‹ Grammaire historique de la langue française (volume 3)Chapitre 100 sur 124 · INFLUENCE DU SENS · texte numérisé non relu

INFLUENCE DU SENS

708. De même que le sens d'un mot peut en déterminer le genre, il est aussi capable de le changer. Voici les cas principaux :

1® Quand il y a désaccord entre le sexe naturel et le genre grammatical, celui-ci peut modifier celui-là. Ce phénomène s'observe surtout dans les cas où des noms abstraits ou des noms de choses s'emploient comme noms de personnes ; ainsi de une enseigne on tire un enseigne (voir § 709).

2® Un mot employé dans certaines combinaisons qui en modifient le sens, peut changer de genre; on dit une chose très belle mais quelque chose plus beau que la vie (voir § 711).

3® Le genre d'un mot peut être changé sous l'influence d'un autre mot qui offre le même sens ou le sens inverse (voir § 712).

709. Changement de sens. Plusieurs mots désignant soit une chose, soit une notion abstraite, s'emploient parfois aussi comme noms de personnes; dans ce cas, le mot, s'il est féminin, peut changer de genre ou garder son genre étymologique. Ainsi, à côté de une trompette on a formé un tronn" pette, pour désigner l'homme qui joue de cet instrument. Mais pour harpe par exemple on n*a pas créé de forme masculine correspondante. Voici d'abord quelques exemples où le nouvel emploi a amené un changement de genre; nous laissons de côté les cas où la forme du mot a été modifiée avec le genre, comme dans un patte-pelu (voir II, § 394).

Aide. — Une aide, action d'aider; d'où un aide, celui qui aide.

Barbe, — De la barbe (lat. barba) on a tiré le barbe, mot employé chez les Vaudois pour désigner le médecin (voir les exemples de Littré). Le même mot est employé ailleurs comme titre de respect, la barbe étant regardée comme un signe de sagesse et de gravité. C'est ainsi que i7 barba dans les dialectes septentrionaux de Tltalie s'emploie pour oncle; le roi Victor Emmanuel se signait souvent dans les lettres à ses amis, Barba Vitlorio. Cet emploi est d'ancienne date; nous le trouvons chez Dante (ParadisOy XIX, v. 136), et déjà l'édit du roi Rotharic prête le même sens à barba avec l'addition explicative »quod est patruust. Le mot faisait au génitif barban i s (II, § 241); comp. barbano, forme collatérale, générale au nord de l'Italie. ^

Camarade, — Une camarade (esp. camarada), chambrée, d'où un camarade, proprement homme de chambrée, puis compagnon, ami; le sens primitif du mot était en usage au XVI^ siècle.

Carmagnole. — Une carmagnole, sorte de vêtement devenue populaire pendant la première révolution, d'où un carmagnole, révolutionnaire qui portait ce vêtement.

Chose, — Ce mot devient masculin dans le langage familier quand il s^emploie d'une manière neutre pour désigner un homme qu'on ne veut pas ou ne peut pas nommer; on se rappelle le titre d'un beau roman de Daudet: Le petit Chose, Sur chose employé comme pronom, voir § 711.

Cornette. — Une cornette, diminutif de corne, pavillon, d'où un cornette, celui qui porte la cornette.

Enseigne. Une enseigne (lat. insignia) d'où un enseigne, Tofficier qui porte l'enseigne.

Garde. — Une garde, d'où un garde, celui qui garde.

Grand-croix. — Une grand-croix, d'où un grand-croix, celui qui porte cette décoration.

Guide. — Une guide (postverbal de guider), lanière de cuir qui sert à diriger les chevaux, d'où un guide, celui qui guide ou accompagne. Dans. ce dernier sens le mot était des deux genres au grand siècle; dans les titres de livres il est resté féminin encore au XVIII* siècle, et ce n'est qu'en 1835 que l'Académie a abandonné cet usage et officiellement remplacé

par ex.: ^La guide des pécheurst (comp. Régnier, Mazettey v. 2) par *Le guide des pécheurs*.

Justice. — De la justice (lat. justitia) on a tiré le justice, haut magistrat espagnol (voir Littré, s. v,, n'' 14).

Manœuvre. — Une manœuvre (du lat. pop. manu opéra), d'où un manœuvre, ouvrier qui fait de gros ouvrages.

