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Mots masculins devenus féminins

Affaire^ composé de à et faire (comp. I, § 316, s), était régulièrement masculin au moyen âge (§ 723); il hésite entre les deux genres au XVI® siècle; après 1600 on ne dit plus que une affaire. Plusieurs patois modernes ont gardé le genre masculin.

Asperge^ emprunté du lat. asparagus, est donné comme masculin (comp. it. sparago) par Cotgrave (1611) et Richelet (1680); partout ailleurs il est féminin.

Bamboche est emprunté de Tit. bamboccio; il est féminin dès son apparition (comp. une brioche, une broche, une pioche).

Charirey du lat. car ce rem, est féminin dès son apparition en français.

Étude est emprunté du lat. studium: il était d'abord masculin, selon l'étymologie, mais vers la fin du moyen âge on commence aussi à dire une étude, grâce à l'influence de la terminaison. Pendant quelque temps il y a hésitation entre les deui genres et les grammairiens leur attribuent un sens différent. Malherbe dit: » Etude pour un lieu où Ton étudie, est féminin ; étude pour travail d'étudier est masculin, qui fait au contraire n'y entend rien.< De nos jours on ne dit plus que une étude.

Huiley du lat. oleum; le genre féminin est prépondérant dès les plus anciens textes; on ne trouve que très rarement un huile, Henri de Mondeville, dans sa Chirurgie (traduction de 1314), donne au mot les deux genres.

Impasse; ce mot a été créé par Voltaire, qui lui donne le genre masculin (comp. un cul-de-sac); on dit maintenant une impasse (comp. une ruelle). Pourtant A. France écrit un impasse noir et boueux (Le chat maigre^ p. 164).

Insulte est peut-être emprunté de l'it. insulto. On trouve dans Corneille et Boileau un insultey mais c'est une insulte qui l'a emporté.

Intrigue^ de l'it. in tri go; on trouve le genre étymologique dans Corneille {Menteur^ I, se. 6). Vaugelas remarque que >la plupart font ce mot féminine (Remarques, I, 220).

Limite, emprunté du lat. limitem qui était masculin; on trouve au XVI* siècle et encore dans Corneille le limite, mais

la limite le remplace (comp. la faillite, la marmite, la clématite, la diphthérite).

Obole, emprunté du lat. o bol us; on a au XVI^ siècle risqué un obole mais sans succès.

Parenté, dérivé de parent. Conforinément à l'étymologie on dit le parenté jusque dans le XVI* siècle; la parenté est probablement dû à l'influence des nombreux mots féminins en 'té tels que la bonté, la ctiarité, la fierté, la pauvreté, etc. (comp. § 292, 687).

Rondache, dérivé de rond (§ 182, Rem.); on trouve dans A. d'Âubigné le rondactie; le genre masculin est probablement dû à l'influence de mots tels que panache (§ 703).

Topaze^ emprunté du lat. topazion; on trouve rarement dans la vieille langue le topaze, comp. it. topazio,

703. Ajoutons quelque» mots masculins qui, sporadiquement, ont été féminins:

Abîme, du lat. pop. abissimum, superlatif de abyssus, était parfois féminin au XVI* siècle.

Article, emprunté du lat. articulus, était parfois féminin au XV* siècle; pour les exemples voir Anciennes poésies françaises, p. p. A. de Montaiglon et J. de Rothschild, X, 345.

Bronze, de l'it. bronzo, est régulièrement masculin; au XVI* siècle on trouve parfois la bronze, et l'Académie dit en 1694 que plusieurs le font féminin.

Cantique, du lat. canticum, est employé comme féminin dans les Miracles de Notre Dame.

Capuce, emprunté de Fit. capuccio, a été employé comme féminin par J.-K. Huysmans dans Là-Bas.

