle comme dans c a n t a (v) ï > chantai, potuî
vfr. poi, p lac ni > vfr. ploi. U reste aussi dans quelques mots oii il est séparé de la voyelle accentuée par une palatale: foc u m > fou, feu; jocum > jou, jeu; paucum > pou, peu: caecum > vfr. cieu; fa g u m > vfr. fou (conservé dans fouet); sur -avum, voir § 234.
249. Voyelles d’appui. Tandis que certains groupes de consonnes (spirante -)- explosive) se prononcent parfaitement bien à la fin d’un mot: fustem > fust, fût, artem > art, viridem
> vert, il y en a d’autres qui demandent une voyelle d’appui. Cette voyelle est, ou la continuation affaiblie de la voyelle latine: pat rem > pedre, père, ou un nouveau développement, une voyelle accessoire (§ 495): s e m p e r > vfr. sempre. La voyelle d’appui est notée indifféremment par e, o ou a dans les Serments de Strasbourg; à côté de fradre, altre, Karle, on trouve poblo, nostro, Karlo, fradra, sendra, ce qui montre la difficulté que trouve le scribe à représenter graphiquement ce son nouveau, inconnu au latin, et qui était probablement la voyelle neutre [a] (comp. § 162, Rem.). Les groupes de consonnes qui demandent une voyelle d’appui, sont ou primaires, comme dans pat rem > pedre > père, ou secondaires, comme dans major > maire, modulum > modle, mole, moule. Nous examinerons séparément les paroxytons et les proparoxytons.
Remarque. Une voyelle d’appui est parfois nécessaire devant un groupe de consonnes: vendunt > vendent, placent > plaisent , ‘voient > veulent (comp. voluntatem > vfr. volenté, changé en volonté; § 256. s).