Nourrisson. — Ce mot, dont la forme primitive est norreçon (lat. nutritionem), est maintenant masculin, et ce genre inétymologique est dû au changement de sens. Au moyen âge, il était féminin et avait la signification de 'nourriture'.

Paillasse. — Une paillasse (dér. de paille; comp. § 178) d'où un paillasse, celui qui est vêtu d'une toile à paillasse, bateleur.

Poesté. — Ce vieux mot, qui vient du lat. potestatem, signifiait puissance. Il avait aussi le sens de 'seigneur'. On lit dans Li Trésors de Brunetto Latini: »I1 est voirs que vos m'avez eleu poesté et fait seignor de vosc II ne ressort pas de cet exemple si le mot avait changé de genre, comme en italien où l'on dit i7 podestà.

Prison. — Une prison (lat. prehensionem), d'où un prison, celui qui est enfermé dans la prison; ce mot, assez général au moyen âge, a été remplacé par prisonnier. On dit encore le prison dans le parler vulgaire de plusieurs localités (Mons, Roubaix).

Trompette, — Une trompette (dér. de trompe), d'où un trompette, celui qui sonne de la trompette.

Ajoutons le mot italien féminin pagnotta, proprement un petit pain rond, puis gage, payement; on dit par ex. scrivere per la pagnotta; le mot a passé en français où il a été appliqué par dérision à des soldats d'occasion qui se louaient pour un pain, et ce nouveau sens a amené un nouveau genre: on pagnote.

Remarque l. Un développement pareil s'observe dans les autres langues romanes. Rappelons pour Titalien: i7 camerata^ il cornetta, il prigione, et pour l'espagnol: el ayuda^ el camarada, el corneta, el espada (toréador), el espia (espion), el guarda, el guardia^ el gu(a, el jutticiay el trompeta.

Remarque 2. Poinçon (punctionem) est masculin; il aurait dû être féminin, mais c'est probablement le passage du sens abstrait au sens concret qui a amené ce changement. En latin, unio était féminin au sens d'union, mais masculin au sens de perle ou de bulbe, ce qui explique le français un oignon.

710. Dans d'autres cas le changement de sens n'est pas accompagné d'un changement correspondant de genre. Âmsi basse, caution y connaissance, dupe, flûlCy harpe, lance, pratique, recrue, vigie sont toujours féminins, même quand ils sont employés comme désignation d'un homme. Le même manque d'accord entre le genre grammatical et le sexe naturel se trouve dans estafette et sentinelle. On constate parfois des hésitations sur le genre. Exemples:

Une dupe, huppe; comme cet oiseau est censé très stupide, on emploie aussi le mot au figuré pour désigner une personne naïve et trompée sans changement de genre: i7 est ma dupe. Pourtant La Fontaine a risqué un dupe {Fables, IX, 8).

Une peste (emprunté du lat. pestis), maladie épidémique et homme pernicieux; dans ce dernier sens on a dit autrefois un petit peste en parlant d'un garçon malicieux.

Une recrue, accroissance et ce qui vient compléter une troupe: un soldat de recrue ou une recrue pour le soldat nouvellement enrôlé. Le peuple dit parfois un recrue.

Une sentinelle (emprunté de l'it. sentinella). Les poètes emploient parfois ce mot au masculin: Sur leurs corps et leurs ailes Brillent des yeux sans nombre, assidus sentinelles (Delille, Paradis perdu, XI).

711. Changement d'emploi. Les substantifs âme, chose, personne, rien sont souvent à regarder comme des neutres logiques grâce à leur emploi comme pronoms indéfinis ou aux autres fonctions spéciales qui leur sont attribuées. Dans ces cas leur genre étymologique est changé contre le masculin.

Ame se combinait souvent dans la vieille langue avec aucun et nul et ces combinaisons prenaient le sens de nemo. Employé de cette manière, le mot devenait masculin, on disait aucun âme et nul âme; pour les exemples, voir le glossaire des Miracles de Nostre Dame.