Centime (comp. it. centesimo), Littré remarque: »C'est une faute très commune de faire centime du féminin. « . Chanvre, du lat. cannabem ou cannabum; il était parfois féminin au XVI* siècle, et La Fontaine dit encore la chanvre (Fables, I, 8). Le genre féminin se retrouve dans plusieurs patois modernes.

Chiffre (comp. I, § 44, s. Rem.) est devenu féminin dans plusieurs patois.

Cigare a été employé comme féminin par Chateaubriand (voir Littré).

Épisode^ du grec ineiacdiov^ a été longtemps des deux genres; on hésite encore au XVII® siècle, mais déjà Vaugelas (Remarquesy II, 67) incline pour le masculin.

Espace, voir § 683.

Mérite, emprunté du lat. meritum, a été autrefois influencé par les mots féminins en -lïe, d'où la mérite qui se disait souvent au moyen âge (comp. limite, § 702).

Navirey emprunté du lat. pop. navilium, flotte; on trouve quelquefois au moyen âge une nauirey et on parlait ainsi encore au XVP siècle. Dans Les deux dialogues^ d'Henri Estienne (I, § 42), Celtophile proteste très vivement contre le navire; selon lui, le genre masculin s'y est introduit >en despit de toutes règles et observations* (II, 11 — 12).

Ordre, du lat. ordinem; à côté de un ordre on trouve durant tout le moyen âge une ordre. Vaugelas constate qu'on dit encore de son temps les saintes 'ordres (Remarques, II, 70), mais c'est un terme consacré qui ne tarde pas à disparaître. Sur désordre, voir § 667, Rem.

Panache, emprunté de l'it. pennacchio; on Ta fait quelquefois féminin au XVI® siècle sous l'influence de mots tels que bravache, hache^ moustache, rondache, vache.

Renne, emprunté de l'ail, renn; Littré remarque que plusieurs naturalistes ont fait ce mot du féminin, et l'Académie (1718—1740) donne la renne.

Rythme, emprunté du lat. rhythmus. Montaigne dit la bonne rythme.

Silence, emprunté du lat. silentium; sous l'influence des nombreux mots où -ence remonte à -entia on l'a fait parfois féminin : Si belle silence (Jehan de Paris, p. 46).

704. Mots féminins devenus masculins. Voici maintenant un certain nombre de mots, tous féminins en latin et qui sont devenus masculins en français grâce à leur terminaison:

Écho, emprunté du lat. écho, fém.; il est toujours masculin en français.

Orchestre, emprunté du lat. orchestra, était féminin encore au XVIII* siècle. On ne connaît maintenant que un orchestre (comp. un bourgmestre, un semestre),

Oripeau, primitivement orie-pel (lat. auream pellem). On a de bonne heure perdu la notion des éléments composants

et le mot, regardé comme une entité, est devenu masculin (comp. le chapeau, le copeau^ le drapeau, le pipeau).

Plantain^ du lat. plantaginem. Le mot est masculin dès les plus anciens textes (comp. airain^ levain, terrain, grain^ pain, châtelain, etc., tous du masculin).

Provin, pour provain (comp. § 263, i), du lat. propagine m. Le mot est masculin dès les plus anciens textes.

Ustensile, emprunté du lat. ustensilia, était originairement féminin (comp. asile, domicile, péristyle, reptile, tous masculins).

705. Â. Les mots en -a sont tous savants ou empruntés. Ils sont ordinairement du masculin: le cantarella, le chipolata, le choléra, le falbala, le mimosa, un opéra, le paria, le polka, le syringa, le sopha, le pacha, etc. Comp. mon meâ culpâ (P. Hervieu, Peints par eux-mêmes, p. 32), un Piétà (R. Bazin, Les Oberlé, p. 112). On dit même le phylloxéra vastatrix. Le genre masculin peut être dû, au moins en partie, à l'influence de mots tels que le coutelas, le plâtras, le matelas, etc. (§ 178). Quelques mots en -a d'emploi tout récent sont féminins: la douma, l* ancienne Edda, la saga, la villa, la véranda(h), la sierra.