Chose, combiné avec quelque ou autre, s'emploie au sens de aliquid, aliud; cet emploi- neutre en a changé le genre: Quelque chose est arrivé. Ils ont quelque chose plus beau que la vie (Daudet, Helmont, p. 104). Quelque chose est promis, et vous verrez qu'autre chose sera fait. Pour savoir quelque chose il faut l'avoir appris. On dit également: Le quelque chose habillé de blanc (Zola, Lourdes, p. 105). La combinaison quelque chose a

le vieux pronom alqae (II, § 576, t) comme autre chose a remplacé el (II, § 576, s). Pour le genre on hésitait au XVIP siècle; le féminin se trouve par ex. dans Corneille et Molière: Je vous voulais tantôt proposer quelque chose: Mais il n*est plus besoin que je vous la propose, Car elle est impossible (Le Menteur, v. 961). Cela n'est-il pas merveilleux que j'aie quelque chose dans la tête qui pense cent choses différentes en un moment et fait de mon corps tout ce qu'elle veut (Dom Juan, III, se. 1). Rappelons enfin les vers connus d'Âceilly:

Ois-Je quelque chose assez beUef L'antiquité tout eu cervelle Prétend Tavoir dite avant moi.

Pourtant déjà en 1647 Vaugelas avait demandé que quelque chose fût construit avec le masculin, en observant que »ces deux mots font comme un neutret (Remarques, I, 354). Il est inutile d'ajouter que chose garde son genre étymologique dans des phrases telles que : Quelque chose que je lui aie dite, je n'ai pu le convaincre. Quelle autre chose voulez-vous de moif Demandez-moi toute autre chose.

Personne (lat. perso na), combiné avec ne, est devenu un pronom indéfini négatif, correspondant au latin nemo. Dans cet emploi il est du masculin dans la langue moderne: personne n'est parfait; personne n'^est venu. Pourtant si le sens le demande, personne peut garder son genre étymologique: Personne n'était plus belle que Cléopâtre, Personne n'est plus que moi votre obligée. Autrefois personne était toujours du féminin : Personne n'est desprisée (Montaigne).

Rien (lat. rem) est originairement un substantif féminin, et il garde son genre, même quand il est employé comme pronom : Pour savoir se de li seroit riens retrouvée (Berte aus grans piéSy V. 2465). Depuis longtemps le mot a été regardé comme un neutre logique et est devenu masculin. On dit dans la langue moderne: Rien n'est arrivé; rien n'est plus beau que ce site. Au moyen âge la combinaison nule rien, où rien gardait son genre étymologique, était regardée comme une unité équivalant à >nihilc et qui demandait le neutre: Nule rien qu'il demandent ne lor est demoret (Pèlerinage Charlemagne, v. 247).

712. Mots parallèles. Nous entendons par celte expression des mots qui ofifrent un sens parallèle ou un sens contraire et qui sont parfois unis dans des combinaisons plus ou moins figées. Ces mots s'influencent facilement pour les phonèmes et pour la forme (I, § 118,8,4); nous allons voir qu'ils s'empruntent aussi le genre:

Après-midi est régulièrement masculin; on le fait aussi féminin sous rinfluence des vieilles formes après-dînée, aprèssoupécy qui ont aussi influencé le genre de après-dînery aprèssouper.

Automne, autrefois féminin (§ 726), est devenu masculin dans la langue moderne sous l'influence des noms des autres saisons (un étéy un printemps, un hiuer).

Cloaque, emprunté du latin cloaca; au XVI* siècle il était des deux genres, mais le genre masculin l'emporte sous l'influence du synonyme un égout Le genre féminin ne vit plus que dans l'expression archéologique /a ^ranc/^ c/oaçue (cloaca maxima).

Di (lat. dies) était masculin dans la vieille langue, et le même genre est employé dans toutes les autres langues romanes excepté le roumain (comp. esp. buenos dlas et roum. bunà. ziuà). Le mot est encore masculin dans les combinaisons midi, lundi, mardi, mercredi, etc. Au moyen âge on disait tote di ce qui est une formation analogiquie faite sur tote nuit (l'allemand présente l'analogie inverse: des Nachts conformément à des Tages). Rappelons aussi qu'on trouve parfois dans les vieux textes la graphie miedi faite sur mienuit.

Dimanche, pour diemenche (I, § 271,»), était des deux genres dans la vieille langue. Le genre masculin est probablement dû à l'influence des noms des autres jours de la semaine: le mardi, le jeudi, etc. Dans le parler actuel de Genève on dit la dimanche.

Été, voir § 672.

Cent (du lat. g en te m) est régulièrement féminin; employé au pluriel le mot est devenu synonyme de 'hommes', ce qui a amené un changement de genre. Exemples: Gens mortz (Ambroise, Guerre sainte, v. 2904). Gent malement entechiez (ib,, V. 2562). Tous ses gens sont passez (Jehan de Paris, p. 77), etc. Dans la Syntaxe nous nous occuperons plus en détail de la lutte, continuée jusqu'à nos jours, entre le genre propre du mot

et le genre de l'idée qu'il exprime. Les phrases suivantes montreront les règles arbitraires et peu rationnelles que suit la langue moderne: De vieilles gens. Des gens résolus. Les meilleures gens que j'aie jamais vus. Instruits par Vexpérience les vieilles gens sont prudents. Tous les honnêtes gens. Toutes les vieilles gens. Tous les gens de cœur. Gens est toujours masculin quand il désigne une profession, une qualité: Gens de lettres, gens de guerre, gens de cour. Ces règles compliquées, dont déjà Vaugelas (Remarques, II, 191) s^était occupé, remontent assez haut; en voici un exemple du XV* siècle: Telles vieilles gens deviennent jalons (Quinze joies de mariage, p. 178). Selon l'Arrêté ministériel du 26 février 1901 on tolérera maintenant l'accord au féminin dans tous les cas avec gens; il est ainsi permis de dire et d'écrire: Instruits ou instruites par F expérience, les vieilles gens sont soupçonneux ou soupçonneuses. Cette liberté n'est guère heureuse et va contre le génie de la langue. Aujourd'hui, gens est évidemment à regarder comme un mot masculin, le genre féminin se trouvant surtout dans quelques combinaisons toutes faites où l'adjectif fait corps avec le substantif. Voici quelques observations intéressantes de M. É. Rodhe: »Le français vivant exige la tournure : Instruits par l'expérience les vieilles gens sont soupçonneux. Sans doute de pareilles constructions sont le résultat de l'enseignement grammatical des écoles; mais il faut reconnaître que l'usage actuel n'a pas tout à fait tort. Les tournures féminines comme les vieilles gens, les petites gens, les bonnes gens, les méchantes gens, certaines gens, et quelques autres du même genre (le tfombre en est assez restreint) sont, pour la conscience des Français actuels, des tournures stéréotypées, des expressions simples équivalant à: 'les vieillards, les petits, les bons, les méchants', etc. Elles représentent des* individus des deux sexes, et comme on enseigne dans les écoles et dans les grammaires que le masculin l'emporte sur le féminin, il est tout naturel qu'on dise : les vieilles gens sont soupçonneux de même qu'on dirait les vieilles femmes et les vieux hommes sont soupçonneux. . . . Selon nous, au lieu de restaurer le passé — ce que semble vouloir faire l'Arrêté, — il faudrait marcher au contraire dans le sens des tendances actuelles de la langue, restreindre le féminin à certains cas où l'adjectif est lié à son substantif, mais faire dire et écrire tous les vieilles gens, comme on dit et écrit tous les braves gens. A plus

forte raison faut-il de toute nécessité le masculin dans l'exemple cité plus haut. Les vieilles gens sont soupçonneuses éveillerait inévitablement dans Tesprit de tout Français l'idée de vieilles femmes, ce qui serait un contresens, puisqu'on veut exprimer une collectivité! (La nouvelle réforme de F orthographe et de la syntaxe françaises. Lund, 1900. P. 41 — 42).

Glaive f altération du lat. gladius (voir I, § 5, 525) est ordinairement masculin. On trouve quelquefois dans la vieille langue une glaive, où il faut probablement voir Tinfluence de une épée,

Loire (Liger) est devenu féminin sous Tinfluence d'autres noms de fleuves comme la Seine, la Marne, la Garonne. Il était masculin encore au commencement du XVI*' siècle.

Mer, voir § 672.

Mi août est féminin comme tous les composés de wii suivis d'un nom de mois ou du mot carême; ont dit ainsi la mi-maij la mi septembre, la mi-carême, etc. Cette particularité remonte au moyen âge où Ton trouve par ex. la miaoust (Chevalier au lion, V. 2679). Le genre féminin s'explique peut-être par une influence de la mienuit.