Remarque. Les mots en -a ont entraîné les noms de plantes en -ia, créés récemment par les naturalistes; ils devraient être féminins, et ils sont tous masculins: le camélia, le dahlia^ le fuchsia, le magnolia, etc.

706. Nous nous sommes occupés jusqu'à présent de la terminaison des mots et du rôle qu'elle joue dans la formation du genre. Voici maintenant quelques indications sur l'influence que peut exercer parfois le commencement des mots. Il est constaté depuis longtemps que les mots qui commencent par une voyelle passent facilement au féminin. Déjà Vaugelas a observé ce fait. En parlant de mots rares et de genre incertain il cite anagramme, épigramme, épithalame, épitaphe, épithètè, et il ajoute que le commencement vocalique est cause de l'incertitude du genre, tparce que la voyelle de l'article qui va devant se mange et oste la connaissance du genre masculin ou féminin; car quand on prononce ou qu'on escrit F épigramme, ou une épigramme, l'oreille ne sçauroit juger du genre« {Remarques, I, 20).' Il y en a encore de nos jours qui prononcent un comme une devant une voyelle; nous avons entendu dire une arbre, une œuil et aucune autre pour aucun autre

(comp. intolérant et inégaly brun et brunir). Si d'un côté on a la prononciation une ouvrage et de l'autre un bel ouvrage, où Tadjectif a la forme du féminin (comp. une belle femme et un beau garçon), on comprend qu'on arrive facilement à dire aussi une belle ouvrage, et cela d'autant plus facilement que dans la combinaison cet ouvrage le pronom fait à l'oreille l'impression d'un féminin. Ce phénomène s'observe encore de hos jours. Le livre dont nous avons parlé ci-dessus (§ 678, Rem.) souligne qu'il ne faut pas dire une amadou, une amulette, une animalcule, une antidote, une armistice, une astérisque, une éclair, une emblème, une émincé, une emplâtre, une entrecôte, une érysipèle, une esclandre, une évangile, une hôtel, une incendie, une ivoire, une omnibus, une organe, une ulcère, une ustensile. Pour plusieurs de ces mots le genre féminin peut aussi avoir été déterminé par la terminaison.

Remarque. Comme nous Tavons vu, le commencement yocalique fait passer le masculin au féminin; mais le passage très naturel de an incendie a une incendie amène des hésitations sur le genre des mots à initiale vocalique, et elles ont pour résultat qu'on arrive aussi par contre-coup (I, § 115j à dire un idole pour une idole. Les grammairiens orthoépistes mettent en garde contre un alcôve, un amnittie, un anagramme^ un anneau un antfchambre, un arabesque, un atmosphère, un avalanche, un enclave, un épave, un escarmouche, un espace, un estampille, un étable, un extase, un horloge, un oasis, un oie. Il va sans dire que le genre fautif de ces mots a pu être déterminé par d'autres raisons que le commencement vocalique.

707. Pour finir nous citerons quelques observations de MM. C. Latreille et L. Vignon sur les changements de genre dus à l'influence de la désinence qui s'observent dans le dialecte lyonnais. Ils écrivent: Molard [auteur d'une grammaire lyonnaise, 1792] voit bien que intervalle et parafe doivent leur genre féminin à leur terminaison. Il aurait pu expliquer de même les féminins fantôme, globule, indice, insecte, sable. Il faut y joindre les expressions suivantes : une cep de vigne, une fût (tonneau), la chasse dune aiguille, la gril (ustensile de cuisine), où la prononciation des consonnes finales a entraîné le genre féminin, par confusion avec les substantifs terminés par e. Un débâcle s'explique sans doute, comme le dit Molard, par des mots comme miracle, tabernacle, réceptacle; et ta panache par ta moustache. Le bagard (la bagarre) et le passoir (la passoire) reposent sur une confusion de suffixes dans la prononciation (Mélanges Brunot, p. 256).

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