Minuit, au moyen âge mie nuit (I, § 271,»), est primitivement féminin. On commence à dire le minuit au XVI* siècle, et il y avait hésitation entre les deux genres encore au XVII* siècle. Vaugelas (Remarques, l, 158) défend la locution sur le minuit contre ceux qui demandent sur la minuit. Ménage ne connaît pour notre mot que le ^enre masculin. Ce changement est dû à l'influence analogique de midi. La minuit s'emploie encore dans la poésie populaire: Quand s'est venu sur la minuit, La belle pleure dedans son lit (Romania, X, 365).

Noël (lat. natalis) est ordinairement masculin. Cependant on dit aussi la noël dans la plupart des parlers populaires et le genre féminin a même pénétré dans la littérature: La noël de Jean Rumengol (Anatole Le Braz, Vieilles histoires du pays breton). C'est le mot fête qui a provoqué le changement de genre.

Pâque, emprunté du lat. pascha. Ce mot est féminin au singulier quand il désigne la fête des Juifs: faire la Pâque. Au pluriel il se dit de la fête chrétienne et garde le genre étymologique dans les deux expressions Pâques fleuries et faire

de bonnes Pâques; partout ailleurs il est traité comme un mot masculin et singulier, probablement sous l'influence de noël. On dit ainsi : Pâques a été tardif cette année, Pâques a été beau. Quand Pâques sera venu. On a hésité s'il fallait dire à Pâques prochain(s)^ ou à Pâques prochaines; les deux tournures sont un peu vieillies maintenant; on les évite et on les remplace par: aux prochaines fêtes (ou vacances) de Pâques.

Patenôtre (lat. paternoster) est devenu féminin sous Tinfluence du mot prière. C'est cette même influence qui a fait dire une credo au moyen âge (comp. en allemand das Voterunser d'après das Gebet). Ajoutons qu'on dit dans le peuple le patenôte.

Personne (lat. persona) est régulièrement féminin. Pourtant au sens d'individu ou d^homme on Ta fait souvent masculin : quatre personnes diversement vestuz (Rabelais, IV, chap. 47). Faire rire des personnes qui nous impriment le respect et ne rient que quand ils veulent? (Molière, Impromptu de Versailles^ se. 1). Jamais je n'ai vu deux personnes être si contents Pun de Vautre {Dom Juany I, se. 2). On rend une personne insensible quand on le reprend trop (Racine, Œuvres complètes^ VI, 307). Cest de ces sortes de personnes que le Seigneur a prédit qu'ils seraient sauvés difficilement (lU, Œuvres complètes, V, 390).

Pleurs^ employé au féminin, peut avoir subi l'influence de larme; voir § 691.

Poison a peut-être été influencé par venin (voir § 698).

Sorbe^ du lat. sorbus, aurait dû être masculin (§ 671,i); c'est sous rinfluence de la pomme, la poire, la prune, etc. qu'on dit la sorbe.

Val, du lat. vallem, est de bonne heure devenu masculin; on a dit le val par analogie avec le mont. Le genre étymo- Ipgique a été conservé dans les noms géographiques Laval, Lavaux, Bonneval, Vaucluse.

Remarque. Sur quelques noms d'oiseaux devenus masculins peut-être sous rinfluence du mot oiseau, voir § 719. Sur avant-scène, voir § 723.

713. Nous citerons enfin les remarques suivantes de MM. C. Latreille et L. Vignon sur le dialecte lyonnais: >Des mots peuvent changer de genre sous l'influence des mots de même sens ou de sens voisin: un bête, un dupe prennent le genre

de hommcy ciseaux celui de cisailles^ fibres celui de nerfs, perdrigone celui de prune^ vis celui de clou. On dit du jujube^ du reguelisse d'après jus de réglisse, suc de jujube. Un poutre doit peut-être son genre masculin au patois tra (de trabem), reins son genre féminin à quelque autre partie du corps. Enfin pâté et pâtée sont confondus, et le premier s'emploie au masculin pour le second (Mélanges Brunot, p. 257).

Remarque. Bête est du masculin aussi dans les parlers populaires de rOuest de la France. A Rennes, grot bête s'emploie comme injure.

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